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Critique de Litteraflure


Litteraflure
  05 janvier 2019
Depuis 20 ans, dans ses romans, Houellebecq explore la dépression contemporaine au prisme des phénomènes crispants du moment. Il y a eu le tourisme, la misère sexuelle, les musulmans et maintenant la désertification des campagnes et le désespoir des agriculteurs face à la mondialisation. Houellebecq, c'est BFM TV en version littéraire. Il est là son génie. Il a le flair, il capte et relate mieux que personne l'air du temps, surtout quand il est mauvais. Il a aussi cette manière unique et jouissive de se moquer de notre prochain. On jubile de sa misanthropie (voire de sa misogynie) mais comme après une bonne cuite, on est pris par la nausée. Encore plus que dans Soumission, Houellebecq se complaît (s'identifie) dans les personnages alcooliques et nostalgiques de leur libido disparue – on se lasse de sa bite, des bouches et des chattes qu'elle rencontre. Sa provocation est salutaire à une époque où tout devient politiquement correct et aseptisé. Mais elle est souvent gratuite, elle atteint ses limites (ex : les homos, jugements sur les pays ou les villes). Houellebecq se regarde souvent écrire, incapable de se réinventer, mimant son propre style, y ajoutant même des tics de plus en plus fréquents (inspiration qui vient des sites pornos, petits bouts de phrases en anglais, abus des références aux people). Dommage, parce qu'il a gardé sa verve et sa lucidité, dopées par l'humour et le cynisme. Certains passages sont brillants, fulgurants et implacables : l'administration (page 11), la pute (page 68), l'amour (page 72, 96), le théâtre contemporain (page 105), le communisme (page 135), l'élevage en batterie (page 167), l'avant-goût de gilets jaunes (page 259), Thomas Mann (page 335). Dommage, parce qu'il parle bien des autres, et de leurs maux (ex : les agriculteurs) et que, franchement, de la page 194 à la page 274, on a du très bon roman. Au final, Houellebecq apparaît au grand jour : une valeur sûre de la littérature dont le génie s'est grippé, dévoyé, à en être confit dans sa propre caricature. Avec lui, on sait désormais ce qu'on achète, on connaît la recette, plus de surprise, comme une tarte tatin, bien exécutée. Plaisante mais de plus en plus écoeurante.
Lien : https://www.instagram.com/li..
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