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Critique de Takalirsa


Michel Houellebecq ou l'art de passer de Huysmans à Youporn (et vice-versa).
Écrit à la première personne, ce roman nous immerge dans les préoccupations d'un universitaire quadragénaire qui établit un bilan peu réjouissant de ses perspectives d'avenir. La fréquentation des étudiantes à la Sorbonne ne lui donne plus autant de plaisir mais il n'a jamais su non plus instaurer de relation suffisamment durable pour s'installer dans une vie conjugale. Cela aurait pu avec Myriam, mais la jeune femme est juive et la situation politique de la France devient trop instable pour sa sécurité.

Nous sommes en effet à l'approche des élections présidentielles (fictives) et contre toute attente, le second tour oppose le Front national à un nouveau parti émergent : la Fraternité musulmane (« Le système politique dans lequel je m'étais, depuis mon enfance, habitué à vivre, et qui depuis pas mal de temps se fissurait visiblement, pouvait éclater d'un seul coup »). On assiste alors aux conséquences progressives du changement de régime politique et cela fait froid dans le dos… L'habillement féminin (« Elles étaient toutes en pantalon »), l'éducation des filles à l'école (« orientées dans des études ménagères »), Paris-Sorbonne récupérée par les Saoudiens et transformée en université islamique (« Les dignitaires arabes se mêlent aux universitaires français »), la fin de la laïcité dans l'Éducation nationale (il faut être musulman pour enseigner), la polygamie autorisée (pour les hommes bien sûr), la baisse du chômage due au retrait des femmes du marché du travail en échange d'une revalorisation considérable des allocations, l'évolution de l'économie nationale vers une économie familiale, et j'en passe…

La France de Mohammed Ben Abbes est d'autant plus saisissante que le scénario semble plausible. L'islam est-il appelé à dominer le monde ? Les ambitions du président vont en effet jusqu'à « une Europe élargie, incluant les pays du pourtour méditerranéen » (Turquie, Maroc, Tunisie, Algérie, Égypte).
Le héros est directement concerné par la situation : s'il veut récupérer son poste, il doit se convertir. S'ensuit une réflexion mêlant ses convictions personnelles et sa vie sexuelle (on comprend peu à peu le lien). Sur les traces de son auteur fétiche dont il est le spécialiste officiel, Huysmans, l'enseignant fait une retraite mi-intellectuelle mi-spirituelle à Rocamadour (et sa Vierge noire) puis à l'abbaye de Ligugé, « le plus vieux monastère chrétien d'Occident ». En parallèle, il se renseigne sur la religion musulmane.

L'embêtant c'est qu'aux réceptions, on est entre hommes (« Aucune femme n'avait été conviée, et le maintien d'une vie sociale acceptable en l'absence de femmes était une gageure bien difficile à tenir »). Par contre, il faut reconnaître que ses collègues qui sont restés semblent heureux avec leur(s) nouvelle(s) épouse(s) (« Une femme, ils m'ont trouvé ça »). Il paraît même qu'il existe des marieuses s'occupant de trouver l'idéale (mieux que Meetic !). Finalement, peut-être est-il aussi bien « d'accepter le monde dans son intégralité » sans se poser de questions : « Le sommet du bonheur est dans la soumission la plus absolue ».

Voilà donc l'argument déterminant : une femme en échange de ton adhésion. Est-ce à dire que les hommes se tournent vers la religion pour de mauvaises raisons ? En tout cas, pas pour la seule valable : la foi en Dieu. La cérémonie est d'ailleurs très courte, sans aucune exigence.
Les femmes musulmanes sont présentées comme « dévouées et soumises ». Quelle régression.
Et ces intellectuels reconnus qui au bout du compte raisonnent avec leur sexe, comme n'importe quel quidam. C'est désolant.
Bravo M. Houellebecq, vous avez réussi à me remuer avec votre monde (je l'espère) dystopique.
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