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Critique de Eve-Yeshe


Eve-Yeshe
  18 avril 2015
Nous sommes en 2022, à quelques semaines à peine des élections présidentielles, dont le résultat pour tout le monde dans l'entourage de notre héros est plié d'avance. En 2017, François Hollande a été réélu face au front national et son deuxième mandat a été encore plus calamiteux que le premier. On s'attend encore une fois à un duel PS/FN au deuxième tour avec une inconnue : le score d'un mouvement la Fraternité musulmane conduite pour un musulman modéré Mohammed Ben Abbes.
Durant cette période d'attente, François, notre héros, professeur de Lettres à la Sorbonne, prend forme. Il a soutenu en 2007 une thèse de doctorat sur le thème : « Joris-Karl Huysmans où la sortie du tunnel » qui lui a valu les félicitations du jury à l'unanimité et une place de professeur à l'université, où il trompe son ennui en courtisant ses étudiantes (comme les autres professeurs, le prestige de l'uniforme).
Il est d'humeur triste, blasée, ne vit que par son travail et son amour des lettres mais, il voit les choses changer à la Sorbonne, les femmes voilées, les étudiants juifs qui ne sont plus représentés, les professeurs qui se positionnent pour être bien vus, l'ambiance a changé. Les fusillades sont quotidiennes, presque banalisées. Depuis quelques temps déjà, les juifs font de plus en plus leur « Alya » (retour en Israël).

Et le soir du premier tour, le malaise, « Dès que David Pujadas prit l'antenne à 19 heures 50, je compris que la soirée électorale s'annonçait comme un très grand cru, et que j'allais vivre un moment de télévision exceptionnel ». le deuxième tour verra s'affronter Marine le Pen et Mohammed Ben Abbes. C'est la stupeur et les tractations vont commencer.

Ce que j'en pense :

J'ai aimé ce roman, je rappelle que c'est une fiction et pas un brûlot anti-Islam. le héros François, m'a touché, car il est lucide, pessimiste, voire dépressif, comme en témoignent ses addictions, à la cigarette, à l'alcool. Il n'attend plus rien de la vie et il en est conscient car il a tout misé sur sa vie professionnelle, qu'il a réussie. Ses études, sa thèse sur Huysmans, écrivain auquel il voue un culte ont occupé une grande partie de sa vie.

François est insatisfait de sa vie sexuelle, car il n'a pas construit un couple, il s'est contenté de petites aventures avec ses étudiantes, parfois, il a vécu en couple quelques années et il se rend compte quand Myriam part en Israël, que sa vie va changer.

Il évolue, tout au long du roman, il commence par avoir peur et part se réfugier chez des amis en Lozère, où il discutera avec le mari d'une collègue, qui travaille aux Renseignements, en ingurgitant des quantités d'alcools et cigarettes impressionnantes.

Puis, il donne sa démission car il pense qu'on ne voudra pas de lui, puisqu'il est athée et quitte Paris pour se rendre dans un monastère où son modèle et Maître Huysmans a trouvé la foi, espérant trouver une réponse. On assiste à toute l'évolution intérieure de cet homme, à ses doutes permanents, mais dont la pensée se structure d'une autre manière.

J'en arrive ainsi à L'Islam et à la soumission qui est le titre et l'objet du livre. En fait la traduction du mot Islam est « soumission » sous entendu, la soumission à Dieu. En effet, dans cette religion, on doit vénérer Dieu et accepter tout ce qu'il envoie aux êtres humains, comme une fatalité (comme la loi du Karma dans le Bouddhisme quand il est pris au pied de la lettre). L'homme est soumis à Dieu, la femme est soumise à l'homme vue qu'elle est mineure à vie.

Si on poursuit le raisonnement, l'homme se conçoit comme incapable de résister à ses pulsions, donc la seule solution est de voiler les femmes pour qu'elles ne tentent plus les hommes et ainsi la société est plus tranquille, l'être humain plus apte à se consacré à Dieu.

D'où, la transformation en douceur de la vie, à l'université mais aussi dans la vie de tous les jours. Les professeurs qui ont le choix entre prendre une retraite anticipée largement rétribuée ou se convertir à l'Islam, car la Sorbonne est financée par l'Arabie Saoudite, la France devient musulmane, elle évolue, mais jamais vers un Islam intégriste. Lui-même n'est pas hostile à une conversion, il réfléchit.

Le nouveau président établit la polygamie, et François constate que certains collègues ne sont absolument pas gênés par cela : une femme assez mûre qui tient les rênes de la maison et une plus jeune pour les jeux sexuels. Il y a ainsi plusieurs héros dans le livre : François bien-sûr mais aussi Huysmans, que j'ai découvert par cette occasion et que Michel Houellebecq m'a donné envie de lire, après tout c'est mon siècle préféré et j'ai trouvé un ouvrage « A rebours ». On apprend beaucoup de choses sur la vie, et les écrits de cet auteur romantique, naturaliste qui a fréquenté Zola et Médan, et qui évolue vers une soumission à la foi catholique.

Un bon roman, bien écrit, bien construit, qu'on ne lâche pas facilement car on veut voir comment évolue le héros, ce qu'il va décider, et enfin un livre qui pose des questions et fait réfléchir sur la société actuelle. le chapitre consacré au mardi 31 mai, date de la formation du gouvernement est excellent.

En aucun cas, l'auteur ne stigmatise l'Islam, il se demande seulement comment la France évoluerait dans ce contexte, il ne s'agit pas d'un brûlot et je ne comprends pas la réaction des médias qui l'ont calomnié, assassiné et la plupart de ceux qui ont participé au lynchage médiatique, n'ont pas lu le livre. Il s'agissait avant tout de « descendre » Michel Houellebecq parce que le livre est sorti au mauvais moment, après les attentats contre Charlie Hebdo.

Bien sûr, on retrouve la misogynie habituelle, avec les femmes à la maison ou exerçant des métiers dans des domaines restreints comme la couture et une tentation vers le fantasme de harem via la polygamie instaurée le nouveau président. C'est cela, ainsi que sa façon de parler sexe, qui me gêne !!! En en tant que femme, je ne peux que ruer dans les brancards. Je partage sa conception sur la fin de la civilisation chrétienne, ou du moins la fin de la société actuelle, que l'angélisme ne veut pas voir, la fin d'un monde en tout cas .

Une fois de plus, une critique dithyrambique mais j'ai vraiment aimé, ce livre m'a sortie de ma morosité hivernale. J'attends le prochain Houellebecq avec impatience, n'en déplaise aux grincheux de tous bords.
Note : 8,2/10

Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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