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ISBN : 2234086191
Éditeur : Stock (13/03/2019)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Mardi 20 octobre 2015. À l’Olympia, la foule se presse pour aller écouter Patti Smith. Nicolas emprunte une coursive, fait rouler son fauteuil jusqu’à l’ascenseur et s’installe au milieu des gradins, au-dessus de la table de mixage – « absurdement placé, comme toujours ». C’est la première fois qu’il se rend seul à un concert. Dans la fosse, invisible, se trouve celle qu’il a aimée et qui est partie.
Soudain, Patti Smith entre en scène. Elle a soixante-huit a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
La_Bibliotheque_de_Juju
  06 septembre 2019
Je voulais lire ce livre à sa sortie.
Et puis, non, en fait, j'avais envie de prendre mon temps. de ne pas me précipiter.
Je me souviens de la première fois que j'ai entendu Nicolas Houguet évoquer son texte, lors d'une présentation littéraire. En quelques mots, il m'avait mis les larmes aux yeux. Tant ce qui émanait de lui à ce moment là tenait un peu de la grâce. de la pudeur. de la vérité. Celle que parfois j'ai un peu de mal à trouver dans ce genre d'événements.

Je me suis vite repris, mais le trouble est resté.
J'ai attendu mon heure et j'ai profité d'une dédicace de l'auteur pour lui acheter son livre. Car c'est un ouvrage que je tenais à me faire dédicacer. Ne serait ce que pour l'émotion ressentie avant même d'oser le lire.
Hier soir, je l'ai ouvert, enfin. Et j'ai retrouvé cette émotion. Tellement.

Le récit se déroule le mardi 20 octobre 2015 lors du concert de Patti Smith à l'Olympia. Tout le reste n'est que littérature. Et belle littérature. le concert se déroule et Nicolas se raconte. Patty chante et Nicolas nous enchante.
Autobiographie originale, auto-fiction, peu m'importe. J'ai lu, j'étais là, j'écoutais Nicolas parler de sa belle voix. de sa plume vraie. Parler de ces nuances qui font les êtres. Parler du handicap comme si ce n'était pas un gros mot. Parler de vous, de nous. Universel et tellement personnel.
Je l'ai écouté, suspendu à sa plume, parler de son amour des livres. de ceux qui ont croisé sa route. On entrevoit des visages. Rimbaud, Cindy Crawford, un frère, Jim Morrisson ou une grand-mère. Et évidemment Patti Smith, grande prêtresse de l'imaginaire de Nicolas Houguet. Qui désordonne, tout au long de la lecture, une vie d'homme, un homme en quête d'asolu.
Un livre comme une confidence. Un livre comme une élégance. Un livre comme on « bloque » quelques instants devant le monde qui s'étend sous nos yeux. Un livre qui m'a parlé tout du long.
L'ALBATROS est en belle place dans ma bibliothèque. Et dans mes souvenirs.
Merci Nicolas.

Lien : https://labibliothequedejuju..
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isabelleisapure
  05 mai 2019
J'ai été envoutée par la beauté de ce texte. Nicolas Houguet nous entraîne le temps d'un concert dans ses souvenirs au plus profond de l'intime, aux côtés d'une femme qu'il a aimé mais qui n'est plus avec lui.
Nicolas a trouvé une place pour son fauteuil d'infirme au-dessus de la table de mixage. Elle, il sait quelle est là, quelque part dans la salle et entre eux Patty Smith, sa voix unique.
Au fil des morceaux, Nicolas se souvient Chaque morceau interprété est une porte ouverte sur sa vie. Il pensait assister à un concert, il se retrouve à composer l'album de sa vie. Patti et lui se répondent. Se confondent. Dansent ensemble.
« L'albatros » fait partie de ces textes que l'on peine à quitter une fois la dernière page tournée.
C'est beau, c'est bouleversant, c'est la vie.
Merci à NetGalley et aux Editions Stock qui m'ont permis de faire cette belle découverte. #Lalbatros #NetGalleyFrance
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motspourmots
  24 mars 2019
On a beau râler contre les réseaux sociaux et les charger de tous les maux, il faut quand même reconnaitre qu'ils contribuent aux rencontres. Grâce aux mots. Car si les habitudes de lecture changent, les mots restent les vecteurs les plus importants de mise en relation. Comme ces communautés qui se créent autour des livres, des émotions que l'on partage en premier lieu avec des mots. Nicolas Houguet est un de ces acteurs singuliers de la blogosphère littéraire, rempli de mots, ceux des autres, tous ces auteurs dont il se fait le promoteur exalté, jamais dans la demi-mesure. Quand il aime, ce n'est pas à moité. Nous partageons certaines émotions, certains coups de coeur. Nous nous croisons parfois en librairie ou lors d'événements liés aux livres. Nous ne nous connaissons pas vraiment. Éprouver parfois des émotions semblables au détour d'une phrase sublime, ressentir la même tendresse pour une auteure et son regard si attentionné, tout ceci ne constitue pas pour autant une relation intime.
Alors, avoir entre les mains l'exemplaire de son livre, accompagné d'un petit mot délicat et personnalisé a d'abord provoqué chez moi une sorte de frayeur. Je me sentais dans une position un peu bancale. Ni membre de son cercle d'intimes que je vois évoluer autour de lui sur les réseaux et dans la vie. Ni lectrice lambda non plus, du fait de nos fréquentations des mêmes cercles. Et puis, il me faut l'avouer, je suis nulle en musique. Patti Smith, j'ai longtemps cru qu'elle était la femme de John McEnroe avant de comprendre qu'il s'agissait d'une parfaite homonymie. Alors un livre dont les chapitres suivent l'ordre des chansons d'un concert de la grande Patti... Bref, je n'étais pas très rassurée même si je me raccrochais au fait que je lisais ses chroniques littéraires avec beaucoup de plaisir alors, il n'y avait pas de raison...
Dans ce livre, il est beaucoup question de mots. Ceux qui font grandir, découvrir le monde, inspirent. Ceux qui nourrissent l'imaginaire d'un petit garçon qui comprend très tôt qu'avec son corps empêché, l'esprit devra forcément prendre le relai. le temps d'un concert, au fil des chansons dont il connait les paroles et les histoires aussi parfaitement que l'oeuvre de Baudelaire, Nicolas nous invite dans son monde chargé de poésie, nourri de passion littéraire et d'admiration pour les drôles de héros fracassés que sont les artistes et les écrivains. Une vie dont il n'occulte pas la face sombre, faite de souffrance, de colère parfois. D'où la violence qui émane par moment de ce texte, due à l'extrême sincérité avec laquelle il explore cette face sombre. Pour mieux se délecter de la lumière dont il s'évertue à la recouvrir. Ses sources de lumière sont nombreuses. Une famille qui se charge de repousser les barrières, des auteurs dont les mots éclairent le chemin. Cette communauté qui rassemble les amoureux du beau, de l'art et des mots. Et puis l'amour. Sans lequel ce livre n'existerait peut-être pas.
Dans L'Albatros, il est question de mort, et surtout de vie. Les émotions sont augmentées, par une sorte d'urgence, et tempérées, par une sincérité lucide. Ça pulse, au rythme des basses et des battements de coeur. Ça part un peu dans tous les sens, dans une sauvagerie semblable à celle de la "sorcière" qui s'agite sur scène. C'est bien. Pourquoi ordonner, ranger, affadir ? Cette rage est précieuse. Elle dérange, certes. Elle renvoie parfois celui qui la découvre au fil des pages à ses propres errances. Elle est surtout une magnifique pulsion de vie.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Agathethebook
  18 mars 2019
J'aurais pu rencontrer Nicolas à un concert.

J'aurais aperçu son sourire et ses yeux briller dans la foule.

J'aurais saisi l'instant de grâce qu'il vivait, seul dans la syncope des lumières.



Mais la musique viendra plus tard, un fil rouge à nos romans jumeaux, enfantés du même sang et au même moment.

Car ce sont d'abord les mots qui m'ont menée à lui.

Il écrivait des chroniques littéraires pour se dévoiler petit à petit, j'ai commencé comme ça aussi.



Le chemin vers la découverte de soi est parfois long et l'étincelle ne prévient pas.

« C'était l'anniversaire de Rimbaud », cette soirée du 20 octobre où le poète en lui a pris son envol.

Patti Smith n'imaginait pas la renaissance qu'elle allait provoquer.

En une dizaine de chansons, l'Albatros s'était déployé.

À quoi ça sert de marcher quand les mots nous font voler ?



Ce soir de concert, installé au-dessus la table de mixage,

Il laisse son esprit vagabonder vers de tendres souvenirs :

L'enfance et le premier amour, y-a-t-il besoin d'autre chose pour vivre ?



Son grand amour est là, un peu plus bas.

Il n'est pas nécessaire de la voir pour la deviner, la ressentir.

Les rendez-vous à distance sont tellement plus romantiques que les têtes à tête.



Car c'est le moment de faire la paix,

Avec ce corps qui n'a jamais voulu écouter,

Avec la marginalité qu'il a appris à sublimer

Avec cette femme qui n'est plus la sienne.



Un minuscule bébé né trop tôt pour marcher mais pas pour aimer.

Des parents dont l'amour fou m'a bouleversée.

Je pleure à ce passage où son père lui fait découvrir le cheval, le ski, le vélo,

et Nicolas oubliait la corde, la rampe, et les bras forts qui le soutenaient;

Nicolas ressentait le vent, le vide, l'ivresse de la vitesse.



Ce soir, c'est le moment de ressentir, de ne plus forcer le sourire.

D'être charmant uniquement avec soi-même.

De libérer les mouvements désordonnés, de les laisser s'exprimer.



De cet amour avec elle,

Il en garde le souvenir magistral du dépassement et de l'éblouissement.

Il était comme tous les autres amoureux du monde. Il volait, évidemment.

Il en a oublié ses maux, ses limites, il a pris des trains et effacé les frontières.

« Elle a été le mur du son qu'il n'a pu franchir. »




Seul pour une fois, Nicolas expérimente la transcendance,

La possible communion de son âme et de son corps à travers la musique.

Comme ce jour avec l'Indienne, cette femme qui sans un mot a mis ses mains sur ses douleurs.

Nicolas recherche le chant des sirènes et les prières des sorcières.

Il s'agrippe à leurs longs cheveux gris et se hisse vers la vie.

Nicolas s'est perdu dans l'addiction des sensations.

Dans la communion des mots il a trouvé ses réponses.


Que l'Albatros continue son envol, bravo, infiniment.
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LauraLesmotsdesautres
  23 juin 2019
Nicolas Houguet insuffle à son écriture une magie céleste et pose les accords d'une mélodie sincère
Ma première rencontre avec Patti Smith remonte à 2014. Il y avait alors une rétrospective au Grand Palais dédiée à Robert Mapplethorpe. A l'époque, je travaillais pour Arts Magazine et devais rendre un article pour l'édition du mois suivant. Je connaissais les deux artistes de nom sans jamais m'y être vraiment intéressée. Je me rappelle encore de ces clichés noir et blanc d'une puissance incroyable, de cette petite pièce interdite au moins de 18 ans avec des photos De Robert plus « indécentes » qui me fascinaient. Et parmi les portraits exposés, celui d'une jeune femme androgyne à la Birkin d'un naturel fougueux séduisant, d'une grâce inconsciente. Et à quelques pas de là, son reflet avec quelques rides supplémentaires, sa chevelure troquant le noir corbeau de sa jeunesse pour un blanc argenté …
Une véritable apparition répondant à quelques questions de journalistes présents pour l'inauguration. Je me souviens être resté saisie par cette beauté si pure, si honnête, si déstabilisante. Sa seule présence ne mentait pas. Je n'ai pu m'empêcher de la suivre du regard, de l'observer telle une oeuvre d'art. J'étais chamboulée et ai ressenti une faim insatiable, une boulimie, une envie de lire, de voir, d'écouter cette artiste et d'en saisir l'insaisissable. J'ai acheté Just Kids dans la foulée, l'ai dévoré l'après-midi même. Il est devenu mon livre de chevet, ma Bible, ma plus belle citation, la projection d'une âme emprisonnée dans un passé que j'aurais aimé explorer. Patti Smith est alors devenue une révélation, ma révélation.
Quand un concert fait naître les évocations du passé
J'ai lu tous ses écrits sans exception mais jamais rien à son sujet écrit par un tiers, un regard extérieur porté sur Patti Smith. Je partage la vie d'un afficionado de Bob Dylan. Benjamin suit les tournées de Zimmerman depuis quelques années déjà. Nous nous sommes retrouvés autour de ces deux figures des années 70 qui persistent encore aujourd'hui à nous bercer de leurs textes criants. Il y a quelques semaines il a bien entendu acheté le numéro de Rolling Stone avec le Bob de 75 en couverture annonçant un papier autour de la sortie du film-documentaire de Scorsese la « Rolling Thunder Revue » et du bootleg des lives et enregistrements inédits de la même année. Et dans ce magazine, se trouvait une interview de Nicolas Houguet interrogé sur la parution de son autobiographie musicale L'Albatros (Editions Stock) du même nom que son blog. C'est Benjamin qui m'a donc appris l'existence de ce livre avec comme point de départ du récit le concert de Patti Smith à l'Olympia le mardi 20 octobre 2015.
Dans cette autobiographie musicale, Nicolas Houguet nous confie une déception amoureuse avec une certaine E. Tout commence avec cette belle rencontre passionnelle, artistique et musicale. Tous deux se retrouvent autour d'un attrait commun pour Patti Smith notamment. Pour l'auteur et E. se retrouver lors de ce concert symbolique – année anniversaire de la sortie d' »Horses » et naissance d'Arthur Rimbaud, « son amant secret »- signerait définitivement la fin de leur histoire. Lui est assis près de la régie. Elle est dans la fosse. Il la sent sans la voir. Et avant de trop focaliser sur cette présence déstabilisante, il décide de lâcher prise et de se laisser porter par cette « séance de spiritisme ».
Vous est-il déjà arrivé de lire un ouvrage qui semble s'adresser à vous ? Qui vous touche tellement au coeur que vous auriez pu ou auriez aimé écrire ces mots ? C'est exactement ce que j'ai ressenti en lisant L'Albatros. Je me suis instantanément retrouvée à Rome, en mai 2017, à L'Auditorium Parco della Musica. Mon premier concert de Patti Smith. Une rencontre en live la plus intense de ma vie. Un lâcher prise total. J'ai eu le souffle coupé, des larmes de joie à n'en plus finir, une délivrance du corps et de l'esprit. Plus personne n'existait autour de moi. J'étais face à Patti Smith. Cette prêtresse désinvolte, élégante, délicate, insoumise et spirituelle. Assister à cette messe, c'est entré dans une transe incontrôlable qui vous prend aux tripes. Une séance de méditation doublée d'un jeûne. Votre âme n'a besoin de rien. Toute sa nourriture se trouve sur scène. Sortir d'un concert de Patti, c'est y penser et en parler des jours, des semaines, des mois après. La digestion est lente et succulente.
Nicolas Houguet confie l'intime et le sensible
Nicolas Houguet évoque tout cela. C'est un homme face à l'éternité. L'éternité des paroles qu'il connait si bien et qu'il capte chanson après chanson. Il ne cherche pas à les décortiquer, à analyser chaque mot. Non. Il les saisit d'un point de vue très personnel, comme les composantes d'un rêve en couleurs, les nuances d'un passé cousu dans ses tripes. Il les prend une par une, telles qu'elles apparaissent sur la setlist de ce 20 octobre. Il laisse divaguer son esprit vers des souvenirs enfouis, des évocations, des apartés pensives, son enfance, son frère, ses parents, la maison de ses grands-parents, son handicap, son adolescence quand il découvre le rock et le titre « Gloria ». « Dans cette chanson, il y a ma naissance, la vraie. Dans la voix de Patti Smith, j'ai cessé de me fuir. J'ai retrouvé l'urgence et le présent. Celui qui donne du souffle. Celui qu'on sent passer ».
Nicolas Houguet se révèle, sort de sa carapace pour nous offrir l'intime et le sensible, nous offrir sa passion pour la musique, nous offrir sa volonté, celle d'aller au delà de son handicap pour franchir l'inaccessible. Il ne s'agit pas ici pour l'auteur de prendre une chanson et d'y trouver une chronologie liée à son histoire personnelle. Imaginez plutôt un journal intime chargé de réminiscences aléatoires qu'il aurait sculpté dans sa mémoire afin d'en accorder tous les détails.
Grâce à lui, j'ai la sensation d'avoir découvert Patti pour la seconde fois, d'avoir retrouvé toutes mes premières fois avec ses livres, ses chansons, ses apparitions, ses mains effectuant des volutes délicates remplissant le vide autour d'elle. L'auteur parle de lui à travers les chansons de l'artiste, mais il parle également d'elle à travers lui-même. Il écrit sur les fantômes qui entourent Patti Smith et qui renaissent de leurs cendres quand elles chantent. Elle les invoquent : Fred Sonic Smith, Arthur Rimbaud, Robert Mapplethorpe, Allen Ginsberg, William Burroughs, Jack Kerouac – « l'un des rares bouquins que j'aie lu plusieurs fois » en parlant de Sur la route. Elle chante pour les morts et les vivants, elle est leur réincarnation et se plait à les rencontrer dans les cimetières aux pierres abandonnées.
L'auteur rend un hommage. Un hommage poétique à Patti Smith. Son écriture l'est et nous fait voyager dans une bulle à la fois légère et puissante, une bulle comme une délivrance avec sa beauté et ses imperfections. J'ai été à la fois émue et surprise. Volontairement, je n'avais pas lu l'interview de Nicolas Houguet avant la lecture et ne savais pas du tout à quoi m'attendre. le cadeau n'en fut que plus intense. L'Albatros est un véritable coup de coeur. L'auteur insuffle à son écriture une magie céleste et pose les accords d'une mélodie sincère.
Et dans mes nuits les plus pures, je rêve encore « de longues marches dans le désert » avec Patti et Nicolas …
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   24 juin 2019
C’était l’anniversaire de Rimbaud. Le début d’une nouvelle page et d’un nouvel automne pour moi, marqué par la conscience de ma fragilité, de ma mortalité et par la fin de souffrances chroniques qui m’avaient contraint à l’immobilité pendant des mois. J’étais disponible.
Premier concert où j’osais me rendre seul, sans ce filet de sécurité étrange d’avoir quelqu’un pour me ramasser si je tombe, si j’ai mal, si j’ai envie de pisser. La menace mêlée d’euphorie de n’avoir à compter que sur soi, sans vraiment savoir si on a les épaules. Je ne savais pas si j’allais y arriver.
Devant l’Olympia, des gens se massaient pour quémander des places. Je gardais jalousement la mienne au creux de ma poche. Je me demandais bien si j’allais être à la hauteur de l’enjeu. J’ai toujours pensé qu’on avait une certaine responsabilité à se trouver dans le public. C’est un échange. Si l’artiste donne tout et le public rien, c’est d’une insupportable ingratitude, un gâchis.
E. avait une passion pour Patti. C’est moi qui l’avais prévenue du concert, la pressant de réserver très vite. Que c’était important.
Important qu’on se retrouve là, après la fin de notre histoire, pour continuer de l’écrire avec d’autres chapitres que ceux dont on avait rêvé.
On s’était rencontrés autour de Just kids. La chanteuse était un peu à nous.
On se rejoindrait à la sortie de l’Olympia. Pour tourner la page.
Auprès de Patti, dont on avait décrété qu’elle était notre « maman » pendant l’une de ces nuits, poétiques et déjantées, où on se chantait des chansons à tue-tête et où on riait si fort.
Je ne suis pas dingue au point de me prendre totalement pour Patti Smith. Mais avec certains artistes, il y a ce lien du sang, cette reconnaissance immédiate, évidente. C’est une histoire d’amour.
J’ai toujours eu un pied dans deux réalités. Celle de ma vie, largement chiante, contraignante, avec des péripéties qui ne m’intéressent que rarement, des contingences qui me font enrager. Et puis l’autre. Celle des poèmes que j’enchaînais. Des bouquins que je dévorais pour me fondre en eux, m’y projeter. Pour me découvrir dans les mots de ceux qui me ressemblaient vraiment.
Patti Smith, c’est quelqu’un qui te rappelles qui tu es. Une partie de ton âme qu’elle porterait dans la voix, dans la plume et dans sa présence sur terre. Je ne sais plus si c’est Tolstoï qui disait qu’on étais tous les visages d’une même âme, mais éclatée, et qu’on passait notre vie à tenter de réunir les éclats éparpillés en chacun d’entre nous.
Auprès d’elle, je sens que les pièces du puzzle correspondent. On vient des mêmes terres et, lâchés sur les mers de l’existence, on a appris des mêmes tempêtes, découvert les mêmes continents. On a surtout fredonné les mêmes chansons. Les siennes. Même avant que je les connaisse. On ne fait connaissance de rien dans ce monde. Quand on croise une âme sœur, on n’a jamais qu’une confirmation. Presque une absence de surprise. Un « tiens, je savais que tu étais là ». C’est ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai écouté Pissing in a river, que mon frère jumeau avait débusquée à nos quinze ans.
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Charybde2Charybde2   24 juin 2019
Je passe par la coulisse, dédaignant la foule clairsemée, encore peu empressée de s’engouffrer dans la salle. Je ne m’aventure pas sur le chemin écarlate et arrondi qui entoure le bar et les boutiques où s’entassent les babioles improbables de ces lieux-là. J’avance dans des couloirs qui me font songer aux coursives d’un bateau attendant son ivresse. Je prends un ascenseur caché dans un recoin secret. J’emprunte presque toujours ces chemins détournés et j’en nourris une jouissance secrète, à ne pas arpenter les mêmes sentiers que tout le monde. Même si ça veut dire être à part, considéré étrangement.
Je suis absurdement placé, comme toujours. Au milieu des gradins, au-dessus de la table de mixage et des écrans d’ordinateur. À l’écart du monde. L’histoire de ma vie. L’ouvreuse m’a assuré à l’entrée que la vue était dégagée. Certes, on voit tout, mais de loin. On voit les autres, ensemble. Communier, danser. Nous, on observe. Seul dans cette grande allée, ce no man’s land réservé aux intouchables. Ils sont de la fête, mais pas complètement. Tolérés dans le temple mais loin de l’autel. Le symbole est biblique et toujours assez fort.
Au fond, ma condition physique ressemble à ma disposition artistique. Ceux qui prétendent que la correspondance n’existe pas, que le corps n’est pas l’interprète de l’âme, ceux-là évoluent dans un monde amputé de sa cohérence. C’est au contraire d’une merveilleuse logique. Car, oui, j’ai appris à m’en émerveiller. J’aime être assis. J’aime être ainsi. J’ai ressenti, il n’y a pas très longtemps, cette implacable harmonie. Autant la trouver belle. J’aime les tableaux bien composés. Les plans de cinéma bien disposés. Les chorégraphies et les mouvements qui s’enchaînent avec grâce. J’en retrouve l’écho dans tout ce que je vois à présent. Ma vie ressemble à un plan-séquence de steadicam.
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cathulucathulu   08 avril 2019
'ai une conscience différente du corps. C'est un objet mystérieux et compliqué pour moi. Les corps qui font l'amour juste pour le plaisir, ceux qui dansent pour chasser, le temps d'une chanson, tout le poids de l'existence. Le corps qui n'est qu'objet de jouissance, qui ne se surveille pas. Celui que longtemps on ne ressent pas ,jusqu'à la stupeur des grandes vieillesses quand, peu à peu, il nous trahit. Alors seulement, les yeux s'agrandissent et les voix geignent.
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LaRousseBouquineLaRousseBouquine   17 mars 2019
J’aimerais pouvoir aimer sans ressentir l’envie d’écrire. En oubliant les mots, on peut réellement vivre. L’écriture raconte une fuite et comble une absence. C’est nécessairement malheureux. Parce que la nuit appartient à ceux qui s’aiment. Pas à ceux qui se l’écrivent.
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AffranchieAffranchie   12 septembre 2019
Sans l’écriture je crois que je n’aurais jamais su qui j’étais, ce que je ressentais et ce que j’avais dans le ventre. Je n’avais rien expérimenté par moi-même. On ne pouvait me connaître que par les papiers que je semais, et connaître également ce qu’il y avait dans mes silences. Sans l’écriture, mon existence au monde était presque à remettre en cause, gravement complexée, atrophiée.
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