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Claudia Ancelot (Traducteur)Petr Král (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
EAN : 9782020129824
172 pages
Éditeur : Seuil (01/03/1999)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Si les chefs-d’œuvre abondent dans la bibliographie de Hrabal, Vends maison où je ne veux plus vivre en est certainement un des plus purs. Tout un art de vivre propre à Prague et à ses « marginaux » trouve ici un résumé personnel et jubilatoire, porté par le plaisir de la mystification, de la blague incongrue et de la fanfaronnade. Autant d'armes secrètes élues par les Pragois pour parer à la pesanteur des jours et aux injustices de l'Histoire.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Glaneurdelivres
  03 septembre 2020
« Vends maison où je ne veux plus vivre » est un recueil de 7 nouvelles de Bohumil Hrabal, qui sont tirées pour une bonne moitié de son séjour parmi les ouvriers d'une fonderie.
Certaines nouvelles sont assez avant-gardistes, et extravagantes. Des propos fragmentaires étrangers les uns aux autres s'opposent, s'entrecroisent et se complètent comme les pièces d'une mosaïque.
On trouve dans ces nouvelles, les influences, les intérêts, les penchants que Hrabal a pour la poésie, l'art moderne, et le surréalisme, lui qui est admiratif des oeuvres de Guillaume Apollinaire et de André Breton (pour ne citer qu'eux), et l'ironie, et l'humour noir aussi !
Ainsi Bohumil Hrabal nous emmène-t-il dans son univers et sa vision du monde, singuliers, où règnent, folie douce, élan baroque, exagérations, jubilation et, humour déguisé et grinçant.
Et les personnages qu'on y rencontre sont des gens simples, des intellectuels, des marginaux…
-La nouvelle intitulée « Poldi la belle » est un très beau récit. C'est du grand Hrabal ! Il parvient en quelques mots à relier le désespoir du monde à sa beauté sublime ! L'écriture est forte, sans concessions. « Et l'acier insatiable traverse l'oeil de cet autre, il efface l'image de sa femme et le lamineur fait de ridicules sauts pout tenter de fuir son malheur. Oui, parfois le progrès dévore des jeunes hommes tout rôtis et l'ambulance argentée emporte un corps, les pieds contre la porte vitrée ; la main écrasée voudrait tant reprendre la forme qui était la sienne, le pied arraché a surtout mal au gros orteil disparu avec ce même pied. », «Mais la belle Poldi est aussi ce cri volontaire qui réduit en charpie banderoles et slogans, trois couronnes cinquante les cent grammes, car l'homme remonte les conduits de son cerveau et vérifie la note », «…vivre, c'est être fidèle aux folles beautés, parfois même au prix de sa propre vie. »

De façon sous-jacente, on sent la révolte et l'amertume de Bohumil Hrabal, qui est las des belles phrases, des sempiternelles banderoles brandies à la gloire de dirigeants politiques qui musèlent l'intelligentsia tchèque, et le contraignent à la censure.
-Dans « le tambour crevé », il y a un simple ouvreur de cinéma qui se considère comme « maître de cérémonie », qui fait régner l'ordre dans les salles de spectacles, et son beau-frère, un contrôleur de passeports, qui se considère comme « maître de cérémonie des voyages à l'étranger » !
Le beau-frère contrôleur, de façon tout à fait arbitraire, décidera d'apposer (ou non), son tampon sur des passeports pour des voyageurs désireux de sortir du pays. (On est au temps du Protectorat de Bohème et Moravie, et règne une atmosphère étouffante et oppressante dictée par l'occupant allemand.)
Soif de pouvoir ? Excès d'autorité ? Ces débordements mentaux excessifs sont symbolisés dans cette nouvelle par un « lutin embrouilleur », petit bonhomme, petit démon espiègle et malicieux qui « brouille les pistes ». Lors de la représentation d'une tragédie au théâtre, l'ouvreur voit une femme tomber de très haut et au lieu de lui porter secours, dit « je me suis penché »…«, et, en ouvreur qui se respecte, j'ai fait : Chut… », « …la bonne femme était étendue à terre, les jambes brisées, elle chialait », « je n'en avais rien à faire de cette femme brisée, du point de vue du maître de cérémonies une seule chose comptait : que la tragédie fût jouée jusqu'au bout ».
Et tout ce qu'il voit, à l'extérieur de chez lui, à son domicile, au travail, tout cela pour lui fait partie de la « Symphonie pathétique » qu'il va entendre le soir en tant qu'ouvreur, cette symphonie pathétique, tourmentée et tragique de Piotr Ilitch Tchaïkovski !
Confusion, enfermement, mais aussi note d'espoir pour l'homme, -un baraquement, -une détenue à demi folle qui écoute l'orgue de Barbarie jouer « Les Millions d'Arlequin » (C'est le titre d'un autre roman de B. Hrabal). « Dans son oeil, une larme brillait comme un diamant. Toujours lorsqu'ils sont au plus bas, les gens se remplissent les yeux de belles choses. » « …il est bon de demeurer dans l'angoisse, d'entendre ses dents claquer de peur, il est bon de pousser sa vie à la perte et de recommencer au matin. », « le monde est plein d'art, il suffit de savoir regarder autour de soi et de se confier ensuite à l'inépuisable murmure, aux choses sans importance, aux désirs et aux souhaits. », « Pour tous, il existe une toiture, mais pour tous aussi un paradis. »
-Dans « Kafkaesques », on est dans un « montage choc » de personnages et d'événements qui s'imbriquent et créent une atmosphère baroque et surréaliste, dans une expression toute poétique.
« Une prostituée passa par là, belle, en robe blanche comme un ange, elle se retourna et la cosse de sa bouche se fendit pour déverser deux rangées de petits pois blancs. J'eus terriblement envie de griffer son sourire de quelques mots colorés qu'elle pourrait lire au matin dans son miroir en se brossant les dents. »
-Dans « Drôles de gens », les ouvriers de la fonderie refusent de travailler tant qu'ils n'auront pas vu un responsable pour obtenir un « relèvement des normes comme le prévoit le règlement ».
Le responsable en question apparaît comme un personnage fantoche, dont on se moque. Il est traité de « roi de théâtre de marionnettes ». Il doit aller consulter ses supérieurs…
Un réalisateur de films intervient avec son équipe pour faire un tournage dans la fonderie…
« -Pourvu que ça ne se passe pas comme la fois qu'ils sont venus filmer l'intense activité de l'aciérie, dit le Français, et qu'il n'y avait pas un chat. du coup, les cinéastes tapaient sur les seaux et faisaient tomber des boîtes de conserve de la galerie en décrivant avec enthousiasme comment tout ça remplit le plan. » Pour ceux qui sont fans des bandes dessinées de Hergé, on pense tout de suite à une scène similaire représentée dans « Tintin chez les Soviets » !
Mélange d'ironie et de drôleries dans cette nouvelle, mais aussi de nostalgie et d'amertume.
Ici à Kladno, dans la fonderie, ce sont des piles et « des piles de christs rouillés, d'anges, … » issus des cimetières et des églises, qui vont être fondus, pour disparaître à jamais, pour faire disparaître ce qui ne convient pas à l'idéologie communiste.
Dans « Une trop bruyante solitude » (autre roman incontournable de Bohumil Hrabal), ce sont les livres et la culture que Hanta, l'anti-héros, doit mettre au pilon toute la journée pour ces mêmes raisons idéologiques !
-dans la « Trahison des miroirs », un vertige se dégage de l'évocation d'un jeune infirme, qui à la naissance, a dû être cassé dans le ventre de sa mère pour qu'on puisse l'en sortir !
Mais dans cette nouvelle, c'est la douceur qui est vertigineuse. Quand le sculpteur « vomit juste un peu » dans son auge, ou encore quand les cloches et la blouse d'un maçon, à la fin « tremblent légèrement » dans la brise que déclenche l'explosion d'un monument géant. (Evocation de la statue géante qui avait été érigée à Prague à la gloire de Staline, et dont parle bien Mariusz Szczygiel dans son livre « Gottland »).
-Dans la nouvelle « L'ange », l'ange est un « ange-gardien », un gardien de prison…
« le gardien… fixait le petit lit qui couronnait la pile de machines à écrire et cet ange gardien l'attirait dans la chromo, lui agrafait des ailes ». le gardien découpe l'image d'un petit ange qui ornait le petit lit, glisse l'ange-gardien sous sa chemise contre ses omoplates, « rien au monde ne pouvait plus l'empêcher d'avoir des ailes blanches et d'être ainsi sauvé à ses propres yeux. »
-Dans « de ferraille en lingots », Hrabal superpose froidement un dialogue sur le devenir du monde et le viol d'une jeune femme désarmée par l'alcool.
Le loufoque y est présent aussi, avec des personnages hauts en couleurs : un docteur en philosophie, un ouvrier aux yeux cerclés d'un triple cerne, un pompier qui s'émerveille de se voir si beau dans son uniforme… On est au « Café du commerce », avec du langage populaire…
Un philosophe regrette le temps de la bourgeoisie du temps de l'Autriche-Hongrie, car les putains dans ce temps-là « ça c'étaient des dames » !
Il ne se fait pas d'illusions sur le sort qui attend la Tchécoslovaquie, c'est pourquoi il a mis une annonce : « Vends maison où je ne veux plus vivre » !
Vous l'aurez compris, ces nouvelles abondent d'un mélange de poésie, de merveilleuses imbrications et de montages qui sont des circuits déroutants parfois, et qui peuvent donner le vertige.
Mais elles sont l'expression d'un art libre et jubilatoire à l'image de la vie, tourbillonnante et riche d'invention.
« Puis il ne resta sur le flanc du terril que les scories ardentes, une cicatrice béante comme le sexe de ce paysage. -Laissez-moi viiivre, laissez-moi viiivre, chuchota la voix sous la fenêtre. »
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Hardiviller
  05 mai 2015
connaissez vous l'humour Tchèque ? en voila . Hrabal c'est un mélange de Pierre Desproges , Fernand Raynaud et autres , mais c'est Tchèque donc plus exotique . Ceux qui se prennent aux sérieux doivent s'abstenir de le lire .
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
wellibus2wellibus2   11 juin 2016
.......lui, le gardien, sous les espèce d'un ange blanc, dés avant la fin du travail faisait descendre les détenues aux douches des hommes ; elles s'asseyaient près des radiateurs, elles regardaient les murs, mais leurs yeux louchaient vers le corridor des vestiaires où passaient les métallos nus, leur serviette et le savon à la main, les femmes louchaient sur eux, elles suivaient les hommes nus au-delà du tournant, leurs yeux se changeaient en douches et leur désir lavait ces corps qui embaumaient la poussière......
...........mais plus fort que les règlements il sentait qu'à des êtres comme ceux qu'on lui avait confiés, il fallait une fois par jour au moins montrer un arbre de Noël tout illuminé.
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GlaneurdelivresGlaneurdelivres   03 septembre 2020
Et à Shanghai, donc ! Là, ils faisaient cuire des singes vivants, la douleur les rend fous et leur fait mousser le cerveau. Après, ça donne un hors-d’œuvre extra. Et à Cuba, alors ! Là, avant de tuer les tortues, ils laissent les enfants jouer avec et leur crever les yeux… et après, leur soupe, je ne vous dis que ça ! Et chez nous en France ! Sur la Canebière, à Marseille, je connais un établissement, pendant qu’on mange, il se passe tout le temps des choses sur l’estrade, …
(p.31) – « Drôles de gens »
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GlaneurdelivresGlaneurdelivres   01 septembre 2020
A la fonderie Poldi, des hommes désespérés relèvent l’espoir qui traîne dans la boue. Chose étonnante, on ne cesse d’inventer et d’aimer la vie même lorsque le cerveau en papier argenté engendre des images véreuses et que le torse écrasé sous les bottes crache du malheur. Nous ne ferons pas notre deuil de la beauté tant qu’il y aura des hommes pour abandonner menu, machine à calculer et famille afin de suivre une belle étoile.
(p.143) – « Poldi la belle »
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GlaneurdelivresGlaneurdelivres   02 septembre 2020
– Maison de repos Poldi, station balnéaire Konev, tout le monde descend.

La belle Poldi, c’est aussi une mare de goudron, des terrils, des baraquements et des dortoirs, des barbelés qui séparent l’usine des blés odorants et des jardins maraîchers. Les fenêtres ouvertes des dortoirs déversent une odeur d’urine, tels qu’ils se sont affalés après l’équipe de nuit, les dormeurs restent empilés sur les couchettes, poignets tendus pour la piqûre des seringues de lumière. Des types mal rasés, nuque cassée et mains déboîtées jouent aux cartes et leurs exclamations prennent valeur de cris de rage.
(p.147) – « Poldi la belle »
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wellibus2wellibus2   11 juin 2016
C'est encore une enfant, mais d'ici cinq ans un magnifique parasite s'éveillera peu à peu en elle, un parasite contenant des substances piquantes avec un petit goût de borax et qui inondera sa vie de bonheur.
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Video de Bohumil Hrabal (4) Voir plusAjouter une vidéo

[Bohumil Hrabal : Une trop bruyante solitude]
A la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT présente le livre du romancier tchèqueBohumil HRABAL : "Une trop bruyante solitude". Après en avoir lu les premières lignes, Olivier BARROT rappelle qui est Bohumil HRABAL, dans quelles conditions il a écrit et résume ce qu'il définit comme un conte philosophique.
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