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Critiques sur Peau d'Homme (18)
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Christophe_bj
  12 juillet 2020
A l'époque de la Renaissance italienne, Bianca, jeune fille de bonne famille, souhaiterait connaître le jeune homme qu'on lui destine avant de se marier, comme la Silvia du Jeu de l'amour et du hasard. Un objet inouï va pouvoir l'y aider : une peau d'homme, qu'elle pourra revêtir pour se transformer en garçon. Ainsi métamorphosée, elle va rencontrer son futur mari et faire des découvertes bouleversantes. ● Je ne suis pas un grand lecteur de BD, mais j'ai été attiré par la thématique de cet album, les genres et l'homosexualité, et par le récit qu'il développe. Je n'ai pas été déçu. Ces thèmes sont traités avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité. le graphisme est beau et précis, dans l'esprit de la ligne claire chère à Hergé. Plusieurs cases uniques en pleine page montrent des actions successives dans le même dessin, j'ai trouvé cela original mais comme je n'y connais rien peut-être est-ce un procédé habituel. ● Il se dégage de ces pages une grande leçon de tolérance et les racines du fanatisme, qui plongent dans la frustration de quelques-uns et la bêtise et le panurgisme de beaucoup, sont très bien rendues, comme le montre par exemple cette apostrophe au frère de Bianca, un moine extrémiste qui prend la tête du conseil de la ville : « Eh, moinillon ! Qui crois-tu tromper avec tes airs dévots ? Tu n'es qu'un hypocrite ! Avant nous étions fiers de notre ville ! Maintenant nous détruisons ses statues, ses peintures, tout ce qui en faisait la beauté ! Tout ça à cause d'un moinillon obsédé par la chair, rendu à moitié fou par les frustrations ! Va baiser, laisse nous vivre ! » ● le flou du lieu mais aussi de l'époque, qui n'est pas clairement précisée, confère au récit des allures de conte merveilleux, ce qui est renforcé par l'objet magique de la peau, et fait en sorte que l'histoire est aisément transposable à d'autres lieux et d'autres temps. Ce conte merveilleux se transforme parfois en conte érotique à la manière de ceux du XVIIIe siècle (Diderot, Crébillon fils, par exemple), et le dessin ose montrer les étreintes, tout en restant pudique et de bon goût. J'ai beaucoup aimé, je recommande !
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jamiK
  15 juin 2020
En guise de Testament, Hubert nous livre un véritable bijou, ode à l'amour, la beauté et la liberté. Il règle ses compte une dernière fois avec le puritanisme fanatique, contre tous ceux qui voient dans l'homosexualité une diablerie. C'est une oeuvre qui défend les causes homosexuelle et féministe, très militante et pourtant traitée avec légèreté et finesse, avec sensualité et poésie.
Ce roman graphique démarre comme un conte, l'action se situe dans une ville qui fait penser à Florence de la grande époque. Il y apporte une pointe de magie et de fantastique dans cette aventure avec cette peau d'homme dans laquelle Bianca se transformera en homme. C'est un superbe récit sur l'homosexualité, peut-être un des plus merveilleux qui ait été écrit sur le sujet à ce jour. le dessin de Zanzim, simple en apparence, mais très juste, sensuel et lumineux, met en valeur ce récit, plein de références à l'histoire de l'Art et à la littérature. Zanzim présente avec subtilité la confusion entre masculin et féminin pour servir parfaitement l'intrigue et pénétrer dans l'esprit des protagonistes. Une fois de plus, Hubert nous propose un éventail de caractères d'une étonnante richesse, il invente des personnages faits d'aspérités, de contradictions. L'aventure est épique, pleine de rebondissements, sensuelle et joyeuse, et pourtant, c'est avec une boule au fond de la gorge que je l'ai lue. Je ne peux détacher l'oeuvre de son auteur, Hubert a toujours laissé une grande part de lui-même dans ses histoires, et cette bande dessinée est pleine d'espoir, de rêve d'idéal, et pourtant… elle laisse un goût amer.
Hubert, tu nous manques.
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rosacalifronia
  17 juin 2020
D'ordinaire, bandes dessinées et romans graphiques ne m'attirent pas vraiment. "Peau d'homme" est une entorse à mes habitudes, certes, mais une belle entorse qui ne fait pas mal ! On notera évidemment la référence au conte de Charles Perrault, "Peau d'âne", même si l'histoire de Bianca est fondamentalement différente, car elle dénonce le mariage arrangé. La trame renaissante italienne se retrouve dans le magnifique graphisme. Les rappels historiques de l'époque de l'Inquisition et du moine Savonarole à Florence donnent une contenance supplémentaire au texte dont le sujet est avant tout le changement de sexe grâce à cette fameuse peau d'homme et la découverte du monde masculin à la Renaissance. Vous l'aurez compris, c'est un roman graphique totalement genré qui aborde l'histoire des femmes, l'homosexualité et le travestissement. Cette lecture m'a enveloppée comme une seconde peau ! Je dédie cette critique au scénariste Hubert décédé en février de cette année.
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Bdotaku
  12 juin 2020
Comme souvent dans les oeuvres D Hubert, le récit adopte la forme du conte traditionnel. Ceci se voit dès le titre qui est un clin d'oeil à l'oeuvre de Perrault "Peau d'âne". L'histoire se passe en un lieu et un temps indéterminés, mais comme dans « le Boiseleur », on peut reconnaître l'époque du la haute Renaissance et peut être l'Italie avec l'architecture et les noms choisis. On a une bonne marraine, un objet magique, une jeune fille pure et innocente (ce que souligne son prénom), une quête, des méchants au sein même de la famille ( et là on retrouve plutôt « les ogres-dieux ») et un dénouement en apparence heureux.

Le dessin coloré de Zanzim, faussement naïf, est à l'avenant : les héros sont très reconnaissables ( le nez de Giovanni, les grands yeux bleus de Bianca qui permettent de la retrouver aussi sous les traits de Lorenzo, la silhouette tout en raideur et les yeux noirs de Fra Angelo…) ; les décors sont épurés, les personnages cernés de noir dans la tradition de la ligne claire ; les visages- sans être caricaturaux- sont très expressifs et les sentiments sont souvent exprimés à l'aide de codes graphiques comme des petits tourbillons pour marquer l'émoi ou des nuages noirs pour signifier la colère. L'ensemble est d'une grande lisibilité. Les cinq chapitres du conte sont tous introduits par une page de titre avec des enluminures, on observe de nombreuse pleines pages qui décrivent une succession d'actions avec déplacements des mêmes personnages et se lisent de gauche à droite et de haut en bas ou encore des pages muettes souvent sans bordure de cases qui rappellent la composition des livres d'étrennes victoriens pour enfants.

Un conte libertin

Mais attention, ce livre n'est pas à placer entre toutes les mains ! Il s'apparente aux contes libertins et fourmille de petits détails coquins. Ainsi dès la page d'ouverture , on observe un détail incongru dans les enluminures : ne peut-on pas y voir, reproduit clairement au milieu de la page, un vagin ? On remarquera aussi la très drôle succession des plans quand la pucelle Bianca vêtue de sa peau d'homme découvre avec étonnement la transformation de son appendice masculin sous l'effet de ses caresses et ce qui s'ensuit ...avec le passage sans transition à un plan d'ensemble sur le parc de la marraine et ses statues crachant des jets d'eau… On citera encore le graphisme en ombres chinoises pour représenter les étreintes des amants qui reprend les représentations des théâtre d'ombres pornographiques du XVIIIe, la queue dressée des chats (allusion symbolique que l'on retrouve aussi dans « l'Olympia » de Manet) et bien sûr toutes les saynètes se déroulant en arrière ou en avant plan dans les scènes au « Chat qui louche » et le savoureux décalage de la double entente du poème du Peccorino et du contexte dans lequel il est déclamé. Bref, c'est drôle, léger, pétillant …et même oserait-on dire : jouissif !

Traité sur la tolérance

Pourtant, ce n'est pas qu'un simple exercice de style gratuit car Hubert aurait pu reprendre à son compte les mots De La Fontaine « en ces sortes de fables , il faut instruire et plaire / et conter pour conter me semble peu d'affaire » . Derrière la drôlerie et la légèreté, des sujets graves sont abordés. L'idée de cette oeuvre est venue au scénariste après les manifestations contre le mariage pour tous en 2013. Ecoeuré, blessé et même apeuré par les réactions haineuses à l'égard de la communauté homosexuelle, il a pensé écrire un brûlot inspiré de son expérience personnelle qu'il aurait intitulé « Débaptisez-moi » ! Ceci aurait été dans la continuité de « La ligne droite » dans laquelle il racontait la difficile acceptation de son homosexualité à l'adolescence dans un milieu catholique intégriste ou dans celle de l'ouvrage collectif « Les gens normaux » qu'il avait coordonné et dirigé et qui en dix témoignages en bande dessinée et cinq articles de spécialistes universitaires cherchait à faire réfléchir le lecteur sur la notion d'acceptation de soi et des autres, et interrogeait sur celle de « normalité » en prônant avant tout la tolérance.

Hubert, a finalement décidé de changer complètement de stratégie : plus de pamphlet ni d'attaque directe ; un détour par la fiction, le merveilleux et l'atemporalité ; un ouvrage très coloré (alors que « les gens normaux » mis en bande dessinée par dix dessinateurs différents était intégralement en noir et blanc) mais toujours un même message : celui de tolérance. A travers un langage résolument anachronique, il donne le mode de décryptage de son conte philosophique qui parle en fait de notre monde d'aujourd'hui et traite de problèmes sociétaux très actuels. Ainsi, il aborde certes la question de l'homosexualité et de sa diabolisation, mais également celle de l'homoparentalité, de la famille recomposée, de la montée des intégrismes, de la place de l'art et de la femme dans la société. L'héroïne est suffisamment subtile et intelligente pour contourner les obstacles et ne pas se laisser imposer sa voie : elle fera ses propres choix et restera maîtresse de son corps et de son destin de façon très avant-gardiste .C'est également elle qui assure la narration dans les récitatifs ; ceci constitue une dernière pirouette amusante puisque le lecteur de bande dessinée -majoritairement masculin- expérimente ainsi métaphoriquement ce que vit Bianca en se retrouvant, grâce à la voix off, dans la peau d'une femme avec un regard féminin qui n'épargne nullement la gente masculine ! Peut-être une expérience salvatrice pour certains… qui sait ?

Cet album merveilleux est aussi un merveilleux album, peut être l'un des plus joyeux D Hubert (malgré son épilogue doux-amer) entre Marivaux pour les quiproquo et la confusion de sentiments, « Victor, Victoria » de Blake Edwards pour la réflexion sur le rapport au genre et à l'identité et « Tootsie » et « Some like it hot » de Billy Wilder pour l'humour, les savoureux dialogues et le rythme. le tandem qu'il forme avec Zanzim, son complice de toujours fonctionne admirablement tout en se renouvelant. C'est donc avec une immense tristesse qu'on se dit que cet éblouissement crée par ce duo sera le dernier puisque le scénariste nous a quittés en février dernier… Si « Viva Lorenzo » fleurit sur les murs de la ville imaginaire, j'ai envie de conclure par un « Vive Hubert » !
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Vexiana
  02 juillet 2020
BD testament, Peau d'homme est un appel à la tolérance, une éloge à l'égalité et une critique éclairée du fanatisme.
Dans cette histoire fantastique aux allures de conte, nous suivons une jeune femme fiancée à un homme qu'elle ne connait pas. Afin d'en savoir plus sur lui, elle enfile une peau d'homme afin de pouvoir le fréquenter...chose impossible en tant de femme dans cette société aux relents de Renaissance italienne. Las, le futur mari s'éprend de l'avatar masculin de son épouse : Lorenzo.
Une BD intelligente et bien construite (comme tout ce que faisait le très regretté Hubert) qui apporte au lecteur beaucoup de sujets de réflexion et ne laisse pas indemne.
Côté dessin, Zanzim fait de l'excellent ravi, son trait souple et esquissé servant à merveille le propos.

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Cathy_lit
  07 juillet 2020
Bonjour, une petite bande dessinée aujourd'hui. Enfin petite pas tant que cela. je vous parle de Peau d'homme de Hubert et Zanzim. Qui n'a jamais rêvé d'être dans la peau du sexe opposé un moment pour savoir comment cela se passe dans une autre peau que la sienne? C'est ce qui est permis dans ce conte une peau d'homme va permettre à une jeune femme proche du mariage de connaitre davantage son futur mari. Et pour le connaitre davantage, elle va le connaitre davantage...
Nous sommes sous la Renaissance italienne et la religion, la virginité des femmes sont très importantes. Cette histoire raconte les genres, la sexualité, la liberté, l'amour mais aussi le poids de la religion des traditions. Un très beau conte j'ai adoré.
QUatrième de couv.Sans contrefaçon, je suis un garçon !
Dans l'Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c'était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d'homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d'un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d'homme, Bianca s'affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l'amour et la sexualité.
La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l'objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l'instrument d'une domination à la fois sévère et inconsciente ?
À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que. En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l'humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d'homme nous invite tant à la libération des moeurs qu'à la quête folle et ardente de l'amour.
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Lesvoyagesdely
  26 juin 2020
« Peau d'homme » est un roman graphique d'importance qui permet de réfléchir, de prendre du recul, sur le poids de la société, la condition féminine, le poids de ce que l'on attend de nous.
Le graphisme est vraiment dans le genre bande dessinée, mais il n'est pas désagréable.

Bianca vit dans une époque où elle est tenue à l'écart des hommes, où elle épouse un homme comme elle signe un contrat, et sans avoir le droit de le connaître avant.
Un mariage, qui n'est que comme une affaire, et chaque partie peut juste prier que ça va fonctionner, et va devoir faire avec, quitte à faire des arrangements.
Les femmes ne sont pas vraiment préparer non plus à la fameuse nuit de noces. Encore vierge, elle se fait dépuceler, sans rien savoir, et son seul but c'est de faire des enfants.
Que fait-on de l'amour ? du plaisir ?

Les femmes autant que les hommes sont bridés par les convenances, la société, la loi, ce qu'ils sont censés faire. Bianca est une femme intelligente, qui va s'affirmer de plus en plus au cours du récit. Elle réfléchit par elle-même, une chose très importante.
Dans sa famille, ils ont un secret, ils détiennent une peau d'homme. Ainsi Bianca va en profiter pour la revêtir et passait par un mélange d'émotions. Elle peut vraiment expérimenter ce que cela fait d'être un homme, et même un bel homme. Elle devient même à l'aise avec ce corps nu, car ce n'est pas vraiment elle-même, c'est comme un déguisement.
Ceci est également un élément intéressant, qui fait réfléchir.

En tant que femme, elle a moins de droits, certaines choses on lui en tient rigueur en tant que femme, mais pas en tant qu'homme, ce qui est profondément injuste. Elle a également des désirs, et la sexualité, être bien avec son corps, ça s'apprend comme le reste. Elle se retrouve dans une étrange situation de double jeu.

Mais son franc parler, son intelligence, son envie de changer les choses, son envie de garder sa liberté sont vraiment fort, important, et elle met en avant les travers de la société, les injustices, que ce soit en tant que femme, ou en tant qu'homme.
Un homme s'il couche avec plein de femmes on le glorifie, si une femme fait cela on la regarde de travers, traite de prostituée, etc.
Mais un homme doit également montrer sa virilité, se battre, etc.

Cette histoire, qui est à mettre entre toutes les mains, montre l'importance de la liberté, du libre choix, d'être avec quelqu'un qui nous aime vraiment pour ce que l'on est, qui nous fait nous épanouir, et être bien dans notre peau. Nous y voyons également le poids de la société, des codes de la société, pour chacune des parties. Elle fait se questionner sur ce que l'on peut croire savoir, sur des fonctionnements, sans oublier la religion. Dans cette histoire, le fanatisme religieux va encore en ajouter : des gens qui montrent trop leurs corps, etc.
Tout est également une question de mentalité, d'éducation, de rapport aux autres, de rapport à son corps, etc.
L'histoire met bien en avant différentes situations et permet de se questionner.

L'idée de la peau d'homme pour raconter l'histoire est excellente. Il est aussi bien de voir Bianca, même si elle se prend pas mal au jeu, tenter également de s'assurer sa vie en tant que femme, et donc dans sa propre peau.
Lien : https://lesvoyagesdely.wordp..
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Yokay
  13 juin 2020
Qui n'a rêvé un jour d'avoir un corps du sexe opposé et de vivre et de ressentir l'autre sexualité ? C'est l'opportunité qui est offerte à Bianca lorsqu'elle revêt la « peau d'homme », un « costume » magique bien gardé parmi les femmes de sa famille.
Un très beau conte, merveilleux et moderne à la fois, qui aborde tellement de thèmes : émancipation, magie, romanesque, féminisme, amour, sexualité, homosexualité, mariage, art, fanatisme et obscurantisme religieux, liberté, histoire, travestissement, libertinage, tolérance/intolérance, carnaval…et j'en oublie certainement. Une véritable ode à la liberté et la tolérance, nécessaire.
Le dessin de Zanzim est à la fois clair, naïf et caricatural, avec de belles grandes planches dynamiques qui combinent plusieurs scènes en une. J'apprécie la recherche historique sur la renaissance italienne (architecture, costumes, art), et les détails cocasses. Ironie, le célèbre peintre Fra Angelico voit son nom attribué à un moine fanatique qui détruit l'art jugé impie.
C'est vif, frais, fantasque, et toujours autant d'actualité. Un régal de lecture !
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Kmye
  09 juin 2020
Attention, vous êtes face à l'un des grands albums de l'année !

De prime abord, ce titre intrigue et inquiète peut-être aussi. Écrit en réponse aux réactions conservatrices et homophobes envers le mariage pour tous, « Peau d'homme » est toutefois bien plus qu'un énième traitement du sujet : un conte humaniste, à la portée de tous et à mettre entre toutes les mains.

Renaissance italienne. Jeune fille de bonne famille, Bianca doit épouser Giovanni, un charmant et (surtout) riche marchand. Bien que son futur époux jouisse d'une bonne réputation, Bianca aimerait apprendre à le connaître avant leur mariage, ce qui est évidemment impossible.
C'est là que cette intrigue classique de conte dépasse les limites du genre, car les femmes de la famille de Bianca ont un secret : une « peau d'homme » transmise de génération en génération, de femme en femme. Bianca devient alors Lorenzo, cette mue lui ouvrant les portes du monde des hommes, de la sexualité et de la liberté.

En plus de son sujet initial, cette fable moderne dénonce le danger de l'obscurantisme religieux, de l'ignorance et du rejet de l'autre, thèmes qui trouvent un écho particulier encore aujourd'hui. Les réponses sont là.
Vous aussi, revêtez votre peau d'homme !
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Tachan
  08 juillet 2020
Voici typiquement le genre d'album à côté duquel je serais totalement passée en librairie à cause de mes goûts graphiques mais qui a été sauvée grâce à une belle campagne de promos sur des blogs amis et sur les réseaux sociaux.

Peau d'Homme est avant tout un très bel objet publié chez Glénat dans sa collection 1000 feuilles où ils proposent des titres en grand format relié avec un papier de qualité et une très belle maquette, à l'image de la couverture que vous voyez plus haut. Ça m'a plu d'emblée surtout avec son rappel à l'art de la Renaissance. En prime, parmi les deux auteurs ayant commis cette bande dessinée, je connais assez bien Hubert, qui nous a quitté il n'y a pas longtemps, et dont j'avais adoré le travail dans les Ogres-Dieux l'an passé. Avec tous ces arguments, je n'avais plus aucune raison de me laisser arrêter par les dessins inhabituels (pour moi) de Zanzim. Et quelle claque ! J'ai vraiment eu raison de me laisser convaincre malgré le prix aussi assez élevé de l'ouvrage, 27€...

Dans cet album, les deux auteurs nous proposent de suivre une famille dans laquelle les femmes ont un secret connu d'elles seules : elles possèdent une peau d'homme qu'elles appellent Lorenzo. Une fois la peau revêtue, elles se transforment en homme et nul ne peut deviner qu'elles n'en sont pas un, ce qui leur permet de voyager incognito dans le monde des hommes et d'y vivre bien des aventures.

C'est sur ce concept très original que Zanzim et Hubert construisent une histoire dense et complexe, avec des messages très intéressants sur la place/le rôle de la femme, de l'homme, la recherche de sa sexualité, la vie de couple, et la liberté. Je ne m'attendais pas à trouver une telle richesse dans ce livre quand je l'ai commencé. Je pensais juste suivre une histoire fantastique avec une femme se déguisant en homme et vivant des aventures d'hommes, mais c'est bien plus que cela.

L'héroïne, Bianca, est une jeune fille de sa époque, appartenant à une famille riche qui doit se marier par intérêt et sans avoir son mot à dire. Sauf que ce n'est pas une fille soumise, elle est instruite, intelligente et a des idées qu'elle compte bien défendre. Ce sera la force de Peau d'Homme. Bianca est celle qui donnera un coup de pied dans la fourmilière et mettra tous les engrenages en marche. Elle poussera les gens autour d'elle à s'interroger et évoluer. Je l'ai beaucoup aimé, aussi bien sous ses autours d'homme que de femme, peut-être surtout dans ces derniers où l'on ressentait encore plus la richesse et la force de son caractère ainsi que le drame de ce qu'elle vivait.

Son alter ego, Lorenzo, m'a moins plu. Je le distingue d'elle, même si c'est le côté pile et elle le côté face, parce que je le trouve en un sens plus faible, plus fragile. Au début, ça m'a amusée de la voir se travestir et découvrir ainsi la vraie vie des hommes qu'on cachait alors aux femmes avec les discours horripilants qu'on pouvait s'attendre à entendre. Petit à petit la romance qu'elle va vivre m'a touchée, de même que les hésitations qu'elle va vivre et la fragilité qu'elle va ressentir. Sauf qu'au bout d'un moment, j'ai trouvé le personnage bien pâle et inutilement dramatique face à la forte et franche Bianca, qui elle, avait bien les pieds sur terre. du coup, heureusement le choix des auteurs dans la dernière partie de l'histoire m'a plu.

Ces personnages ne seraient rien sans celui qui les relie : Giovanni, le promis de Bianca. Il est en arrière-plan et pourtant, c'est avec lui que tout démarre. Les parents de Bianca veulent le lui faire épouser alors qu'elle ne le connait pas. Elle décide donc d'y remédier avec l'aide de sa marraine d'une façon fort originale. Et l'homme imbu de lui-même qu'on avait découvert à travers les yeux de Bianca au début, se révèle quelqu'un de bien plus doux et touchant sous ceux de Lorenzo qui apprend à le connaitre. Il va ainsi petit à petit former un vrai trio avec Lorenzo d'un côté et Bianca de l'autre.

La grande force du récit est le choix des auteurs de parler de la société de la Renaissance avec beaucoup de modernité autour de thèmes toujours d'actualité. Bianca, Lorenzo et Giovanni sont les héros d'un drame romantique propre à leur époque à cause des mariages arrangés qui avaient lieu autrefois mais qui résonne quand même en nous. Ce sera le point de départ pour évoquer le rôle qu'on veut attribuer aux femmes, les qualités qu'on leur attribue, ainsi que ce qu'on attend d'un homme mais aussi ce qu'on ne souhaite pas voir. Les auteurs en profitent pour nous offrir une belle ode à la liberté, sexuelle mais pas que. On parle de désir, de couple, de famille au sens large. L'homosexualité y a une grande place et tant mieux ! Ce que vivent les héros, on le voit encore de nos jours dans des couples où l'un des deux n'avait pas osé sa vraie sexualité avant. C'est donc très moderne et encore plus grâce aux réactions de Bianca.

En plus de ce récit assez intimiste, il est aussi question de religion et les auteurs fustigent avec humour et sérieux à la fois les extrêmes et ce à quoi ils peuvent conduire. Il y a des passages drôles et forts à la fois sur le port du voile, l'égalité homme-femme, et bien d'autres sujets que l'on peut retrouver encore de nos jours malheureusement. C'est un aspect que je ne pensais pas trouver dans ce récit et qu'on été agréablement surprise de voir traité.

Tout cela ne serait rien sans la science de la narration des auteurs, que ce soit graphiquement ou verbalement, c'est vraiment très réussi. Zanzim a développé un langage graphique qui a su transcender ce trait que je n'affectionnais pas à première vue. J'ai beaucoup aimé la composition tout sauf classique de ses pages, notamment quand il se joue de la continuité de l'action sur une même page, comme Hitchcock avec Fenêtre sur cour. Il reprend aussi les codes graphiques de la Renaissance avec talent et a une belle palette d'expressions pour ses personnages. Verbalement, Hubert est toujours aussi doué pour trouver la petite formule qui fait mouche et cela revient plein de fois pour notre plus grand plaisir. le mélange des deux est très savoureux et m'a marquée en tant que lectrice.

Alors que je partais avec beaucoup de réticences et que je n'étais pas du tout sûre de mon achat, je ressors totalement conquise de cette lecture. Peau d'Homme est un grand titre par les sujets qu'il défend, la science de la narration qu'il propose et la force de l'héroïne qu'il nous offre de découvrir. C'est un récit marquant qui le fait directement entrer parmi ces grandes BD dont je souhaite ne jamais me séparer et que je compte relire régulièrement à travers le temps. C'est un récit subtile et intelligent tout en sachant être drôle et cynique mais juste et défendant de belles valeurs, dont la plus belle : la liberté !
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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