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EAN : 9782743636609
345 pages
Payot et Rivages (12/05/2016)
4.12/5   24 notes
Résumé :
1922 au Havre : la paix revenue, c'est la crise économique. Le patronat, qui entend imposer une baisse des salaires, décide de passer en force dans cette ville « rouge » afin de sonner les organisations ouvrières françaises. La grève se durcit, mais le patronat veut qu'elle dégénère... Un grand roman noir historique et social dans la tradition de Jules Vallès et d'Emile Zola, par l'auteur des « Quais de la colère », son précédent succès dans la même veine (Albin Mic... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique

Un livre , une histoire à mettre en parallèle avec notre époque où certains jugent nécessaire de revoir nos conditions de travail et de vie .......

La France d'après guerre , la loi imposant les 8h/jour de travail a été promulguée le 23 avril 1919 et depuis le patronat ne décolère pas . Pour compenser les "pertes" de bénéfices malgré les énormes profits fait pendant la guerre ils décident unilatéralement de réduire les salaires de 10% et c'est à Rouen , ville dites "rouge" qu'ils décident de l'appliquer en premier . C'est l' histoire de la grève historique qui en résulte que nous narre l'auteur en y mêlant adroitement personnages et faits réels et authentiques à de la fiction . Un grève qui se terminera dans le sang ( 4 morts ) et le déni total de la démocratie par les autorités françaises.

Même pas un siècle nous sépare de ces faits et le patronat rêve toujours de supprimer les 8h/jour et autres conditions de travail acquises par la sueur et le sang de nos ainés .

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Dans Les émeutiers, Philippe Huet relate l'une des grandes pages de l'histoire du mouvement ouvrier écrite au Havre, en 1922. Après la boucherie patriotique au cours de laquelle les grandes fortunes se sont bâties grâce à la vente d'armes, la journée de 8h00 passe mal auprès des patrons : “Le patronat pleure sur la loi des huit heures de travail – votée en 1919 -, qui le crucifie, gémit sur les bénéfices perdus et les dividendes écornés, ne pense qu'à rogner sur les salaires pour s'en sortir”. En représailles, les patrons baissent les salaires de 10 %, espérant une révolte qu'ils pourront mater et citer en exemple de leur intransigeance : “Ils misent sur les dissensions entre courants réformistes et révolutionnaires, sur le désarroi du militant de base confronté à un tumulte politico-idéologique qui le dépasse".

Les métallos entament une grève très populaire auprès de l'opinion publique, qui s'étend rapidement à d'autres secteurs de l'économie jusqu'à la grève générale, chacun ayant bien conscience que ce ballon d'essai patronal n'est que le premier pas vers une régression sociale généralisée.

La première scène du roman est poignante. Des enfants de grévistes que leurs parents ne peuvent plus nourrir, sont réunis en convois pour être envoyés, grâce à la solidarité de classe, dans des familles d'accueil qui les hébergeront dans l'attente de jours meilleurs. Philippe Huet a créé des personnages représentatifs du mouvement, un ouvrier dont la femme se suicide par désespoir, un jeune journaliste qui couvre les événements, un policier parallèle, nervi bénallien à la solde du pouvoir, aux méthodes supra-légales couvertes. Il a également donné un rôle à Louis-Ferdinand Destouches, que bon nombre de ses patients ont surnommé “le médecin des pauvres”. Si Philippe Huet précise que le faire figurer dans son roman n'est que pure fantaisie de sa part, il n'en reste pas moins vrai que cette fantaisie est compatible avec la biographie de celui qui deviendra Céline.

Nul suspense dans cette page d'histoire à l'épilogue connu : le 26.08.22, les forces prétendument de l'ordre chargent, abattent 4 manifestants. Après 111 jours de grève, les ouvriers reprennent le travail. le 17.11.22, sous la pression des députés de gauche, le président du Conseil, Raymond Poincaré, se résigne à demander l'ouverture d'une enquête parlementaire sur la tuerie institutionnelle. Quatre-vingt-douze ans plus tard, on attend toujours ses conclusions.

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Le Havre. 1922. Les métallos sont en colère et en grève. Dans sa grande mansuétude et profitant de la reconversion industrielle de l'après-guerre le patronat a décidé une baisse des salaires. Un journaliste local va suivre ces événements au plus près.

L'auteur de romans noirs s'est découvert une « fibre sociale », une attirance pour le début de ce siècle et s'est offert de longues périodes d'immersion dans les archives. En 2004 Philippe Huet, Havrais de coeur, a consacré son roman Les quais de la colère a une affaire qui fut qualifiée ainsi : « Affaire Dreyfus du pauvre ». Il n'a pas souhaité en rester là et a proposé en 2015 Les émeutiers. Avec le feu aux poudres, dernier volet à paraître au mois d'avril 2016, c'est ainsi une trilogie qui retrace l'histoire de cette région marquée par des luttes sociales et par, je le cite, « une véritable épopée ouvrière ».

Le récit s'ouvre sur l'image terrible de ces enfants que l'on a regroupés pour quitter la région et rejoindre leurs familles d'accueil. Cette grève met les familles à genoux. On connaît cette histoire de marmite à faire bouillir. Mais les métallos sont à fond dans leurs convictions, il ne faut pas lâcher. Les plus acharnés, les syndiqués répondent présents pour remonter le moral de leurs camarades. Il ne faut pas lâcher. Certains seraient tentés. Toujours cette histoire de marmite. Les femmes ont leurs mots à dire. Elles y trimaient dans ces usines pendant que leurs hommes se faisaient tirer comme des lapins. La Grande Guerre a laissé des traces chez les femmes et les hommes. Il ne faut pas lâcher. Dans ce contexte pesant et survolté, on va suivre Victor Bailleul l'ouvrier téméraire et le journaliste du Havre-Eclair Louis-Albert Fournier. La situation va devenir insupportable lorsque l'ultimatum est lancé : la garde va charger si la grève ne cesse pas.

La suite sur : http://bobpolarexpress.over-blog.com/2016/05/pas-de-paix-pour-le-havre.html


Lien : http://bobpolarexpress.over-..
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1920, les patrons de la métallurgie (le Comité des Forges) décident de baisser les salaires des ouvriers du Havre.

Philippe Huet nous plonge au cœur de la grève des métallos : 111 jours d'espoir, de désillusions, de faim, de solidarité...

Les manœuvres politiciennes, les hésitations, les petites ou grandes trahisons de la presse, des édiles solidaires "mais quand même"...

Un grand roman d'aventure ouvrière, une écriture qui nous entraîne aux côtés des protagonistes. l'émotion est au rendez vous, sans aucune sensiblerie.

Une page d'histoire à redécouvrir.

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Après « Les quais de la colère », publié en 2005, l'ancien journaliste Philippe Huet poursuit sa radioscopie des luttes sociales dans la ville qu'il affectionne : le Havre, « ce cul-de-sac tendu vers l'infini ».

Nous sommes au tout début des années 1920. Quatre ans plus tôt, les hommes sont revenus d'une guerre qui a laissé 9 millions de morts et 8 millions d'invalides et marque l'entrée définitive dans le vingtième siècle.

Alors que les combattants auraient dû être accueillis comme des héros, ils réintègrent leurs usines et sont de nouveau exploités par des patrons dont les affaires sont moins florissantes depuis la fin des hostilités. La misère est si manifeste que les ouvriers doivent se résoudre à envoyer leurs enfants à la campagne dans des familles d'accueil. Une grande grève se déclenche non seulement pour exiger une amélioration des conditions de travail et une hausse des salaires mais aussi pour fonder une autre société. La révolution russe de 1917 a fait des émules...

Alors que le louvoyant maire Léon Meyer tente de gérer la crise, Paris prend l'affaire très sérieux.

Incarnée par des personnages forts et dignes, à l'instar de Victor, cette page de l'histoire du port nous permet de retrouver avec plaisir l'attachant journaliste Louis-Albert Fournier, toujours marqué par l'affaire Durand et toujours épris de la fille d'Hottenberg, le négociant en charbon qui pressent que son activité est sur le point de disparaître.

On attend avec impatience la suite qui s'intitulera « Le feu aux poudres ».


Lien : http://papivore.net/litterat..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation

Taissandier est en pleine débandade. Protégé par son chauffeur, il reflue précipitamment vers la gare, s'engouffre dans l'immense salle des pas perdus. Mais la horde déchaînée est déjà sur lui. Il fuit, le puissant patron, regardez comme il décampe ! Transpirant, essoufflé, paniqué. Cette déroute embrase les rancoeurs et les humiliations. Se venger ! Les femmes rattrapent le gros homme, s'agrippent à ses manches, aux pans de son veston. Elles l'injurient, lui crachent au visage, tandis que d'autres se rassemblent, se vengent sur sa belle voiture à l'abandon.

[...]

Un voile rouge submerge Antoinette. Taissandier a perdu son feutre, et elle tente de lui tirer les cheveux, de lui lacérer le visage, repoussée par le chauffeur qui mouline des deux bras. Mais il ne peut rien contre la meute des possédées, contre Antoinette qui bataille au premier rang. Elle s'est échappée d'elle-même, s'enivre d'une rage sanguinaire. Le tuer, l'éventrer, disperses ses entrailles aux quatre vents. Qu'il aille empester ailleurs ! Le châtrer, oui, le châtrer ! Pour que cette race ne puisse plus jamais se reproduire, pour qu'elle n'ait plus à souffrir, à mendier, pour que ses enfants puissent manger, pour que...

Pages 29-30

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"Et avec, elle ne vaut pas lourd non plus, songe Victor toujours d'une humeur massacrante. Tu dors, tu te lèves, tu te couches, tu bosses, tu pointes, tu fais des gosses parce qu'il faut bien renouveler le cheptel, tu touches une paie de misère qui te laisse à poil les quinze derniers jours du mois, fait de toi un mendiant de l'épicier, un suppliant de l'huissier dont tu dois lécher le cul alors que tu voudrais lui mettre la tête au carré. Pas seulement la sienne d'ailleurs. T'as envie de bousiller tout le monde, l'univers entier, même le mec que tu croises par hasard dans la rue, qui n'y est pour rien, parce qu'à ce moment-là, un volcan explose dans ta pauvre caboche... Et le comble, c'est que tu pleures lorsque cette salope d'usine te vire, qu'il n'y a plus de boulot, et que tu n'as qu'à fermer ta gueule..."

Page 17

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- Vous n'allez pas publier ça, hein, Fournier ? Trois cent ou quatre cent morts... Dans ma ville ! Il est fou. Pas cette phrase... faut pas, mon petit Fournier.

- Je vais me gêner, raille Louis-Albert.

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Victor Bailleul appuie comme un damné sur les pédales, avale la pente du pont Denis-Papin au sprint.

– Oh ! On n’est pas au Véld’Hiv ! gueule l’un de ceux qui peinent dans son sillage.

– T’es pas en balade non plus !

Ce n’est pas le moment de lui chercher des crosses. Ses gosses ! Ils lui ont pris ses gosses. Ou c’est tout comme. Il était obligé, ils l’ont obligé. L’évidence ne lui est apparue que ce matin, quand ils ont quitté la maison. Jusque-là, leur départ ne constituait qu’une péripétie, qu’un épisode de la lutte. Pas marrant, certes, mais rien n’était marrant dans un grève. C’était dur, et il fallait être dur. C’est ce qu’il tentait de démontrer pour convaincre Antoinette. Et puis, il y a eut ce matin… La colère est montée en lui, par bouffées de plus en plus violentes, et maintenant il est en rage. Quand il y pense, et là, il ne pense qu’à ça, il a des envies de tuer. De les tuer. Victor veut bien tout supporter, tout encaisser du moment qu’il est responsable. Prendre des coups, donner des coups, c’est dans la logique des choses. La lutte, c’est la lutte. Les patrons d’un côté, les prolétaires de l’autre. Mais les enfants, qu’est-ce qu’ils ont fait ? S’attaquer aux enfants, c’est s’attaquer à l’innocence. Est-ce juste de vouloir les affamer ? De les arracher à leurs mères ? Au moment d’embrasser Henriette et Marcel, il s’est senti anéanti, vidé de toute énergie, comme assommé par un coup de massue. Prêt à renoncer, à se renier. Ce n’est pourtant pas son tempérament. Mais Dieu que c’était dur. Pas seulement à cause des gosses, mais à cause d’Antoinette aussi, dont on voyait bien à travers ses sourires un peu paumés qu’elle avait une tête à pleurer. Quand il y pense, et il ne pense qu’à ça, la révolte dévore Victor jusqu’aux entrailles. Il brutalise sa bécane, et si les copains l’emmerdent d’un peu trop près, ce sera le même régime.

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Le Havre, l'avait-on prévenu, est un foyer - sans doute le plus important en France -, où bouillonnent dangereusement idées subversives et pensées révolutionnaires. [...] Dix ans donc, qu'Adriano Ciotta se consacre à la surveillance du mouvement ouvrier havrais. En marge de la police officielle, et avec une équipe de spécialistes. "Surveillance" étant un doux euphémisme. Ciotta traque les militants, infiltre les syndicats, fiche les agitateurs, opère des perquisitions arbitraires, saisit tracts et publications, utilise la panoplie complète de l'intimidation. Et au moindre prétexte, celui de trouble à l'ordre public notamment, Ciotta arrête, Ciotta enferme.

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Vidéo de Philippe Huet (II)
Rencontre à la librairie La Galerne avec Philippe Huet pour la parution de "Nuit d'encre".
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