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Critique de Nelja


Nelja
  14 juin 2013
J'avais entendu parler de "Cromwell" comme de la pièce que Victor Hugo avait écrite quand il était jeune, royaliste et très fan de Shakespeare. Au total, ça rend très bien !

Le principe de base : Cromwell, avec des alliés puritains et républicains, a fait exécuter le roi Charles I et règle, de fait, sur l'Angleterre. Il se prépare à se faire lui-même sacrer roi.

Le premier acte commence avec une conspiration pour l'assassiner le jour de son couronnement. Elle mêle des partisans de l'ancien roi (qui, à part leur chef, sont plutôt le genre joyeux fêtards), et des puritains intégristes de la république qui pensent que c'est un sacrilège. Autant vous dire que même s'ils sont d'accord sur le principe, on ne peut pas dire qu'ils s'entendent bien... vu le grand nombre de persos, j'avais peur de m'y perdre, mais non, chacun est bien écrit, a son histoire personnelle, entre celui qui a un ami fidèle dans la garde de Cromwell, le poète qui embête tout le monde avec ses vers, celui qui a été rendu fou par des années de prison... certains sont des nobles âmes, d'autres sont lâches et intéressés, d'autres juste intégristes, certains ne comprennent pas dans quoi ils s'engagent, il y a même un espion de Cromwell.

J'aime la façon dont Hugo évite le manichéisme par le mélange de motivations dans le même camp. Cromwell lui-même est un politicien manipulateur, hypocrite et parfois cruel, mais sa lucidité, et ses remords occasionnels font qu'il est facile d'avoir de la sympathie pour lui. Quant à ses semi-échecs dans sa vie de famille ou politique, je suppose que selon vos goûts il est possible de le compter pour ou contre lui... et j'adore comment il maîtrise la petite phrase à double sens.

Et ensuite, dans les actes 2 à 5, tous ces personnages aux loyautés divergentes sont lachés pour constituer le scénario, avec un certain nombre de retournements et de combinaisons inattendues. C'est là que Victor Hugo veut imiter Shakespeare, il y a un mélange constant entre la tragédie et la farce ; il y a de nobles motivations et des conclusions brillantes, et à côté de ça il y a des malentendus ridicules. D'habitude je déteste l'humour basé sur ça. Mais là, vu comme ils s'intègrent au scénario, l'humour gras en tourne presque à de l'ironie désabusée, à du "à quoi tiennent les trônes". Donc, même si je trouve que ça tire parfois sur la corde, je n'ai pas trouvé que ça se mélangeait mal avec le plot. J'irai même jusqu'à dire que c'est une idée brillante d'avoir un des comploteurs qui croit que sa "romance" avec la fille de Cromwell va faire triompher l'amour, alors que non, il est dans une histoire purement politique (accessoirement, elle n'a pas remarqué son existence)

Sinon, bien sûr, on peut être gêné par certains points idéologiques. Un mélange de royalisme et de foi très naïve dans le peuple, avec une pincée d'antisémitisme. Mais bon, il était jeune, et au moins, même cela reste servi avec ses nuances.

Une agréable surprise pour moi, j'ai plus aimé que certaines des pièces plus connues de Hugo.
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