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Pierre Albouy (Programmeur)Roger Borderie (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070418715
Éditeur : Gallimard (31/01/2002)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 688 notes)
Résumé :
Pour Paul Claudel, il s'agit "d'un album de lithographies épiques et paniques", rien de moins que "le chef-d'œuvre du grand poète". Victor Hugo a écrit L'homme qui rit en deux années, de 1866 à 1868, peu de temps après la publication des Travailleurs de la mer. S'il demeure parmi les plus méconnus des romans d'Hugo, qui souffrit même de son insuccès, L'homme qui rit est un impressionnant tableau de l'Angleterre aristocratique de l'orée du XVIIIe siècle, au temps de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (72) Voir plus Ajouter une critique
raton-liseur
  26 février 2011
Un livre qui m'a coupé le souffle… Peut-être à cause des grandes phrases et des amples descriptions, mais surtout pour le côté envoûtant de sa lecture.
Une lecture qui n'est pas facile, un livre qui se gagne à la force du poignet… J'ai pu y rester plongée, happée pendant des heures et m'apercevoir que je n'avais pas parcouru 100 pages (d'un pavé qui en compte plus de 600 dans mon édition de poche). Mais que c'est agréable, que cela fait du bien à l'esprit de lire ces lignes érudites, travaillées, intelligentes (ne me croyez pas pédante ou élitiste ou intellectualiste, je ne pense être rien de tout ça, j'aime juste, de temps à autre, que l'on s'adresse à mon intelligence, qu'une lecture soit ardue, mais que cela en vaille la peine)…
C'est vrai que les longues digressions, les énumérations des lords et de leurs titres, possessions ou privilèges peuvent parfois être rébarbatives et il m'a fallu un peu de volonté parfois pour ne pas sauter quelques pages assommantes. Mais L'Homme qui rit n'en reste pas moins un livre prenant et passionnant.
Arrivée à ce point de ma critique, il faut que je confesse que ceci est en fait le premier livre de Victor Hugo que je lis (à l'exception d'une version abrégée des Misérables il y a bien longtemps et du survol d'un ou deux ouvrages…). Je ne sais trop comment j'ai entendu parler de ce livre, certes pas l'in des plus connus de Victor Hugo, mas je me souviens avoir tenté de le lire lorsque j'avais 16 ou 17 ans. C'est donc une relecture que j'ai faite ici, plus longue, plus attentive, où les digressions ne m'ont pas gênée dans mon envie de connaître la suite de l'histoire.
Et ce qui m'a le plus frappée, peut-être, c'est le sarcasme permanent dont Victor Hugo tisse son récit et ses descriptions du système politique anglais. Une royauté, où le bon vouloir du roi fait office de loi… Comment Victor Hugo, le pourfendeur de Napoléon peut-il en faire l'apologie, si ce n'est sur le ton de l'ironie mordante, où chaque phrase est un dard acéré planté dans le plumage de l'aigle fossoyeur de la Révolution et de ses idéaux. Je ne m'attendais pas à ce ton ironique, à cette écriture sempiternellement au second degré de la part d'un auteur que l'on pare d'habitude de tous les oripeaux du sérieux et de la gravité. Cela rend cette lecture jubilatoire, pleine de sourires en coin et de petits rires sous cape, certainement pas ce à quoi je m'attendais de la part d'un des monstres sacrés de notre littérature nationale !
Un mot de l'intrigue tout de même. L'Homme qui rit est Gwynplaine, enlevé enfant et défiguré afin d'en faire un animal de foire, et ce sur ordre du roi du fait d'une filiation gênante. Mais Gwynplaine vit heureux, ignorant ses origines, adopté par un philosophe bourru et son loup, aimé d'un amour pur par l'aveugle Déa. Les évènements, la fatalité, les jalousies et les mesquineries des grands de ce monde viendront troubler ce bonheur simple, le spectacle d'autrui se débattant dans la toile d'un difficile destin étant le remède préféré des aristocrates pour occuper leur oisiveté ostentatoire et leur mépris sans borne de ceux qui ne se sont pas donné la même peine qu'eux pour naître là où il fallait. Vient alors le temps des choix, mais aussi celui des désillusions quand celui qui se croit un destin, une mission, s'aperçoit qu'il ne peut rien contre la bêtise ou l'institution en place.
Une intrigue aux ressorts usés et re-usés dans la littérature, le gentil homme du peuple opposé aux aristocrates pervertis, mais Victor Hugo sait donner un tour particulier à son histoire et sait nous tenir en haleine, soit par des retournements de situation bien menés soir par des digressions au verbe maîtrisé. Et ne nous y trompons pas, sous couvert d'un roman historique, Victor Hugo parle bien de son présent, mais de notre présent aussi. Les systèmes politiques ont évolué en apparence, mais pas toujours dans les faits et cette oeuvre demeure d'une grande actualité.
Une très belle lecture pour de longues après-midi faites de solitude et de concentration. Je ne peux que recommander, encore et encore.
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Gwen21
  21 janvier 2019
"L'homme qui rit" a beau être l'un des romans les plus connus de Victor Hugo, et peut-être, avec "Les Misérables", celui qui a le plus inspiré les sphères littéraire et cinématographique, on aurait tort d'y voir un roman.
De son propre aveu, Hugo se fait ici à la fois romancier, philosophe, historien et poète. D'où la richesse incroyable de l'oeuvre au final.
"L'homme qui rit" est le premier volet d'une trilogie qui devait traiter, dans cet ordre, de l'aristocratie, de la monarchie et de la révolution. Si le troisième tome, "Quatrevingt-treize" a bien été produit, le roman sur la monarchie n'aura, quant à lui, jamais vu le jour.
Pour le lecteur qui pense aborder un "simple roman", "L'homme qui rit" risque d'ennuyer car ce grand drame social laisse la part belle aux analyses tantôt politiques, tantôt philosophiques et tantôt historiographiques d'un auteur très documenté et très averti. C'est d'ailleurs là un reproche qu'on peut faire à Hugo, lorsqu'il a fouillé un sujet à fond - et c'est son habitude -, il veut le restituer avec un peu de trop de minutie, ce qui alourdit globalement la narration.
Non pas que ses analyses soient inintéressantes, bien au contraire mais elles créent des longueurs, nous faisant abandonner les personnages pendant parfois des chapitres entiers. Au coeur de ces dissections qui se font dissertations, se trouvent des thèmes forts et universels : la destinée, le devoir et le pouvoir, le divertissement et le plaisir, l'amour, les vices et les vertus, la richesse et la pauvreté, la vérité et la justice, etc.
Enluminant le récit, la plume admirable, miracle de finesse, de précision et de poésie tout à la fois. Absolument personne n'écrit comme Hugo, le poète se dissimule mal derrière le romancier. Sa puissance d'évocation n'est comparable à aucune autre, on est téléporté dans l'univers qu'il crée pour nous ; qu'il soit noir ou lumineux, peu importe, Hugo brille dans tous les registres.

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berni_29
  31 décembre 2018
L'homme qui rit, c'est une déchirure sur le visage d'un enfant qui en restera marqué à vie. C'est la déchirure indélébile qui crée la monstruosité sur le visage de cet enfant et n'enlève en rien son humanité. Bien au contraire...
J'aime beaucoup l'oeuvre de Victor Hugo, ses romans, sa poésie, ses pièces de théâtre. Mais par-dessus-tout, un récit se dégage dans cet amour, celui-ci, L'homme qui rit, je ne sais pas encore pourquoi. Victor Hugo est un auteur immense, généreux, humaniste, empli de contradictions, entier.
C'est un roman noir très noir, mais pas forcément au sens où on l'entend aujourd'hui. Il y a aussi dans ces pages sombres beaucoup de lumière.
C'est l'histoire d'un enfant, Gwynplaine, marqué à jamais par une cicatrice que des brigands lui ont infligé en lui déchirant son visage de part en part et qui lui donne en permanence une étrange façon de sourire, un sourire figé dans une grimace. C'est cette grimace qui porte le roman et en fait une des oeuvres les plus belles et les plus émouvantes de Victor Hugo.
Gwynplaine est un enfant mutilé, destiné à devenir par cette cicatrice l'homme qui rit, à être sans cesse comique au dehors et tragique au-dedans. Il est hideux jusqu'à la fin de son existence, mais sa laideur cache une beauté intérieure sublime.
J'ai aimé cette prose magnifique qui concilie la blancheur de l'innocence au côté sombre de la monstruosité. Je sais bien que ce côté binaire peut paraître simpliste, mais sous la plume de Victor Hugo, cela en fait un chef d'oeuvre. C'est pour moi un roman énorme dans tous les sens du terme.
Victor Hugo fait entrer dans ce livre la pureté et l'innommable. C'est là tout l'art de cet écrivain, que celles et ceux qui l'admirent comme moi sauront reconnaître. En écrivant cette chronique, je me demande même si notre monde a changé depuis l'époque où Victor Hugo a situé son récit. L'humanité est-elle si différente trois siècles plus tard ?
Tout commence par l'abandon d'un enfant de dix ans par des brigands sur une côte anglaise en janvier 1690.
Au départ, Gwynplaine est abandonné sur le rivage par les Comprachicos, ceux qui achètent des enfants pour les défigurer et puis les revendre. L'enfant marche péniblement dans la neige avec une obstination admirable. C'est l'hiver, une saison qui indigne Victor Hugo par-dessus tout, parce qu'elle fait souffrir les pauvres gens, et ça Victor Hugo ne le supporte pas.
Il va rencontrer une petite fille dans la neige, qui s'appelle Dea, elle a un an et est aveugle. Sa mère est morte à cause du froid. Gwynplaine la recueille.
Comme elle est aveugle, Dea ne voit pas le visage de Gwynplaine, le visage d'un monstre qu'elle va aimer parce qu'elle ne le voit pas et qu'il a une âme sublime.
Dea est une étoile tombée du ciel. Elle est une étoile dans le ciel de Gwynplaine.
Oui je sais, présenté comme cela, la situation paraît un peu fleur bleue. Mais c'est sans compter sur le souffle lyrique et politique de Victor Hugo, indigné par la misère, l'inégalité sociale.
Et c'est cela qui va conduire Gwynplaine à se saisir d'un destin fabuleux, de devoir franchir les méandres d'une intrigue vertigineuse, pour notre plus grand plaisir.
Les enfants sont recueillis par Ursus le saltimbanque, philosophe de surcroît, généreux, qui sillonne les routes d'Angleterre avec sa vieille guimbarde et son compagnon de loup, Homo. Il décide de recueillir ces deux enfants perdus, abandonnés, malgré le peu qu'il a à partager.
Ce n'est pas un hasard si l'une des premières scènes du livre est celle d'un gibet, dans une description horrible. Sous l'effet du vent le gibet s'agite, les corbeaux s'acharnent pour dévorer les quelques morceaux de chairs qui battent dans le vent. Victor Hugo s'élève contre la peine de mort depuis longtemps. C'est sa manière ici de poursuivre son combat humaniste.
C'est un roman sur la monstruosité humaine. Mais les monstres ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Alors que la laideur de Quasimodo était un hasard de la nature, la disgrâce de Gwynplaine est un forfait de l'homme et par ordre du roi, à cause d'une filiation gênante. C'est bien ainsi que Victor Hugo pose l'objet de ce livre. La cicatrice de Gwynplaine est le fait des hommes et du pouvoir.
C'est la symbolique du peuple transformé en monstre par les puissants, par la monarchie. On pourrait presque transposer cela, ici et maintenant.
C'est un livre qui questionne l'humanité, ce qu'elle est, là où elle se trouve parmi la monstruosité de nos vies. On dirait presque que ce roman n'a pas pris une ride deux siècles plus tard, qu'il est incroyablement actuel.
Il me semble important de lire et relire cette oeuvre lucide. Victor Hugo parle de notre présent à quelques distances de nous. J'ai l'impression que ce roman continue de questionner ce que nous sommes.
Qu'en pensez-vous ?
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bouquine
  12 décembre 2012
L'homme qui rit fait partie des livres que je suis sûre de ne jamais oublier. Un grand Hugo mais c'est un pléonasme, non ? Respect Victor !
L'histoire tient du génie et Victor HUGO est un virtuose.
Pour la forme, on y retrouve l'écriture foisonnante, passionnée, grandiloquente, lyrique de l'auteur. Pour le fond, c'est un pamphlet violent dénonçant l'injustice.
En quelques mots : Un enfant est abandonné sur une plage anglaise. Il s'appelle Gwynplaine et recueille un bébé qui gisait auprès de sa mère morte de froid. L'errance les mènera jusqu'à un bateleur qui comprend que Gwynplaine a été mutilé, atrocement défiguré. Pour les faire vivre, l'homme montera un spectacle mettant en scène l'orphelin. Gwynplaine sera alors connu jusqu'à Londres sous le nom de L'Homme qui Rit.... le mythe du monstre avec un coeur pur, comme dans Notre Dame.
C'est un récit à couper le souffle avec des descriptions formidables d'une nature déchaînée. Comme j'ai pu le lire dans plusieurs critiques, c'est vrai, le trait est un peu appuyé. On y trouve de nombreuses variations sur le même thème et une vision un peu manichéenne de l'âme humaine, noirceur ou pureté sans nuance selon les personnages.
Le compte détaillé par le menu du cérémonial des Pairs d'Angleterre est pour le moins lassant, mais cet aparté n'enlève rien à la force du roman.
La Scène de l'enfant au pied du gibet où tournoie un pendu secoué par la tempête et disputé par les corbeaux venus piller la dépouille, avec les bruits lugubres de la chaîne du supplicié, du vent déchaîné et des oiseaux fossoyeurs, est, je pense, l'une des plus fortes de la littérature. du moins, pour ce que j'en connais…c'est-à-dire, pas grand-chose, comme dirait Nastasia !
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Fifrildi
  09 février 2017
J'ai découvert L'Homme qui rit (1869) dans l'intégrale numérique de Victor Hugo aux éditions Arvensa. Sur ses 13 romans, c'est le seul dont je n'avais jamais entendu parler. Victor Hugo est pour moi une (belle) découverte. Avant de lire (très récemment) le dernier jour d'un condamné, je n'avais rien lu de lui.
Ce livre est magistral et bouleversant.
Pour commencer, il y a Ursus le philosophe et son loup Homo. Puis arrive cette nuit du 29 janvier 1690 : un enfant de 10 ans est abandonné par des comprarchicos (vendeurs d'enfants) sur la côte. Cet enfant c'est Gwynplaine et il a été abominablement mutilé au visage. Il va être recueilli par Ursus après avoir trouvé un bébé, une petite fille. Une petite famille recomposée voit le jour... et vit (probablement) une vie tranquille pendant 15 ans.
Ensuite l'auteur nous présente tour à tour les autres personnages qui vont sceller leur destin comme Barkhilphedro le “déboucheur de bouteilles de mer”. C'est une véritable fresque qui se dessine mot à mot et c'est vraiment un plaisir de lecture. J'ai trouvé la narration un peu particulière car on se retrouve souvent embarqué dans de longues descriptions (expl. structure et hiérarchie de l'aristocratie). Cela peut sembler rébarbatif mais c'est indispensable pour prendre toute la mesure du drame qui se joue.

En faisant quelques recherches j'ai vu qu'il y avait eu plusieurs adaptations cinématographiques. La plus récente a été réalisée par Jean-Pierre Améris (2012) – je n'en n'avais jamais entendu parler non plus – et la plus ancienne est de Paul Leni (1928). J'ai regardé la bande-annonce du film de 2012 mais cela ne m'a pas donné envie de le voir. J'y ai entrevu des modifications disons mélo-dramatiques et je préfère rester dans l'ambiance de l'original.
Pour la petite histoire... J'ai lu sur le net que le personnage de Gwynplaine (et surtout l'acteur Conrad Veidt – le Gwynplaine de 1928) avait inspiré celui du Joker!!
Bref, c'est un livre que je vais relire mais dans sa version papier : les pavés sur liseuse c'est vraiment fatiguant!
Challenge multi-défis 2017 (24)
Challenge pavés 2016-2017

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Citations et extraits (279) Voir plus Ajouter une citation
Love-of-bookLove-of-book   15 avril 2019
Voir des apprivoisements est une chose qui plait. Notre suprême contentement est de regarder défiler toutes les variétés de la domestication. C'est ce qui fait qu'il y a tant de gens sur le passage des cortèges royaux.
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Love-of-bookLove-of-book   15 avril 2019
Un vieux homme est une ruine pensante ; Ursus était cette ruine -là.
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Love-of-bookLove-of-book   15 avril 2019
Le solitaire est un diminutif du sauvage accepté par la civilisation. On est d'autant plus seul qu'on est errant.
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Gwen21Gwen21   07 janvier 2019
Cromwell disait : Je veux qu’on respecte la république anglaise comme on a respecté la république romaine ; il n’y avait plus rien de sacré ; la parole était libre, la presse était libre ; on disait en pleine rue ce qu’on voulait ; on imprimait sans contrôle ni censure ce qu’on voulait ; l’équilibre des trônes avait été rompu ; tout l’ordre monarchique européen, dont les Stuarts faisaient partie, avait été bouleversé… Enfin, on était sorti de cet odieux régime, et l’Angleterre avait son pardon.
Charles II, indulgent, avait donné la Déclaration de Bréda. Il avait octroyé à l’Angleterre l’oubli de cette époque où le fils d’un brasseur de Huntingdon mettait le pied sur la tête de Louis XIV. L’Angleterre faisait son mea culpa, et respirait. L’épanouissement des cœurs, nous venons de le dire, était complet ; les gibets des régicides s’ajoutant à la joie universelle. Une restauration est un sourire ; mais un peu de potence ne messied pas, et il faut satisfaire la conscience publique. L’esprit d’indiscipline s’était dissipé, la loyauté se reconstituait. Être de bons sujets était désormais l’ambition unique. On était revenu des folies de là politique ; on bafouait la révolution, on raillait la république et ces temps singuliers où l’on avait toujours de grands mots à la bouche, Droit, Liberté, Progrès ; on riait de ces emphases. Le retour au bon sens était admirable ; l’Angleterre avait rêvé. Quel bonheur d’être hors de ces égarements ! Y a-t-il rien de plus insensé ? Où en serait-on si le premier venu avait des droits ? Se figure-t-on tout le monde gouvernant ? S’imagine-t-on la cit menée par les citoyens ? Les citoyens sont un attelage, et l’attelage n’est pas le cocher. Mettre aux voix, c’est jeter aux vents. Voulez-vous faire flotter les états comme les nuées ? Le désordre ne construit pas l’ordre. Si le chaos est l’architecte, l’édifice sera Babel. Et puis quelle tyrannie que cette prétendue liberté ! Je veux m’amuser, moi, et non gouverner. Voter m’ennuie ; je veux danser. Quelle providence qu’un prince qui se charge de tout ! Certes ce roi est généreux de se donner pour nous cette peine ! Et puis, il est élevé là dedans, il sait ce que c’est. C’est son affaire. La paix, la guerre, la législation, les finances, est-ce que cela regarde les peuples ? Sans doute il faut que le peuple paie, sans doute il faut que le peuple serve, mais cela doit lui suffire. Une part lui est faite dans la politique ; c’est de lui que sortent les deux forces de l’état, l’armée et le budget. Etre contribuable, et être soldat, est-ce que ce n’est pas assez ? Qu’a-t-il besoin d’autre chose ? il est le bras militaire, il est le bras financier. Rôle magnifique. On règne pour lui. Il faut bien qu’il rétribue ce service. Impôt et liste civile sont des salaires acquittés par les peuples et gagnés par les princes. Le peuple donne son sang et son argent, moyennant quoi on le mène. Vouloir se conduire lui-même, quelle idée bizarre ! un guide lui est nécessaire. Étant ignorant, le peuple est aveugle. Est-ce que l’aveugle n’a pas un chien ? Seulement, pour le peuple, c’est un lion, le roi, qui consent à être le chien. Que de bonté ! Mais pourquoi le peuple est-il ignorant ? Parce qu’il faut qu’il le soit. L’ignorance est gardienne de la vertu. Où il n’y a pas de perspectives, il n’y a pas d’ambitions ; l’ignorant est dans une nuit utile, qui, supprimant le regard, supprime les convoitises. De là l’innocence. Qui lit pense, qui pense raisonne. Ne pas raisonner, c’est le devoir ; c’est aussi le bonheur. Ces vérités sont incontestables. La société est assise dessus.
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DarkcookDarkcook   13 juin 2014
Celle-ci est une aveugle. Est-ce une exception? Non. Nous sommes tous des aveugles. L'avare est un aveugle ; il voit l'or et ne voit pas la richesse. Le prodigue est un aveugle ; il voit le commencement et ne voit pas la fin. La coquette est une aveugle ; elle ne voit pas ses rides. Le savant est un aveugle ; il ne voit pas son ignorance. L'honnête homme est un aveugle ; il ne voit pas le coquin. Le coquin est un aveugle ; il ne voit pas Dieu. Dieu est un aveugle ; le jour où il a crée le monde, il n'a pas vu que le diable se fourrait dedans. Moi je suis un aveugle ; je parle, et je ne vois pas que vous êtes des sourds.
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Videos de Victor Hugo (253) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Victor Hugo
Notre-Dame est en feu. le passage sans doute prémonitoire du roman historique de Victor Hugo, que lit Richard Berry dans La Grande Librairie, extrait du livre écrit en 1831. Un hommage littéraire après le terrible incendie de la cathédrale.
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