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ISBN : 2290334715
Éditeur : J'ai Lu (01/05/2003)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 268 notes)
Résumé :
"La musique des vers de Hugo s'adapte aux profondes harmonies de la nature; sculpteur, il découpe, dans ses strophes, la forme inoubliable des choses; peintre, il les illumine de leur couleur propre. Et comme si elles venaient directement de la nature, les trois impressions pénètrent simultanément le cerveau du lecteur. Aucun artiste n'est plus universel que lui, plus apte à se mettre en contact avec les forces de la vie universelle, plus disposé à prendre sans cess... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Moglug
  04 février 2015
Entreprendre de lire la Légendes des siècles du début jusqu'à la fin est une tâche longue et fastidieuse mais non dénuée de sens. En quelques 900 pages de la Pléiade c'est toute l'histoire des hommes que j'ai pu retracer : de la création d'Adam à l'après XIXème siècle. Cela dit l'expérience n'a évidemment rien à voir avec la lecture d'un manuel d'histoire. Plus qu'une chronologie ce sont toutes les étapes fondatrices et intemporelles de l'évolution humaine que Victor Hugo nous propose de parcourir avec lui. Quelques grands rois et empereurs sont nommés, les faits d'autres héros et personnages légendaires sont relatés. Mais ce que V. Hugo a voulu montrer, pour chacun d'eux, ce ne sont pas leurs particularités propres, mais plutôt leurs qualités universelles : leur égoïsme tout autant que leur héroïsme.
La Légende des siècles est un hommage à l'homme dans ce qu'il est de plus beau et de plus terrible, du plus mesquin au plus grand, du plus misérable au plus puissant.
Au-delà de l'homme, Victor Hugo rend hommage à tout ce qui dépasse l'individu : l'Océan, l'Infini, les Astres, la femme, Dieu. Toute la puissance de l'auteur, ici encore, réside dans sa capacité à remettre l'homme face à son devoir et à ses valeurs : la loyauté, le respect, l'humilité, l'amour du plus petit, la justice, l'aspiration à ce qui le dépasse.
Je ne peux pas dire que j'ai lu ces 900 pages de manière égale. Il est extrêmement difficile de rester concentrée constamment lors d'une si longue lecture. Mais je crois pouvoir dire que je ne me suis jamais ennuyée : lorsque j'étais trop fatiguée ou trop dispersée pour m'attacher au sens, le rythme des vers, la musique des mots prenaient le relais pour m'apaiser, me bercer et surtout me nourrir des idéaux de ce si grand homme.
Il m'était important de dérouler La Légende des siècles, une fois au moins, dans toute sa longueur. Si je dois y revenir, et j'y reviendrai, ce sera en piochant au hasard un poème ou un verset, lu isolément, pour mieux m'en imprégner, tout en gardant en arrière-plan de ma mémoire le contexte global auquel il appartient.
Lien : https://synchroniciteetseren..
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Bibliolibra
  16 décembre 2011
Victor Hugo déploie ici des talents impétueux et bouillonnants qui lui sont propres. A travers le masque du poète, Victor Hugo requiert de multiples facettes: magicien des rêves, illusionniste, conteur... Il nous fait voyager d'une façon que lui seul est capable de faire de part les monts et les merveilles des siècles.
Puissant est l'adjectif qui correspondrait parfaitement à cette oeuvre laquelle m'a happée avec force et exaltation, comme si j'étais tombée par mégarde dans une spirale sans fin remplie d'image des siècles passés.
C'est bouche-bée et la tête dans les nuages que le lecteur, même le plus aguerri, atterri de cette oeuvre magnifique et digne de Victor Hugo l'un des plus grands auteurs de son siècle....
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michfred
  01 avril 2015
Je ne vais pas renchérir au concert de louanges sur la verve biblique de notre grand Victor: je vous l'accorde, c'est beau, c'est noble, c'est biblique en diable, si l'on me pardonne cet oxymore!
Non, je vais juste ajouter une petite note décalée, un zeste d'humour dans ces orgues célestes. C'est leste, aussi, Hugo!
Victor, en effet, était un fameux coquin, un érotomane distingué, et il a dû bien s'amuser quand il a écrit :
Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu...
Et dans ce passage:
Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait....

notre joyeux drille qui proclamait: "le calembour est la fiente de l'âme" en a commis un fameux quand, ne trouvant pas de ville aussi hébraïque que "Ur" et qui puisse rimer avec "demandait" il inventa une ville à l'orthographe follement hébraïque, Jerimadeth- ou "j'ai rime à" dait" "
Un coquin doublé d'un petit facétieux, notre grand poète biblique...
Ces petites gaudrioles et fines plaisanteries le rendent plus humain, non?
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vincentf
  01 juillet 2010
Quel est donc le rapport que j'entretiens avec l'oeuvre d'Hugo, sans doute l'une de celles que j'ai le plus lu ? Fascination ? Agacement ? Indéniablement, je retrouve dans La Légende des siècles ce que j'attends de Victor Hugo, des images gigantesques qui entrent en collision avec des détails, qui deviennent alors eux-même gigantesques en bouffant le grandiose. Ceci, au milieu du jugement dernier : "Il semblait un réveil songeant près d'un chevet". Qui, il ? Dieu, rien moins que Dieu, mais passons, les renversements sont partout chez Hugo, le petit devient grand (et vice-versa, bien sûr), la lumière devient ombre, mais surtout le contraire, dans ce vingtième siècle dont on sait qu'il n'a pas grand chose de lumineux (et pourtant... peut-être).
Le choc des contraires, chez Hugo, est si présent, qu'il en devient banal, que l'on n'est plus choqué de voir l'âne et Dieu mis au même niveau. Hugo rend le sublime chiant. C'est génial. C'est décevant. Il n'empêche que, tout à coup, le lecteur se trouve fasciné, pris dans le mouvement formidablement puissant de l'évocation hugolienne, comme au moment où il entre dans le château d'Eviradnus, par exemple. Et puis paf, c'est à nouveau de la poésie romantique, cet éloge de la Suisse qui sonne si faux qu'au détour d'un vers on s'attend ce qu'un vieux barbu gâteux se lève, mette la main sur le coeur, et chante, fier comme un colonel singinois, "armons-nous, armons-nous, enfants de l'Helvétie".
Finalement (mais l'on n'est jamais à la fin, je relirai Victor Hugo), j'en ai marre de Victor Hugo. Je commence à trop bien le connaître. Et puis, Hugo, tout génial qu'il est, se prend au sérieux, est conscient de son propre génie et en use et abuse, contemple sa propre statue. Quand on lit Victor Hugo, on se sent écrasé, comme quand on écoute la musique de Beethoven. Vite, une pause, une petite chanson de Vincent Delerm, un petit poème de Jules Laforgue, fuyons L Histoire, cette légende des siècles dont on sait aujourd'hui qu'elle mène (qu'aurait écrit Victor Hugo au vingtième siècle, au moment où les navires du ciel larguaient la bombe atomique sur Hiroshima ?) à une impasse. Plus jamais nous n'écrirons d'épopées, par même petites. le monde n'aura plus de Victor Hugo, et il tournera plus paisiblement.
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hberkane
  03 janvier 2015
La Légende des siècles, c'est L Histoire revisitée par Hugo : histoire biblique, mythologique, personnelle aussi (avec l'évocation de son père "ce héros au sourire si doux".
C'est le premier recueil de poèmes que j'aie lue. Les vers sont beaux, taillés.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
WyomingWyoming   26 mai 2018
DÉPART DE L'AVENTURIER POUR L'AVENTURE

Qu'est-ce que Sigismond et Ladislas ont dit ?
Je ne sais si la roche ou l'arbre l'entendit ;
Mais, quand ils ont tout bas parlé dans la broussaille,
L'arbre a fait un long bruit de taillis qui tressaille,
Comme si quelque bête en passant l'eût troublé,
Et l'ombre du rocher ténébreux a semblé
Plus noire, et l'on dirait qu'un morceau de cette ombre
A pris forme et s'en est allé dans le bois sombre,
Et maintenant on voit comme un spectre marchant
Là-bas dans la clarté sinistre du couchant.
Ce n'est pas une bête en son gîte éveillée,
Ce n'est pas un fantôme éclos sous la feuillée,
Ce n'est pas un morceau de l'ombre du rocher
Qu'on voit là-bas au fond des clairières marcher ;
C'est un vivant qui n'est ni stryge ni lémure ;
Celui qui marche là, couvert d'une âpre armure,
C'est le grand chevalier d'Alsace, Éviradnus.
Ces hommes qui parlaient, il les a reconnus ;
Comme il se reposait dans le hallier, ces bouches
Ont passé, murmurant des paroles farouches,
Et jusqu'à son oreille un mot est arrivé ;
Et c'est pourquoi ce juste et ce preux s'est levé.
Il connaît ce pays qu'il parcourut naguère.
Il rejoint l'écuyer Gaselin, page de guerre,
Qui l'attend dans l'auberge, au plus profond du val,
Où tout à l'heure il vient de laisser son cheval
Pour qu'en hâte on lui donne à boire, et qu'on le ferre.
Il dit au forgeron :-Faites vite. Une affaire
M'appelle.-Il monte en selle et part.
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WyomingWyoming   26 mai 2018
DANS LA FORÊT

Quelqu'un qui s'y serait perdu ce soir verrait
Quelque chose d'étrange au fond de la forêt ;
C'est une grande salle éclairée et déserte.
Où ? Dans l'ancien manoir de Corbus.
L'herbe verte,
Le lierre, le chiendent, l'églantier sauvageon,
Font, depuis trois cents ans, l'assaut de ce donjon ;
Le burg, sous cette abjecte et rampante escalade,
Meurt, comme sous la lèpre un sanglier malade ;
Il tombe ; les fossés s'emplissent des créneaux ;
La ronce, ce serpent, tord sur lui ses anneaux ;
Le moineau franc, sans même entendre ses murmures,
Sur ses vieux pierriers morts vient becqueter les mûres ;
L'épine sur son deuil prospère insolemment ;
Mais, l'hiver, il se venge ; alors, le burg dormant
S'éveille, et, quand il pleut pendant des nuits entières,
Quand l'eau glisse des toits et s'engouffre aux gouttières,
Il rend grâce à l'ondée, aux vents, et, content d'eux,
Profite, pour cracher sur le lierre hideux
Des bouches de granit de ses quatre gargouilles.
Le burg est aux lichens comme le glaive aux rouilles ;
Hélas ! et Corbus, triste, agonise. Pourtant
L'hiver lui plaît ; l'hiver, sauvage combattant,
Il se refait, avec les convulsions sombres
Des nuages hagards croulant sur ses décombres,
Avec l'éclair qui frappe et fuit comme un larron,
Avec des souffles noirs qui sonnent du clairon,
Une sorte de vie effrayante, à sa taille :
La tempête est la soeur fauve de la bataille ;
Et le puissant donjon, féroce, échevelé,
Dit : Me voilà ! sitôt que la bise a sifflé ;
Il rit quand l'équinoxe irrité le querelle
Sinistrement, avec son haleine de grêle ;
Il est joyeux, ce burg, soldat encore debout,
Quand, jappant comme un chien poursuivi par un loup,
Novembre, dans la brume errant de roche en roche,
Répond au hurlement de janvier qui s'approche.
Le donjon crie : En guerre ! ô tourmente, es-tu là ?
Il craint peu l'ouragan, lui qui vit Attila.
Oh ! les lugubres nuits ! Combats dans la bruine ;
La nuée attaquant, farouche, la ruine !
Un ruissellement vaste, affreux, torrentiel,
Descend des profondeurs furieuses du ciel ;
Le burg brave la nue ; on entend les gorgones
Aboyer aux huit coins de ses tours octogones ;
Tous les monstres sculptés sur l'édifice épars
Grondent, et les lions de pierre des remparts
Mordent la brume, l'air et l'onde, et les tarasques
Battent de l'aile au souffle horrible des bourrasques ;
L'âpre averse en fuyant vomit sur les griffons ;
Et, sous la pluie entrant par les trous des plafonds,
Les guivres, les dragons, les méduses, les drées,
Grincent des dents au fond des chambres effondrées ;
Le château de granit, pareil au preux de fer,
Lutte toute la nuit, résiste tout l'hiver ;
En vain le ciel s'essouffle, en vain janvier se rue ;
En vain tous les passants de cette sombre rue
Qu'on nomme l'infini, l'ombre et l'immensité,
Le tourbillon, d'un fouet invisible hâté,
Le tonnerre, la trombe où le typhon se dresse,
S'acharnent sur la fière et haute forteresse ;
L'orage la secoue en vain comme un fruit mûr ;
Les vents perdent leur peine à guerroyer ce mur,
Le föhn bruyant s'y lasse, et sur cette cuirasse
L'aquilon s'époumone et l'autan se harasse,
Et tous ces noirs chevaux de l'air sortent fourbus
De leur bataille avec le donjon de Corbus.
Aussi, malgré la ronce et le chardon et l'herbe,
Le vieux burg est resté triomphal et superbe ;
Il est comme un pontife au coeur du bois profond,
Sa tour lui met trois rangs de créneaux sur le front ;
Le soir, sa silhouette immense se découpe ;
Il a pour trône un roc, haute et sublime croupe ;
Et, par les quatre coins, sud, nord, couchant, levant,
Quatre monts, Crobius, Bléda, géants du vent,
Aptar où croît le pin, Toxis que verdit l'orme,
Soutiennent au-dessus de sa tiare énorme
Les nuages, ce dais livide de la nuit.
Le pâtre a peur, et croit que cette tour le suit ;
Les superstitions ont fait Corbus terrible ;
On dit que l'Archer Noir a pris ce burg pour cible,
Et que sa cave est l'antre où dort le Grand Dormant ;
Car les gens des hameaux tremblent facilement,
Les légendes toujours mêlent quelque fantôme
A l'obscure vapeur qui sort des toits de chaume,
L'âtre enfante le rêve, et l'on voit ondoyer
L'effroi dans la fumée errante du foyer.
Aussi, le paysan rend grâce à sa roture
Qui le dispense, lui, d'audace et d'aventure,
Et lui permet de fuir ce burg de la forêt
Qu'un preux, par point d'honneur belliqueux, chercherait.
Corbus voit rarement au loin passer un homme.
Seulement, tous les quinze ou vingt ans, l'économe
Et l'huissier du palais, avec des cuisiniers
Portant tout un festin dans de larges paniers,
Viennent, font des apprêts mystérieux, et partent ;
Et, le soir, à travers des branches qui s'écartent,
On voit de la lumière au fond du burg noirci,
Et nul n'ose approcher. Et pourquoi ? Le voici.
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WyomingWyoming   26 mai 2018
Booz endormi

Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,
Etait mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :
" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
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WyomingWyoming   26 mai 2018
LA MASSUE

Comme sort de la brume
Un sévère sapin, vieilli dans l'Appenzell,
A l'heure où le matin au souffle universel
Passe, des bois profonds balayant la lisière,
Le preux ouvre son casque, et hors de la visière
Sa longue barbe blanche et tranquille apparaît.
Sigismond s'est dressé comme un dogue en arrêt ;
Ladislas bondit, hurle, ébauche une huée,
Grince des dents et rit, et, comme la nuée
Résume en un éclair le gouffre pluvieux,
Toute sa rage éclate en ce cri :-C'est un vieux !
Le grand chevalier dit, regardant l'un et l'autre :
-Rois, un vieux de mon temps vaut deux jeunes du vôtre.
Je vous défie à mort, laissant à votre choix
D'attaquer l'un sans l'autre ou tous deux à la fois ;
Prenez au tas quelque arme ici qui vous convienne ;
Vous êtes sans cuirasse et je quitte la mienne ;
Car le châtiment doit lui-même être correct.
Éviradnus n'a plus que sa veste d'Utrecht.
Pendant que, grave et froid, il déboucle sa chape,
Ladislas, furtif, prend un couteau sur la nappe,
Se déchausse, et, rapide et bras levé, pieds nus,
Il se glisse en rampant derrière Éviradnus ;
Mais Éviradnus sent qu'on l'attaque en arrière,
Se tourne, empoigne et tord la lame meurtrière,
Et sa main colossale étreint comme un étau
Le cou de Ladislas, qui lâche le couteau ;
Dans l'oeil du nain royal on voit la mort paraître.
-Je devrais te couper les quatre membres, traître,
Et te laisser ramper sur tes moignons sanglants.
Tiens, dit Éviradnus, meurs vite !
Et sur ses flancs
Le roi s'affaisse, et, blême et l'oeil hors de l'orbite,
Sans un cri, tant la mort formidable est subite,
Il expire.
L'un meurt, mais l'autre s'est dressé.
Le preux, en délaçant sa cuirasse, a posé
Sur un banc son épée, et Sigismond l'a prise.
Le jeune homme effrayant rit de la barbe grise ;
L'épée au poing, joyeux, assassin rayonnant,
Croisant les bras, il crie : A mon tour maintenant !-
Et les noirs chevaliers, juges de cette lice,
Peuvent voir, à deux pas du fatal précipice,
Près de Mahaud, qui semble un corps inanimé,
Éviradnus sans arme et Sigismond armé.
Le gouffre attend. Il faut que l'un des deux y tombe.
-Voyons un peu sur qui va se fermer la tombe,
Dit Sigismond. C'est toi le mort, c'est toi le chien !
Le moment est funèbre ; Éviradnus sent bien
Qu'avant qu'il ait choisi dans quelque armure un glaive
Il aura dans les reins la pointe qui se lève ;
Que faire ? Tout à coup sur Ladislas gisant
Son oeil tombe ; il sourit, terrible, et, se baissant
De l'air d'un lion pris qui trouve son issue
-Hé ! dit-il, je n'ai pas besoin d'autre massue !-
Et, prenant aux talons le cadavre du roi,
Il marche à l'empereur qui chancelle d'effroi ;
Il brandit le roi mort comme une arme, il en joue,
Il tient dans ses deux poings les deux pieds, et secoue
Au-dessus de sa tête, en murmurant : Tout beau !
Cette espèce de fronde horrible du tombeau,
Dont le corps est la corde et la tête la pierre.
Le cadavre éperdu se renverse en arrière,
Et les bras disloqués font des gestes hideux.
Lui, crie :-Arrangez-vous, princes, entre vous deux.
Si l'enfer s'éteignait, dans l'ombre universelle,
On le rallumerait, certe, avec l'étincelle
Qu'on peut tirer d'un roi heurtant un empereur.
Sigismond, sous ce mort qui plane, ivre d'horreur,
Recule, sans la voir, vers la lugubre trappe ;
Soudain le mort s'abat et le cadavre frappe...
Éviradnus est seul. Et l'on entend le bruit
De deux spectres tombant ensemble dans la nuit.
Le preux se courbe au seuil du puits, son oeil y plonge,
Et, calme, il dit tout bas, comme parlant en songe :
-C'est bien ! disparaissez, le tigre et le chacal !
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WyomingWyoming   26 mai 2018
LA CONSCIENCE

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres
Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil. Il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’œil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi », cria-t-il ; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Étends de ce côté la toile de la tente. »
Et l’on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet œil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit : « Cet œil me regarde toujours ! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle.
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Énos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des nœuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : Défense à Dieu d’entrer.
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre.
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit :« Non, il est toujours là. »
Alors il dit : « je veux habiter sous la terre,
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit : « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre,
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.
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