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Gabrielle Chamarat (Éditeur scientifique)
ISBN : 2266083074
Éditeur : Pocket (08/05/1998)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.22/5 (sur 912 notes)
Résumé :
Les Contemplations, que Hugo fait paraître en 1856, sont à un double titre marquées par la distance et la séparation : parce que le proscrit qui, dans Châtiments, vient de fustiger Napoléon III, est en exil à Guernesey ; mais aussi parce que le recueil, en son centre, porte la brisure du deuil, et ses deux parties – « Autrefois », « Aujourd'hui » – sont séparées par la césure tragique de l’année 1843 où Léopoldine, la fille de Hugo, disparut noyée. La parole poétiqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
Blacksad
  29 mars 2013
Quel sublime et tendre recueil que Les Contemplations.
On découvre un Victor Hugo meurtri, qui se réfugie dans la nostalgie et le lyrisme. Dans des poèmes souvent mélancoliques, il sublime aussi bien l'amour et la nature que le souvenir douloureux mais rêveur de sa fille disparue.
Si Hugo peut paraître antipathique dans son égocentrisme permanent, il nous dévoile ici une faille et sait nous subjuguer dans ses contemplations.
Je vous fait partager un extrait du premier poème du livre premier, "À ma fille", que je trouve particulièrement beau:
"Ce peu de chose est ce que, pour sa part,
Dans l'univers chacun cherche et désire :
Un mot, un nom, un peu d'or, un regard,
Un sourire !
La gaîté manque au grand roi sans amours ;
La goutte d'eau manque au désert immense.
L'homme est un puits où le vide toujours
Recommence.
[...]
Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs,
Prend en pitié nos jours vains et sonores.
Chaque matin, il baigne de ses pleurs
Nos aurores.
Dieu nous éclaire, à chacun de nos pas,
Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes ;
Une loi sort des choses d'ici-bas,
Et des hommes.
Cette loi sainte, il faut s'y conformer,
Et la voici, toute âme y peut atteindre :
Ne rien haïr, mon enfant ; tout aimer,
Ou tout plaindre !"
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Alexein
  06 août 2017
Si Baudelaire peut être comparé à une panthère ou un chat, Hugo évoque pour moi un taureau. Son style est de la plus certaine vitalité, gonflé par une verve qui l'emporte dans d'immenses élans d'enthousiasme. Il y entraîne volontiers le lecteur. En le lisant, ma poitrine se dilate, il me transmet cette énergie, des aspirations à la conquête, il enchante tout un univers par son lyrisme vigoureux.
Alors que Baudelaire calibre ses vers et ses tournures avec la patience et l'application d'un joaillier, Hugo fonce vaillamment, presque témérairement, la plume en avant comme un étendard, bouscule tout sur son passage et répand à profusion un discours turgescent. Hugo est pareil à un prophète. Ses poèmes semblent résonner dans les grandes vallées bibliques. Son discours est comme mû par la sagacité solennelle d'un porteur de flambeau éclairant l'humanité. Son regard flamboie, son front se crispe, sa voix tonne ; des millions d'ardeurs bouillonnent dans son sein.
Dans beaucoup de ses poèmes, il semble haranguer des troupes pour les mener au combat. Il s'adresse aux éléments, à Dieu, aux animaux. C'est comme si l'univers n'était pas assez vaste pour une telle débauche d'énergie. Il veut le dilater plus encore. Il veut tout consigner, qu'aucune pensée n'échappe à sa plume.
Et cependant les mêmes rimes reviennent souvent et on peut se dire qu'il tourne quelque peu en rond. Ce qui l'anime, c'est avant tout le souffle. Il faut qu'il reste en mouvement. Alors il s'évertue, s'échine pour ne pas se laisser abattre. Car les éléments sont contre lui. le sort lui a enlevé sa fille adorée. Il a quitté son pays. À Guernesey, il a dû beaucoup tourner en rond à regarder les voiles des navires et les étoiles au point de les associer presque immanquablement en rimes, mais il le faisait déjà dans le recueil Les voix intérieures.
Obsédé et possédé par le contraste entre lumières et ténèbres, il voyait des monstres, il voyait des morts, il voyait des choses abominables, il voyait des choses grandioses, et cela dans une démesure toute baroque.
Les contemplations est un recueil distendu, plein de répétitions, enflé d'élans puissants, sonores et cependant assez creux. Il est comme une succession ininterrompue de vagues déferlant sur la grève. C'est son plus célèbre recueil de poésie : une tentative de conjuration du désespoir et un assagissement de l'âme tourmentée. C'est un monument en grande part élevé à la mémoire de Léopoldine et c'est pour cela qu'il m'évoque un mausolée littéraire.
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Myriam3
  17 juin 2014
Fin 90, études de Lettres Modernes, dans le métro. le tunnel défile, débouche sur des quais vitrés, repart. Agrippée à la barre au milieu des sueurs et dans le brouhaha toulousain, mes yeux plongés dans les pages brunes des Contemplations, mon âme sur une plage décharnée au bord d'un océan aux vagues profondes et grondantes, un ciel illimité où un pâle rayon lancinant se glisse entre deux épaisses couches de nuages et étend sur la terre une lumière incandescente.
Soudain Hugo, ce petit bonhomme délirant se dresse hors des pages, et avec une telle foi en son rôle de prophète, déclame:
Dormez! Dormez, brins d'herbe, et dormez, infinis!
Calmez-vous, forêts, chêne, érable, frêne, yeuse!
Silence sur la grande horreur religieuse,
Sur l'océan qui lutte et qui ronge son mors,
Et sur l'apaisement insondable des morts!
Paix à l'obscurité, muette et redoutée!"
Hugo le prophète, Hugo le chef d'orchestre des rames de métro, que je hissais hors du bouquin et que cette foule du vingtième siècle n'intimidait pas!
O générations aux brumeuses haleines,
Reposez-vous!
Vous avez bien compris, ce recueil de poèmes à la démesure de Victor Hugo, qui ne retient qu'à peine en ses pages les tempêtes, les gouffres, les paroles de la Bouche d'Ombre et les élans passionnés du poète a bien failli m'emporter cette année-là!
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Darkcook
  27 octobre 2016
Ce cher Avril, toujours symbole du printemps bucolique et poétique, fut pour moi le moment où ma mère, à la lecture du magnifique début du poème "À Celle qui est restée en France", m'interpella, émue, pour me rappeler à mes devoirs : "Fils hugolien, tu dois absolument lire Les Contemplations!". Ce que je fis depuis.
Mon admiration sans bornes pour le grand Victor n'a plus aucun secret pour mes amis, proches et lecteurs sur Babelio, mais je n'avais jamais vraiment lu de recueil de poèmes en entier. Souhaitant m'éloigner de la politique et de la noirceur, vu mon sujet de thèse sur le roman noir historique qui baigne dans ces cercles, je m'empare donc avec grande envie des Contemplations, ayant raison à demi, m'attendant à y trouver, alors que ce ne sera que par endroits seulement, un pendant diurne aux Châtiments, un Hugo qui a délaissé l'assemblée et les horreurs des rues de misère sous le joug de Napoléon III, pour les bois, les champs, les rivières, la nature.
J'avais sous-estimé la destination et la présence dans ce livre, de la malheureuse Léopoldine, fille d'Hugo décédée à 19 ans, noyée accidentellement avec son époux Charles Vacquerie dans la Seine. Nous sommes ainsi bien loin d'un recueil de poèmes ronsardiens constamment lumineux, et la mort est omniprésente. Hugo a conçu cette horde hallucinante de poèmes sur 22 ans, et a scindé le recueil en deux parties, "Autrefois", effectivement plus pastorale, où l'innocence règne encore, et "Aujourd'hui", livre du deuil, du doute face à Dieu, de l'exil, puis de la foi retrouvée. Ces deux parties sont elles-mêmes divisées en six livres thématiques assez différents, qui pourtant se répondent en échos. Il y a un jeu de double chronologie, une artificielle, pour l'homogénéité thématique, la construction logique du recueil, et la véritable, révélée par mon édition, qui aide à comprendre la genèse de chaque poème et les liens à tisser entre eux.
Le premier livre, "Aurore", fait logiquement suite au "Lux" qui refermait Les Châtiments, et, comme beaucoup l'ont dit, c'est le livre de la jeunesse, de l'adolescence, des amours, et aussi des arts poétiques d'Hugo. Il renferme le très violent "Réponse à un acte d'accusation" où Hugo démolit les autorités et auteurs du XVIIe siècle, suscitant sans doute dans un épisode traumatique l'ire d'une prof de ma fac vénérant Corneille et sa clique, qui ne peut s'empêcher de lancer des piques cinglantes à Hugo et au XIXe en cours. Il forme en quelque sorte une trilogie avec "Suite" (la véritable conception de la poésie par Hugo, avec ses influences), et "Le poëme éploré se lamente...". "À Propos d'Horace" est un épisode génial où Hugo s'en prend cette fois aux maîtres d'école pédants et austères, aux récitations bêtes à mourir du latin qui s'opposent à la sensibilité que peut procurer l'étude de ces auteurs. Pour contrebalancer, il chantera les mérites du "Maître d'études" au livre III. Ses amours bucoliques sont notamment abordées dans "Lise", "Vere Novo", "Elle était déchaussée, elle était décoiffée" ou "Unité". "Quelques Mots à un autre", "Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade", "Il faut que le poëte, épris d'ombre et d'azur", constitue une autre trilogie de projet poétique pour Hugo.
Mais le livre II, "L'Âme en fleur" (influence plus tard sur Proust?) se débarrasse de toute revendication artistique pour s'abandonner pleinement aux délices de la contemplation de la nature. Ses perles sont innombrables, et il demeure mon favori avec le IV. Je citerai "Lettre", "Nous allions au verger cueillir des bigarreaux", "Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux", "Les femmes sont sur la terre", le terrifiant et étrangement nommé "Églogue" qui augure déjà d'une tension entre nature et mort, et tous, du "Billet du matin" et "Paroles dans l'ombre" jusqu'à "Je respire où tu palpites". Parmi eux, il faut souligner le célèbre "Je sais bien qu'il est d'usage" où Hugo fustige L Histoire, qui n'a de cesse de sanctifier tyrans et bouchers. L'excellent "Ponto" y répond au livre V.
Le livre III, "Les Luttes et les Rêves", me plaisait moins dans son ensemble, car moins approprié à mon humeur, apparaissant dans son ensemble comme un appendice aux Châtiments. Il contient moins de pièces qui m'ont subjugué, mais les quelques-unes qui l'ont fait m'ont absolument passionné et transporté : "Melancholia", portrait noir écoeurant des vicissitudes de l'Homme, de sa cruauté, du cloaque de la ville, qui se termine par un appel vibrant d'Hugo à l'exil solitaire et salvateur dans le sein des bois. La fabuleuse promenade de "Je lisais. Que lisais-je? Oh! le vieux livre austère", "Le Poëte" sur son idole Dieu Shakespeare, "La Nature", où un arbre la fontainien se dresse magistralement contre la peine de mort, et enfin "Magnitudo Parvi", très long et très connu chef d'oeuvre de va-et-vient entre la contemplation cosmique et l'intériorité auguste du pâtre solitaire au fin fond de la nature, aisément figure d'Hugo et de ses nombreuses idoles chantées dans "Les Mages" (livre VI) et reprises dans son essai William Shakespeare (ce dernier, Dante, Job, Eschyle, Saint Paul, Tacite...), sages au-dessus du reste de l'humanité. Je retiendrai aussi "Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans", qui aurait pu être dans le livre II, où "La Statue", malgré le peu d'affection manifeste d'Hugo pour l'empire romain, qui heurte sa sensibilité de chrétien.
Et on arrive à la fameuse seconde partie plus sombre, "Aujourd'hui", et au joyau absolu du recueil, son livre IV "Pauca Meae", sur Léopoldine, sa mort, et le deuil terrible qui frappe le poète. C'est à mon sens, de loin, le livre le plus touchant et le meilleur passage des Contemplations, qui regorge de pièces fabuleuses, toutes simples, d'une sincérité désarmante, dans les souvenirs chers, tendres, en somme, exactement ce que je cherchais, et bien loin de ses constructions dantesques plus travaillées mais quelques fois moins réussies. Tous ses poèmes à partir de "Trois Ans Après" jusqu'à "Charles Vacquerie" sont autant de gouttes du nectar de son inspiration portée par le chagrin, l'incompréhension et la déploration. Ces poèmes-là possèdent un tel liant qu'on a l'impression de lire un roman familial, pastoral, versifié. Son bijou le plus célèbre et le plus beau reste "Demain, dès l'aube...", mais tout est magnifique.
Ça se gâte un peu ensuite, à mon goût. Sans doute parce que, même ses plus grands admirateurs le reconnaissent, Hugo écrit trop, et un motif, une idée, qu'il développe dans un poème génial, seront réutilisés dans maintes pièces, en beaucoup moins bien. le livre V, "En Marche", celui de l'exil, offre ainsi sempiternellement l'image du poète seul, prisonnier sur son rocher au milieu de l'océan, et s'avère assez répétitif. Certes, les autres livres brodaient eux aussi sur un même thème général, mais ici, et dans le suivant, ça m'a particulièrement frappé et freiné. Hugo remercie ses amis et soutiens ("À Aug.V.", À Alexandre D."), réfléchit sur l'évolution de sa création poétique ("O, strophe du poëte, autrefois, dans les fleurs"), tente encore un peu quelque pastorale ("J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline") ou retrouve le pâtre de "Magnitudo Parvi" dans "Un mendiant". Mais ce sont des pièces qui n'ont rien à voir avec cette prison insulaire qui retiennent notre attention : "Ponto" déjà mentionné, "Claire P." qui arrache des larmes, "Écrit en 1846" qui détruit le royalisme et le propre passé idéologique d'Hugo, ou "Les Malheureux", qui rassemble martyrs et oppresseurs vils. Carton rouge sur "Cérigo", sorte d'hommage raté au "Voyage à Cythère" de Baudelaire, dont on aurait pu se passer.
Le livre VI, "Au bord de l'infini", est celui du dialogue avec la création, dans l'espoir humble d'y voir Dieu, et dans le regain de la foi après les doutes suite à la tragédie de Léopoldine et de Charles Vacquerie, inspiré par ses séances de spiritisme. Il souffre de la même inégalité que le précédent, et de la scansion par Hugo, encore et encore, des mêmes idées. Il faut croire en Dieu, dont la trace est évidente en observant la création, les merveilles de la nature, les cieux et l'océan déchaîné. "Ibo", "Écoutez, je suis Jean" ou "Pleurs dans la nuit" (même si celui-ci n'est pas parfait) marquent, mais ils sont suivis de déclinaisons inutiles et de pas mal de productions oubliables. Heureusement, le recueil retrouve le sublime à partir de "Relligio" (suite de l'exceptionnel "À quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt" du livre IV) et on atteint l'incroyable "Ce que dit la bouche d'ombre", poème titanesque où un esprit déploie devant Hugo l'échelle de la création sur Terre, du paradis à l'enfer, avec une perpétuelle métempsychose, sublimation ou dégradation à partir du pêché originel (avec l'idée effrayante que les pires tyrans sont mués et emprisonnés en vulgaires cailloux, déjà abordée dans "Pleurs dans la nuit"). Hugo reprend la parole à la fin pour contrer l'esprit et apporter l'espoir pour toutes et tous, à la manière des "Malheureux". Malgré la lecture heurtée de ce dernier livre, on ne peut que saluer le génie du Maître lorsqu'il bâtit de tels édifices, véritablement nés d'une inspiration divine, où la force des mots et des rimes sait nous rappeler notre amour de la littérature.
Les Contemplations se referment ainsi par l'épilogue "À celle qui est restée en France", ultime adresse à Léopoldine, post-scriptum aux "Pauca Meae" et au livre VI. Quel recueil! Même si j'ai pesté sur certains poèmes moins réussis des deux derniers livres, ce fut un régal savouré pendant six mois, et un retour salvateur aux classiques, moi qui ai beaucoup moins le temps d'en lire avec ma thèse polardeuse. J'espère en grignoter encore quelques-uns dans le futur proche. Je n'étais pas un grand lecteur de poésie jusque-là, y préférant l'intensité, l'efficacité, le caractère condensé et le spectacle flamboyant du théâtre, ainsi que l'unité romanesque, mais le Spleen de Paris lu il y a deux ans, David Peace et sa création autiste de polars poétiques, et enfin Les Contemplations, m'auront réconcilié avec ce genre et sa suprématie! J'en lirai un peu plus désormais, toujours dans la mesure de mes disponibilités. Notamment deux ou trois recueils qui m'appâtent et m'attendent depuis trop longtemps dans ma bibliothèque...
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berni_29
  08 avril 2018
Les Contemplations, c'est un recueil de poèmes aussi énorme que son auteur, Victor Hugo.
Tout y est un peu versé pêle-mêle, l'adolescence, l'amour, l'exil, la séparation et la mort. La vie, quoi ! Y a-t-il une logique dans ce vacarme ? Sans doute aucune à nos yeux, il faut tout prendre comme cela, en vrac, comme une vague. Faut-il questionner la vague lorsqu'elle nous surprend au bord du rivage ou sur la pointe d'un récif ?
Il y a plusieurs livres dans ce livre. Nous sommes là à déplier ceux-ci les uns après les autres, parfois comme des poupées gigognes. S'il me fallait donner une définition de la poésie, ce serait quelque chose avec les mots qui est plus grand que nous et qui nous grandit en même temps. Victor Hugo est incontestablement plus grand que nous et il nous entraîne dans son sillage à aimer le ciel et la terre, nous y vautrer dans une joie folle et pure, à aimer aussi d'autre poètes plus grands que nous. Ses vers nous font la courte échelle pour nous aider à atteindre les cimes. La générosité d'un poète est de nous faire toucher les étoiles. Alors nous tentons de hisser nos bras, nos yeux jusqu'à ce ciel éperdu où gisent la joie et la douleur. Les poètes aiment et pleurent.
Les Contemplations forment un temps très long dans la vie de Victor Hugo, celle-ci est d'ailleurs fort longue. Nous le voyons grandir et nous en faisons tout autant en le suivant pas à pas, dans ce voyage qui semble respecter une certaine chronologie. Il y a l'exil là-bas à Guernesey, si loin de tout, mais si près des siens. Au milieu, c'est-à-dire quasiment entre les deux grandes parties qui composent l'ouvrage, Autrefois et Aujourd'hui, il y a cette date du 4 septembre 1843, la mort de sa fille Léopoldine et ce poème Demain dès l'aube.... D'ailleurs cette date commémorative du 4 septembre reviendra souvent dans le recueil. Je ne saurai dire si c'est le plus beau poème du recueil, incontestablement c'est celui qui touche l'âme, nous fait vaciller, c'est mon préféré. Pour une fois le poète n'est pas si grand ou alors c'est nous qui le devenons, puisque brusquement nous sommes capables de l'étreindre à hauteur d'homme tout contre nous dans sa douleur, étouffer ses sanglots et les nôtres en même temps. Puis, le chemin continue, nous lui lâchons la main, il est déjà très loin alors que nos bras sont encore ballants. Hugo tutoie la terre et le ciel, Dieu, les hommes et leur itinéraire. Nous pouvons être profanes et trouver tour à tour tout cela grandiloquent, excessif, puissant et tout simplement grand. Mais dans l'exil, la séparation ou lorsqu'il effleure la mort de ses doigts d'ogre, Victor Hugo ressurgit par la joie. C'est sa force, sa bouée de sauvetage. Il souffre pourtant, sa vie est une tragédie. Les Contemplations crient cela, entre soleil et ténèbres, le répètent inlassablement presque comme une psalmodie. Dans l'exil pour Jersey et Guernesey, Victor Hugo emporte dans ses valises les siens, sa femme, ses enfants, sa maîtresse Juliette Drouet qui logeait à quelques distances de la demeure familiale. La légende dit que tous les matins Victor Hugo sortait nu sur son balcon et Juliette Drouet le contemplait, émerveillée en face à quelques encablures, depuis sa fenêtre. Sa fille Léopoldine est aussi du voyage, bien que morte sept ans plus tôt, mais les ogres emportent tout sur leur passage. Comment pourrait-il l'oublier, sa chère enfant, sa chair aussi ? Comment pourrait-elle être absente ? Là-bas, elle fera tourner les tables...
Dans cette cacophonie lyrique, que faut-il retenir, s'il fallait emporter un seul regard, un seul geste, avant de nous laisser emporter par la dernière vague ? Je me suis souvent interrogé sur ce titre, les Contemplations. On finit par l'oublier tant le souffle du dedans est grand. Le mot renvoie au templum latin, espace carré que les augures délimitaient dans le ciel et sur terre pour y observer les signes susceptibles de constituer des présages. Lire, c'est aussi contempler...
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Citations et extraits (319) Voir plus Ajouter une citation
luxurybeesluxurybees   19 janvier 2019
Oui, tout-puissant ! tel est le mot.
Fou qui s’en joue ! Quand l’erreur fait un nœud dans l’homme, il le dénoue.
Il est foudre dans l’ombre et ver dans le fruit mûr.
Il sort d’une trompette, il tremble sur un mur,
Et Balthazar chancelle, et Jéricho s’écoule.
Il s’incorpore au peuple, étant lui-même foule.
Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu ;
Car le mot, c’est le Verbe, et le Verbe, c’est Dieu.
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luxurybeesluxurybees   19 janvier 2019
Je me borne à ceci : je suis ce monstre énorme
Je suis le démagogue horrible et débordé,
Et le dévastateur du vieil A B C D ;
Causons.
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luxurybeesluxurybees   19 janvier 2019
Grand Dieu ! nul homme au monde
N’a droit, en choisissant sa route, en y marchant,
De dire que c’est toi qui l’as rendu méchant ;
Car le méchant, Seigneur, ne t’est pas nécessaire !
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luxurybeesluxurybees   19 janvier 2019
Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe !
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luxurybeesluxurybees   19 janvier 2019
Les mots sont les passants mystérieux de l’âme.
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Vidéo de Victor Hugo
Bande annonce de la série Les misérables (2019), adaptation du roman de Victor Hugo par la BBC.
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