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ISBN : 2210743540
Éditeur : Magnard (2015)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.24/5 (sur 544 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Les Contemplations, que Hugo fait paraître en 1856, sont à un double titre marquées par la distance et la séparation : parce qu'elle proscrit qui, dans Châtiments, vient de-fustiger Napoléon III, est en exil à Guernesey ;mais aussi parce que le recueil, en son centre, p... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Blacksad, le 29 mars 2013

    Blacksad
    Quel sublime et tendre recueil que Les Contemplations.
    On découvre un Victor Hugo meurtri, qui se réfugie dans la nostalgie et le lyrisme. Dans des poèmes souvent mélancoliques, il sublime aussi bien l'amour et la nature que le souvenir douloureux mais rêveur de sa fille disparue.
    Si Hugo peut paraître antipathique dans son égocentrisme permanent, il nous dévoile ici une faille et sait nous subjuguer dans ses contemplations.
    Je vous fait partager un extrait du premier poème du livre premier, "À ma fille", que je trouve particulièrement beau:
    "Ce peu de chose est ce que, pour sa part,
    Dans l'univers chacun cherche et désire :
    Un mot, un nom, un peu d'or, un regard,
    Un sourire !
    La gaîté manque au grand roi sans amours ;
    La goutte d'eau manque au désert immense.
    L'homme est un puits où le vide toujours
    Recommence.
    [...]
    Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs,
    Prend en pitié nos jours vains et sonores.
    Chaque matin, il baigne de ses pleurs
    Nos aurores.
    Dieu nous éclaire, à chacun de nos pas,
    Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes ;
    Une loi sort des choses d'ici-bas,
    Et des hommes.
    Cette loi sainte, il faut s'y conformer,
    Et la voici, toute âme y peut atteindre :
    Ne rien haïr, mon enfant ; tout aimer,
    Ou tout plaindre !"
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    • Livres 5.00/5
    Par zaphod, le 11 février 2015

    zaphod
    (Garder l'Encre - 11)

    J'avais commencé cette histoire avec Hugo, il est juste que je la termine avec lui.
    Des contemplations à la sauce Hugo, c'est à dire pas toujours très contemplatives. Il ne peut pas s'empêcher d'avoir un avis sur tout et de le faire savoir, mais c'est tant mieux.
    Ce livre, de l'aveu même de l'auteur, ce sont aussi les mémoires poétiques d'une vie. Une grande oeuvre, personnelle, intime, très inspirante. Un cadeau pour l'humanité.

    Moi j'étais dans un état d'esprit très mélancolique, après ce qui était arrivé à Louis.
    Ce vendredi, au Garder l'Encre, j'ai commandé un café, et à ma grande surprise, Roger n'a pas regardé son baromètre et m'a vraiment apporté un café.
    J'étais seul à une table. Pas d'autre lecteur ou lectrice.

    Mais il y avait un type vraiment bizarre au au bar. Je ne pouvais pas m'empêcher de le regarder.
    Il portait des lunettes très noires, mais surtout, il se cachait derrière un brocoli et observait tous les clients par dessus ses lunettes.
    Il a du remarquer que moi aussi je l'observais, parce qu'il est descendu de son tabouret, s'est assis à ma table et a continué à me regarder fixement sans rien dire pendant des secondes interminables, tout ça sans lâcher son brocoli.
    Finalement, il m'a parlé. Mais ça ne m'a pas vraiment rassuré.

    - Tu n'en es pas un, hein?

    - Euh... Un quoi?

    - Hmmmm... Non, à mon avis, tu n'en es pas un, bien que tu aies l'air bizarre... Mais attention, ils sont rusés!

    - Si je te suis bien, tu trouves que moi j'ai l'air bizarre? C'est parce que je n'ai pas de brocoli? Mais je ne suis pas le seul, tu sais.

    - Oui, c'est ça, pas de brocoli... Hmmmmm...

    Et tout à coup, il m'attrape par le bras et me colle son brocoli sous le nez.
    Je commençais à prendre un peu peur, alors, j'ai pensé à Lapin, et j'ai voulu utiliser l'arme secrète. J'ai dit:

    - Boulettes sauce lapin!
    (C'est le mot codé qui est sensé déclencher l'attaque de Lapin, le berger allemand, vous vous souvenez?)

    - Brocoli!
    Que le type a répliqué.

    - Boulettes sauce lapin!
    J'ai répété en parlant plus fort, pour être sur que Lapin entende, mais ce foutu chien n'a pas bougé d'un poil. Décidément, les choses n'étaient plus comme avant au Garder l'Encre.

    - Brocoli! Brocoli! Brocoli! le brocoli est plus fort que tout!

    J'ai plus rien dit. Je crois que ça l'a calmé. Il a eu l'impression d'avoir gagné ou quoi. Il a repris plus doucement.

    - Bon, tu m'as convaincu, je crois que tu n'en n'es pas un!

    - Mais un quoi, bon sang?

    - Un Clampin, pardi!

    - Je ne sais pas ce qu'est un Clampin, mais je ne crois pas que j'en sois un, en effet.

    Il s'approche d'avantage et me dit sur le ton de la confidence:
    - Ils sont parmi nous! Les Clampins sont parmi nous!

    - Bah, jusqu'à présent, on n'a pas eu trop à s'en plaindre.

    - Tu ne te rends pas compte! Ils t'envoient des rayons et rentrent dans ta tête! Puis tu deviens toi-même un Clampin!

    - Et je suppose qu'ils ont horreur des brocolis. C'est un peu l'arme secrète anti-Clampin, n'est-ce pas?

    - Ouais, c'est ça. Hmmmm... Tu n'es peut-être pas un Clampin, mais tu es quand-même sacrément bizarre!

    Et il est retourné s'asseoir au bar.
    Bon, ce genre de scène n'est pas vraiment inhabituel dans un bar belge.

    A ce moment, je me suis rendu compte qu'il y avait de la musique dans le bar. Ça aussi c'était bizarre pour un vendredi, Roger avait mis la radio. Elle passait "Piano man", une chanson de Billy Joel.
    Je ne suis pas spécialement client de l'artiste, mais cette chanson m'a fait repenser au Garder l'Encre, à ce qu'il aurait pu être, à ce que j'étais venu y chercher.
    Le Garder l'Encre, dans mon esprit, c'était surtout Pat-le-Flamand, Zoé, et Louis.
    Birgit et Ralf, Paula et Michel, je les aime bien, mais ce sont avant tout des plaisanciers, les livres n'ont pas une place capitale dans leur vie. Et Roger, il vit à moitié dans le passé, et pour le reste, il s'adapte, et le Garder l'Encre s'adaptera avec lui. Hier des lecteurs, aujourd'hui des plaisanciers, demain des étudiants. S'il le faut, il remplacera la bibliothèque par des consoles de jeu.

    Je suis allé payer mon café au bar, et j'en ai profité pour demander à Roger:
    - Et Zoé?
    - Zoé? Je crois qu'elle est partie en voyage. Elle est passée me dire au revoir.

    Et moi? Elle est partie sans me dire au revoir, à moi! Ça m'a fait un peu mal.
    Je m'apprêtais à sortir quand Roger m'a rappelé.

    - Ah, j'allais oublier. Elle a laissé ça pour toi.

    C'était un sac en papier contenant un livre: Anna Karénine. Rien d'autre. Pas de petit mot, pas de dédicace.
    Pourquoi Anna Karénine? Etait-ce un message caché? J'aime pas ça. Moi, il faut me parler simplement.

    - Et tant que j'y suis, tiens, prends aussi ça. Je voulais le donner à Ralf mais il n'en a pas voulu. Il ne jure plus que par Hugo.

    Et Roger me tend un petit livre intitulé "Tal Des Todes", par un certain Josef Freiher.

    - Mais je ne lis pas l'allemand!
    - Moi non plus. Prends-le ou jette-le, ça m'est égal. Ce bouquin est trop bizarre, il me fout la trouille.

    Je suis donc sorti avec les deux livres. Je feuilletais le livre de Roger en marchant, mais plus je le regardais, plus il me fichait la trouille à moi aussi. Il était plein de dessins étranges.
    Comme j'arrivais près du pont, je l'ai déposé sur le parapet en imaginant que quelqu'un le trouverait, et je suis reparti avec Anna sous le bras.

    Je pensais: Ces livres qu'on me donne, ça ressemble un peu à un adieu.
    Louis, Pat, Zoé, Roger, et même Lapin, ils ont tous levé l'ancre, chacun à sa manière. C'est comme ça que ça se passe dans les ports, et dans la vie.

    Et moi, je n'ai presque plus d'encre; juste assez pour laisser le dernier mot à Hugo:

    Je ne vis qu'elle était belle
    Qu'en sortant des grands bois sourds.
    «Soit; n'y pensons plus ! » dit-elle.
    Depuis, j'y pense toujours.

    (Fin)
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    • Livres 5.00/5
    Par Myriam3, le 17 juin 2014

    Myriam3
    Fin 90, études de Lettres Modernes, dans le métro. le tunnel défile, débouche sur des quais vitrés, repart. Agrippée à la barre au milieu des sueurs et dans le brouhaha toulousain, mes yeux plongés dans les pages brunes des Contemplations, mon âme sur une plage décharnée au bord d'un océan aux vagues profondes et grondantes, un ciel illimité où un pâle rayon lancinant se glisse entre deux épaisses couches de nuages et étend sur la terre une lumière incandescente.
    Soudain Hugo, ce petit bonhomme délirant se dresse hors des pages, et avec une telle foi en son rôle de prophète, déclame:
    Dormez! Dormez, brins d'herbe, et dormez, infinis!
    Calmez-vous, forêts, chêne, érable, frêne, yeuse!
    Silence sur la grande horreur religieuse,
    Sur l'océan qui lutte et qui ronge son mors,
    Et sur l'apaisement insondable des morts!
    Paix à l'obscurité, muette et redoutée!"
    Hugo le prophète, Hugo le chef d'orchestre des rames de métro, que je hissais hors du bouquin et que cette foule du vingtième siècle n'intimidait pas!
    O générations aux brumeuses haleines,
    Reposez-vous!
    Vous avez bien compris, ce recueil de poèmes à la démesure de Victor Hugo, qui ne retient qu'à peine en ses pages les tempêtes, les gouffres, les paroles de la Bouche d'Ombre et les élans passionnés du poète a bien failli m'emporter cette année-là!
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    • Livres 5.00/5
    Par Demoiselle-Coquelicote, le 29 septembre 2014

    Demoiselle-Coquelicote
    Comme on peut le voir dans les catégories d'articles, même si je suis très éclectique dans mes lectures, il y a des genres que je lis moins, beaucoup moins que d'autres. Et celui que je ne lis vraiment presque pas, c'est la poésie. J'ai eu un mini-traumatisme avec le symbolisme au lycée, je n'arrive absolument pas à comprendre les poèmes et encore moins à les apprécier. Mais je me souvenais aussi de Baudelaire, qui m'avait plu sans que j'en aie beaucoup de souvenirs. Alors cet été, j'ai voulu me lancer en solo, en prenant mon temps, et je crois que j'ai vraiment bien fait de me tourner vers Victor Hugo, dont j'apprécie déjà les romans et le théâtre.

    Pendant des Châtiments, également rédigé en exil (le poète a quitté la France suite au coup d'État de Napoléon III), Les Contemplations est un recueil avec une double structure : Autrefois et Aujourd'hui, dont la rupture est le décès de la fille de Hugo, Léopoldine ; le recueil est en plus découpé en six livres. Chacun a un thème principal, et pour chaque partie j'ai relevé mes poèmes préférés. Je vais vous parler de tout ça.

    Mon édition est du Livre de Poche, et je l'ai trouvée vraiment géniale. Elle m'a bien aidée à comprendre le contexte du recueil, m'a donné des éléments sur la vie d'Hugo que j'avais un peu oubliés, et les notes de bas de page sont extrêmement utiles, sans non plus tout nous expliquer (faut réfléchir un peu soi-même quand même !). Comme la préface, elles nous donnent des clés pour comprendre par nous-mêmes et réussir à analyser les poèmes. le dossier à la fin contient notamment des extraits de critiques de l'époque où le recueil a été publié, très intéressants, et un tableau qui donne les dates réelles d'écriture des poèmes et les dates fictives choisies par Hugo pour son poème. La temporalité est donc décalée. le recueil est entièrement autobiographique mais a aussi une valeur universelle, car le poète souhaite que le lecteur se retrouve dans ses mots, comme il le dit lui-même dans la préface de son recueil. J'ai aussi remarqué dès le début à quel point l'auteur est cultivé. Tacite, Chateaubriand et Térence, rien que dans la préface ! J'ai moins aimé le côté religieux, souvent présent notamment à travers des références fréquentes à la Bible et à l'Ancien Testament, même si Hugo a développé des croyances bien à lui, qui s'éloignent parfois beaucoup du catholicisme.

    Aurore, le premier livre, parle de la jeunesse du poète, de ses premières amours adolescentes, et aussi de son éveil à la poésie, une poésie douce et bucolique, où les soucis n'existent guère. J'ai beaucoup aimé Mes deux filles, où on sent très fort l'amour du poète pour ses enfants. Lise m'a plu aussi pour sa fraîcheur et sa candeur, ce poème respire le bonheur. Vere Novo est très bucolique, on constate que l'auteur a une solide culture antique. Ça m'a rappelé quelques textes que j'avais faits en cours de latin ! La Coccinelle est un poème tout léger, mignon, avec un joli trait d'esprit pour finir. le romantisme des jeunes années est omniprésent dans ce premier livre et c'était un plaisir de commencer le recueil ainsi.
    Dans L'âme en fleur, Hugo se place encore du temps de sa jeunesse. On y retrouve l'amour, sa vision de la poésie et de la nature et les liens entre ces sujets. Les thèmes restent plutôt joyeux mais les poèmes semblent gagner en maturité. Il y a un peu moins d'innocence, c'est le début des grandes réflexions, et déjà la mort fait son apparition. le II ressemble à une chanson d'amour, j'adore la mélodie qui s'y niche. le VII est un poème d'amants aussi, avec une forte note sensuelle absente d'Aurore, et de nouveau on retrouve des références à l'Antiquité. le XVI met en parallèle l'homme amoureux et l'oiseau et donne un joli petit poème où une pointe d'érotisme se cache aussi. Après l'hiver est un peu plus long et lie le printemps à la naissance du désir amoureux. C'est un poème qui joue sur les contrastes et que j'ai trouvé très beau. Crépuscule, comme son titre l'indique, est plus sombre. le recueil bascule lentement vers l'obscurité. La nature, la mort et l'amour sont inextricablement liés. Ce poème préfigure la mort de Léopoldine, qui approche dans le recueil. On ressent un peu l'urgence d'aimer car on ignore quand la mort peut frapper. C'est vraiment un poème typiquement romantique.
    Avec Les luttes et les rêves, on arrive dans du sérieux. Victor Hugo développe sa pensée politique et poétique. J'ai marqué beaucoup de poèmes dans ce livre, c'est donc qu'il m'a plu ! En tout cas, il aide à réfléchir, et l'engagement d'Hugo était très intéressant à suivre. On y sent aussi son talent de conteur et de rhéteur en plus de la poésie. Melancholia est un long poème qui introduit la pensée d'Hugo sur les pauvres gens, sur son siècle de travail et d'industrie qui oublie l'humain. La Chouette est une condamnation des superstitions, qui renforcent l'ignorance et peuvent faire beaucoup de mal, et une défense des animaux soi-disant mauvais ou dangereux simplement parce qu'ils sont différents. À la mère de l'enfant mort est très triste, touchant de justesse. Même si chronologiquement le poème est inséré avant le 4 septembre 1843, le poète y pleure sa fille. le texte est de toute façon à destination de tout parent qui a perdu un enfant. Épitaphe crie l'insensé de la mort d'un être si jeune, en s'en prenant à la nature. Là aussi, j'ai été émue par la violence de la douleur qui se dégage des vers. le Maître d'études est probablement un hommage rendu au surveillant qui a encouragé Hugo alors qu'il était collégien à écrire des poèmes. Il parle de l'injustice de cette condition et quelque part a une dette envers cet homme. Chose vue un jour de printemps traite aussi de la thématique du deuil en y adjoignant une composante plus sociale. le Revenant est vraiment magnifique, la fin m'a laissé les larmes aux yeux tellement il est bien construit et écrit (allez le lire !). Apparemment il a beaucoup attiré l'attention des critiques à sa parution et je peux comprendre pourquoi. Un petit poème plus léger a aussi retenu mon attention, il s'agit du XXV. C'est une scène quotidienne, très courte, toute en malice. le Poëte est un beau mais sombre hommage à Shakespeare. La Nature est très engagé politiquement car il ache un écrit en faveur de l'abolition de la peine de mort et de l'adoucissement des peines. Ce discours d'un arbre m'a beaucoup plu.

    On passe ensuite à Pauca Meae, sur le deuil, le vrai, l'inénarrable. Deux poèmes se déroulent, puis la date du décès s'étale, fait la rupture. le poème précédent, 15 février 1843, dit adieu à Léopoldine lorsqu'elle épouse Charles Vacquerie, mais Hugo fait aussi de manière anticipée son adieu en tant que vivant à la morte. Veni, vidi, vixi (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vécu) hurle le désespoir et le désir du poète de mourir lui aussi. S'il a vu sa fille partir, c'est qu'il a bien assez vécu, comme il le dit au premier vers. le XIV marque le temps qui passe malgré son caractère figé pour le père toujours pris dans sa douleur. C'est la visite sur la tombe, et encore le désir de la rejoindre. À Villequier s'adresse directement à Dieu. le poète comprend que la mort doit survenir mais ne peut l'accepter dans son absurdité et réclame le droit de pleurer son enfant. J'ai beaucoup aimé le dernier poème du livre intitulé Charles Vacquerie. Hugo aurait pu en vouloir à son gendre, car c'est en partant avec lui faire une promenade en bateau sur la Seine que Léopoldine s'est noyée. Mais il a sauté à l'eau pour la sauver, et est mort lui aussi. Hugo lui rend hommage et en fait un héros. le couple Charles-Léopoldine se retrouve de l'autre côté et leur amour devient éternel, ce qui n'est pas sans rappeler Roméo et Juliette.
    Le cinquième livre, En marche, figure l'exil du poète, aussi bien politique (suite à l'avènement du Second Empire et de Napoléon III) et intérieur (toujours lié au décès de Léopoldine, il s'exile des vivants en cherchant à se rapprocher d'elle, et aussi par rapport à son objectif d'atteindre à la contemplation). le premier poème, À Aug. V. (Auguste Vacquerie, frère de Charles) est en miroir du poème précédent mentionné ci-dessus. Charles a accompagné Léopoldine dans la mort, Auguste a accompagné Victor dans l'exil. Écrit en 1846 est un poème politique, où Hugo explique comment de royaliste il est devenu républicain. Ce n'est pas le seul poème de ce genre dans le recueil, mais j'ai trouvé que c'était le plus didactique et le plus intéressant. le Mendiant explique très clairement la vision d'Hugo sur la misère. Il y voit toujours de la beauté, de la grandeur, qui est toute fausse chez les plus aisés. Il fait partie de ces poèmes qui rappellent Les Misérables (toujours pas lu, c'pas bien), publié quelques années plus tard. Dolorosae parle au nom d'Hugo et de sa femme, toujours accablés par le deuil de longues années après le drame. L'éloignement physique de l'exil n'atténue pas la douleur. Les Malheureux entreprend de parler des pauvres gens, notamment en les opposant aux fats, aux injustes qui vivent pourtant dans de bien meilleures conditions. Il est tout à fait dans la continuité du Mendiant.

    Le dernier livre, Au bord de l'infini, est aussi celui que j'ai le moins aimé. Hugo y exprime sa vision de la mort. le livre est fortement imprégné de sentiments religieux et se perd dans des réflexions qui ne m'ont pas toujours intéressée. Néanmoins, j'en retiens l'idée qu'on ne peut connaître la joie sans passer par la tristesse, et que la beauté ne peut se dévoiler qu'en ayant vu l'hideux. Hugo n'aurait jamais accédé à ces contemplations sans les épreuves qu'il a traversées. Seuls deux poèmes m'ont marquée. Claire est un hommage à la fille décédée de Juliette Drouet, la maîtresse d'Hugo pendant des dizaines d'années. C'est un assez long poème en quatrains, où l'on sent toujours le fort désir de retrouvant les disparus, éventuellement en les rejoignant. Dans En frappant à une porte, le poète revient sur toutes les pertes qu'il a subies. Son premier enfant, mort à trois mois ; ses parents ; ses deux frères ; Léopoldine… Au final, seule sa fille Adèle (qui était folle) lui a survécu. Tous ses autres enfants sont morts, sa femme aussi, même sa maîtresse je crois, et lui est parti à 83 nans. En lisant ce poème, j'ai éprouvé beaucoup de peine pour lui, comme de nombreuses autres fois au cours de ma lecture.
    Cette expérience avec la poésie d'Hugo était très enrichissante et m'a énormément plu, en plus de faire tomber mes appréhensions quant à ce genre. Je suis absolument ravie de m'être lancée. L'édition que j'ai du Livre de Poche était en plus parfaite pour une novice en la matière comme moi. Je ne compte pas m'arrêter là mais je ne sais pas encore avec quel poète et quel recueil continuer ma découverte de la poésie ! Je ne peux pas mettre tous les poèmes dont je vous ai parlé dans cet article (j'en ai sélectionné courts), aussi je vous invite à aller voir ceux que je n'ai pas reproduits.
    [Cette critique Babelio ne contient pas les poèmes, je vous invite à vous rendre sur le lien ci-dessous pour les lire !]

    Lien : http://sans-grand-interet.cowblog.fr/les-contemplations-3268609.html
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    • Livres 5.00/5
    Par johaylex, le 27 octobre 2011

    johaylex
    "Les Contemplations" peuvent être considérées comme les mémoires poétiques de Victor Hugo avec la date de la mort de sa fille Léopoldine comme point de rupture dans l'intensité du flot de ses vers qui fait de ce recueil un éblouissement puis une plongée dans l'angoisse.
    La première partie est définitivement ancrée dans la vie. Il évoque tour à tour, la tendresse "j'avais 12 ans, elle en avait bien 16" qui est une merveille décrivent l'éveil innocent à l'amour, la sérénité du père avec "dans le frais clair obscur...", le désir qui transporte avec "si j'avais des ailes...", etc...
    Puis la mort fait irruption dans sa vie et les poèmes se font bouleversants.
    Oubliez "demain dès l'aube..." qui est le classique trop appris en cours.
    Précipitez-vous sur "Ô je fus comme fou..." qui narre le deuil comme jamais, plongez sur "Il faut que je me repose..." qui déchire les entrailles.
    Enfin, concluez par "Ce que c'est que la Mort"".
    Dans une autre vie, j'eus ce dernier poème à travailler et je me vois encore "nu, impur, hideux, noué des mille noeuds funèbres de ses torts, de ses maux honteux, de ses ténèbres..."
    Alors j'attends, et enfin...
    "Et soudain on entend quelqu'un dans l'infini
    Qui chante, et par quelqu'un on sent qu'on est béni,
    Sans voir la main d'où tombe à notre âme méchante
    L'amour, et sans savoir quelle est la voix qui chante.
    On arrive homme, deuil, glaçon, neige ; on se sent
    Fondre et vivre ; et, d'extase et d'azur s'emplissant,
    Tout notre être frémit de la défaite étrange
    Du monstre qui devient dans la lumière un ange."
    Lisez-le, lisez ce recueil, même par curiosité.
    Cela a été l'un des grand moments d'émotion de ma vie...
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Citations et extraits

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  • Par Orphea, le 15 mai 2009

    Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
    J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

    Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
    Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
    Triste, et le jour sera pour moi comme la nuit.

    Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
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  • Par dbreit, le 22 novembre 2012

    Je respire où tu palpites,(in "Les contemplations)


    Je respire où tu palpites,
    Tu sais ; à quoi bon, hélas !
    Rester là si tu me quittes,
    Et vivre si tu t'en vas ?

    A quoi bon vivre, étant l'ombre
    De cet ange qui s'enfuit ?
    A quoi bon, sous le ciel sombre,
    N'être plus que de la nuit ?

    Je suis la fleur des murailles
    Dont avril est le seul bien.
    Il suffit que tu t'en ailles
    Pour qu'il ne reste plus rien.

    Tu m'entoures d'Auréoles;
    Te voir est mon seul souci.
    Il suffit que tu t'envoles
    Pour que je m'envole aussi.

    Si tu pars, mon front se penche ;
    Mon âme au ciel, son berceau,
    Fuira, dans ta main blanche
    Tu tiens ce sauvage oiseau.

    Que veux-tu que je devienne
    Si je n'entends plus ton pas ?
    Est-ce ta vie ou la mienne
    Qui s'en va ? Je ne sais pas.

    Quand mon orage succombe,
    J'en reprends dans ton coeur pur ;
    Je suis comme la colombe
    Qui vient boire au lac d'azur.

    L'amour fait comprendre à l'âme
    L'univers, salubre et béni ;
    Et cette petite flamme
    Seule éclaire l'infini

    Sans toi, toute la nature
    N'est plus qu'un cachot fermé,
    Où je vais à l'aventure,
    Pâle et n'étant plus aimé.

    Sans toi, tout s'effeuille et tombe ;
    L'ombre emplit mon noir sourcil ;
    Une fête est une tombe,
    La patrie est un exil.

    Je t'implore et réclame ;
    Ne fuis pas loin de mes maux,
    O fauvette de mon âme
    Qui chantes dans mes rameaux !

    De quoi puis-je avoir envie,
    De quoi puis-je avoir effroi,
    Que ferai-je de la vie
    Si tu n'es plus près de moi ?

    Tu portes dans la lumière,
    Tu portes dans les buissons,
    Sur une aile ma prière,
    Et sur l'autre mes chansons.

    Que dirai-je aux champs que voile
    L'inconsolable douleur ?
    Que ferai-je de l'étoile ?
    Que ferai-je de la fleur ?

    Que dirai-je au bois morose
    Qu'illuminait ta douceur ?
    Que répondrai-je à la rose
    Disant : " Où donc est ma soeur ?"

    J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses.
    A quoi bon, jours révolus !
    Regarder toutes ces choses
    Qu'elle ne regarde plus ?

    Que ferai-je de la lyre,
    De la vertu, du destin ?
    Hélas ! et, sans ton sourire,
    Que ferai-je du matin ?

    Que ferai-je, seul, farouche,
    Sans toi, du jour et des cieux,
    De mes baisers sans ta bouche,
    Et de mes pleurs sans tes yeux !
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  • Par Moglug, le 10 janvier 2015

    Les oiseaux

    Je rêvais dans un grand cimetière désert ;
    De mon âme et des morts j’écoutais le concert,
    Parmi les fleurs de l’herbe et les croix de la tombe.
    Dieu veut que ce qui naît sorte de ce qui tombe.
    Et l’ombre m’emplissait.

    Autour de moi, nombreux,
    Gais, sans avoir souci de mon front ténébreux,
    Dans ce champ, lit fatal de la sieste dernière,
    Des moineaux francs faisaient l’école buissonnière.
    C’était l’éternité que taquine l’instant.
    Ils allaient et venaient, chantant, volant, sautant,
    Égratignant la mort de leurs griffes pointues,
    Lissant leur bec au nez lugubre des statues,
    Becquetant les tombeaux, ces grains mystérieux.
    Je pris ces tapageurs ailés au sérieux ;
    Je criai: — Paix aux morts ! vous êtes des harpies.
    — Nous sommes des moineaux, me dirent ces impies.
    — Silence ! allez-vous en ! repris-je, peu clément.
    Ils s’enfuirent ; j’étais le plus fort. Seulement,
    Un d’eux resta derrière, et, pour toute musique,
    Dressa la queue, et dit : — Quel est ce vieux classique ?

    Solovki, Mer blanche, Russie, 1992. (c) Pentti Sammallahti

    Comme ils s’en allaient tous, furieux, maugréant,
    Criant, et regardant de travers le géant,
    Un houx noir qui songeait près d’une tombe, un sage,
    M’arrêta brusquement par la manche au passage,
    Et me dit : — Ces oiseaux sont dans leur fonction.
    Laisse-les. Nous avons besoin de ce rayon.
    Dieu les envoie. Ils font vivre le cimetière.
    Homme, ils sont la gaîté de la nature entière ;
    Ils prennent son murmure au ruisseau, sa clarté
    A l’astre, son sourire au matin enchanté ;
    Partout où rit un sage, ils lui prennent sa joie,
    Et nous l’apportent ; l’ombre en les voyant flamboie ;
    Ils emplissent leurs becs des cris des écoliers ;
    A travers l’homme et l’herbe, et l’onde, et les halliers,
    Ils vont pillant la joie en l’univers immense.
    Ils ont cette raison qui te semble démence.
    Ils ont pitié de nous qui loin d’eux languissons ;
    Et, lorsqu’ils sont bien pleins de jeux et de chansons ;
    D’églogues, de baisers, de tous les commérages
    Que les nids en avril font sous les verts ombrages,
    Ils accourent, joyeux, charmants, légers, bruyants,
    Nous jeter tout cela dans nos trous effrayants;
    Et viennent, des palais, des bois, de la chaumière,
    Vider dans notre nuit toute cette lumière!
    Quand mai nous les ramène, ô songeur, nous disons :
    -Les voilà!- tout s’émeut, pierres, tertres, gazons ;
    Le moindre arbrisseau parle, et l’herbe est en extase ;
    Le saule pleureur chante en achevant sa phrase ;
    Ils confessent les ifs, devenus babillards ;
    Ils jasent de la vie avec les corbillards ;
    Des linceuls trop pompeux ils décrochent l’agrafe ;
    Ils se moquent du marbre; ils savent l’orthographe ;
    Et, moi qui suis ici le vieux chardon boudeur,
    Devant qui le mensonge étale sa laideur,
    Et ne se gène pas, me traitant comme un hôte,
    Je trouve juste, ami, qu’en lisant à voix haute
    L’épitaphe où le mort est toujours bon et beau,
    Ils fassent éclater de rire le tombeau.
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  • Par peloignon, le 14 novembre 2013

    On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
    Sur la tête; on se plaît aux livres des vieux sages;
    On lit Virgile et Dante; on va joyeusement
    En voiture publique à quelque endroit charmant,
    En riant aux éclats de l'auberge et du gîte;
    Le regard d'une femme en passant vous agite;
    On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois!
    On écoute le chant des oiseaux dans les bois;
    Le matin, on s'éveille, et toute une famille
    Vous embrasse, une mère, une sœur, une fille!
    On déjeune en lisant son journal. Tout le jour.
    On mêle à sa pensée espoir, travail, amour;
    La vie arrive avec ses passions troublées;
    On jette sa parole aux sombres assemblées;
    On se sent faible et fort, on est petit et grand;
    On est flot dans la foule, âme dans la tempête;
    Tout vient et passe, on est deuil, on est en fête;
    On arrive, on recule, on lutte avec effort....
    Puis, le vaste et profond silence de la mort!

    (11 juillet 1846, en revenant du cimetière)
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  • Par Nastasia-B, le 08 février 2015

    Je suis l’être incliné qui jette ce qu’il pense ;
    Qui demande à la nuit le secret du silence ;
    Dont la brume emplit l’œil ;
    Dans une ombre sans fond mes paroles descendent,
    Et les choses sur qui tombent mes strophes rendent
    Le son creux du cercueil.

    Mon esprit, qui du doute a senti la piqûre,
    Habite, âpre songeur, la rêverie obscure
    Aux flots plombés et bleus,
    Lac hideux où l’horreur tord ses bras, pâle nymphe,
    Et qui fait boire une eau morte comme la lymphe
    Aux rochers scrofuleux.

    Le doute, fils bâtard de l’aïeule sagesse,
    Crie : À quoi bon ? devant l’éternelle largesse,
    Nous fait tout oublier,
    S’offre à nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,
    Nous dit : — Es-tu las ? Viens ! — et l’homme dort à l’ombre
    De ce mancenillier.

    L’effet pleure et sans cesse interroge la cause.
    La création semble attendre quelque chose.
    L’homme à l’homme est obscur.

    Où donc commence l’âme ? où donc finit la vie ?
    Nous voudrions, c’est là notre incurable envie,
    Voir par-dessus le mur.

    Nous rampons, oiseaux pris sous le filet de l’être ;
    Libres et prisonniers, l’immuable pénètre
    Toutes nos volontés ;
    Captifs sous le réseau des choses nécessaires,
    Nous sentons se lier des fils à nos misères
    Dans les immensités.

    Livre sixième : AU BORD DE L'INFINI, VI - Pleurs Dans La Nuit : I.
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- Honoré de Balzac,"Eugénie Grandet", le livre de poche -
Tout est grand dans ce célèbre roman, sans que rien ne bouge. Eugénie est une sorte de sainte selon l'homme, toujours fidèle à une même pensée, mais toute naturelle. [...] Au rebours on trouvera dans Eugénie tous les stratagèmes du coeur, et un vrai courage à affronter le terrible homme aux gants de cuir. On a tout dit sur Grandet. On a moins remarqué ce mot de reine, lorsque Eugénie se trouve maîtresse d'une immense fortune et assiégée d'intrigues. Elle répond : Nous verrons cela » comme son père faisait. [...] Ainsi l'âme de Grandet finit par être sauvée. Alain, Propos sur Balzac.

- Victor Hugo, "L'Homme qui rit", Gallimard -
À travers la destinée extraordinaire de Gwynplaine, L'Homme qui rit, Victor Hugo brosse un tableau épique de l'aristocratie anglaise des années 1700. À la fois roman d'aventures, exposé historique et social, drame injouable et poème visionnaire, ce roman est le plus fou de tous ceux de Hugo. C'est aussi le plus riche des obsessions de son auteur. le bateau pris dans la tempête, le pendu servant de vigie, la cabane-théâtre des saltimbanques, les tirades philosophiques d'Ursus, les machinations du traître, la chirurgie monstrueuse, le portrait de la princesse perverse, l'or des palais et le scandale à la chambre des lords sont, plus que des morceaux de bravoure, des morceaux d'anthologie.








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