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Critique de Pingouin


Pingouin
  16 août 2012
Hume est un peu l'aboutissement de l'empirisme anglais du XVIIIème : c'est lui que Kant prendra pour base avant de s'appuyer dessus pour dépasser l'empirisme et le rationnalisme. Je ne revendiquerai pas une bonne connaissance du philosophe, tout juste une connaissance acceptable de l'ouvrage qu'est l'Enquête sur l'entendement humain. C'est un livre qui vise vraiment à calmer les ardeurs de l'homme quant à sa prétention au savoir universel.


Hume commence par nous donner une présentation des « différentes espèces de philosophie », j'ai trouvé ce passage assez amusant parce que la petite guéguerre qui oppose les empiristes et les rationalistes m'a rappelé celle qui avait auparavant opposé les épicuriens et les stoïciens - quoique Sénèque respectait extrêmement Épicure ou Lucrèce. Selon Hume donc, l'empirisme est symbolisé par une clarté d'expression, par une philosophie pratique et qui plus est, ceux qui s'y adonne entreront dans la postérité. A l'inverse, les rationalistes - il cite Aristote et Malebranche -, représentés par un obscurantisme expressif, une impossibilité d'avoir une quelconque influence sur notre existence concrète, ne semblent pas recueillir ses faveurs. Il est facile, en tant que juge du futur, de se moquer de ses exemples existentiels - Aristote ou Malebranche sont loin d'être tombé dans l'oubli, le premier a même, je pense, largement dépassé la renommée d'un Adisson qu'il citait pourtant, en tant qu'il est empiriste, comme promis à une gloire éternelle - donc je ne m'accorderais pas ce malin plaisir - qui n'en serait toute façon pas un. Quoiqu'au final, Hume reconnaît aux rationalistes leur précision, et a bien conscience qu'ils sont nécessaires à la philosophie.
S'ensuit de grandes considérations, empiristes bien sûr ! Hume nous fait un grand développement sur le fait que l'idée de causalité est postérieure à l'expérience, qu'a priori, nous n'avons aucun moyen de connaître les effets d'une cause d'un objet inconnu. Mais même a posteriori, il faut relativiser nos prétentions, en effet, ce n'est pas parce qu'une cause a provoqué le même effet dix fois, que la onzième sera nécessairement identique. Alors plus le mécanisme se répète de la même manière, plus on peut supposer que la cause est bien celle que l'on croit, mais il suffit d'un grain de sable dans la machine, que la cause ne provoque pas le même effet ou qu'elle en provoque un autre, pour faire tout relativiser. le résultat, à partir de là, n'est donc plus certain, mais est soumis à des probabilités.
Notre esprit crée donc des connexions entre les objets, ou, plus exactement, entre les représentations que nous avons des objets, des sensations, des présentations. Nous avons tous connaissance de Platon et de son monde des idées où se trouverait les originaux de tout ce que nous percevons. Éh bien Hume inverse le processus : nos idées, voilà la perception, c'est la sensations originelle telle que nous l'avons vécu en présence de l'objet qui est la vérité - enfin, notre vérité.
Reprenons, ces connexions qui nous permettent de lier deux objets, sont purement issues de notre être et ne se trouve en rien dans les objets mêmes. Imaginons que je vois trois fois de suite de la glace fondre sous l'effet d'une flamme, la prochaine fois que je verrai de la glace et une flamme côte à côte, j'en déduirai que la glace va nécessairement fondre. Erreur : il suffit que la flamme soit placée légèrement plus loin que les autres fois pour que l'effet de la cause n'ait pas lieu, s'ajoute alors un troisième objet à la connexion créée : la distance entre la flamme et la glace.
La question de l'inintelligibilité d'une proposition est également intéressante : je peux concevoir qu'un grand personnage historique n'ait pas existé, peu importe le nombre de témoignages, ils peuvent avoir été manipulé ou quoi que ce soit. Mais il est impossible pour moi de concevoir que 5² = 13. N'importe qui peut, s'il le souhaite, prouver que Napoléon n'a pas existé, il ne s'agit pas de le croire, mais d'être capable d'avancer des arguments en faveur de cette opinion : l'existence d'un être ne nous est clairement donnée que lorsque l'on en a éprouvée les effets. Ce genre de vérité ne peut être issue que d'une considération a posteriori, et donc empirique. A l'inverse des sciences dont la proposition fausse entraîne une contradiction primaire.
Beaucoup d'autres théories passionnantes se cachent au fond de ce livre, celles des miracles par exemple. J'étais persuadé que Hume, en tant qu'empiriste revendiqué, mettrait en doute en quelque point l'existence d'un Dieu trop « raisonné » pour lui. Il n'en a rien été : la foi n'est pas raisonnable ni raisonnée, c'est quelque chose qui dépasse toute philosophie, aussi empiriste qu'elle soit et aussi sceptique qu'il soit quant à la possibilité d'un accomplissement miraculeux. Comment un tel homme peut croire au miracle ? Vous aurez la réponse dans le livre. Sachez seulement qu'il trouve par ce sujet encore un moyen de taper sur les rationalistes qui essaient de prouver scientifiquement l'existence de Dieu, car comme Abraham contraint de sacrifier son fils pour son Seigneur, une demande pour le moins irraisonnable et insensée : la foi ne se gagne pas par la pensée.
J'éprouve une certaine frustration à vous parler de tout ça parce qu'il y en aurait encore énormément à dire, mais je sais que si ma chronique s'allonge trop, elle n'aura aucune influence en ce sens qu'elle ne sera pas lu... Je me contente donc de ce qui me vient présentement en tête, mais c'est là quelque chose qui est loin de ce à quoi je voudrais que cela ressemble !


Ça a vraiment été une belle découverte pour moi, je ne vous ai bien sûr exposé qu'une infime partie de l'ouvrage, en espérant vous avoir un minimum intéressé car sa lecture en vaut la peine. Issu d'un milieu bourgeois, Hume, la préface le précise, est un adepte du « beau style » qui permet une bonne compréhension de ses textes même pour le novice en philosophie. C'est fou le nombre de concepts que je croyais issus de ses successeurs et que j'ai pu retrouver ici, Hume est un des piliers de la philosophie et me semble être une lecture indispensable pour celui qui s'en revendique. Découverte amorcée, sans doute jamais achevée !
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