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EAN : 9782246798729
288 pages
Grasset (03/09/2012)
3.8/5   198 notes
Résumé :
Jenny et Sils, un couple de libraires, sont soudain contraints de rendre les clefs de leur librairie et de l’endroit où ils vivaient.

Tout loyer étant devenu trop élevé, il ne leur reste qu’une solution : partir s’installer dans une maison perdue, en ruines, dans la montagne au-dessus de Colmar.

Avec leurs cartons de livres, une ânesse et une chienne, ils vont devoir s’acclimater à cette nouvelle existence.

Il va s’agi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
3,8

sur 198 notes
Des vauriens. C'est ainsi que Jenny et Sils se définissent. Et quand ils se regardent l'un l'autre, c'est avec une infinie tendresse. Vauriens, ils l'étaient déjà quand ils se sont connus, au lycée et rien ne s'était arrangé avec le temps, pas même le cap de la soixantaine passé. Jusque-là, Jenny et Sils avaient vécu " façonnés de rêves et de lectures ", dans leur librairie sauvage, en bordure d'un village alsacien. Et voici que l'époque les rattrapait. Menace d'expulsion. " Les temps nous demandaient de nous montrer dynamiques, électroniques, immédiats et vifs, hypermodernes, ne sachant même plus ce qu'était un roman. " Un rythme impossible à suivre. Alors le radeau coule, les deux complices n'ont nulle part où aller. Nulle part, sinon une ferme en ruine qui leur appartient, La Survivance, à près de mille mètres d'altitude, dans la montagne vosgienne. Ni eau, ni électricité, un trou béant dans la toiture, tout juste un vieux poêle pour se chauffer. Alors Jenny et Sils prennent congé du monde, chargent dans des caisses leurs auteurs favoris, Hemingway, Bradbury, Ungerer, Francis Ponge et tous les autres, " nos amis de tous les temps et de tous les pays, nos longues connaissances aux longues conversations ". Et les voilà partis pour une aventure rude, chargée de mystères. Avec eux Betty, petite chienne blonde aux yeux noirs, et Avanie, l'ânesse grise et sage, dont les longues oreilles " captaient au loin les présages ". Là-haut, ils vont installer leur vieux canapé rouge au milieu du foin, monter des murs de livres, s'installer " à la guerre comme à la guerre " et observer, apprendre, lire, s'échiner contre les herbes, apprendre l'eau, la chaleur, le froid, les nuits piquées de bruits insolites, les saisons changeantes. Lui cherchera à retrouver le secret des pigments utilisés par Grünewald pour peindre son retable d'Issenheim – Colmar est en bas, dans la plaine. Elle apprendra avec patience et passion la noblesse des cerfs, aux " gueules de grands chefs indiens reliés aux galaxies ". Jenny s'inquiète un jour : " Pourquoi est-ce qu'on vit, Sils ? " Et le vieux renard de glisser : " Mais parce que ça nous fait rire encore. " Mais pour combien de temps ?

Ode aux livres et à la nature, formidable manifeste de résistance face à l'incurie d'une époque gouvernée par la violence et l'impatience, La survivance résonne aussi comme une métaphore amère. Celle d'un monde " fatigué à mort " qui condamne à l'exil les rêveurs, les passeurs d'imaginaire. Claudie Hunzinger propose là un roman insolite, inspiré. Elle a l'art de nous transmettre en quelques mots l'émotion des petits riens. Tout cela forme un roman fort plaisant, un peu nostalgique, un peu bohême, mais tellement touchant ! Et le magnifique couple Jenny et Sils qu'elle met en scène pourrait cheminer longtemps dans les souvenirs d'un lecteur conquis.
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Jenny et Sils, la soixantaine, " façonnés de lecture", sont obligés de se séparer de leur logement et de leur librairie , en faillite .Acculés, consternés, habitués toute leur vie à la dèche, ils trouvent refuge dans une baraque en ruines,une vieille métairie perdue dans le massif Breouzard, dans les Vosges..Ils y installent leur ânesse, Avanie, leur chienne,Betty et surtout .....leurs cartons de livres. Tout est à refaire et à découvrir: élaborer un potager,réparer le toit, apprendre à vivre avec la Nature et ses bruits inquiétants...La Survivance est une rêverie , un moment de poésie et de renaissance quotidienne. Une ode vibrante aux livres et à la nature, un manifeste de résistance culturelle face à l'époque impatiente, avide de modernité,oú l'immédiateté, la vitesse, la rentabilité priment....Un ouvrage insolite et original, une fable poignante oú les références littéraires et artistiques abondent. Ces personnes vivent comme des ermites, survivent d'amour pour le vrai , l'amour des livres et de la lecture. Une oeuvre trés émouvante, sauvage, percutante oú liberté rime avec difficulté. Cette fable est aussi une ode à la puissance des oeuvres qui rendent les hommes libres et égaux, un hommage aux rêveurs et aux passeurs d'imaginaire....Magnifique!
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Jenny et Sils ont 60 ans. Leur librairie dans les vignes est en faillite et leur compte en banque à sec. Il ne leur reste rien, que les livres dont ils ne peuvent se séparer, et une propriété inconstructible dans la montagne vosgienne, une ruine sans eau ni électricité à 1000 mètres d'altitude. Sils part en voiture, avec ses cartons, tandis que Jenny s'y rend à pied, en compagnie de l'ânesse Avanie et de Betty, leur chienne. Cette propriété, c'est Survivance. C'est le mois de mai, le temps pour ces libraires de réparer la toiture de la grange, de planter le potager, de faire des réserves pour l'hiver rigoureux.
Jenny et Sils font, en sens inverse, le chemin qu'ils avaient parcouru quarante ans auparavant, quand jeunes et pleins de projets, ils avaient vécu un été sans contrainte avant de réaliser leur rêve. A l'époque, déjà, une autre ânesse, Utopie, les accompagnait.

La survivance est un livre assez atypique, de par son contenu et son traitement. On y suit Jenny et Sils, soixantenaires "intellectuels", tenter de se préparer à l'hiver rigoureux qui s'annonce. Ils n'ont plus d'argent, plus de maison, plus de jeunesse, pas de but autre que celui de tenir contre l'hiver qui s'annonce. Pour le printemps qui suivra, on verra bien. Ce qui leur reste, ce sont des livres, et des rêves brisés. Chacun d'entre eux tentera de s'acclimater à sa nouvelle vie, avec plus ou moins de bonheur, en en tirant plus ou moins de satisfaction. Ils devront s'acclimater aussi bien au climat qu'à la solitude, se réhabituer à vivre à deux, de peu.
Mais au-delà de ce côté "pourront-ils survivre à leur nouvelle vie", ce livre évoque avant tout, pour moi, l'impossibilité de notre société d'accueillir ceux qui sont un peu différents, dont les normes ne sont pas celles du tout-venant, qui vivent pour et de leur passion, jusqu'à en oublier les prérequis terre-à-terre de notre vie. C'est Jenny qui le dit : "En fait, nous étions façonnés de lectures et de rêves (et d'expériences plus poétiques que stratégiques), ce qui pouvait ne pas sembler malin alors que les temps nous demandaient de nous montrer dynamiques, électroniques, immédiats et vifs, hypermodernes, ne sachant même plus ce qu'était un roman." La survivance est pour moi la réponse de Claudie Huntziger, "artiste et écrivain français, qui place l'écriture au centre de son travail, explorant le concept du livre, construisant des Bibliothèques en cendre, tout en publiant chroniques et récits." selon sa biographie, à cette question, un constat plutôt déprimant, tout comme le nom de l'ânesse, Avanie…
J'ai apprécié les rencontres de Jenny avec ses voisins "peaux-rouges", je me suis sentie moins concernés par les discussions initiées par Sils autour des pigments utilisés par le peintre Grünewald.

La survivance est un roman sensitif, différent, libre, un peu triste et nostalgique. Une nouvelle vie, ce sont de belles conquêtes, mais aussi des abandons, des pertes. Ce livre fait écho à "Bambois, la vie verte" qui raconte l'histoire d'un couple de citadins qui font le choix de s'exiler dans la montagne, pour y vivre une autre vie. La mise en parallèle de ces deux livres (je n'ai pas lu Bambois) donnerait certainement plus de profondeur à leur lecture, et peut-être permettrait de relativiser le constat assez sombre que l'on fait, en tournant la dernière page de la survivance.
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« On ne croyait plus en rien, en rien d'autre qu'en l'instant, et ça jouait de la musique sur tous les sentiments. Juste une manière d'être, une manière de vivre, je me souviens… »
Ballade au mois d'aout 75 – CharlElie Couture.

La Survivance, c'est une masure engoncée dans la forêt dense avec des livres pour délivrance.
Une nouvelle existence à apprivoiser, Jenny et Sils y seront confrontés. « Dans notre vie commune, il y eu la brève saison Un, voilà quarante ans, et sa radicalité innocente, son étonnement. La Deux venait de s'achever, interrompant notre vie sociale. La Trois commençait. »

Et dès le commencement, je me suis envolé dans cet univers rudimentaire, brut.
J'ai laissé errer mon esprit dans les bois-poignards du cerf, dans les loups téméraires, dans les crapauds-motte de terre, mais aussi dans les papillons multicolores.
J'ai eu peur de mon ombre dans les forêts, j'ai décortiqué une couleur pour en évacuer les bleus à l'âme que j'ai dilué dans les bleus du ciel.
J'ai trouvé belles mes rides dans les sillons de la vie.
J'ai aimé ce roman d'ambiance, à l'environnement de souffrance et d'espoir où « quand nous nous mettions au lit, on se serrait, on s'enlaçait, entremêlant bras, jambes, pieds, courage et chagrin. »
C'est une fable aussi où de la source sans la fontaine on aperçoit les renards, leurs corps beaux roux évoluant devant les chênes et les roses eaux d'un lac coloriées par le soleil fondu derrière les Vosges.
Le vent glacial, en soufflant son hymne, a mélangé les teintes en une palette infinie. Et ma tête aussi. Sans moralité, la peinture a ses notes, la musique ses couleurs.

Je me suis abandonné tout entier à cette expérience où les murailles de livres escortent l'ivresse de la réussite autant qu'ils déjouent les pièges de l'angoisse dévastatrice.
Véritables remparts contre nos craintes et réelles issues de notre imagination.
Souvent, je me suis perdu dans le labyrinthe des passions de Sils pour Grünewald à la recherche des pigments de cinabre et de garance, dans le dédale des observations de Jenny à scruter le grand cerf au seize cors, mais je me suis tellement retrouvé dans ma quête d'absolu.

A ce stade de mon commentaire, j'ai vraiment l'impression de m'être bien perché avec le moral sapé comme jamais. J'ai, du coup un peu peur d'être passé à côté de l'essentiel : Avec ce roman, sort de ta zone de confort, apprend la survie en mode Mike Horn qui aurait lu Kafka, Hemingway et Lacan.
« Crois-tu que les livres nous regardent ? »
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Ayant lu son tout dernier livre "Une chien à ma table" qui a reçu le Prix Femina 2022 et qui m'a beaucoup plu, j'avais envie de lire un autre livre de cette autrice. J'ai choisi "La survivance" car le résumé me tentait bien : un couple de libraires contraint de fermer boutique décident d'aller vivre dans une vieille bicoque au coeur du massif des Vosges. Ils ont pour compagnons de route, une chienne Betty et une ânesse Avanie. Leur vie est basée sur les livres, les animaux et la nature. Des thématiques qui me plaisait bien mais la sauce n'a pas vraiment prix. Je reconnais que son écriture est magnifique et ce livre dépaysant mais je trouve qu'il est très proche de son dernier roman "Une chien à ma table". Seuls les prénoms du couple ont changés. du coup, j'ai l'impression de relire un même roman mais en moins bien. Peut-être n'aurais je dû pas le lire à la suite de l'autre ?
Je suis consciente que mon avis ne sera pas beaucoup partagé mais c'est mon ressenti.
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critiques presse (2)
Telerama
17 septembre 2014
Ni récit écologique, ni leçon de survie ou roman de terroir, La Survivance est une rêverie, un moment de poésie et de renaissance quotidienne.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress
18 octobre 2012
Ce roman est une fable poignante, un vibrant éloge du livre et de la lecture. Indispensable, en des temps où tout n'est qu'immédiateté, rentabilité, vitesse.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (80) Voir plus Ajouter une citation
Pendant quinze ans, le lieu avait répandu de la lumière, du rêve, de la fantaisie. J'aurais pu y rester le reste de ma vie. Sauf que je n'avais pas pris garde au fait que rien, jamais, ne nous appartient. Ni les chambres qui donnent au soleil, ni les tulipes sauvages aux pétales aigus, jaunes à perte de vue sous les fenêtres, ni même la bouteille d'eau posée sur la table, aucun des détails de chaque instant dans la vie, rien, rien ne nous appartient. On allait même les retirer. Et ce n'était pas lié au fait que nous n'avions pas vécu assez prudemment, Sils et moi, et que nous n'avions eu aucun sens de l'argent, ou presque, et qu'il y avait là une défaite pour cause de mauvaise gestion, une sorte de punition que nous infligeait le sens commun. Non. Ce n'était pas dû à ça, mais à une faille fondamentale : nous sommes nés pour ne rien posséder.

Les choses, il faudrait les voir en passant, d'un point de vue nomade, telle qu'elles sont, elles, simples, indifférentes, énigmatiques, posées là dans leur dialogues avec l'éternité. Elle n'est pas pour nous, leur essence, leur tranquillité.
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La fac est loin. Pour autant, on n'a pas perdu l'envie de lire. On l'a même davantage. Souvent, on descend faire la tournée des librairies. On s'appelle l'un l'autre, on chuchote, on se montre nos prises. On les empile sur le comptoir sans savoir ce qu'il y a dedans. Le contact de certains livres suffit à vous enflammer. On devine qu'ils contiennent la foudre. On les embarque comme du danger. On veut vivre avec eux comme avec le feu. Parfois on sait que le feu a déjà tout brûlé et que le monde s'y consume...
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C'était la montagne, et c'était toujours autrement, un jour l'Ecosse, un jour la Transylvanie. Presque jamais les Vosges, ce qui nous plaisait assez, étant dans l'âme de grands voyageurs. Il arrivait ainsi qu'à l'horizon, de gros nuages jaune vif et jaune d'or, gris argent, ou roses, et même vermillon brillant, du cinabre d’après Sils, des nuages immenses, s'élèvent à toute allure jusqu'à nous surplomber de dix mille mètres, pareils à des sommets enneigés. On était transportés dans l'Himalaya, à la Grande Lamasserie. Et aussi, il arrivait, selon les apparitions nuageuses, qu'on se réveille dans une peinture de lettré chinois, au seuil de notre minuscule abri coiffé d'un pin sylvestre, la brume noyant le monde à nos pieds. Et aussi qu'on se retrouve dans le Montana pas loin de Jim Harrison. Il arrivait encore que se forme dans le ciel une sorte de champignon d'un gris maléfique, boursouflé, délirant, là-bas du côté de Fessenheim.
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Le mardi, nous sommes partis par de petites routes irradiées de cerisiers en fleur, sous de gros cumulus neigeux, escortés au loin par des sommets blancs qui étincelaient comme des icebergs, des mondes en soi.
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Page 196
D’après lui, une chose était sûre : Grünewald avait respiré l’air d’ici. Il s’était lavé dans l’eau du torrent. Il avait bouffé du sanglier aux cèpes, de l’omelette aux mûres, celle de l’histoire que raconte Walter Benjamin, d’un enfant-roi, forcé à fuir avec sa cour, et qui sur la route de l’exil trouve refuge dans la forêt. Une vieille femme les accueille. Elle leur prépare une omelette aux mûres. Ayant retrouvé son royaume, le roi, devenu vieux, demande à son cuisinier de lui refaire une omelette pareille, la meilleure de sa vie. Impossible, répond le cuisinier, « car comment pourrais-je l’assaisonner avec tout ce dont tu t’es délecté jadis avec elle : le danger de la bataille et l’esprit en alerte du fugitif, la chaleur du foyer et la douceur du repos, le présent étrange et le sombre avenir ? ».
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Vidéo de Claudie Hunzinger
Extrait du livre audio « Un chien à ma table » de Claudie Hunzinger lu par Marie-Christine Barrault. Parution CD et numérique le 12 avril 2023.
https://www.audiolib.fr/livre/un-chien-ma-table-9791035413453/
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