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EAN : 9782742701827
256 pages
Actes Sud (30/11/1993)
3.8/5   189 notes
Résumé :
"Si tu invitais trente personnes chez toi, des êtres que tu as aimés et que tu aimes, pour t'écouter jouer au clavecin, pendant une heure et demie, " les Variations Goldberg " de Bach, et si ce concert se déroulait comme un songe d'une nuit d'été, c'est-à-dire si toi, Liliane, tu parvenais à faire vibrer ces trente personnes comme autant de Variations, chacune à un diapason différent - (il te faudrait pour cela osciller entre le souvenir et la spéculation ; il te fa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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« Les variations Goldberg » avec à la baguette Nancy Huston. Affiche au combien alléchante. Un soir d'été une jeune virtuose du clavecin offre à un cercle d'amis ce moment de grâce. Nancy Huston pénètre dans le cerveau de chacun au rythme des fameuses variations. La musique adoucit les moeurs, l'écriture talentueuse de la canadienne aussi. Finesse, intelligence, cette parenthèse enchantée est un vrai bonheur de lecture. Et histoire de prolonger le plaisir , on s'octroie le droit de prendre un trente et unième siège pour écouter la musicalité du texte sur la partition de Bach. Un peu de douceur dans ce monde de brutes. Merci Madame Huston.
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Il est toujours étonnant d'entendre ses voisins de travée étouffer une bonne grosse toux dès que la lumière s'éteint dans la salle. Au théâtre, au concert, dès que les conversations cessent, le corps prend sa revanche : alors même qu'on s'apprête à célébrer l'Art et l'Absolu, voilà le grattement de gorge qui s'immisce.
Et quand bien même nous pourrions oublier nos narines qui picotent ou nos genoux qui atteignent presque notre menton (les places n'étaient pas chères, on aurait dû se méfier), en écoutons-nous pour autant les interprètes en frac ou robes longues pour qui nous faisons silence ? Bien sûr que non. La musique ne sert que de bruits de fond à nos pensées, des plus triviales (« Les Quatre Saisons », ah oui, faut que je rappelle Pôle emploi) aux plus cruelles (Ça lui fait quel âge, maintenant, à la mezzo ?) en passant surtout par un stream of consciousness carabiné qui nous emporte des dernières vacances ( con allegrezza) aux prochains motifs d'engueulade (rinforzando).
Nancy Huston s'immisce dans la tête de 30 spectateurs (et une claveciniste) et de cette forme un peu futile, c'est tout ce qui reste des variations Goldberg. La musique comme passe-temps. « Et est-ce qu'ils se rendent compte qu'ils vieillissent en m'écoutant ? » se demande l'interprète. La musique pour ne pas s'avouer qu'on n'a rien à se dire. « Vite ! la radio. Un peu de reggae. Ça nous remet ensemble. On risquait de partir chacun dans sa parano privée. Maintenant on peut taper du pied ensemble, ça montre qu'on est sur la même longueur d'onde. ». La musique pour se la péter. « La musique, c'est la fuite chic […] Tu peux prendre un air pénétré, ajuster ton corps dans la position numéro 52 dite de Béatitude esthétique, puis te payer une heure de fantaisies gratis et bye-bye Bach. » La musique pour s'endormir. « le silence a été maté, et je suis comme pulvérisé par la musique. Si je parviens à prolonger cet état encore quelques minutes, le temps de me déshabiller, de mettre mon pyjama, d'accrocher mes vêtements dans l'armoire et de me laver les dents, je tomberai enfin dans un sommeil de plomb. » La musique pour civiliser notre sauvagerie. « Les filles qui pleurent, les garçons qui rêvent d'être Mick Jagger ; les milliers de spectateurs qui se piétinent pour arriver plus près de la scène, plus près des cinq corps fétiches, si bien que ces corps doivent être entourés et protégés par une douzaine d'autres corps d'hommes forts, sans quoi la foule arracherait aux musiciens leurs chemises, leurs pantalons, leurs instruments, leurs chaussettes et leurs cheveux : la volonté de destruction inhérente à ces soirées ne pourrait plus être contenue. » La musique parce qu'il est bon d'y être sensible. « Je pleure parce que c'est beau ! Mais qui t'a dit que c'était beau ? N'est-ce pas parce que tu connais les noms de Bach et d'Oïstrakh que tu penses que ça doit être beau ? » La musique parce que le classique est une histoire de classes. « C'est ainsi que la musique que nous sommes en train d'entendre fut appréciée : par les grandes dames des salons littéraires et leurs amis oisifs, sous des chandeliers et des plafonds peints en or, alors que la grande majorité des Français vivait dans la misère. »
Enfin, ça, c'était avant. Aujourd'hui, il manque une 31° variation qui les engloberait toutes : la musique vivante parce qu'avoir des voisins qui se raclent la gorge, soufflent bruyamment et sont trop grands d'au moins 15 cm, depuis un an, on en rêve tous.
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Le premier texte, ARIA, prend des allures d'angoisse du gardien de but au moment du penalty. Une concertiste s'interroge sur sa capacité à respecter (en 96 minutes) le tempo d'une oeuvre écrite il y a deux siècles par "un monsieur qui portait une perruque poudrée" et de la capacité du public à la comprendre, à l'apprécier, à la ressentir conformément à ce qu'elle l'exécutante sous "la contrainte de performance" et le "vieux monsieur" en ont imaginé...
La comparaison entre l'interprète de conférence choisissant ses mots, son vocabulaire, le ton, le phrasé, et la concertiste est juste. Les mots et les notes pénètrent par l'oreille et dans le premier cas sont filtrés par le cerveau.
"Mais une note de musique, ça ne veut rien dire. Une note plus haute ?Une note plus basse ?(...) Un peu de rythme ? Une reprise ? Ça va, vous sentez les larmes venir ?"
Autour de ce thème, les trente variations et les deux ARIA de Nancy Huston interrogent la composition musicale, sa transposition au XXème siècle, sa signification sociale, "musique classique musique de classe" dit Manuel dans le texte XXVIII, "j'écris jamais avec un clavier. J'écris avec l'infini" affirme Jules Serino...
Chaque texte est l'occasion d'explorer une dimension de ce qui fait notre rapport à la culture, à la création, toujours avec la même distance qu'est supposé avoir le concertiste lorsqu'il exécute une oeuvre en se demandant pourquoi et pour qui il le fait, pour lui, pour honorer le compositeur, pour le public, pour rien, pour la gloire ?
Nancy Huston propose plusieurs niveaux de réponse pour susciter notre propre interrogation : pourquoi ?
De l'étudiante qui se lève chaque matin à six heures pour faire ses gammes au concertiste chevronné qui s'interroge sur l'authentique, au journaliste désabusé interrogeant les rigueurs de la performance des musiciens, aux amants qui se séparent tout doucement sans faire de bruit, tout incite à rejoindre et à faire notre les variations de Nancy Huston...
Admirable !
Lien : https://camalonga.wordpress...
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40 ans déjà que ce livre a été écrit.
Et il n'a pas pris une ride.
Un des rares Nancy Huston que je n'avais pas encore lu, et encore une révélation.
Je ne me lasse pas de son talent et de la finesse de son écriture.
Liliane Kulainn, célèbre musicienne, convie trente de ses amis à un concert de chambre.
Elle interprétera au clavecin Les variations Goldberg de Bach.
Et chacune des variations sera représentée par les pensées d'un invité.
Un vrai bonheur que cette lecture.
Chaque personnage est une personnalité attachante.
Certains sont en accord total avec la musique, d'autres y sont plutôt indifférents.
Chaque variation donne envie de l'écouter.
Je pense d'ailleurs que je le relirai un jour en les écoutant.
De la musique, de la sensualité, des réflexions diverses, une écriture parfaite.....
Que demander de plus pour un lecteur ?
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J'avais déjà lu trois ou quatre livres de Nancy Huston dont Dolce agonia que j'avais beaucoup aimé pour sa réjouissante cruauté. Amoureux de musique classique (Les Variations Goldberg j'en possède quatre versions sans compter toutes celles que j'ai pu écouter sur You Tube ou en concert...), et sachant que ce titre éponyme était le premier livre de notre canadienne j'en ai commencé la lecture avec un à priori plus que favorable. L'ouvrage a la particularité de calquer l'oeuvre de Bach : trente variations donc trente chapitres. Plus le thème, une aria, qui revient après la trente et unième variation ; la boucle est bouclée. Liliane, claveciniste émérite (pas professionelle mais beaucoup plus qu'amateur) invite trente de ses amis a un petit concert privé. Les trente variations de Bach vont se transformer en trente variations hustoniennes sur chacun des invités. Je dois avouer (je devais être "à l'ouest" comme on ne dit pas chez moi :-) n'avoir pas du tout "embrayé" sur l'histoire. Dés le second chapitre j'ai perdu pied (mais c'est qui celle-là ? qui parle ?), heureusement les chapitres sont courts (on peut les lire le temps que la claveciniste joue une variation...si on lit vite...), et puis je me suis souvenu de Dolce agonia livre dans lequel Nancy Huston avait utilisé une technique semblable : passer chaque invité au scanner , lui faire accoucher ses pensées intimes hors la comédie sociale. Ici les trente invités monologuent loin de la musique de Bach. Comédie sociale, comédie, comédie...si proche de la tragédie pour certains de nos mélomanes d'un soir. Une fois compris le procédé ( même la lecture de la 4e de couverture ne m'avait pas parue très explicite...c'est dire) , je me suis délecté des tranches de vies, si exotiques pour moi, toutes plus ou moins reliées ensemble (c'est ça qui est dur, relier qui à qui ) . Certes, tous ces protagonistes fanfaronnent dans un milieu social bien défini (non, il y a un ouvrier, enfin un artisan, il est menuisier...), mais soyons prince, passons outre....
Et au fur et à mesure que Liliane enchaînait les variations mes impressions premières se sont évaporées : oui ce livre est une réussite magistrale , dès lors que l'on a compris le "procédé". Nancy Huston a composé son livre ,tel Bach, en écrivant trente variations sur un même thème : la difficulté de vivre : " Nous sommes tous au fond d'un enfer dont chaque instant est un miracle" , c'est de Cioran et je trouve que ça s'applique merveilleusement à ce livre et à l'oeuvre de Nancy Huston même si je crois savoir qu'elle n'aime pas trop ce penseur nihiliste....
Une fois terminé ce livre il faut écouter (ré-écouter) les Variations Goldberg. MA version : Zhu-Xiao-Mei. Au piano bien sûr (Liliane ne serait pas d'accord..). Pianiste chinoise qui me fait verser des larmes autant par ce qu'elle joue de Bach que par sa propre vie.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Mais si je ne consacre pas un certain nombre d'heures par jour à l'écriture je ne m'autorise pas à aller par exemple au cinéma...Parce que si un jour se passe sans que j'écrive, il n'y a pas de raison que tous les jours ne se passent pas de la même façon : si je relâche mon attention, le temps pourrait s'accélérer derrière mon dos, il pourrait se mettre à passer par sauts et par bonds, et des années entières disparaîtraient dans la trappe de ma distraction momentanée. Deux choses échappent à cette logique infernale, deux choses seulement : l'amour et la musique. Pour eux, et pour eux exclusivement, j'accepte de perdre du temps. Parce que ce sont des domaines hors langage. l'un et l'autre tentent de "dire quelque chose" mais l'un et l'autre s'épanouissent entièrement dans cette tentative, cette intention de dire ; ils sont tributaires du langage mais simultanément en deçà et au-delà de lui.
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La vraie musique dépend de moi pour exister ici. Je peux l'esquinter, je peux l'ébrécher, je peux la fracasser...et je ne le veux pas. Ainsi nous luttons ensemble dans la bataille la plus délicate du monde. Cette combinaison particulière de sons, c'est un immense lustre fragile qui tinte sous mes doigts : si je déroge ne serait-ce qu'une fraction de seconde, j'en casse un morceau ; si je ralentis intempestivement, l'éclat ternit. Je porte le lustre et ce n'est pas son poids qui rend le fardeau si terrible, c'est son absence de poids, son caractère absolument ténu. Car je le porte non pas à travers l'espace, mais à travers le temps.
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Pendant des mois et des mois on apprend, on inscrit tous les doigtés sur la partition, on la barbouille de chiffres et de points d'exclamation au crayon noir, on répète mille fois la gamme qui descend en accelerando jusqu'à ce qu'elle ressemble vraiment à une cascade ; bref, on maîtrise petit à petit, on domine chaque partie du morceau et les transitions entre elles, l'articulation-et puis : pas moyen de le jouer. Il y aura toujours un doigt qui décidera de me narguer, de s'amuser à passer par-dessus le pouce un peu maladroitement, et blaf.
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L’important, comme le sait chaque insomniaque, n’est pas de se faire bercer par la réitération d’une thématique, mais au contraire de déclencher l’étincelle qui permettra de court-circuiter le courant de la pensée pour le brancher sur les ondes de l’inconscient. Or, les Variations Goldberg sont admirablement conçues pour produire cet effet: chacune d’entre elles constitue un petit univers imaginaire, avec ses propres lois et sa propre cohérence
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Enfin. Je suis assez heureuse du déroulement de ce rituel. Il m'a fait comprendre des choses. Non pas des gens, mais des choses à propos des gens. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas tout, mais ce n'est pas rien non plus. Le tout ou rien est un faux dilemme.
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Videos de Nancy Huston (43) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nancy Huston
Francia, transsexuelle colombienne, racole au bois de Boulogne dans le quartier dit Latinas. Ce livre fait le tableau de l'une de ses journées de travail, son charisme, sa famille dont elle assure le quotidien même de loin, sa présence auprès de ses collègues qu'elle protège en ces lieux de violence. Portrait d'un être lumineux, qui ce jour-là fera dix-sept clients aux particularités étonnantes, dans ce pays où la loi n'avantage pas ces femmes perdues loin de leur contrée d'origine, ces combattantes de tous les instants.
le nouveau roman de Nancy Huston est en librairie. Lire les premières pages : https://www.actes-sud.fr/francia #litterature #roman
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