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EAN : 9782742701827
256 pages
Éditeur : Actes Sud (30/11/1993)
3.79/5   151 notes
Résumé :
"Si tu invitais trente personnes chez toi, des êtres que tu as aimés et que tu aimes, pour t'écouter jouer au clavecin, pendant une heure et demie, " les Variations Goldberg " de Bach, et si ce concert se déroulait comme un songe d'une nuit d'été, c'est-à-dire si toi, Liliane, tu parvenais à faire vibrer ces trente personnes comme autant de Variations, chacune à un diapason différent - (il te faudrait pour cela osciller entre le souvenir et la spéculation ; il te fa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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carre
  10 mai 2013
« Les variations Goldberg » avec à la baguette Nancy Huston. Affiche au combien alléchante. Un soir d'été une jeune virtuose du clavecin offre à un cercle d'amis ce moment de grâce. Nancy Huston pénètre dans le cerveau de chacun au rythme des fameuses variations. La musique adoucit les moeurs, l'écriture talentueuse de la canadienne aussi. Finesse, intelligence, cette parenthèse enchantée est un vrai bonheur de lecture. Et histoire de prolonger le plaisir , on s'octroie le droit de prendre un trente et unième siège pour écouter la musicalité du texte sur la partition de Bach. Un peu de douceur dans ce monde de brutes. Merci Madame Huston.
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Patsales
  12 avril 2021
Il est toujours étonnant d'entendre ses voisins de travée étouffer une bonne grosse toux dès que la lumière s'éteint dans la salle. Au théâtre, au concert, dès que les conversations cessent, le corps prend sa revanche : alors même qu'on s'apprête à célébrer l'Art et l'Absolu, voilà le grattement de gorge qui s'immisce.
Et quand bien même nous pourrions oublier nos narines qui picotent ou nos genoux qui atteignent presque notre menton (les places n'étaient pas chères, on aurait dû se méfier), en écoutons-nous pour autant les interprètes en frac ou robes longues pour qui nous faisons silence ? Bien sûr que non. La musique ne sert que de bruits de fond à nos pensées, des plus triviales (« Les Quatre Saisons », ah oui, faut que je rappelle Pôle emploi) aux plus cruelles (Ça lui fait quel âge, maintenant, à la mezzo ?) en passant surtout par un stream of consciousness carabiné qui nous emporte des dernières vacances ( con allegrezza) aux prochains motifs d'engueulade (rinforzando).
Nancy Huston s'immisce dans la tête de 30 spectateurs (et une claveciniste) et de cette forme un peu futile, c'est tout ce qui reste des variations Goldberg. La musique comme passe-temps. « Et est-ce qu'ils se rendent compte qu'ils vieillissent en m'écoutant ? » se demande l'interprète. La musique pour ne pas s'avouer qu'on n'a rien à se dire. « Vite ! la radio. Un peu de reggae. Ça nous remet ensemble. On risquait de partir chacun dans sa parano privée. Maintenant on peut taper du pied ensemble, ça montre qu'on est sur la même longueur d'onde. ». La musique pour se la péter. « La musique, c'est la fuite chic […] Tu peux prendre un air pénétré, ajuster ton corps dans la position numéro 52 dite de Béatitude esthétique, puis te payer une heure de fantaisies gratis et bye-bye Bach. » La musique pour s'endormir. « le silence a été maté, et je suis comme pulvérisé par la musique. Si je parviens à prolonger cet état encore quelques minutes, le temps de me déshabiller, de mettre mon pyjama, d'accrocher mes vêtements dans l'armoire et de me laver les dents, je tomberai enfin dans un sommeil de plomb. » La musique pour civiliser notre sauvagerie. « Les filles qui pleurent, les garçons qui rêvent d'être Mick Jagger ; les milliers de spectateurs qui se piétinent pour arriver plus près de la scène, plus près des cinq corps fétiches, si bien que ces corps doivent être entourés et protégés par une douzaine d'autres corps d'hommes forts, sans quoi la foule arracherait aux musiciens leurs chemises, leurs pantalons, leurs instruments, leurs chaussettes et leurs cheveux : la volonté de destruction inhérente à ces soirées ne pourrait plus être contenue. » La musique parce qu'il est bon d'y être sensible. « Je pleure parce que c'est beau ! Mais qui t'a dit que c'était beau ? N'est-ce pas parce que tu connais les noms de Bach et d'Oïstrakh que tu penses que ça doit être beau ? » La musique parce que le classique est une histoire de classes. « C'est ainsi que la musique que nous sommes en train d'entendre fut appréciée : par les grandes dames des salons littéraires et leurs amis oisifs, sous des chandeliers et des plafonds peints en or, alors que la grande majorité des Français vivait dans la misère. »
Enfin, ça, c'était avant. Aujourd'hui, il manque une 31° variation qui les engloberait toutes : la musique vivante parce qu'avoir des voisins qui se raclent la gorge, soufflent bruyamment et sont trop grands d'au moins 15 cm, depuis un an, on en rêve tous.
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SZRAMOWO
  01 mars 2020
Le premier texte, ARIA, prend des allures d'angoisse du gardien de but au moment du penalty. Une concertiste s'interroge sur sa capacité à respecter (en 96 minutes) le tempo d'une oeuvre écrite il y a deux siècles par "un monsieur qui portait une perruque poudrée" et de la capacité du public à la comprendre, à l'apprécier, à la ressentir conformément à ce qu'elle l'exécutante sous "la contrainte de performance" et le "vieux monsieur" en ont imaginé...
La comparaison entre l'interprète de conférence choisissant ses mots, son vocabulaire, le ton, le phrasé, et la concertiste est juste. Les mots et les notes pénètrent par l'oreille et dans le premier cas sont filtrés par le cerveau.
"Mais une note de musique, ça ne veut rien dire. Une note plus haute ?Une note plus basse ?(...) Un peu de rythme ? Une reprise ? Ça va, vous sentez les larmes venir ?"
Autour de ce thème, les trente variations et les deux ARIA de Nancy Huston interrogent la composition musicale, sa transposition au XXème siècle, sa signification sociale, "musique classique musique de classe" dit Manuel dans le texte XXVIII, "j'écris jamais avec un clavier. J'écris avec l'infini" affirme Jules Serino...
Chaque texte est l'occasion d'explorer une dimension de ce qui fait notre rapport à la culture, à la création, toujours avec la même distance qu'est supposé avoir le concertiste lorsqu'il exécute une oeuvre en se demandant pourquoi et pour qui il le fait, pour lui, pour honorer le compositeur, pour le public, pour rien, pour la gloire ?
Nancy Huston propose plusieurs niveaux de réponse pour susciter notre propre interrogation : pourquoi ?
De l'étudiante qui se lève chaque matin à six heures pour faire ses gammes au concertiste chevronné qui s'interroge sur l'authentique, au journaliste désabusé interrogeant les rigueurs de la performance des musiciens, aux amants qui se séparent tout doucement sans faire de bruit, tout incite à rejoindre et à faire notre les variations de Nancy Huston...
Admirable !
Lien : https://camalonga.wordpress...
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aaahhh
  06 juillet 2012
Quelle belle mélodie que celle des mots de Nancy Huston! Tout comme j'avais adoré lire "Dolce Agonia", j'ai beaucoup apprécié "Les variations Goldberg", premier roman de l'auteur, où dans un style un peu différent mais avec la même finesse et une profondeur similaire, elle nous invite à découvrir tour à tour les pensées intimes de quelques humains qui se trouvent, plus ou moins par hasard, réunis ce soir de la Saint-Jean, autour d'un clavecin, pour écouter une amie commune interpréter les variations Goldberg de Bach.
30 variations - 30 invités - 30 tranches de pensées et de vies... le style change au fil du récit, selon le personnage qui pense, mais il reste tout au long puissant et prenant grâce à des phrases courtes et d'une grande force d'évocation. Portés par cette l'écriture belle et dense, les réflexions que les protagonistes partagent avec nous prennent une consistance et une intensité très touchantes.

Alors à quoi pensent-ils ces intellectuels de tous bords, que seul leur amour de la musique et peut-être leur amitié pour l'interprète rassemble ce soir? Ils pensent à la musique bien sûr! A Bach aussi. A l'art et à la culture, et à la place de celle-ci dans notre société. Mais ils pensent aussi à l'amour, à l'amitié, au passé, à la nourriture, au sexe... Quand on se lance dans le libre courant de la pensée, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de compacte ni de linéaire, alors quand ce sont 30 personnes qui pensent, on s'imagine bien que ça explose dans tous les sens!
Avec une grande sensibilité et son habituel regard sur la nature humaine, acéré et doux à la fois, Nancy Huston nous offre avec "Les variations Goldberg" un joli petit bijoux d'intelligence. Je vous le recommande chaudement, et vous invite bien entendu à le lire en écoutant les fameuses variations de Bach que le récit épouse parfaitement!
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bodi
  08 juillet 2013
Quelle magnifique idée que ces variations…humaines ! Car qui n'a pas eu lors d'une audition, d'une conversation, d'un discours quelconque, son esprit qui partait de manière incontrôlée dans des pensées ou vers des horizons lointains, pour revenir, après quelques secondes d'égarement, vers l'objet duquel son esprit s'était détourné ? Nancy Huston nous fait découvrir, par ce stratagème, trente personnages, trente façons d'être, trente façons d'envisager la vie, l'image de soi, la relation aux autres,… le style est précis, rapide. On est comme dans un film Choral et on en sort enchanté. Un vrai régal.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Cath36Cath36   07 mars 2011
Mais si je ne consacre pas un certain nombre d'heures par jour à l'écriture je ne m'autorise pas à aller par exemple au cinéma...Parce que si un jour se passe sans que j'écrive, il n'y a pas de raison que tous les jours ne se passent pas de la même façon : si je relâche mon attention, le temps pourrait s'accélérer derrière mon dos, il pourrait se mettre à passer par sauts et par bonds, et des années entières disparaîtraient dans la trappe de ma distraction momentanée. Deux choses échappent à cette logique infernale, deux choses seulement : l'amour et la musique. Pour eux, et pour eux exclusivement, j'accepte de perdre du temps. Parce que ce sont des domaines hors langage. l'un et l'autre tentent de "dire quelque chose" mais l'un et l'autre s'épanouissent entièrement dans cette tentative, cette intention de dire ; ils sont tributaires du langage mais simultanément en deçà et au-delà de lui.
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Cath36Cath36   06 mars 2011
La vraie musique dépend de moi pour exister ici. Je peux l'esquinter, je peux l'ébrécher, je peux la fracasser...et je ne le veux pas. Ainsi nous luttons ensemble dans la bataille la plus délicate du monde. Cette combinaison particulière de sons, c'est un immense lustre fragile qui tinte sous mes doigts : si je déroge ne serait-ce qu'une fraction de seconde, j'en casse un morceau ; si je ralentis intempestivement, l'éclat ternit. Je porte le lustre et ce n'est pas son poids qui rend le fardeau si terrible, c'est son absence de poids, son caractère absolument ténu. Car je le porte non pas à travers l'espace, mais à travers le temps.
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Cath36Cath36   07 mars 2011
Pendant des mois et des mois on apprend, on inscrit tous les doigtés sur la partition, on la barbouille de chiffres et de points d'exclamation au crayon noir, on répète mille fois la gamme qui descend en accelerando jusqu'à ce qu'elle ressemble vraiment à une cascade ; bref, on maîtrise petit à petit, on domine chaque partie du morceau et les transitions entre elles, l'articulation-et puis : pas moyen de le jouer. Il y aura toujours un doigt qui décidera de me narguer, de s'amuser à passer par-dessus le pouce un peu maladroitement, et blaf.
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pasiondelalecturapasiondelalectura   19 mai 2013
L’important, comme le sait chaque insomniaque, n’est pas de se faire bercer par la réitération d’une thématique, mais au contraire de déclencher l’étincelle qui permettra de court-circuiter le courant de la pensée pour le brancher sur les ondes de l’inconscient. Or, les Variations Goldberg sont admirablement conçues pour produire cet effet: chacune d’entre elles constitue un petit univers imaginaire, avec ses propres lois et sa propre cohérence
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aaahhhaaahhh   30 juin 2012
Enfin. Je suis assez heureuse du déroulement de ce rituel. Il m'a fait comprendre des choses. Non pas des gens, mais des choses à propos des gens. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas tout, mais ce n'est pas rien non plus. Le tout ou rien est un faux dilemme.
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Videos de Nancy Huston (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nancy Huston
// EN DIRECT // AUTOUR DU LIVRE TOUS TÉMOINS DE NAJAH ALBUKAI Avec Najah Albukai, Philippe Claudel, Nancy Huston, Laurent Gaudé, Jérôme Godeau, Bernard Lavilliers, Farouk Mardam-Bey & Wajdi Mouawad Musique : Dominique Mahut (percussions), Najah Albukai (guitare et oud), Nancy Huston (piano) Mise en scène de Wajdi Mouawad Lecture, musique & projection des dessins
Soirée à l'occasion des dix ans de la révolution pacifique syrienne et en collaboration avec l'exposition des dessins de prison de Najah Albukai, dessinateur syrien, à la galerie Fait et Cause, par l'association Pour Que l'Esprit Vive.
Lorsque, en août 2018, Libération consacrait cinq pages aux dessins de Najah Albukai, incarcéré et torturé par le régime syrien, Sarah Moon, Michel Christolhomme et Béatrice Soulé ont ressenti le besoin de partager leur sidération devant la violence de ces dessins autant que devant le talent de l'artiste. Et la nécessité que cette oeuvre soit exposée, éditée et accompagnée. Ils ont donc sollicité des auteurs pour écrire librement en résonance avec l'émotion suscitée par ces dessins, témoigner contre l'horreur et évoquer les dérives nées d'une révolution à l'origine totalement pacifique. Car la Syrie est devenue la métaphore de ce que Farouk Mardam-Bey appelle la syrianisation du monde.
Lectures des textes de Santiago Alba Rico, Mohamed Berrada, Laurent Gaudé, Philippe Claudel, Jérôme Godeau, Nancy Huston, Farouk Mardam-Bey, James Noël, Wajdi Mouawad
Pour poursuivre la soirée, rendez-vous à 20h30 sur la chaîne YouTube et la page Facebook du Mucem pour leur événement “Syrie. Mémoire vivante”, un débat accompagné en lecture et musique par le duo Catherine Vincent & Mohamed al Rashi. Avec Sana Yazigi (fondatrice du site Mémoire créative de la révolution syrienne), Agnès Levallois (spécialiste du Moyen-Orient et des questions méditerranéennes) et Yves Aubin de la Messuzière (diplomate, expert du monde arabe). Plus d'infos https://www.mucem.org/programme/syrie-memoire-vivante
À lire – Tous témoins, dessins de Najah Albukai accompagnés de textes d'une vingtaine d'écrivains, sous la direction éditoriale de Farouk Mardam-Bey, co-édité par Actes Sud et l'association Pour Que l'Esprit Vive et la galerie Fait et Cause, Actes Sud, 2021.
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