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ISBN : 274274925X
Éditeur : Actes Sud (05/05/2004)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 69 notes)
Résumé :
Nancy Huston, Canadienne anglophone, vit à Paris depuis de nombreuses années et compose une œuvre qu'elle écrit en français ou en anglais et qu'elle traduit elle-même dans l'autre langue. C'est dire si elle connaît de l'intérieur le profond sentiment de trouble qui naît de la situation d'exilé - d'un pays, d'une langue. Nord perdu propose une réflexion, que l'auteur illustre de son expérience et de ses lectures, sur la difficile - et parfois douloureuse - perception... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Myriam3
  19 janvier 2019
Dans cet essai, Nancy Huston s'interroge sur ce qu'être expatrié dans un pays signifie, non seulement du point de vue de la langue, mais aussi de sa place au monde, dans la famille, la société, auprès des amis.
Quand on vit comme étranger dans un pays, on le devient aussi dans l'autre, celui où l'on est né. On perd le nord, on se perd soi-même aussi, un peu, puisque nos souvenirs d'enfance ne trouvent pas d'écho dans son pays d'adoption et que sa vie quotidienne n'en trouve pas quand on la partage à ceux qui sont restés là-bas.
Loin de se plaindre, Nancy Huston porte surtout un regard curieux sur cette double identité qu'on finit par prendre, et que les impatriés n'imaginent même pas.
Comme toujours, les écrits de cette auteure posent beaucoup de questions qui continuent à résonner longtemps après la lecture, car elle apporte toujours un regard neuf aux choses, que ce soit sur la langue, sur son identité, ou son rapport aux autres et au monde.
Suit Douze France, douze instantanés de ce qui la lie à la France de son enfance à aujourd'hui.
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Litteraflure
  23 septembre 2018
Nancy Huston, la plus française des écrivaines canadiennes, s'interroge sur ce qui nous rend étranger, sur le processus d'assimilation de l'autre. Ses réflexions sont savoureuses, nourries par l'expérience et l'intelligence de ses analyses. Elle en profite pour égratigner quelques mythes franco-français (ex : Sartre), ce qui n'exclut pas sa tendresse pour notre pays, qu'elle a finalement choisi. Alors à quel moment comprenez-vous que vous n'êtes plus un étranger dans la ville que vous habitez ? Voici quelques éléments de réponses. Quand des expressions autrefois saugrenues vous sont familières. Quand vous y comprenez quelque chose aux querelles intellectuelles (pour la France). Quand la mémoire se décroche de son pays natal. Quand l'inné se rebiffe. Quand on oublie votre accent. Quand vous commencez à percevoir la connerie chez les autres et qu'ils cessent d'être « différents » (j'adore celle-là, tellement vrai) ? Quand vous rêvez de redevenir un étranger.
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rieserisabelle
  02 décembre 2018
Les contradictions résonnent d'autant plus au mélange des genres, comme les réflexions linguistiques ou allusions à des émissions radiophoniques (« le masque… » « … et la Plume ». le caractère autobiographique, libéré d'un connu par la voix narratrice de Nancy Huston mêle l'une et l'autre, attitudes contradictoires, brouillant les pistes de la division bien trop dominante. I loved it ..
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Melopee
  26 janvier 2012
Ce livre est sans doute le plus autobiographique qu'il m'ait été donné de lire de Nancy Huston. Avec ses mots toujours justement pesés, elle donne corps à un aspect de sa vie qui l'a profondément marquée. En effet, à peine majeure, elle a décidé de partir faire ses études à Paris. Par la suite elle est restée en France et y réside d'ailleurs toujours actuellement. C'est son expérience d'expatriée, de toute jeune débarquée en territoire français, dont elle nous fait part. Et en la matière, elle en a à raconter car Nancy Huston est une baroudeuse à qui on ne la fait pas : elle a déjà beaucoup bougé notamment en Allemagne, quand elle était enfant, avec son père et sa belle-mère et est donc quelque part investie par ses voyages. Mais c'est la France qui l'attire, la gagne et lui donne envie de s'enraciner. L'intérêt de ce livre réside particulièrement dans son ressenti du français comme langue étrangère, langue à apprivoiser et qui est moins aisée que son anglais maternel. On peut d'ailleurs relever qu'elle prend bien plus de plaisir à jurer en français qu'en anglais (comme si elle ne possédait pas complètement tous les sens de son vocable).
J'ai aimé la manière dont Nancy Huston évoque son expérience car on sent l'appréhension qui a dû l'habiter à son arrivée. tout comme sa volonté de bien faire et d'être comme tout le monde. Mais rien n'est gagné comme en témoigne la première conversation téléphonique, à son arrivée à Paris, qui la décontenance complètement (pour les mots exacts, je vous laisse lire le passage que je n'ai pas relevé). J'ai retenu, par contre, toute sa volonté de s'intégrer (familièrement, on pourrait dire qu'elle a la niak), son besoin de communiquer, sa curiosité vis-à-vis de notre langue (et c'est qu'elle en a emmagasiné du vocabulaire, bien plus que certains)...
Même si, comme le titre l'indique, Nancy Huston dit avoir perdu le Nord en arrivant parmi nous, elle n'en est pas moins très lucide sur son besoin d'apprendre et c'est avec un réel plaisir qu'on la voit confronter deux idiomes : le français et l'anglais. le texte est parsemé de réflexions dont on se nourrit avidement.
Vient ensuite un autre texte intitulé Douze France qui, en quelques pages, dresse un portrait global de la France en douze adjectifs. La France est ainsi résumée à ses grandes caractéristiques, ses forces ainsi que ces charmes par l'oeil neuf d'un étranger intransigeant. Car si Nancy Huston a choisi de rester parmi nous, c'est que la France est une terre d'adoption qui l'a charmée et la surprise, bien loin de sa famille canadienne, restée au pays. Les mots de Nancy Huston ont tôt fait de nous conquérir et on prendrait bien d'autres goulées de sa "perte de repères".
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malasrij
  19 décembre 2019
Une boussole qui perd le nord
Nord perdu suivi Douze France, Nancy Huston 1998
En tant que étrangère qui habite en France, je partage son récit. Même si je m'adapte aux français, mes traits culturels me leur distingue : une façon de parle, de penser, de bouger, de manger etc. C'est ainsi que mon apparence physique est différente parmi les français. le masque de français que je porte, glisse quand je parle : « une petite trace, d'accent, un soupçon [...] une mélodie, un phrasé atypique, une erreur de genre, une imperceptible maladresse dans l'accord des verbes ». de plus, le faux bilinguisme reflète ma difficulté dans les langues. « Rien n'est plus pénible, pour la fausse bilingue que je suis, que d'avoir à traiter des messages dans les deux langues à la fois, je le vis comme une lutte quasi physique à l'intérieur de mon cerveau : lutte d'où, que je le veuille ou non, la langue maternelle sort victorieuse ». Il existe l'hiérarchie de langues, l'asymétrie lexicale, et un langage vulgaire qui ne me touche pas.  « Il vous reste toujours l'écriture » lorsque je me débrouille avec l'incompréhension de mon accent par les locuteurs français. Certes, par rapport au livre du même type « Une langue venue d'ailleurs de Akira Mizubayashi qui est organisé, je trouve que quelques chapitres (Les autres soi I, II ) sont brouillons, mais ce livre reste globalement compréhensible.
En somme, son témoignage est une porte-parole des expatriés et aussi une critique de la France. Autant son ouvrage intéresse les étrangers, autant il intéresse les Français. de surcroît, cette écrivaine non francophone prend sa plume tellement bien qu'elle a été décernée le grand prix de Lectrices de Elle en 1998 et le prix Femina en 2006.
En outre, vivant aujourd'hui à Paris et en Suisse, elle demeure encore dans la langue française.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
rieserisabellerieserisabelle   01 décembre 2018
Non seulement la langue étrangère décourage bavardages et péroraisons, elle empêche de se prendre trop au sérieux. Dans mon cas au moins, le
fait de parler français avec un accent, de jouer " la francophone ", me donne une distance salutaire par rapport à tous mes autres « rôles » dans l’existence, depuis celui d’écrivain jusqu’à celui de mère. Dès que je
me mets en colère contre un de mes enfants, par exemple, mon accent empire et j’ai du mal à trouver mes mots : cela déclenche l’hilarité en face et, au bout d’un moment, je suis obligée de rire moi aussi.
Alors il est où, le vrai soi ? Hein ? Si l’on arrache carrément le masque, à quoi ressemble le visage qu’il révèle ? Le problème, c’est que quand un visage humain passe par plusieurs années sous un masque, il a tendance
à se transformer. Non seulement il vieillit mais, à force de manquer de lumière et d’oxygène, il devient blême, flasque, bouffi.
Vous retournez là-bas et les gens n’en croient pas leurs oreilles. C’est ça ta langue maternelle ? T’as vu l’état dans lequel elle est ? Mais en fin, c’est pas possible ! Tu as un accent ! Tu n’arrêtes pas d’introduire dans ton anglais des mots français. C’est ridicule ! Tu fais semblant ou quoi ?
Tu essaies de nous épater avec ta prestigieuse parisianité ? Allez, ça ne marche pas, on n’est pas dupes, on sait que tu es anglo-saxonne comme tout le monde… Parle normalement ! Arrête de faire des fautes ! Arrête de chercher tes mots ! Tu les as, tes mots, tu les a avalés avec le lait maternel, comment
oses-tu faire mine de les avoir oubliés. Parle tout droit enfin, parle naturel, parle anglais !!!!
Oui, je veux bien … mais … quel anglais. là encore.
J’ai plein d’anglais maintenant, de même que j’ai plein de français. » (pages 38, 39, 40)
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Myriam3Myriam3   28 février 2019
Le plus grand vertige, en fait, s'empare de moi au moment où, ayant traduit un de mes propres textes - dans un sens ou dans l'autre - je me rends compte, ébahie: jamais je n'aurais écrit cela dans l'autre langue!

Et si je disposais d'une troisième langue - le chinois par exemple? cela impliquerait-il un troisième imaginaire, un troisième style, une troisième façon de rêver? Rilke en allemand, Rilke en français: deux poètes différents. Ou Tsvetaïeva, en russe et en français Si Beckett avait opté pour le serbo-croate, aurait-il écrit Fin de Partie et Oh! les beaux jours? Quel genre de roman aurait inventé Conrad s'il n'avait pas renoncé au polonais? Et pourquoi Kundera a-t-il perdu son sens de l'humour en abandonnant le tchèque? Ainsi de suite... Qui sommes-nous alors? si nous n'avons pas les mêmes pensées, fantasmes, attitudes existentielles, voire opinions, dans une langue et dans une autre?
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Myriam3Myriam3   02 janvier 2019
L'expatrié découvre de façon consciente (et parfois douloureuse) un certain nombre de réalités qui façonnent, le plus souvent à notre insu, la condition humaine. le caractère totalement singulier de l'enfance, par exemple, et le fait qu'elle ne vous quitte jamais: difficile pour un expatrié de ne pas en être conscient, alors que les impatriés peuvent se bercer toute leur vie d'une douce illusion de continuité et d'évidence.
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Alice_Alice_   05 février 2012
La littérature nous autorise à repousser ces limites, aussi imaginaires que nécessaires, qui dessinent et définissent notre moi. En lisant, nous laissons d’autres êtres pénétrer en nous, nous leur faisons de la place sans difficulté – car nous les connaissons déjà. Le roman, c’est ce qui célèbre cette reconnaissance des autres en soi, et de soi dans les autres. C’est le genre humain par excellence.
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TandaricaTandarica   29 mai 2018
Après avoir admiré l'exquise dentelle verbale d'un Pascal Quignard, vous éprouvez la soif de bonnes grosses histoires bien ficelées à la Jim Harrison.
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Videos de Nancy Huston (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nancy Huston
En 2018, Cécile Ladjali recevait Nancy Huston dans le cadre des rencontres "En chair en textes", pour parler de son roman "Lèvres de pierre". ---------- https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/levres-de-pierre
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