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ISBN : 2375860039
Éditeur : Parole (12/09/2016)

Note moyenne : 3.38/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Sois belle / Sois fort est un double essai qui reprend l’essentiel de deux conférences données par Nancy Huston : « Belle comme une image » et « Damoiseaux en détresse ». Point de vue sans concession, il permet de mieux comprendre et accepter les forces et les faiblesses des hommes et des femmes, la part animale qui les assemble et les oppose ainsi que leurs souffrances respectives dans notre monde actuel. Ce petit livre à deux faces nous fait profiter du regard cla... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
WhiTea
  22 janvier 2017
Les premières lignes de « Sois belle » annoncent d'emblée la couleur. Cosmos, vie végétale, Homo sapiens, etc. L'ouvrage entier de Nancy Huston réside ainsi en un concentré de 100 pages faisant les louanges du déterminisme biologique supposé façonner les différences hommes-femmes.
On retrouvera donc dans son livre, par opposition, les apports de la « théorie du genre » systématiquement bafoués. Car oui, pour Nancy Huston, il ne s'agit que d'une théorie. Théorie qu'elle compare d'ailleurs bien souvent à une religion voire à une nouvelle religion. L'avant-propos du livre illustre clairement cette position. Ainsi, Nancy Huston nous annonce que « la théorie du genre remplace peu à peu le christianisme dans l'Occident moderne ». Ah si seulement c'était vrai ! de même, les « théoriciens du genre » nouvelle variante, pas mal, pas mal « sont de concert avec les Pères de l'Église » dans le fait que ceux-ci « préfèrent l'individu à l'espèce ». de même, pour Huston, les « genr-istes » oh, encore mieux ! ressemblent par certains égards à « ces illuminés qui rejettent le darwinisme […] ». Tout est dit. Pour Huston, nous sommes actuellement soumis au « dogme contemporain de la plasticité » qui chercherait à « nous faire accroire que les humains n'ont aucune nature d'aucune sorte, […] ne sont pas, en définitive, des animaux mais des entités intégralement culturelles, qui se développent de manière autonome grâce à leur volonté ». Mais qui a jamais prétendu cela ?
Ce que nous voulons, ce n'est pas nier la part de nature qui constitue les humains, mais bien que l'on cesse de masquer l'opposition qui existe sur le plan social entre les hommes et les femmes en lui donnant la nature pour cause. de même que, comme le dit si bien Monique Wittig, Masculin/féminin, mâle/femelle ne sont que des catégories qui servent à dissimuler le fait que les différences sociales relèvent toujours d'un ordre économique, politique et idéologique. C'est l'oppression qui crée le sexe, et non l'inverse. Mais le primat de la différence est tellement constitutif de notre pensée que la domination qu'avant toute pensée, toute société ou tout ordre social, il y a des « sexes » qui sont « naturellement », « biologiquement », « hormonalement » ou « génétiquement » différents et que cette différence a des conséquences sociologiques.
Car oui, même si elle se targue de ne pas l'être, Nancy Huston est une différentialiste qui affiche pour les universalistes le même mépris dont elle les accuse à son égard.
Selon elle, la théorie du genre consisterait en une « dénégation des différences sexuelles », c'est-à-dire des catégories de sexe homme et femme qui sont pour Nancy Huston des différences naturelles. Tellement naturelles que s'il existe ce qu'elle nomme des « individus indécis » regroupés en « -hermaphrodites, trans-, bi-, homo-, ou asxuels » (bref, tout ce qui est anormal, quoi) cela « permettrait de conclure que tous les comportements communément décrits comme masculins ou féminins ne résultent pas de la seule éducation ». Bon, rien que ça. Mais en ce qui concerne ces « indécis » ou individus regroupés sous le classique « LGBT », Nancy Huston trouve que bon, ils ont « bien évidemment raison de se battre pour défendre leurs différences et leurs droits » ben tiens ! MAIS… que « leur discours ne dit pas toute la vérité et ne doit pas occuper toute la place ». Comme quoi, il n'y a donc que les oppresseurs pour se sentir oppressés par les luttes des opprimés. Mais ce n'est pas tout. On apprend aussi que « la société doit tenir compte de leurs choix ». LEURS CHOIX. Pardon ? MAIS que « blablabla-utérus=femme=engendrement=fait animal ».
Huston balaiera ensuite d'un revers de la main royal ce qu'elle nomme les « théories (bah oui, toujours) actuellement en vogue dans les universités occidentales », c'est-à-dire l'ensemble d'études scientifiques ayant suggéré qu'il existerait « non pas deux mais toute une palette de sexes, tout un nuancier de comportements, de choix et de goûts sexuels, irréductibles au masculin comme au féminin ».
Y aurait-il de bonnes études scientifiques et de mauvaises ? Y aurait-il des études pourtant clairement scientifiques devenant des théories lorsque leurs résultats ne vont pas dans le bon sens ? Y aurait-il des faits pourtant naturels que l'on pourrait occulter ? Ou comment sélectionner l'information en mettant de côté ce qui dérange.
Bah oui, c'est vrai que la différence entre les sexes est tellement évidente qu'il faut demander aux sportives de réaliser des tests de féminité pour prouver qu'elles sont bien de sacro-saintes Femmes (ou femelles, c'est au choix). I II
Ah, les femelles ! Comme Nancy Huston aime à les appeler tout au long de son ouvrage, passant ainsi les 3/4 du livre à comparer les humains aux primates. Dangereuse comparaison qui autorise Huston à vouloir que l'on « explique aux filles, que très souvent, le désir des garçons est un réflexe à leur joliesse et à leur jeunesse, et ne les concerne pas personnellement ». Oui, car pour Huston, « dans une espèce sexuée et dotée de conscience, le regard désirant du mâle sur le corps fécond de la jeune femelle pose et posera toujours problème », car dans notre société on ne s'apercevrait pas à quel point « le corps d'un garçon, les besoins et les pulsions de son corps, lui posent problème » étant donné que l'État laïque moderne d'une manière ou d'une autre ne remplit pas son rôle en n'aidant pas les « mâles à organiser, à gérer et à contrôler leurs pulsions sexuelles ». Tiens donc, il y a comme une odeur de mythe qui flotte. Pauvres, pauvres garçons à qui on apprend « un peu vite que leur instinct sexuel est dérangeant, gênant, étrange et hostile à l'esprit ». Même garçons qui « éprouvent un besoin fréquent et irrésistible de se masturber » puisque dotés de « conduits qui se remplissent et ont besoin d'être vidés ». Beh oui, beh oui. Bon du coup, puisque nous femelles, on a pas ça, Huston nous demande d'être indulgentes avec nos homologues mâles envahis par un « désarroi déclenché par une tempête d'hormones ». Bah oui quoi, faut pas leur en vouloir. Tout ça, c'est la faute à la génétique ! Vilains gènes qui poussent « les primates mâles à vouloir répandre leur semence chez le plus de femelles possible » et qui, en fait, feraient des hommes des êtres « plus civilisés que les femmes, car ils doivent accepter que leur pulsion sexuelle soit limitée, contenue et redirigée par la société ». Ben merde, alors !
Que dire du chaos qui règnerait sur terre si les hommes n'étaient pas aussi civilisés qu'ils le sont actuellement ? Les femmes seraient agressées sexuellement et violées à tout bout de champ par leurs proches comme par des personnes extérieures à leurs cercles d'amis… Comment ? … Quoi ? … On me dit dans l'oreillette que c'est déjà le cas. Tout ça pour dire qu'en tant qu'épouses et amantes, il est dans notre intérêt de ne pas « rabrouer, casser, humilier ou envoyer nos compagnons sur les roses » pour qu'ils puissent continuer à nous apporter avec « fougue, vigueur, douceur, invention, art et amour des érections magnifiques, fréquentes, pleines, battantes, joyeuses et durables ». Bah oui, faut bien reconnaître qu'on a envie que nos hommes soient « virils ». Et que donc, si on est gentilles avec eux, bah ça leur évitera de devoir porter des « kalachnikov et des attaché-case » pour se sentir exister. OK. Et puisque chez les singes, en temps de sécheresse et de famine, les femelles sont naturellement plus attirées par les mâles agressifs, il faudrait en tant qu'humaines lutter contre notre instinct désirant ces mâles virils et « apprendre à nos filles à désirer des garçons non violents ». du coup, pour une fois, ça sera aux femmes de porter le poids des responsabilités et la souffrance à la place des autres. Comment ? … Quoi ? … *explosion de l'oreillette*
Tout cela n'empêche aucunement Nancy Huston de conclure son ouvrage par l'histoire des chimpanzés mâles plus doux qui, après avoir eu accès aux femelles après la mort des mâles alpha, ont permis à la génération de mâles suivante -n'ayant alors plus de modèle agressif à imiter- d'adopter des moeurs plus paisibles. Il faudrait savoir à la fin… Est-ce aux femmes ou aux hommes qu'il impute la responsabilité de réduire l'agressivité des hommes ?
Quoi qu'il en soit, Huston aime à prôner que « la nature n'est pas politiquement correcte, seuls les humains peuvent l'être » sous-entendu que les universalistes, à se vouloir modernes et ultra-tolérants feraient fi de l'état de nature des humains en voulant gommer les différences entre eux. Il est vrai que c'est tellement dissident de prôner les différences naturelles entre les sexes, c'est pas comme si c'était le modèle dominant depuis environ des centaines d'années. Dans le vocabulaire qu'elle utilise tout au long de son ouvrage, Huston, pour discréditer la position des universalistes, aime à utiliser des termes tels que « en vogue », « à la mode » pour décrire la théorie du genre comme si le fait d'être récente en réduisait sa valeur. Bah oui, Nancy, pourtant c'est ça qu'il te manque ; un peu de modernité pour dépoussiérer tes idées rétrogrades.
Lien : https://amauvaiselanguebonsc..
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andras
  01 septembre 2017
Ce petit livre, magnifiquement édité par les Editions Parole, reprend l'essentiel de deux conférences données par Nancy Huston en 2016 après la parution de son essai "Reflets dans un oeil d'homme" dont elles sont à la fois un résumé et un prolongement. Les éditions Parole ont édité ces deux textes "tête-bêche" : "Sois belle", d'un côté, parle de ce déterminisme biologique qui pousse, aujourd'hui encore, et peut-être plus que jamais, la femme à se rendre désirable aux yeux des hommes. "Sois fort", de l'autre côté, parle d'un autre déterminisme qui pousse les hommes vers la violence. Les deux textes parlent du rapport entre les hommes et les femmes dans la société contemporaine et questionne la théorie du genre qui gagne du terrain, en Occident tout particulièrement.
Je trouve que Nancy Huston dit des choses justes sur ces sujets mais je trouve que la forme polémique qu'elle donne à ses propos et les contradictions qu'ils recèlent nuisent beaucoup à leur pertinence. Elle a tout-à-fait raison, à mon sens, de rappeler la part "animale", le substrat biologique que l'Homme (homme ou femme) a en lui et qui sont des facteurs déterminants dans le comportement des individus. Mais à la lire, il semble que c'est l'Unique déterminant et que le déterminant culturel, social compte peu ou n'est qu'un simple renforcement du déterminant biologique. Beaucoup de ce qu'elle dit découle de cette hypothèse qu'elle ne prend pas la peine de démontrer, fustigeant a contrario la "théorie du genre", qui elle, ne reconnaitrait que le déterminant social ("Le genre est l'identité construite par l'environnement social des individus : la masculinité ou la féminité ne sont pas des données naturelles" – source Wikipedia).
Pourtant, elle rapporte une étude sur une bande de chimpanzés dans laquelle tous les mâles dominants (et agressifs) seraient morts accidentellement, et où les mâles dominés ("plus doux") avaient alors pris leur place et engrossé les femelles : à la génération suivante, nous dit Nancy Huston, "incroyable mais vrai, les jeunes mâles ont adoptés des moeurs plus paisible [car] les nouveaux-nés mâles n'avaient pas de modèle d'agressivité à imiter !". Nancy Huston en conclut que l'éducation que l'on donne aux enfants peut changer la donne quant aux comportements agressifs des humains mâles et qu'il n'est pas utopiste de les "éduquer à la nuance et à l'humilité, en lisant des romans de leur pays et des autres pays [...]". Il est étonnant qu'elle ne voit pas de contradiction entre cette conclusion et son postulat de départ, celui du primat du biologique.
Nancy Huston s'exprime en tant que "littéraire" et on n'a pas à attendre d'elle une rigueur de scientifique. Elle a raison de nous rappeler en citant la philosophe Peggy Sastre que "hommes et femmes ont été sélectionnés pour voir une bonne partie du monde avec des lunettes sexuelles, mais elle n'ont pas le même niveau de correction : là où un homme verra une bonne opportunité de tremper son biscuit, une femme flairera le danger et l'évolution leur a donné à tous les deux raisons.". Nancy Huston ajoute que "sur ce plan, la société favorise les filles et frustre les garçons, car elle incite tous les adolescents à faire attention, à retenir et à sublimer leur instinct sexuel, à le divertir vers d'autres buts et nous y arrivons plus facilement qu'eux.". Mais elle omet de préciser que cette "frustration" n'est pas un phénomène récent. Il s'est élaboré au cours des siècles.
Même parsemé d'incohérences ou d'approximations, ce double texte me semble intéressant car il fait aussi entendre la révolte de Nancy Huston contre une situation de la femme, engluée dans son obligation de se faire belle (obligation dont profite toute une industrie), et de l'homme, qui ne trouve que peu d'occasions d'avouer "sa faiblesse". Si certaines affirmations demanderaient à être nuancées et confrontées à d'autres analyses, je trouve néanmoins que Nancy Huston pose ici de bonnes questions.
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