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Patrice Locmant (Éditeur scientifique)
EAN : 9782841003877
594 pages
Bartillat (06/07/2006)
4.64/5   7 notes
Résumé :

CETTE édition rassemble pour la première fois l'ensemble des écrits sur l'art que Huysmans publia entre 1867 et 1905, dont 40 textes jusqu'alors inédits en volume. Découvreur de l'Impressionnisme et révélateur de nombreux talents, Huysmans contribua, par sa critique d'art, à l'évolution des idées esthétiques au tournant des XIX e et XX e siècles et à l'émergence de la peinture moderne. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Outre ses romans et nouvelles, Joris-Karl Huysmans a été un prolifique auteur de critiques artistiques, principalement autour de la peinture. « Nature morte, cela veut parfois dire nature vivante. Jamais terme plus impropre à désigner un genre de peinture ne fut aussi volontiers admis. » (p. 52) de la simple page au livret complet détaillant toute la production accrochée dans un salon, il a couvert les expositions et les galeries pendant plusieurs décennies, avec toujours le mot juste pour décrire ce qu'il voyait et que les oeuvres lui inspiraient. Certains tableaux sont prétexte à des envolées lyriques pieuses ou païennes, entre élégies saintes et esquisses d'hagiographies. « Je l'ai déjà énoncé, et je le répète une fois de plus, l'art n'a rien à faire avec la pudeur ou l'impudeur. » (p. 98) Toujours rigoureux jusqu'à la maniaquerie, Huysmans a produit des descriptions exhaustives et des analyses impitoyables, partant parfois d'une toile pour caractériser toute une production, soit pour la célébrer, soit pour l'éreinter. Et l'homme savait se montrer féroce, voire franchement méchant, armé d'une plume ironique très acérée ! « Au reste, je n'ai rien à dire, car, moi aussi, je trouve les oeuvres de ce genre extraordinairement précieuses, pas au point de vue de l'art, par exemple, mais au point de vue de l'ingéniosité et du burlesque. Cela me fait songer aux pendules en verre filé ou aux noix de coco travaillés par les forçats. Je ne les achète point, mais j'aime les voir acheter. Cela me donne une meilleure opinion de moi-même. » (p. 56)

Son érudition artistique est évidente : il sait faire les liens nécessaires entre les peintres, les écoles, les maîtres et les élèves, les inspirations mythologiques et les sujets bibliques. Huysmans ne se gêne pas pour critiquer le système des salons, prix et jurys qui, selon lui, ne mettent en avant que la médiocrité ou la banalité et laissent à la porte des artistes nouveaux, audacieux ou de génie. « Ah ! je viens de lâcher le grand mot, l'engouement du vulgaire ! Pour vendre aujourd'hui une toile, ou il faut machiner un décor imbécile qui rappelle les faits glorieux de notre histoire et alors l'État l'achète, ou il faut dévider la bobine des gracieusetés propres à séduire le goût souvent baroque des acheteurs. » (p. 85)

D'un salon à un autre, il reprend tout ou partie d'anciens articles. En effet, pourquoi se serait-il épuisé alors qu'il avait déjà tout dit d'un sujet, et avec un talent indéniable ?! Évidemment, j'ai dégusté cet ouvrage avec un plaisir de gourmet, toujours ravie de retrouver la langue de Joris-Karl Huysmans. Certains sujets échappent complètement à ma piètre intelligence, mais l'édition a la pertinence de proposer des reproductions en couleurs de certaines oeuvres décrites par l'auteur, ce qui facilite la compréhension. Et c'est un luxe très précieux d'avoir un petit musée sous les yeux et un expert pour en parler juste à portée de ligne.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Systématiquement, en effet, j'ai voulu, à l'exception de l'oeuvre de M. Desgoffes qui attire la foule, écarter de cet article toutes les natures mortes conçues d'après le procédé d'Abraham Mignon, ce détestable peintre qui rendit avec la même touche patiente et dure le velours rosé du fruit et les cassures brillantes du caillou. J'ai peut-être tort, car ce genre de peinture fait la joie d'une certaine partie du public qui, si elle n'admire pas les coups de brosses superbes de Rousseau, exulte devant une fleur ou un vase peint en relief. Au reste, je n'ai rien à dire, car, moi aussi, je trouve les œuvres de ce genre extraordinairement précieuses, pas au point de vue de l'art, par exemple, mais au point de vue de l'ingéniosité et du burlesque ; cela me fait songer aux pendules en verre filé ou aux noix de coco travaillées par les forçats. Je ne les achète point, mais j'aime à les voir acheter par d'autres. Cela me donne une meilleure opinion de moi-même.

Portraits et natures mortes. Salon de 1877
L'Actualité (Bruxelles), l 17 juin 1877
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Enfin le sculpteur Rodin pousse les cris embrasés du rut, tord les étreintes charnelles, violentes comme les superbes phallophories d'un Rops ! Les couples enlacés se broient et se pâment, hurlent, crispés, les dents sur les dents, les yeux croisés et fous. Les antiques fureurs des ménades renversées devant les faunes cabrés dans d'impures joutes, revivent sous le poing furieux de cet homme qui, à l'heure présente, est le seul artiste capable de faire ainsi panteler et crier le marbre.
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Fatalement, l'œuvre que la foule admire est une terrifiante ânerie ou une lamentable extravagance.
À Paris, il y a, en moyenne, 95 imbéciles sur 100 personnes, et naturellement, le suffrage de cette impermutable majorité est acquis à l'œuvre qui la chatouille, qui l'adule, qui répond, en somme, à toutes ses idées et à tous ses goûts. C'est dire qu'une œuvre âpre, verte, neuve, échappée des routines, égarée loin des voies vicinales de l'art, est incompréhensible pour la plupart des visiteurs et forcément niée.
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Pour embellir cet affreux Paris que nous devons à la munificence des maçons modernes, ne pourrait-on - toutes précautions prises pour la sûreté des personnes - semer çà et là quelques ruines, brûler la Bourse, la Madeleine, le ministère de la Guerre, l'église Saint-Xavier, l'Opéra et l'Odéon, tout le dessus du panier d'un art infâme ! L'on s'apercevrait peut-être alors que le Feu est l'essentiel artiste de notre temps et que, si pitoyable quand elle est crue, l'architecture du siècle devient imposante, presque superbe, quand elle est cuite.
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Pour camper ces cavaliers sur leurs bottes, M. Jundt s'est servi de son procédé habituel, de son brouillis clapoté de couleurs, de ses incertitudes poétiques de lignes, de tout ce qui donne cet aspect de tapisserie fanée à ses personnages. C'est de la peinture vaporeuse, mais elle ne l'est pas assez, malheureusement, pour se volatiliser ou de résoudre.
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