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Yves Hersant (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070376810
416 pages
Éditeur : Gallimard (23/10/1985)
4/5   326 notes
Résumé :
«Le mal d'âmes», comme disait Mallarmé, à la fin du siècle, et «le bizarre attardement, au Paris actuel, de la démonialité». Gilles de Rais mène le bal par l'intermédiaire d'un historien, Durtal, assoiffé de surnaturel et dont l'initiation sera faite par l'épouse hystérique et perverse d'un grand écrivain catholique. Messes noires et invocations sataniques s'ensuivent, qu'organise un prêtre excommunié, le chanoine Docre, qui s'est fait tracer sur la plante des pied... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
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Gwen21
  01 mars 2018
Joris-Karl Huysmans fait typiquement partie des auteurs que je crains de lire et qui, une fois lus, me font amèrement regretter de ne pas les avoir découverts avant !
Je ne peux pas vraiment m'expliquer pourquoi je craignais de m'attaquer à son oeuvre, d'autant que cela fait longtemps que je vois "Là-bas" me faire de l'oeil ; sans doute craignais-je un style trop académique et une narration trop philosophique ou engagée (comme semblait d'ailleurs le confirmer le premier chapitre qui n'est rien de moins qu'un pamphlet adressé à Zola et aux naturalistes) mais, en réalité, l'écriture est très accessible, très romanesque et j'ai vraiment beaucoup apprécié ma lecture.
Attention, toutefois, âmes sensibles s'abstenir !
Bien que publié en 1891, "Là-bas" est un roman très moderne qui donne facilement la nausée et qui n'a pas à envier leurs descriptions à nos auteurs de thrillers contemporains. En même temps, avec pour sujet la biographie de Gilles de Rais, le Boucher du XVème siècle, il ne faut pas s'attendre à cueillir des pâquerettes et à danser des tarentelles...
La narration se développe en deux espaces concomitants : d'une part, Durtal, écrivain et biographe, cherche à comprendre les mécanismes du satanisme et du spiritisme qui auraient influencé son sujet, l'odieux Barbe-Bleue de Tiffauges - pourtant compagnon de Jeanne d'Arc et maréchal de France, l'un des plus puissants seigneurs de son temps -, et dans sa quête, découvre que les pratiques occultes sont loin d'avoir disparu du monde moderne ; d'autre part, le lecteur découvre la biographie de Gilles de Rais en cours de rédaction et suit, épouvanté, la lente descente aux Enfers de ce bourreau d'enfants qui aurait fait près d'un millier de victimes. Donc, vous voilà prévenus, mieux vaut avoir le coeur et les tripes bien accrochés.
Malgré la noirceur du roman, j'ai pleinement savouré la langue de Huysmans et les différentes atmosphères qu'il arrive à rendre très vivantes : du logis du sonneur de cloches de Saint-Sulpice aux caves de Champtocé, autre antre de la Bête du pays de Loire, ou encore du logement de célibataire de Durtal aux messes noires secrètes de la rue de Vaugirard.
Pour conclure, un roman qui ne peut laisser indifférent.

Challenge MULTI-DÉFIS 2018
Challenge XIXème siècle 2018
Challenge ABC 2017 - 2018
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Iboo
  04 avril 2021
Il y a fort longtemps, mon père, qui était féru d'Histoire, m'avait parlé de Gilles de Rais. N'en ayant qu'un souvenir très sommaire, j'ai eu envie d'approfondir ma connaissance de ce personnage sulfureux et c'est avec une grande curiosité que j'ai ouvert ce livre.
Curiosité qui a été rapidement douchée car, au fil des pages, s'est installé en moi une sorte d'angoisse ; un malaise qui, si je ne m'étais engagée à le lire dans le cadre d'une Masse Critique, m'aurait sans doute poussée à interrompre cette lecture tant cela m'était insupportable et dépassait dans l'horreur tout ce que j'aurais pu imaginer.
Ce type m'est apparu comme une immonde et lâche pourriture ; un taré de la plus basse espèce qui n'a pu se laisser aller à ses plus vils instincts que grâce à la complicité de ses sbires et, surtout, au pouvoir absolu que lui conféraient sa naissance et son rang.
Il aura fallu l'intervention d'un homme dont la probité ne pouvait être mise en doute, Jean de Malestroit, Evêque de Nantes, pour mettre un terme à tout cela ; prendre en chasse Gilles de Rais et le traîner en justice. Là encore, Rais, démuni de son pouvoir et de ses appuis, a confirmé l'infâme petite bouse qu'il était en se trainant à genoux, battant sa coulpe en sanglotant, implorant le pardon de ses victimes ainsi que la clémence de ses juges et du Ciel.
Et, c'est afin d'échapper à la torture, qu'il s'est engagé à avouer de lui-même, et par le menu, tous ses crimes sans en omettre aucun. Ces aveux consignés par écrit ont permis que l'histoire de Gilles de Rais traverse les siècles.
Cet excellent roman historique de Huysmans s'appuyant sur l'affaire Gilles de Rais s'étend sur un développement fort instructif relatif à l'occultisme, le spiritisme et le culte voué à Satan sévissant encore au XIXe siècle.
Et pourtant... bien qu'excellent, je n'ai jamais été aussi soulagée de terminer un livre car, durant toute sa lecture, il a généré en moi une anxiété d'avoir ouvert la porte sur un univers spirituel qui m'était étranger et d'avoir appris des choses que, finalement, je n'avais pas tant envie de savoir.
Avec tous mes remerciements aux Editions OKNO pour leur envoi gracieux.
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colimasson
  16 août 2015
Durtal regarde Là-bas, du côté du satanisme, des messes noires, des succubes et des incubes, comme s'il regardait Là-haut, avec le besoin de faire cheminer son âme n'importe où, tant qu'elle ne reste pas sur le plancher des vaches.

Quatre ans après l'écriture de ce roman, Huysmans se convertit au catholicisme. La conversion murissait sans doute depuis quelques années, mais on ne s'en doute qu'à moitié lorsqu'on lit Là-bas. En effet, on ne peut pas dire que ce soit le roman de la foi absolue, sûre d'elle et bien déterminée. Bien sûr, Durtal, excédé par des conversations qui ne résolvent rien, exalté par des monomaniaques d'une pensée, avec qui il fait toutefois bonne ripaille, rendu presque fou par cette Hyacinthe qui le confronte de force à son instinct charnel, allant jusqu'à se sentir des pulsions meurtrières qu'inspire peut-être son sujet d'étude Gilles de Rais, Durtal finit par gueuler, en guise de conclusion : « Puisque tout est soutenable et que rien n'est certain, va pour le succubat ! ». Mais Durtal aurait très bien pu autant s'en remettre à l'esprit scientifique, et se déclarer Charcot ou Curie. Voilà ce qui arrive à ceux qui se palpent trop de la cervelle, à comparer toutes les formes de vie, à emmagasiner les connaissances, voilà ce qui arrive à ceux qui ont trop de vie en eux, trop de curiosité et une tendance passionnelle indomptable : ils finissent par dire oui à tout et lorsque ce n'est plus possible, ils se positionnent sur un coup de tête, à la suite d'une conjonction d'événements favorables : un entourage du même bord, des repas échauffants, un sujet d'étude stimulant.

Durtal et ses copains font un peu penser à Bouvard et Pécuchet en version sombre, attirés seulement par le côté ésotérique des connaissances. Et ce qui est excitant là-dedans, c'est de sentir qu'on franchit des limites qui ne sont pas ouvertes à tout le monde. Il y a beaucoup d'élitisme dans cette attitude, même si les instincts les plus classiques du monde interviennent en silence. Pas la peine de se vanter en invoquant une tendance à la haute spiritualité, Huysmans se montre ici beaucoup plus enjoué que dans A rebours. On sent que ça fait du bien à tout le monde de sortir de chez soi, quitte à fréquenter les messes noires : au moins, il s'y passe quelque chose, et de l'ennui passif, on passe à l'ennui actif. Peu à peu, Durtal arrive à se convaincre de la réalité de phénomènes sur lesquels il se montrait sceptique à l'abord, comme tous ses confrères occultistes, comme tous ses adversaires scientifiques, la ridicule opposition existant entre les tenants de ces deux partis faisant aussi partie du jeu de la croyance. Oui, oui, tout le monde s'amuse, de tous temps et en tous lieux, et comme qui dirait : « Ils feront, comme leurs pères, comme leurs mères […] ; ils s'empliront les tripes et ils se vidangeront l'âme par le bas-ventre ! », ce n'est pas prêt de s'arrêter. Avec Là-bas, Huysmans raconte un peu le côté joyeux et bouffon de la conversion, pas la peine de s'en faire un fromage, mieux vaut encore le dévorer tout entier tant qu'il est encore frais.
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LiliGalipette
  28 décembre 2010
Roman de Joris-Karl Huysmans.
Avec À rebours et le taedium vitae de des Esseintes encore coincés entre les dents et en travers du gosier, j'ai entamé cette lecture bien décidée à (re-)donner toutes ses chances à l'auteur, sur les conseils avisés d'un lecteur (lui aussi avisé). Bien m'en a pris, le plaisir et l'émotion ont été au rendez-vous!
Durtal, romancier, a "abandonné l'adultère, l'amour, l'ambition, tous les sujets apprivoisés du roman moderne, pour écrire l'histoire de Gilles de Rais." (p. 33) Décidé à explorer l'histoire de ce compagnon de Jeanne d'Arc devenu un féroce meurtrier enragé d'alchimie et de démonologie, de "ce sataniste qui fut, au quinzième siècle, le plus artiste et le plus exquis, le plus cruel et le plus scélérat des hommes." (p. 49), Durtal s'engage dans la découverte du Satanisme au Moyen Age et dans ses prolongements historiques. Une troublante relation s'établit entre lui et Hyacinthe Chantelouve: cette femme mariée qui le poursuit d'assiduités qu'elle voudrait ne pas assouvir a les moyens de l'introduire dans les milieux où le Satanisme se pratique, là où la Messe Noire se déroule. Durtal, épris et excédé de cette femme, progresse sur des chemins dangereux, cherchant toujours plus loin le frisson de l'inédit, de l'interdit, pour échapper à la lassitude d'une existence et d'une époque désabusées.
Le dialogue liminaire entre Durtal et son ami, le docteur de Hermies, est un violent réquisitoire contre le naturaliste et la littérature fin de siècle. Dans ce roman, Huysmans rompt définitivement avec sa période naturaliste. "Ce que je reproche au naturalisme, ce n'est pas le lourd badigeon de son , c'est l'immondice de ses idées; ce que je lui reproche, c'est d'avoir incarné le matérialisme dans la littérature, d'avoir glorifié la démocratie de l'art!" (p. 33) Durtal oppose à la virulente diatribe de son ami une certaine tempérance teintée de cynisme: il lui demande de reconnaître "les inoubliables services que les naturalistes ont rendus à l'art; car enfin, ce sont eux qui nous ont débarrassés des inhumains fantoches du romantisme et qui ont extrait la littérature d'un idéalisme de ganache et d'une inanité de vieille fille exaltée par le célibat."(p. 34) Durtal est dégoûté des littérateurs de son époque, il rêve d'un "naturalisme spiritualiste" (p. 36), il constate avec amertume l'échec de la littérature: " C'était vrai, il n'y avait plus rien debout dans les lettres en désarroi; rien, sinon un besoin de surnaturel qui, à défaut, d'idées plus élevées, trébuchait de toutes parts, comme il pouvait, dans le spiritisme et dans l'occulte." (p. 37)
Durtal est en fait atteint du taedium vitaequi a tant accablé son illustre prédécesseur, des Esseintes. Durtal est "excédé par l'ignominieux spectacle de cette fin de siècle" (p. 36), il exècre son temps, les artistes qui y paraissent et l'esprit médiocre qui se répand. Il est tenté par des fureurs de réclusion, des désirs de retrait du monde, dans une abbaye, dans une tour, dans une cave. Ne trouvant dans les plaisirs de la chair nul réconfort, pessimiste quant à l'évolution de la société, et bien que profondément athée, "il en était bien réduit à se dire que la religion est la seule qui sache encore panser, avec les plus veloutés des onguents, les plus impatientes des plaies; mais elle exige en retour une telle désertion du sens commun, une telle volonté de ne plus s'étonner de rien, qu'il s'en écartait tout en l'épiant." (p. 41) Ce passage annonce la future conversion de l'auteur et sa fervente pratique religieuse dans les dernières années de sa vie.
De longues discussions se déroulent dans le logement modeste de Carhaix, sonneur de cloches dans les tours de Saint-Sulpice. Ce brave homme, bien que catholique convaincu, accueille à sa table Durtal et de Hermies et partage leurs échanges sur la religion, le satanisme et l'astrologie. Les hôtes font bombance chez lui et la communion des esprits s'effectue encore mieux après les festins partagés.
"Le jour où Durtal s'était plongé dans l'effrayante et délicieuse fin du Moyen Age, il s'était senti renaître." (p. 46) Aiguillonné par l'ambition d'écrire une monographie de Gilles de Rais qui ne serait ni affaiblie ni enjolivée par les dérives hésitantes d'un esprit niais ou mou, il veut rendre à l'écrit historique ses lettres de noblesse et rendre un hommage honnête et fidèle à la mémoire du baron de Rais, "le des Esseintes du quinzième siècle" (p. 70) qui a "transporté la furie des prières dans le territoire des À rebours."(p. 73) Durtal, quoiqu'il pense des récits de saints et des légendes dorées ne se lance dans pas moins qu'une hagiographie du personnage, que la légende a transmué en Barbe-Bleue. Mais de ce fameux récit de l'histoire du baron, on ne lit que peu de choses, tout au plus quelques notes dont l'étude est souvent interrompue par l'irruption d'un personnage ou l'intrusion de l'histoire en marche, comme l'élection de Boulanger au poste de député.
La monographie de Gilles de Rais n'est finalement qu'un prétexte pour aborder l'univers fascinant et terrifiant des mondes occultes. Durtal semble écrire un précis sur le Satanisme, en se documentant auprès de Carhaix, du docteur de Hermies et de l'astrologue Gevingey et en se renseignant sur le chanoine Docre, qui célèbre des messes sataniques. "La grande question, c'est de consacrer l'hostie et de la destiner à un usage infâme." (p. 84) L'auteur, par les expériences sataniques de Durtal et les récits de ses personnages, n'est pas avare de détails, mais la surenchère sans cesse renouvelée prête à rire. Les hérésies et sacrilèges sont si nombreux et si extrêmes qu'ils dépassent l'horreur pour sombrer dans le grotesque.
Soutenu par son ambition littéraire, Durtal vibre aussi de désir pour Hyacinthe: cette femme qui se veut une "soeur en lassitude"(p. 102), qui lui écrit des épîtres troublantes et sibyllines, désabusées et ardentes, a réveillé "cet élan vers l'informulé, cette projection vers les là-bas qui l'avait récemment soulevé dans l'art; c'était ce besoin d'échapper par une envolée au train-train terrestre." (p. 109) Mme Chantelouve porte bien son nom: elle appelle le mâle telle une louve enragée et se révèle carnassière dans ses amours adultères. Mais Hyacinthe rêve Durtal en incube, en démon qui ne la visiterait et ne la posséderait qu'en esprit. La possession physique abolit pour Durtal la magie qui entourait Hyacinthe: malgré ses travers tentants, elle n'est plus qu'une femme comme les autres, un être de chair dénué de sublime. Après la Messe Noire à laquelle ils assistent ensemble, Durtal n'attend plus rien d'elle et la congédie comme une fille qu'il aurait payée.
J'ai jubilé en lisant les personnages de ce roman citer d'autres personnages et d'autres titres de Huysmans. Cet auteur a en outre le talent unique, que j'avais déjà noté dans À reboursmais qui m'avait bien moins émue, d'extirper du lexique des mots rares et fins, dont la précision exacerbée ne désigne rien d'autre qu'une infime partie de l'univers, mais partie bien plus précieuse que des étendues illimitées. Ses descriptions sont des images en mots. Les déambulations de Durtal dans les ruines du château de Gilles de Rais permettent des évocations constructrices: à chaque pas, Durtal fait se relever les murs tombés, se meubler les pièces pillées et se mouvoir les êtres passés.
La célébration du Moyen Age comme une époque puissante qui véhiculait des valeurs efficientes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, n'est qu'un portrait en creux négatif de la fin de siècle qui dégoûte Durtal et ses amis. Huysmans se saisit de tous les prétextes pour fustiger une époque qu'il méprise. La petite histoire des cloches qu'il donne à lire par le personnage du sonneur est aussi une célébration des temps passés, au détriment du temps présent: les cloches, " ces auxiliaires magnifiques du culte"(p. 220), incarne la pureté d'une religion que les tiédeurs n'avaient pas encore souillé et que le Satanisme ne faisait pas trembler. Et finalement, l'horreur que l'auteur a de cette époque se justifie plus que jamais puisqu'elle n'a pas su se débarrasser du Satanisme: "Dire que ce siècle de positivistes et d'athées a tout renversé, sauf le Satanisme qu'il n'a pas fait reculer d'un pas."(p. 282) le Satanisme est ce "là-bas" inatteignable, cet univers inaccessible, si désirable et si haï.
Maintenant que j'achève cette lecture qui clôt superbement mon année littéraire 2010, je ne tiens pas d'impatience à l'envie de lire la suite du Cycle de Durtal, avec En route, La cathédrale et l'oblatqui retracent le cheminement littéraire et intérieur de Huysmans vers la conversion religieuse. Si l'écrivain décadent m'avait déplu, le sataniste m'a ravie et j'en espère autant du converti voire du naturaliste!
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Arimbo
  27 juillet 2021

J'avais redécouvert, avec l'extraordinaire et baroque À Rebours, Huysmans, dont je n'avais lu, il y a bien longtemps, que La Cathédrale, et dont je me faisais une idée fausse, celle d'un écrivain de la frange catholique de la fin du 19ème siècle.
Je m'étais promis de continuer cette découverte et je viens de terminer un autre roman, sans doute le plus sulfureux, Là-bas.
C'est un récit d'une extraordinaire richesse, par les thèmes multiples qu'il aborde, et d'une admirable écriture.
Là-bas, c'est d'abord, au sein d'une fin de 19 ème siècle positiviste et enthousiasmé par les progrès de la science et de la démocratie, un rejet de son époque par le héros, Durtal, un double de l'écrivain, et un regard porté sur un « Là-bas » rempli de valeurs spirituelles et mystiques, le Moyen-Âge.
Là-bas, c'est aussi l'exploration de ce « Là-bas », le monde surnaturel et invisible de celles et ceux qui recherchent l'absolu, et, comme l'avait si bien décrit Baudelaire, cet absolu peut être au Ciel ou en Enfer, le satanisme n'étant que l'envers noir du mysticisme.
Le roman débute par un dialogue entre l'écrivain Durtal et son ami médecin Des Hermies, dans lequel Des Hermies se livre à une critique en règle du naturalisme, moins celui de Zola que celui de ses suivants, auquel il lui reproche « l'immondice de ses idées », l'absence d'âme et de spiritualité, le matérialisme, et le fait d'avoir introduit « la démocratie dans l'art », une série de réflexions qui m'a semblé trouver écho dans notre début de 21ème siècle.
Cette discussion mène Durtal à ce que devrait être la création littéraire, et, par le détour de l'évocation de ce que peignaient les Primitifs et le souvenir de la Crucifixion du Retable de Mathias Grünewald, à l'idée d'un nouveau chemin pour le roman, celui qui essaierait de saisir tout à la fois la réalité de la vie quotidienne et l'âme des individus, bref un «naturalisme spiritualiste», dont il dit le trouver en partie chez Dostoïevski.
Après ce prologue, le récit sera construit de deux trames parallèles qui vont parcourir tout le roman.
D'abord celle du livre qu'écrit Durtal sur l'histoire de Gilles de Rais, qui de compagnon dévoué et généreux de Jeanne d'Arc, avait cherché l'absolu dans l'occultisme puis le satanisme, et recourant, pour arriver à ses fins, à des expériences insensées et aux crimes les plus abjects sur des enfants. Et cette incessante question qui taraude l'écrivain: comment un homme si croyant, un si bon chrétien, a pu devenir cet homme d'une telle cruauté et d'une telle abjection?
Cette histoire dans l'histoire nous livre des descriptions absolument saisissantes et magnifiques de la vie de Gilles de Rais, de ses méfaits et de son procès.
L'autre partie du récit est faite de la recherche de preuves de l'existence de l'occultisme et du satanisme à la fin du 19ème siècle, l'époque où se passe le roman. Cette plongée se fera, d'une part en rencontrant Carhaix, un ancien séminariste devenu le sonneur de l'Eglise Saint-Sulpice, un homme bien plus érudit que son métier le laisse présumer, et d'autre part, par la liaison de Durtal avec une bien étrange admiratrice, Hyacinthe Chantelouve, au nom si évocateur, et dont Durtal découvre que le corps est, pendant l'amour, froid comme celui d'un succube, ce démon femelle qui vient violer les hommes pendant leur sommeil! Hyacinthe fait partie d'un cercle satanique dirigé par Docre, un inquiétant chanoine, auprès duquel Hyacinthe obtiendra pour Durtal l'autorisation d'assister à une messe noire. le récit nous livre une description saisissante et terrible de cette messe puis de l'écoeurement de Durtal devant la frénésie sexuelle d'Hyacinthe qui veut l'entraîner dans un lit parsemé d'hosties! Bref, on n'est pas loin du roman d'horreur! Mais Huysmans garde toujours une pointe d'ironie, un certain recul à l'égard de ce qu'il nous raconte.
A côté de cet « enfer », les rencontres de Durtal, accompagné de Des Hermies, dans le logis de Carhaix et sa femme, le plus souvent lors de savoureux repas, est une sorte de refuge pour l'écrivain. Ces repas (dont la description est à vous faire saliver!) sont l'occasion de discussions auxquelles participe un astrologue, Gevingey, un ennemi de Docre, et auquel ce dernier a jeté un sortilège mortel, dont il sera délivré par un séjour à Lyon chez un autre chanoine de Docteur Johannes.
Des discussions où l'on sent parfois bien que l'auteur s'amuse avec son lecteur, et qui évoquent aussi bien les vertus de certains mets, que le pouvoir sanctifiant des cloches ou la question de l'occultisme et du satanisme en cette fin de siècle.
La fin du récit, dans laquelle les participants au repas entendent les cris de la rue célébrant la victoire du Général Boulanger aux dernières élections, traduit bien le rejet de leur époque par tous ceux qui sont présents à table.
Ce commentaire ne serait pas complet si je n'évoquais pas les multiples et magnifiques descriptions des lieux et des époques, la finesse (plutôt misogyne) du récit de la relation entre Durtal et Mme Chantelouve, l'écriture superbe, et tous ces mots rares que j'avais déjà tant appréciés dans A rebours.
En conclusion, je vous livre un avis personnel sur le sens de ce livre. Je crois que cette plongée dans le monde du satanisme est, pour le héros , double de l'auteur, une sorte de démonstration « par l'absurde » et par l'ignoble, du surnaturel et du refus du matérialisme. Et en quelque sorte le point de départ d'un chemin qui le mènera à la conversion au catholicisme.
Huysmans, voilà un écrivain qui a rejoint mon Panthéon des auteurs aimés, et dont j'aimerais lire En route et L'Oblat, et relire avec un oeil nouveau La Cathédrale, un auteur formidable que je vous conseille.
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Citations et extraits (89) Voir plus Ajouter une citation
BibaliceBibalice   26 août 2010
"Ah! devant ce Calvaire barbouillé de sang et brouillé de larmes, l'on était loin de ces débonnaires Golgotha que, depuis la Renaissance, l'Eglise adopte! Ce Christ au tétanos n'était pas le Christ des riches, l'Adonis de Galilée, le bellâtre bien portant, le joli garçon aux mèches rousses, à la barbe divisée, aux traits chevalins et fades, que depuis quatre cents ans les fidèles adorent. Celui-là, c'était le Christ de saint Justin, de saint Basile, de saint Cyrille, de Tertullien, le Christ des premiers siècles de l'Eglise, le Christ vulgaire, laid, parce qu'il assuma toute la somme des péchés et qu'il revêtit, par humilité, les formes les plus abjectes.

C'était le Christ des pauvres, Celui qui s'était assimilé aux plus misérables de ceux qu'il venait racheter, aux disgraciés et aux mendiants, à tous ceux sur la laideur ou l'indigence desquels s'acharne la lâcheté de l'homme; et c'était aussi le plus humain des Christ, un Christ à la chair triste et faible, abandonné par le Père qui n'était intervenu que lorsque aucune douleur nouvelle n'était possible, le Christ assisté seulement de sa Mère qu'il avait dû, ainsi que tous ceux que l'on torture, appeler dans des cris d'enfant, de sa Mère, impuissante alors et inutile.

Par une dernière humilité sans doute, il avait supporté que la Passion ne dépassât point l'envergure permise aux sens; et, obéissant à d'incompréhensibles ordres, il avait accepté que sa Divinité fût comme interrompue depuis les soufflets et les coups de verges, les insultes et les crachats, depuis toutes ces maraudes de la souffrance, jusqu'aux effroyables douleurs d'une agonie sans fin. Il avait ainsi pu mieux souffrir, râler, crever ainsi qu'un bandit, ainsi qu'un chien, salement, bassement, en allant dans cette déchéance jusqu'au bout, jusqu'à l'ignominie de la pourriture, jusqu'à la dernière avanie du pus !"
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Gwen21Gwen21   26 février 2018
[...] il fallait s’imaginer aussi les salles à manger, ces repas terribles que Gilles déplora, pendant que l’on instruisait son procès à Nantes. Il avouait avec larmes avoir attisé par la braise des mets la furie de ses sens ; et, ces menus qu’il réprouvait, l’on peut aisément les rétablir ; à table avec Eustache Blanchet, Prélati, Gilles De Sillé, tous ses fidèles, dans la haute salle où sur des crédences posaient les plats, les aiguières pleines d’eau de nèfle, de rose, de mélilot, pour l’ablution des mains, Gilles mangeait des pâtés de bœuf et des pâtés de saumon et de brême, des rosés de lapereaux et d’oiselets, des bourrées à la sauce chaude, des tourtes pisaines, des hérons, des cigognes, des grues, des paons, des butors et des cygnes rôtis, des venaisons au verjus, des lamproies de Nantes, des salades de brione, de houblon, de barbe de judas et de mauve, des plats véhéments, assaisonnés à la marjolaine et au macis, à la coriandre et à la sauge, à la pivoine et au romarin, au basilic et à l’hysope, à la graine de paradis et au gingembre, des plats parfumés, acides, talonnant dans l’estomac, comme des éperons à boire, les lourdes pâtisseries, les tartes à la fleur de sureau et aux raves, les riz au lait de noisette, saupoudrés de cinnamome, des étouffoirs, qui nécessitaient les copieuses rasades des bières et des jus fermentés de mûres, des vins secs ou tannés et cuits, des capiteux hypocras, chargés de cannelle, d’amandes et de musc, des liqueurs enragées, tiquetées de parcelles d’or, des boissons affolantes qui fouettaient la luxure des propos et faisaient piaffer les convives, à la fin des repas, dans ce donjon sans châtelaines, en de monstrueux rêves !
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colimassoncolimasson   30 mai 2016
Apprendre, deux, trois ans après, alors que la femme est inaccessible, honnête et mariée, hors de Paris, hors de France ; apprendre qu’elle vous aimait, alors que l’on n’aurait même pas, quand elle était là, osé le croire ! C’est le rêve, cela ! - Il n’y a que ces amours réelles et intangibles, ces amours faites de mélancolies éloignées et de regrets qui valent ! Et puis il n’y a pas de chairs là-dedans, pas de levain d’ordures !
S’aimer de loin et sans espoir, ne jamais s’appartenir, rêver chastement à de pâles appas, à d’impossibles baisers, à des caresses éteintes sur des fronts oubliés de mortes, ah ! C’est quelque chose comme un égarement délicieux et sans retour ! Tout le reste est ignoble ou vide. - Mais aussi, faut-il que l’existence soit abominable pour que ce soit là le seul bonheur vraiment altier, vraiment pur que le ciel concède, ici-bas, aux âmes incrédules que l’éternelle abjection de la vie effare.
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orhalorhal   29 août 2007
Là-Bas, c'est le temps passé et révolu, celui du Moyen-Age plein d'occultisme et de satanisme. L'époque sanglante où Gilles de Rais égorgeait de jeunes garçons, les violait, les brûlait, s'asseillait dans la tiédeur de leurs intestins fraichement découverts. Là-Bas. C'est le regard en arrière de Durtal, biographe de ce démoniaque Barbe Bleu, célibataire, ennuyé par son siècle, intrigué par le passé reculé. Durtal est un libre penseur taciturne et mélancolique, qui vit presque en hermitte dans le Paris de la fin du XIXème siècle. Il commence un voyage de l'esprit et de la plume, au XVIème siècle, à la rencontre du monstre Gilles de Rais. Fascinant et horrible personnage, il entraîne Durtal dans les tréfonds du Satanisme et des crimes, loin, très loin de sa vie de dandy reclus et sage. Avec des Hermies et Carhaix, ses proches camarades, il se jette à la découverte d'univers qu'il ne soupçonnait pas encore actifs de son temps.

Là-Bas nous propose une vision riche et documentée de l'occultisme, de l'alchimie et de l'astrologie. On découvre aussi le regard acerbe de Huysmans sur son époque. Le cynisme et l'amertume de l'auteur jaillissent du récit à travers les réflections de Durtal et la verve de des Hermies. Ce roman à la construction verticale, du matériel au spirituel, de la réalité au surnaturel, est un témoin de ce XIXème siècle, plongé dans le spiritisme et les mystères. Huysmans nous fait voyager. Mais pas physiquement. C'est un voyage de l'esprit qui s'entreprend. L'air sévère, inquiété, fiévreux, on sort de cette histoire sous le choc, imprégné de cette pensée gnostique, de cette lutte de l'âme sur le corps, du tourment mystique de Gille de Rais au rejet de Durtal pour son environnement et ses semblables. Et cette plume, cette façon d'écrire magistrale et recherchée... On n'écrit plus comme ça.

Je ne résiste pas au plaisir de vous laisser là un extrait :

"- Alors, comment espérer en l'avenir, comment s'imaginer qu'ils seront propres, les gosses issus d
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moraviamoravia   17 octobre 2015
Le prêtre descendit à reculons les marches, s'agenouilla sur la dernière et, d'une voix trépidante et aiguë, il cria :
- « Maître des Esclandres, Dispensateur des bienfaits du crime, Intendant des somptueux péchés et des grands vices, Satan, c'est toi que nous adorons, Dieu logique, Dieu juste !
« Légat suradmirable des fausses transes, tu accueilles la mendicité de nos larmes ; tu sauves l'honneur des familles par l'avortement des ventres fécondés dans les oublis de bonnes crises ; tu insinues la hâte des fausses couches aux mères et ton obstétrique épargne les angoisses de la maturité, la douleur des chutes, aux enfants qui meurent avant de naître !
« Soutien du pauvre exaspéré, Cordial des vaincus, c'est toi qui les doues de l'hypocrisie, de l'ingratitude, de l'orgueil, afin qu'ils se puissent défendre contre les attaques des enfants de Dieu, des Riches !
« Suzerain des mépris, Comptable des humiliations, Tenancier des vieilles haines, toi seul fertilises le cerveau de l'homme que l'injustice écrase ; tu lui souffles les idées des vengeances préparées, des méfaits sûrs ; tu l'incites aux meurtres, tu lui donnes l'exubérante joie des représailles acquises, la bonne ivresse des supplices accomplis, des pleurs, dont il est cause !
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Vidéo de Joris-Karl Huysmans
Joris-Karl Huysmans, du naturalisme au mysticisme : Analyse spectrale de l'Occident (1968 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 16 mars 1968. Portrait de Joris-Karl Huysmans par Jean-Louis Forain, en 1878. Une émission préparée par René Louis. Assistante à la réalisation : Annie Cœurdevey. Avec le concours de Pierre Cogny (maître-assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Caen), Jacques Lethève (conservateur au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale), René Rancœur (conservateur au département des Imprimés), Marcel Thomas (conservateur en chef du département des Manuscrits) et Pierre Waldner (chargé d'enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Poitiers). Et avec les voix de René Dumesnil et de l'abbé Jean Steinmann. Textes de Joris-Karl Huysmans lus par Édith Scob, Michel Bouquet et Jean Topart. Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris et mort dans la même ville le 12 mai 1907. Huysmans naît le 5 février 1848 au 11 (actuel n° 9), rue Suger dans le 6e arrondissement de Paris, d'un père néerlandais du nom de Godfried Huysmans, lithographe de profession, et d'une mère française, Malvina Badin, maîtresse d'école. Il passe toute son enfance dans cette maison. Il fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866. En 1880, il collabore au journal "Le Gaulois", hostile à l'expulsion des jésuites décrétée par le gouvernement. Sous la pression de ses supérieurs hiérarchiques, il cesse sa collaboration. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort, en 1907. Défenseur du naturalisme à ses débuts, il rompit avec cette école pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le symbolisme, et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme, renoua avec la tradition de la littérature mystique et fut un ami proche de l'abbé Mugnier. Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans mourut à son domicile parisien du 31, rue Saint-Placide le 12 mai 1907, et fut inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse. En 1876, Huysmans publie son premier roman, d'inspiration ouvertement naturaliste, "Marthe, histoire d'une fille", qui a pour thème la vie et les déboires d’une jeune parisienne contrainte par une société cupide et sans scrupules à aller jusqu'à se prostituer pour survivre. Craignant la censure qui sévit alors en France, Huysmans fit d’abord éditer ce roman à Bruxelles. La même année, il se lie d'amitié avec Émile Zola, dont il prend ouvertement la défense dans un vibrant article consacré à son dernier roman, "L'Assommoir". Cet article restera dans l'histoire de la littérature comme un des tout premiers manifestes en faveur du naturalisme. Son deuxième roman, "Les Sœurs Vatard", qui suit également la veine naturaliste, paraît en 1879, accompagné d'une dédicace à Zola, qu’il reconnaît comme son maître en littérature. Dès lors, Huysmans appartient au petit groupe des jeunes écrivains reçus par Zola dans sa villa de Médan. Il y fréquente Guy de Maupassant, Léon Hennique, Henry Céard et Paul Alexis avec lesquels il collabore, en 1880, à la publication, sous l’égide de Zola, du recueil collectif de nouvelles naturalistes intitulé "Les Soirées de Médan", dans lequel il insère "Sac au dos", un récit ironique et antipatriotique de son expérience de civil mobilisé durant la Guerre de 1870. "En Ménage", roman publié l’année suivante, et surtout "À vau-l'eau", une longue nouvelle parue en 1882, peignent les existences ternes et sans saveur d’anti-héros usés par « cette vie moderne atroce », et dont les idées noires sont imbibées des préceptes pessimistes de Schopenhauer. Huysmans développe dans ses romans une « philosophie existentielle de la vie ». Huysmans gardera de cette période une puissance d'évocation exceptionnelle dans ses descriptions architecturales, comme le Cycle de Durtal en témoigne dans les nombreuses pages consacrées aux édifices religieux.
Sources : France Culture et Wikipédia
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