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EAN : 9782072859175
288 pages
Éditeur : Gallimard (24/10/2019)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Si Huysmans est connu pour être un romancier et nouvelliste majeur et à l'influence durable de notre littérature, il n'en a pas moins illustré de façon magistrale la longue tradition du poème en prose. C'est même par là qu'il a commencé son oeuvre avec Le Drageoir aux épices en 1874, puis Croquis parisiens en 1880. Dans la lignée d'Aloysius Bertrand, Rimbaud et surtout des Petits poèmes en prose (Le Spleen de Paris) de Baudelaire, ces deux recueils, pour la première... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Audrey56
  13 janvier 2020
À l'occasion de l'exposition qui se tient en ce moment, jusqu'au 1er mars, au Musée d'Orsay et intitulée Huysmans critique d'art – de Degas à Grünewald, les éditions Gallimard publient de nombreux livres autour de cet homme particulier et controversé.
Un catalogue d'exposition éponyme tout d'abord ; un livre d'art, là encore coédité avec le Musée d'Orsay et composé du texte du « roman mental » À Rebours et de 50 reproductions de tableaux ; le Drageoir aux épices suivi de Croquis parisiens et enfin Romans et Nouvelles dans la Bibliothèque de la Pléiade.
La suite sur : www.actualitte.com
Lien : https://www.actualitte.com/a..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
PartempsPartemps   14 septembre 2020
LE CONDUCTEUR D’OMNIBUS


— ARRÊTEZ, arrêtez !

— Ding !

— Ouf — et hautement retroussée et la face rouge comme une pivoine, la grosse mère, tenue sous les bras par le conducteur, trébuche dans la voiture et va s’échouer avec un ahan sourd, entre les deux petites barres d’acajou qui limitent sa place.

Le conducteur fouille dans son escarcelle et rend la monnaie à l’énorme dondon qui déborde de la banquette, puis il escalade le toit de l’omnibus où, tassés sur du bois, des corps d’hommes assis s’agitent péniblement derrière le dos d’un cocher dont le fouet claque. Appuyé sur la rampe de l’impériale, il touche ses trois sous et redescend puis s’assied sur un petit banc mobile qui barre l’entrée de la voiture. Plus rien à faire. C’est alors que notre homme regarde négligemment les malheureux qui roulent cahotés dans un bruit de ferrailles, de vitres secouées, de pétarades de chevaux et de coups de timbre. Il écoute le ronchonnement d’un gosse assis sur les genoux de sa mère et dont les jambes battent en mesure les rotules voisines ; puis, fatigué de voir ces deux rangs de passagers qui se saluent à chaque secousse, il se détourne et contemple vaguement la rue.

À quoi peut-il songer alors que la carriole court de guingois toujours dans les mêmes ruisseaux, toujours dans les mêmes routes ? Il a pour se divertir les écriteaux qui se balancent au vent et indiquent les logements à louer, les boutiques fermées pour cause de décès et de mariage, la litière qui croupit devant la porte d’un malade riche. Cela est bon, le matin, quand le seau roulant commence son travail des Danaïdes, recevant et rejetant tour à tour le flot des voyageurs, mais dans la journée, après qu’il a épelé les affiches, agacé le chien de la fruitière qui jappe dès qu’il l’aperçoit, que faire ? à quoi penser ? La vie serait d’une monotonie insupportable si, de temps à autre, on ne pinçait un filou, la main dans une poche qui n’est pas la sienne. Et puis cette assemblée de femmes et d’hommes ne lui donne-t-elle pas un spectacle vieux comme le monde mais toujours réjouissant ? Une petite dame est assise et ferme les yeux, un jeune homme est en face. Quel manège pour que ces deux êtres, qui ne se sont jamais vus, arrivent, sans dire mot et d’un commun accord, à descendre à la suite l’un de l’autre, et à tourner au même coin de rue. Ah ! à défaut de la voix et du geste, quelle phrase ardente ou rêveuse peut exprimer une jambe qui s’approche furtive, frôle celle de la voisine comme une chatte amoureuse qui caresse et fait son ronron, se retire un peu sentant l’autre se dérober à son étreinte, revient et trouvant la résistance moins vive, se hasarde à serrer doucement le pied !

Que de souvenirs de jeunesse, hein, conducteur ? te rappelles-tu tes jeunes années avant qu’un monsieur bien mis et l’abdomen ceint d’une écharpe, t’ait, au nom de la loi, uni par des liens indissolubles, à la tourmente de ta vie, à ta Mélanie de malheur ! ah ! tu as le temps de penser à cette gothon qui te bouscule, te fait manger froid et te traite de propre à rien et de feignant, si tu as bu le divin reginglat à coups plus pressés que de coutume !

S’il y avait seulement moyen de divorcer et d’en reprendre une autre, d’être comme Machut qui est si heureux en ménage, la vie serait moins dure, la marmaille mieux élevée et mieux nourrie, on supporterait moins impatiemment les reproches de ses chefs ; et le mari déçu contemple une apprentie modiste en train de regarder, au fond de la voiture, au travers des vitres et par-dessus la croupe galopante des chevaux, le fourmillement de la rue. Elle a l’air doux, cette petite, elle a encore les mains rouges, on serait heureux avec une telle jeunesse, oui, mais...

— Les voyageurs pour Courcelles !

— Y a-t-il des correspondances ?

— Montez, numéros 8, 9, 10.

— Ding ! ding ! ding !

Et la voiture repart avec sa cargaison de bras, de têtes, de jambes. La fillette est descendue et trottine au loin, avec sa caisse de toile cirée. Le conducteur ne peut se défendre de penser à elle et il passe en revue les qualités qu’elle aurait pu avoir.

Il lui semble la voir rougissant sous la douce piqûre de sa moustache ; oh ! bien sûr qu’elle ne serait point comme sa femme quinteuse et revêche ! Il est à cent lieues de la réalité et il vit en plein dans le pays des rêves, quand le cri bien connu le rappelle de nouveau aux exigences du service.

— Arrêtez, arrêtez !

— Ding !
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PartempsPartemps   14 septembre 2020
LA BLANCHISSEUSE


Depuis Nausicaa d’homérique et ennuyeuse mémoire, les reines ne lavent plus leur linge elles-mêmes, et si j’excepte ces déesses élues à la mi-carême, dans le clapotis des litres et le cahot des verres, le nettoyage des jupons et des bas est depuis longtemps confié à de bonnes soussouilles dont les gros bras font marcher le fer. Depuis nombre d’années, les blanchisseuses ne sont plus parfumées au benjoin et à l’ambre comme les roses lavandières de Lancret ou, si celles-ci existent encore, elles n’exercent leur métier que par intermittences et leur véritable profession est sans doute plus lucrative mais moins avouable.

Ah ! leur réputation est mauvaise... Ah ! les vieilles rôdent comme des chiennes, briffent et boissonnent, assoiffées par le feu des poêles... Ah ! les jeunes gourgandinent, enragées d’amour et courent de longues prétentaines au sortir des lavoirs !... Eh bien quoi ? Pensez-vous donc que leur vie soit gaie et qu’elles n’aient point le droit d’enterrer au fond des chopines ou des lits, la tristesse des journées longues ? Eh ! qu’elles aiment et qu’elles boivent ! car travailler debout, sous la pluie qui tombe des linges pendus aux fils, sentir l’eau qui glisse sur les frisons de la nuque et coule lentement dans le ravin du dos, respirer à pleine bouche la buée des lessives, avoir les reins brûlés par le feu de la mécanique, brimballer sur l’épaule des charretées de draps, se déhancher à soutenir un panier énorme, marcher, courir, ne jamais se reposer, tremper les chemises dans l’eau bleue, les tordre, les faire essorer, les repasser au fer chaud, amidonner les manchettes, tuyauter le linge ou le perdre, le détériorer, se le faire rendre sans payement de la note par les femmes et le faire accepter contre argent par les hommes, c’est là leur effroyable tâche, leur effroyable vie !

Et combien d’entre elles passeront encore par les dernières étapes de la Passion ! Leur chemin de croix commence au tisonnement du poêle et finit au baquet des rivières ! Quand l’âge a éteint les rumeurs de leurs chairs et fait se dresser devant elles comme consolation suprême le verre de casse-gueule, alors qu’elles ont inutilement erré jusqu’à neuf heures du matin, dans le marché de la rue aux Ours, en quête d’une patronne pressée d’ouvrage, elles vont s’échouer, catarrhales, dans ce quartier que la Bièvre, trempe de ses eaux malades, couleur de cachou et de nèfle. Accroupies, là, depuis les rougeurs de l’aube jusqu’aux fumées du crépuscule, auprès de monstres, vêtues de guenilles, coiffées de marmottes et enterrées jusqu’aux aisselles dans des futailles, elles savonnent à tour de bras, frappent à tour de battoir le linge qui s’égoutte sur la planche.

Vues de dos, quand elles sont enfoncées dans des bouillons d’eau sale, leurs échines font saillie sous le canezou crasseux, des brindilles de tignasse courent à la débandade sur leur peau vernissée comme la pelure des oignons et elles sont là, efflanquées et mornes, abritant leurs chefs moussus sous de vieux parapluies rouges, hurlant comme des louves après les gamins qui les insultent, redressant leur squelette courbé sous la hotte de linge, un poing sur la hanche, l’autre à la bouche, en guise de porte-voix, jetant sur tous ceux qui passent ces gueulées d’injures qui leur ont mérité le surnom de l’argot « les baquets insolents ».

L
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Vidéo de Joris-Karl Huysmans
"En route, de Joris-Karl Huysmans" par André Thérive. Première diffusion le 31 juillet 1958 sur France III Nationale. Un roman monologue, un roman confessions ? « Psychologie onirique, écriture automatique, monologues intérieurs, un roman dénué d’intrigue et même d’action, à un seul personnage et à quelques comparses : on trouve tout ça, dans En route » dit notre conférencier. Et, en sus, une petite tournée des églises de la Rive gauche, à Paris : Saint Séverin, St Sulpice, Ste Clotilde.
Source : France Culture
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