AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 978B00BGGT2K6
Fasquelle, Paris (30/11/-1)
3.85/5   23 notes
Résumé :
Préface de Éléonore REVERZY

« C'est un peu lâche de style, trop barbouillé de couleurs, et sans faits extraordinaires ni poignants. La sauce ravigote pour faire avaler ce poisson est fournie par le cynisme ».
(Huysmans à Zola)

Les Sœurs Vatard est-il un roman naturaliste ? Autant que Marthe, cette Histoire d'une fille parue en 1876, plus qu'En Ménage et À Vau-l'eau, Les Sœurs Vatard affiche d'emblée son appartenance à cette « li... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
PiertyM
  20 février 2018
Je viens de passer un agréable moment avec ce roman aux allures très populaires du XIXe S, d'autant plus que l'auteur nous fait découvrir le monde ouvrier avec des femmes brodeuses. Elles sont vulgaires et vives. Leur avenir pour elles, c'est l'instant qu'elles vivent, et elles s'y donnent à cœur joie. Seul le mot vivre compte pour elle, quant à se demander comment, peu importe, pourvu qu'on vive. Mais il y en a aussi des filles qui veulent changer les choses, retourner les situations. C'est ce que se dira l'une des sœurs Vatard, Désirée. Elle est atypique, dévouée dans ses principes, observatrice, elle est tout autant attachante, naïve, et perspicace, elle laisse des sentiments l'envahir, grandir en elle, la posséder et enfin elle laissera sa raison prendre le dessus...
Commenter  J’apprécie          270
LiliGalipette
  30 juillet 2016
Céline et Désirée Vatard sont brocheuses. Quand elles quittent l'atelier, elles ont des occupations bien différentes. Elles rentrent ensemble chez leurs parents, mais alors que Désirée prend soin de leur mère malade et de leur père, Céline s'apprête pour ressortir rencontrer des hommes. « Un homme, ça ne tire pas à conséquence pour lui s'il s'amuse, une fille, ça l'empêche de se marier avec un garçon qui serait honnête. » (p. 59) le père Vatard est cependant satisfait de cette situation : elle aime sa petite Céline et sait qu'il ne peut pas la retenir et il est bien heureux que sa sage Désirée reste au foyer. Aussi, quand Désirée rencontre Auguste et souhaite l'épouser, le père Vatard s'oppose farouchement à cette union, causant bien des tourments aux jeunes amoureux. Pendant ce temps, Céline abandonne Anatole, canaille peu fréquentable, pour Cyprien, un peintre aux moeurs peu recommandables, mais au bras duquel elle est fière de s'afficher. Ses amours débridées ne sont pas pour la rendre heureuse et la calme harmonie de la maison Vatard est bien secouée. « J'ai deux filles, il y en a une qui ne veut épouser légitimement personne et elle encore plus insupportable que l'autre qui voudrait se marier et qui ne le peut pas. » (p. 136)
La dédicace liminaire à Émile Zola ne manque pas de piquant quand on sait le violent reniement du naturalisme ensuite opéré par Huysmans. À l'époque de l'écriture des Soeurs Vatard, Huysmans est encore un disciple ébloui par le maître et il dépeint avec force détails l'atelier, les attitudes des ouvriers et les chiffons des demoiselles. On sent cependant déjà poindre un certain goût pour la luxure qui annonce le décadentisme de ses futures oeuvres. Impossible de ne pas penser à un autre de ses textes, Marthe, histoire d'une fille, qui relatait le pauvre destin d'une ouvrière devenue prostituée. Les soeurs Vatard n'est certainement pas mon texte préféré de Joris-Karl Huysmans, mais c'est un texte qui prend toute sa place dans l'oeuvre de cet auteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
MarcelP
  06 novembre 2019
Paradigme presque systématique du Naturalisme, Les Soeurs Vatard est couronné de succès en 1879 mais les temps ont changé.
Huysmans nous raconte les déboires amoureux de deux grisettes, Céline et Désirée, employées dans un atelier de brochure. Autant la première, ainée de la fratrie, est dévergondée, autant sa puînée veille à rester sage jusqu'à son mariage. Céline multiplie les liaisons, avec une préférence pour les mâles experts en bricole et torgnoles, cependant que la prude Désirée flirte gentiment avec le fade Auguste (à qui on conseille de ne pas "rester dans la salle d'attente puisque les guichets doivent rester fermés").
L'intrigue est bien plate que le style de l'écrivain tente de transcender, en vain. Huysmans a beau inoculer une copieuse dose de vérisme dans son historiette, il se fourvoie : rien ne fonctionne véritablement. Trop de digressions (brillantes, évidemment), un populisme bavard qui abuse de l'argot du pavé parisien et une syntaxe fracturée (mélange de vulgarités assumées et de maniérismes qui, contrairement à ce qui nous a fait adorer Marthe, sonnent creux)...
Bien entendu, on se réjouira de la constante méchanceté de l'auteur et on ne rechignera pas devant les nombreuses fusées de génie qui parsèment l'ouvrage mais elles ne suffisent pas à le rendre aimable. le récit se traîne en longueur et les morceaux de bravoure sentent par trop son bateleur. Ainsi quand les deux frangines forcées à la chambre par un mauvais rhume observent par désoeuvrement le chemin de fer voisin. Leur attention se fixe alors "sur une machine en panne" et elles regardent "le monstrueux outillage de ses roues, le remuement d'abord silencieux et doux des pistons entrant dans les cylindres, puis leurs efforts multipliés, leurs va-et-vient rapides, toute l'effroyable mêlée de ces bielles et de ces tiges ; (...) les éclairs de la boîte à feu, les dégorgements des robinets de vidange et de purge", elles écoutent "le hoquet de la locomotive qui se met en marche, le sifflement saccadé de ses jets, ses cris stridulés, ses ahans rauques." le procédé grossier ("elles ne pensent qu'à ça...") surprend chez le raffiné Huysmans.
En glissant des copeaux de truffes sous la peau d'une vieille géline qui a fait son temps, on n'obtient pas une succulente poularde demi-deuil !
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
sweetie
  04 novembre 2022
«- J'ai deux filles; il y en a une qui ne veut épouser légitimement personne, et elle est encore plus insupportable que l'autre qui voudrait se marier et qui ne le peut pas. C'est vraiment décourageant, je ne sais pas quoi faire! »
Au-delà de l'intrigue plutôt simple qu'implique, pour le père Vatard, le fait d'avoir deux filles à caser, l'aînée Céline qui enchaîne les amants et la cadette, Désirée, amourachée d'Auguste, un ouvrier oeuvrant comme elles à l'atelier Débonnaire, c'est à une étude de moeurs parisiennes que nous convie Joris-Karl Huysmans en cette fin du XIXe siècle.
Rien n'échappe à l'oeil avisé de l'auteur qui décrit sans concession l'univers du prolétariat : les guinguettes qu'il fréquente, les femmes qu'il séduit, la nourriture et les boissons qu'il ingurgite et les ragots et dialogues pimentés d'un vocabulaire depuis longtemps disparu (je dis merci à l'éditeur qui a judicieusement inséré un lexique en fin de volume).
Je me suis encore régalée et n'en ai pas encore terminé avec Huysmans, m'apprêtant à lire la biographie qu'a écrite sur lui Patrice Locmant. Et il y a encore quelques-uns de ses romans qui m'attendent…

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
mellemars
  07 décembre 2015
J'ai découvert ce roman sur le tard et, passé un mouvement de honte envers cette affreuse faille dans ma culture, je ne le regrette absolument pas car j'ai enfin lu un bon roman, ce qui ne m'était plus arrivé depuis très longtemps. Huysmans adore Zola et ça se sent, mais son style, davantage argotique, imagé et gouailleur que celui de cet auteur que j'admire tant, nous brosse un portrait très enthousiasmant, charnel et vivant d'un Paris ouvrier du XIXè, sans le côté fataliste. Huysmans a un don pour décrire les sentiments amoureux et la fin m'a vraiment prise aux tripes!
Commenter  J’apprécie          20

Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   02 juin 2015
Deux heures du matin sonnèrent.
Céline fit à sa sœur cette inepte plaisanterie qui consiste à placer son doigt près du nez d’une personne endormie et à la réveiller brusquement. Désirée frappa sa narine gauche contre l’index de Céline.
– Que c’est bête! cria-t-elle.
Les femmes se tordirent.
– Allons, mesdames, un peu de silence, hasarda la contremaître.
L’on entendit comme un long bourdonnement que traversa soudain la flûte d’un rire, puis deux voix claironnèrent, soutenues par le ronronnement des presses, une chanson patriotique. Les gosiers des hommes, des gosiers saccagés par le trois-six, tonnèrent également, trouant de leur toux rauque les cris grêles des filles :

« Il est mort, soldat stoïque,
Il est mort pour la républi-ique! »

– Allons, mesdames, un peu de silence, hasarda la contremaître.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
OlivierMaldentOlivierMaldent   25 mars 2022
Tous se détestaient et tous, hommes et femmes, s’entendaient comme larrons en foire pour dauber les contre-maîtres, mais, une fois échappés de l’atelier, ils ne s’entendaient guère plus qu’en échangeant force coups d’ongles et revers de mains. Il y avait, le matin, dès l’arrivée, des cris de liesse, des bondissements furieux, des joies folles, à la vue d’une femme qui entrait, tiraillant péniblement sa croupe, ou clignant des paupières charbonnées d’indigo et d’encre, et cela n’empêchait point que si le patron, exaspéré de voir un grand diable, soûl comme une Pologne, rebondir d’une pile à l’autre, lui réglait son compte et le congédiait, la femme qu’il honorait de ses caresses et de ses coups, se levait et partait, entraînant avec elle toute la coterie qui la soutenait. Il y avait alors des huées des autres ouvrières, puis des larmoiements de femmes mûres criant : Est-elle bête de suivre un homme qui la bat ! c’est moi qui le ficherais en plan ! et elles-mêmes arrivaient, le lendemain, avec un pochon ou des ravines sur le visage et défendaient énergiquement leur maître alors que les autres le traitaient de brigand et de lâche ! — et les histoires et les cancans pleuvaient. — Une telle courait comme une chienne après un homme qui se moquait bien d’elle, pleurnichait pendant toute la journée, sur son ouvrage, et finissait par se crêper la tignasse avec une camarade assez malhonnête pour lui avoir pris son amant et assez taquine pour la braver. — Avec toutes ces parlottes envenimées par la bêtise, avec toutes ces haines qui prenaient feu au frottement des hommes, c’était miracle qu’il restât, au bout de quelques jours, dix ou douze des mêmes ouvrières. — La passoire Débonnaire ne se bouchait pas et, comme un ruisseau d’eau sale, tout son personnel de femelles et de mâles clapotait et fuyait par le trou des portes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
sweetiesweetie   04 novembre 2022
Tendre comme un moineau et soûlard comme une grive, c'était un compère dont les instincts d'ordure s'étaient accrus avec l'âge, c'était une terrine pleine de vices qui se renversait, de temps à autre, sur les robes jeunes et les éclaboussait des cordons aux pans. Criblé de dettes, poursuivi jusqu'à l'outrance par ses créanciers, ce sourdaud, terreur des mastroquets qui s'écroulent sous le crédit, papillonnait avec ses lunettes en fil d'archal, roucoulait, se pavanait, mamourait, tout godichon, et en dépit de ses cheveux qui prenaient la fuite, trouvait encore des jeunesses qui s'essayaient à rallumer au feu rose de leurs lèvres les tisons brûlés de la sienne.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
sweetiesweetie   04 novembre 2022
Des traînes de mousseline noire se déchiraient là-haut, avec de longs craquements; le ciel s'étendait comme un surplis immense, couleur de scabieuse, dont les pans retroussés seraient tenus, çà et là, par des clous de feu.
Commenter  J’apprécie          20
sweetiesweetie   04 novembre 2022
Le Temps des Cerises, composé par Jean-Baptiste Clément sur une musique de Renard en 1866, fut beaucoup chanté pendant la Commune : les cerises désignent en effet les Rouges et le temps espéré de leur gouvernement. Ce sens a été oublié, mais la chanson est demeurée. (Note de bas de page)
Commenter  J’apprécie          10

Videos de Joris-Karl Huysmans (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joris-Karl Huysmans
« Joris-Karl Huysmans (1848-1907) […] nous a donné sur lui-même […] les renseignements essentiels. […] de pères en fils, dit-il, tout le monde a peint dans sa famille […]. […] Il pratiqua toujours, en matière de régime, la plus complète indifférence. Il regardait comme le meilleur gouvernement celui qui ne tracasse personne. […] il lisait beaucoup, travaillait peu et cherchait sa voie. […] […] Huysmans fut, jusqu'à l'heure de sa retraite, après trente ans de services, un fonctionnaire modèle. […] Écrivain, sa distinction répugnait au mélange et se félicitait de rester privée. […] Huysmans avait des loisirs… Il versifiait, en s'inspirant de Villon (1431-1463) et de ses mélancoliques ballades, qu'il aimait alors par dessus tout ! […] il réunit sous ce titre : le drageoir à épices, quelques petits poèmes en prose […]. La critique fit assez bon accueil au Drageoir. […] Huysmans […] conclut « à la résignation, au laisser-faire », à l'acceptation, enfin, de la vie telle quelle, c'est-à-dire irrémédiablement mauvaise. « Le mieux n'existe pas pour les gens sans le sou ; seul, le pire arrive. » Schopenhauer (1788-1860) a raison : « La vie de l'homme oscille, comme un pendule, entre la douleur et l'ennui. » Ce qu'il faut démontrer. Huysmans s'y efforce. À quoi bon réagir, chercher et fixer les conditions du bonheur ? Il n'y en a pas. Rien ne vaut la peine de regimber. Et Huysmans, cependant, ne fait que cela ! C'est un pessimiste qui se complaît, comme beaucoup de Jobs de cette espèce, sur le fumier de sa philosophie. Lui, toutefois, râcle ses ulcères avec des mots précis et précieux, les tessons chatoyants d'un vocabulaire si riche, qu'il fait oublier l'horreur des sanies ! […] […] Il avait enseigné le prix de la phrase bien écrite et du verbe générateur remarquable entre tous les mots, comme le bêlier qui dépasse de ses cornes le troupeau mouvant. Il aimait les humbles et méprisait l'argent. Il en gagnait avec ses livres et négligeait de le toucher. […] Aussi le représentait-on revêche, amer, ombrageux, distant. […] Il observait bien la surface de la nature humaine ; il ne la pénétrait pas toujours. Il avait contracté entre les murs de sa chambre, devant la glace, la myopie des grands félidés en cage. […] Quel sort, dans l'avenir, aura l'oeuvre qu'il laisse ? Il est assez difficile de le dire. Néanmoins, soit qu'on l'envisage comme un acte de foi, soit qu'on la considère comme un merveilleux travail d'orfèvrerie, il faudra bien assigner un rang supérieur, dans la littérature du XIXe siècle, à l'écrivain qui n'humilia jamais l'indépendance de l'artiste le plus raffiné, devant les devoirs du chrétien le plus scrupuleux. » (Lucien Descaves, in J. K. Huysmans, pages choisies, Editions J. M. Dent et fils, 1913)
Des croquis de concert et de bals de barrière ; La reine Marguerite, un camaïeu pourpré ; Des naïades d'égout au sourire éploré, Noyant leur long ennui dans des pintes de bière ;
Des cabarets brodés de pampres et de lierre ; Le poète Villon, dans un cachot, prostré ; Ma tant douce tourmente, un hareng mordoré, L'amour d'un paysan et d'une maraîchère :
Tels sont les principaux sujets que j'ai traités : Un choix de bric-à-brac, vieux médaillons sculptés, Émaux, pastels pâlis, eau-forte, estampe rousse, Idoles aux grands yeux, aux charmes décevants,
Paysans de Brauwer, buvant, faisant carrousse, Sont là. Les prenez-vous ? À bas prix je les vends.
(J.-K. Huysmans, Sonnet liminaire)
0:00 - Ballade en l'honneur de ma tant douce tourmente 1:58 - À maître François Villon 5:28 - Générique
Image d'illustration : https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/joris-karl-huysmans-14-le-forcat-de-la-vie
Bande sonore originale : Dream Machine - Colors Fade Colors Fade by Dream Machine is licensed under a CC BY-NC 3.0 license.
Site : https://icons8.com/music/search/colors%20fade
#JKHuysmans #LeDrageoirAuxÉpices #PoésieFrançaise
+ Lire la suite
Notre sélection Littérature française Voir plus
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus





Quiz Voir plus

Joris-Karl Huysmans

Quel est le véritable prénom de Joris-Karl Huysmans

François-Louis
Edmund
Charles Marie Georges
Anatole

10 questions
52 lecteurs ont répondu
Thème : Joris-Karl HuysmansCréer un quiz sur ce livre