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EAN : SIE313235_205
Éditeur : Stock (30/11/-1)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Publiée en 1901, l’hagiographie Sainte Lydwine de Schiedam nous transporte dans la Hollande médiévale, lors de l’intersiècle tourmenté des xive-xve siècles. Clouée sur un grabat durant trente-huit années, frappée par de terribles maladies, Lydwine s’extrait peu à peu de sa « chrysalide d’horreur » : l’alitée pratique le voyage immobile, défie les lois de la nature et s’immole avec gourmandise. Cette épopée de la douleur mêle le sublime et le gore. Huysmans nous plac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
LiliGalipette
  23 mai 2011
Hagiographie de Joris-Karl Huysmans.
Sainte Lydwine de Schiedam est une martyre du XV° siècle.
Dans son avant-propos, Huysmans explique sa démarche : « Je me suis servi, pour condenser cette vie, des trois textes de Gerlac, de Burgman et d'A. Kempis, complétant leurs anecdotes les unes par les autres, et j'ai rangé les évènements qu'ils retracent suivant l'ordre qui m'a semblé être, sinon le plus rigoureux, au moins le plus intéressant et le plus commode. » Tout ce qui est ici relaté a été vérifié par l'Église. Quant à y souscrire, c'est une question de foi et chacun est libre dans ce domaine.
Les quatorzième et quinzième siècles ont vu l'Europe à feu et à sang. Partout, ce ne sont que des guerres pour les trônes, pour les frontières, pour la papauté. le continent est sans cesse frappé d'épidémies voraces qui déciment les populations. « Les malheureux croyants qui vécurent dans l'horreur de ces extravagantes années, crurent que tout allait s'effondrer ; et, en effet, de quelque côté qu'ils se tournent, ils ne voient que des champs de carnage. » (p. 13) Devant tant de maux et avec le Schisme de l'Occident, « la foi s'affaiblissait ; elle allait se traîner pendant deux siècles, pour finir par choir dans ce cloaque déterré du Paganisme que fut la Renaissance. » (p. 24) Pourtant, l'armée du Christ est en marche : les oblats, les moines, les stigmatisés, les prêtres et les vierges, toute une litanie de saints et de bienheureux témoigne d'une foi pure dans un siècle de laideur.
C'est dans cette époque trouble que naquit Lydwine de Schiedam (Hollande), en 1380. Elle devait décéder 53 ans plus tard, en 1433, après une vie de souffrances dédiées au Seigneur. Après une mauvaise chute sur la glace dans sa jeunesse, et enflammée du désir de se dévouer à Jésus, Lydwine resta alitée à vie, ne se nourrissant que de la sainte Hostie. Assaillie de douleurs inimaginables, elle pourrit sur pied : son corps gonfle, crève, éclate, se fend et le pus se répand de tous ses abcès. Mais l'odeur qui émane de ses plaies est fraîche et parfumée. Et ce n'est qu'un miracle parmi tous ceux qui ont été constatés. Des guérisons s'opèrent en sa compagnie ou quand le malade la prie. Lydwine est douée du don d'ubiquité, de prédiction, de voyance. Elle sait sonder les âmes et connaît les péchés que chacun dissimule.
« Elle combattit, solitaire, en enfant perdue, sur son lit ; mas le poids des assauts qu'elle supporta fut le plus énorme qu'on ait jamais ouï parler ; elle valut une armée à elle seule, une armée qui devait faire face à l'ennemi sur tous les points. […] Toutes les fois que Dieu voulut châtier la Hollande, c'était à elle qu'il s'adressait, c'était elle qui recevait les premiers coups. » (p. 32) Mais Lydwine n'est pas victime : « cette vorace de l'immolation » (p. 34) recherche les douleurs et les humiliations pour se rapprocher d'un Christ en gloire dont elle désespère de pouvoir connaître toutes les souffrances. Son ami et confesseur, le prêtre Jan Pot, l'encourage et la guide sur la voie de son sacerdoce : « Votre mission est claire ; elle consiste à vous sacrifier pour les autres, à réparer les offenses que vous n'avez pas commises ; elle consiste à pratiquer la charité dans ce qu'elle a de sublime et de vraiment divin. » (p. 65)
Dans ses souffrances infinies, Lydwine n'est pas seule. Dieu lui envoie un ange qui la mène au Paradis où elle goûte la compagnie de la Vierge et de l'enfant Jésus. Dans ses extases, elle visite aussi le Purgatoire, des lieux saints et l'Enfer. Lydwine n'a de cesse d'appeler sur elle les punitions et les peines que le Seigneur inflige aux autres. Vivant des expériences hors du commun, Lydwine se détache du monde. Tout ce qu'elle vit est sublime et le reste n'est que médiocrité. « Nos exultations sont, en effet, ainsi que nos peines, médiocres ; nous vivons dans un climat tempéré, dans une zone de piété tiède où la flore est rabougrie et la nature débile. Lydwine, elle, avait été arrachée d'une terre inerte pour être transportée dans le sol ardent de la mystique ; et la sève jusqu'alors engourdie bouillonnait sous le souffle aride de l'Amour, et elle s'épanouissait en d'incessantes éclosions d'impétueuses délices et de furieux tourments. » (p. 73)
L'extraordinaire existence de Lydwine n'est finalement qu'une parmi d'autres. Avant elle et après elle, d'autres femmes ont offert leur chair pour que le Seigneur y lave les horreurs du monde. « Son procédé de faire appel à la charité de certaines âmes pour satisfaire aux nécessités de sa Justice reste immuable. » (p. 224) À l'heure où l'auteur rédige cette hagiographie, l'Europe va mal et le besoin de Dieu se fait sentir. le récit de la vie de la sainte résonne un peu comme une admonestation à s'en remettre au Seigneur.
Dans son écriture, Huysmans révèle toujours une jubilation dans l'horreur. Converti, oui, mais esthète plus que jamais. Profondément religieux, l'admiration qu'il témoigne devant la vie de Lydwine est à la mesure de sa piété : celle-ci est sans faille et Huysmans ne doute aucunement devant les manifestations de l'amour divin. Cette hagiographie, bien loin de la célébration quasi diabolique qui avait entouré Gilles de Rais dans Là-bas, est une véritable action de foi. Mais c'est également une célébration du désir et du plaisir.
Mais dans cette oeuvre encore, il va au fond des choses, n'épargne aucun détail, ne repousse pas le sordide. C'est dans les plaies et dans le pus que Lydwine est la plus sublime, comme Gilles de Rais n'était superbe que dans le sang des entrailles des enfants qu'il sacrifiait. Huysmans célèbre ici la mystique comme il célébrait auparavant le satanisme. Homme de passion, la religion n'a pas éteint son goût du grandiose. Et dans l'accumulation des horreurs que vit Lydwine, dans cette collection minutieuse de tourments, on retrouve un peu de l'esthétisme décadent d'À rebours. Joris-Karl Huysmans, décidément, n'en finit pas de me surprendre et de m'enchanter. Nul nécessité d'être croyant pour lire cette hagiographie : la plume de Huysmans – attention, blasphème in progress – est déjà un miracle.
Quel bonheur de lire Huysmans dans un livre aux pages coupées, édition parue en 1901 ! Celui qui m'a offert ce bijou se reconnaîtra. Voici le livre que je sauverais des flammes.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   23 mai 2011
« Nos exultations sont, en effet, ainsi que nos peines, médiocres ; nous vivons dans un climat tempéré, dans une zone de piété tiède où la flore est rabougrie et la nature débile. Lydwine, elle, avait été arrachée d’une terre inerte pour être transportée dans le sol ardent de la mystique ; et la sève jusqu’alors engourdie bouillonnait sous le souffle aride de l’Amour, et elle s’épanouissait en d’incessantes éclosions d’impétueuses délices et de furieux tourments. » (p. 73)
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LiliGalipetteLiliGalipette   23 mai 2011
« Elle combattit, solitaire, en enfant perdue, sur son lit ; mas le poids des assauts qu’elle supporta fut le plus énorme qu’on ait jamais ouï parler ; elle valut une armée à elle seule, une armée qui devait faire face à l’ennemi sur tous les points. […] Toutes les fois que Dieu voulut châtier la Hollande, c’était à elle qu’il s’adressait, c’était elle qui recevait les premiers coups. » (p. 32)
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LiliGalipetteLiliGalipette   23 mai 2011
« Votre mission est claire ; elle consiste à vous sacrifier pour les autres, à réparer les offenses que vous n’avez pas commises ; elle consiste à pratiquer la charité dans ce qu’elle a de sublime et de vraiment divin. » (p. 65)
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LiliGalipetteLiliGalipette   23 mai 2011
« Les malheureux croyants qui vécurent dans l’horreur de ces extravagantes années, crurent que tout allait s’effondrer ; et, en effet, de quelque côté qu’ils se tournent, ils ne voient que des champs de carnage. » (p. 13)
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LiliGalipetteLiliGalipette   23 mai 2011
Avant-propos : « Je me suis servi, pour condenser cette vie, des trois textes de Gerlac, de Burgman et d’A. Kempis, complétant leurs anecdotes les unes par les autres, et j’ai rangé les évènements qu’ils retracent suivant l’ordre qui m’a semblé être, sinon le plus rigoureux, au moins le plus intéressant et le plus commode. »
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Vidéo de Joris-Karl Huysmans
Joris-Karl Huysmans, du naturalisme au mysticisme : Analyse spectrale de l'Occident (1968 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 16 mars 1968. Portrait de Joris-Karl Huysmans par Jean-Louis Forain, en 1878. Une émission préparée par René Louis. Assistante à la réalisation : Annie Cœurdevey. Avec le concours de Pierre Cogny (maître-assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Caen), Jacques Lethève (conservateur au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale), René Rancœur (conservateur au département des Imprimés), Marcel Thomas (conservateur en chef du département des Manuscrits) et Pierre Waldner (chargé d'enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Poitiers). Et avec les voix de René Dumesnil et de l'abbé Jean Steinmann. Textes de Joris-Karl Huysmans lus par Édith Scob, Michel Bouquet et Jean Topart. Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris et mort dans la même ville le 12 mai 1907. Huysmans naît le 5 février 1848 au 11 (actuel n° 9), rue Suger dans le 6e arrondissement de Paris, d'un père néerlandais du nom de Godfried Huysmans, lithographe de profession, et d'une mère française, Malvina Badin, maîtresse d'école. Il passe toute son enfance dans cette maison. Il fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866. En 1880, il collabore au journal "Le Gaulois", hostile à l'expulsion des jésuites décrétée par le gouvernement. Sous la pression de ses supérieurs hiérarchiques, il cesse sa collaboration. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort, en 1907. Défenseur du naturalisme à ses débuts, il rompit avec cette école pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le symbolisme, et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme, renoua avec la tradition de la littérature mystique et fut un ami proche de l'abbé Mugnier. Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans mourut à son domicile parisien du 31, rue Saint-Placide le 12 mai 1907, et fut inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse. En 1876, Huysmans publie son premier roman, d'inspiration ouvertement naturaliste, "Marthe, histoire d'une fille", qui a pour thème la vie et les déboires d’une jeune parisienne contrainte par une société cupide et sans scrupules à aller jusqu'à se prostituer pour survivre. Craignant la censure qui sévit alors en France, Huysmans fit d’abord éditer ce roman à Bruxelles. La même année, il se lie d'amitié avec Émile Zola, dont il prend ouvertement la défense dans un vibrant article consacré à son dernier roman, "L'Assommoir". Cet article restera dans l'histoire de la littérature comme un des tout premiers manifestes en faveur du naturalisme. Son deuxième roman, "Les Sœurs Vatard", qui suit également la veine naturaliste, paraît en 1879, accompagné d'une dédicace à Zola, qu’il reconnaît comme son maître en littérature. Dès lors, Huysmans appartient au petit groupe des jeunes écrivains reçus par Zola dans sa villa de Médan. Il y fréquente Guy de Maupassant, Léon Hennique, Henry Céard et Paul Alexis avec lesquels il collabore, en 1880, à la publication, sous l’égide de Zola, du recueil collectif de nouvelles naturalistes intitulé "Les Soirées de Médan", dans lequel il insère "Sac au dos", un récit ironique et antipatriotique de son expérience de civil mobilisé durant la Guerre de 1870. "En Ménage", roman publié l’année suivante, et surtout "À vau-l'eau", une longue nouvelle parue en 1882, peignent les existences ternes et sans saveur d’anti-héros usés par « cette vie moderne atroce », et dont les idées noires sont imbibées des préceptes pessimistes de Schopenhauer. Huysmans développe dans ses romans une « philosophie existentielle de la vie ». Huysmans gardera de cette période une puissance d'évocation exceptionnelle dans ses descriptions architecturales, comme le Cycle de Durtal en témoigne dans les nombreuses pages consacrées aux édifices religieux.
Sources : France Culture et Wikipédia
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