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Critique de AMR


AMR
  12 novembre 2018
Les opérations « Masse Critique privilégiées de Babelio sont pour moi l'occasion de candidater pour des lectures auxquelles je n'aurais pas forcément pensé autrement… Ainsi, je n'avais pas entendu parler de Karl Iagnemma… Un coup d'oeil sur le site des éditions Albin Michel, que je remercie au passage pour l'envoi du livre, m'apprend que cet écrivain américain est aussi un scientifique de haut niveau et que c'est justement ce recueil de nouvelles, de la nature des interactions amoureuses, qui l'a révélé au grand public.

La problématique commune aux nouvelles de ce livres tourne autour de l'amour et de la raison… Il s'agit de chercher comment les lois scientifiques pourraient nous aider à mieux comprendre et appréhender l'alchimie des sentiments. Les personnages principaux gravitent pour la plupart dans le milieu de l'informatique, de la technologie, de la médecine et des sciences appliquées qu'ils soient mathématiciens, universitaires, chercheurs, étudiants ou à la limite charlatans. S'ils sont devenus voyageurs de commerce ou tourneuse sur bois, ils développent aussi des idées complexes sur les relations amoureuses, les abordent avec des principes et des théorèmes personnels. Même ceux qui sont issus des classes laborieuses s'intéressent de très prés aux problèmes algébriques ou géométriques…
Karl Iagnemma mêle les époques dans une Amérique lointaine et stylisée, parfois dans des récits entrecroisés dans la même histoire ; les pionniers des XIXème et début du XXème siècles côtoient des amateurs de modélisation des données, les scènes dans des saloons alternent avec les descriptions de campus ou les présentations dans des colloques, la vie rustique des terres reculées ou celle des villes nouvelles…

L'écriture, assez soutenue, passe de points de vue omniscients à une narration à la première personne ou encore aux extraits d'un journal intime ; la tonalité générale est davantage celle d'un traité ou d'une approche théorisante que celle d'un ouvrage à visée divertissante et l'ensemble est un peu soporifique.
L'hiver est présent dans plusieurs récits et accentue la rationalité des approches que je perçois comme nivelées par les couches de neige et conservées et aseptisées par le froid. Par exemple, il y a des suicides sans conséquences parce celles et ceux qui se jettent dans le vide voient leur chute amortie par les congères accumulées au pied du bâtiment, le froid engourdit les corps et les ressentis… Les évocations de la nature ou des espaces naturels contribuent, paradoxalement, à une vague impression d'enfermement.
L'ensemble est englué dans une atmosphère compliquée ; les chutes sont toujours abruptes et révélatrices mais aussi pessimistes, empreintes d'« une dose malsaine de tristesse ».

J'avoue avoir été un peu déroutée par les équations de la première nouvelle qui donne son titre au recueil, dans laquelle « un ingénieur raté au nez crochu » et à la conception de l'amour très analytique s'éprend d'une jeune femme « qui a une odeur d'archives et des cheveux couleur sirop d'érable »…
L'approche phrénologique de la seconde qui présuppose que les instincts, le caractère, les aptitudes, les facultés mentales et affectives sont conditionnées par la conformation externe du crâne a un côté plus suranné, se déroulant au XIXème siècle, à l'époque où des charlatans allaient de ville en ville pour proposer des solutions et des remèdes miracles : ici, il s'agit de sélectionner la femme idéale en repérant sa capacité à aimer qui équivaut « à la somme de son amativité, de son attachement et de son habitativité »…
La troisième nouvelle revisite le triangle amoureux à la lumière des mathématiques et de la religion ; le bonheur des uns apparaît toujours comme relié au chagrin des autres car, quelle que soit l'équation, on a une chance sur deux d'être du mauvais côté…
Parvenue à la quatrième histoire, je dois reconnaître que je ne comprends ni le sens du titre, « L'Approche confessionnelle », ni celui de l'intrigue. Peut-être est-ce dû à la traduction en français ? Une confession est un aveu, un acte de franchise et, personnellement, j'associe à l'adjectif « confessionnel » une vague notion religieuse que je retrouve difficilement dans la description du couple dont il est question ici…
À la moitié du recueil, il y a comme une rupture car il ne s'agit plus de rapports amoureux mais de la colonisation de l'Amérique et du sort réservé aux indiens, vu par le prisme du journal tenu par un « agent des affaires indiennes » entre octobre 1821 et avril 1822 : il est question de solitude, de froidure et de culpabilité. Cette nouvelle est inspirée des écrits d'un véritable ethnologue, ce qui lui donne une portée plus didactique.
La suite évoque enfin une possible rencontre entre une chercheuse en gestion forestière appliquée tombée amoureuse de l'auteur d'un ouvrage approfondi sur les arbres d'Amérique du Nord ; apparemment ils auraient en commun un même amour des classifications scientifiques : « règne, ordre, espèce »... Leur rapprochement ressemble à l'anémogamie, quand le pollen est apporté par le vent, parfois sur de longues distances. J'ai cependant apprécié ici une satire sous-jacente des milieux universitaires, un peu trop renfermés sur eux-mêmes, leurs publications internes et leurs colloques pour initiés.
La septième nouvelle met en scène un mineur et sa femme ; cette dernière s'inquiète de voir son mari s'intéresser, en cachette, à d'étranges énigmes. Alors qu'il cherche la solution d'un problème de géométrie, elle craint qu'il ne soit adepte de pratiques impies…
Le dernier récit, encore une fois inspiré d'expériences médicales réelles datant des années 1820-30, ferme la boucle en revenant sur la thématique du triangle amoureux, du désir d'enfant, du besoin de reconnaissance dans le couple.

Je dois reconnaître que ma lecture a été plutôt laborieuse et que je n'ai pas trouvé un grand intérêt à ce recueil de nouvelles. Les situations décrites ne m'ont procuré aucune émotion particulière, ne m'ont donné aucune piste de réflexion ni ne m'ont permis de m'identifier à l'un ou l'une des personnages.
Je l'ai lu en plusieurs fois, ménageant des pauses que la forme du recueil facilitait, et l'ai ressenti comme un pensum que la construction latine du titre annonçait peut-être.
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