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ISBN : 2882504705
Éditeur : Noir sur blanc (24/08/2017)

Note moyenne : 4.45/5 (sur 39 notes)
Résumé :
Nous sommes au Tatarstan, au cœur de la Russie, dans les années 30. A quinze ans, Zouleikha a été mariée à un homme bien plus âgé qu'elle. Ils ont eu quatre filles mais toutes sont mortes en bas âge. Pour son mari et sa belle-mère presque centenaire, très autoritaire, Zouleikha n'est bonne qu'à travailler. Un nouveau malheur arrive : pendant la dékoulakisation menée par Staline, le mari se fait assassiner et sa famille est expropriée. Zouleikha est déportée en Sibér... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  25 septembre 2017
Nous sommes au Tatarstan, en 1930, dans un bled, où une jeune femme mariée,est domestique et bête de somme au service d'un mari beaucoup plus âgé......et de la belle-mère. Dés les premières pages on tombe sous le charme de Zoulheikha, Yeux verts, ce petit bout de femme soumise sans aucun autre choix, peu éduquée mais si sensible, si délicate, qui mise à part sa religion musulmane est profondément attachée aux croyances païennes héritées de sa mère.("Ce n'est pas facile de contenter un esprit.....L'esprit de l'étable aime le pain et les biscuits, l'esprit du portail, la coquille d'oeuf écrasée. L'esprit de la lisière, lui, aime les douceurs. Zouleikha tient cela de sa mère."). de minutieuses descriptions de la préparation de la bania ( le bain dont la salle est en dehors de l'isba ), de la belle-mère qu'on prépare au bain et du rituel de bain achèvent le charme de cette introduction à un livre qui nous promet une aventure longue et douloureuse, suite à un rêve prémonitoire, dans une Russie en pleine ébullition, où sévit la dékoulakisation ( terrible !) menée par Staline.
Qui est qui ? Aujourd'hui bourreau, demain victime (président de soviet finit sa vie en exilé / il peignait des affiches révolutionnaires, et il se retrouve en Sibérie...), ou le contraire (!), un système sans lois, sans repères, à la merci d'un seul homme qui s'appuie sur des dogmes incohérents, une idéologie factice. Passage d'un état d'injustice à un autre encore pire....qui va entraîner la misère et la mort de milliers de personnes.
Un texte trés fort, superbement écrit et traduit, et comme le dit l'écrivaine Lioudmila Oulitskaïa, " qui nous va droit au coeur". Elle nous fait sentir la nature, le froid, le silence, la désolation, la honte, la misère, le désire, l'amour ( qu'elle dénomme "le miel", magnifique !)........au tréfonds de notre être. La richesse des images ( l'écrivaine a fait une école de cinéma ), des descriptions et la poésie et la beauté qui s'en dégagent renforcent la puissance du texte tout en adoucissant le côté dramatique des événements.
Encore une fois vous serez révolté par la misère, l'injustice, la violence et la tyrannie qu'exercent les hommes sur leurs semblables dés que l'occasion s'y présente, utilisant n'importe quelle faux alibis; et aussi émerveillé par tout ce que l'homme est capable de faire dans les pires situations de dénuement et de désespoir. Mais ce livre est avant tout une magnifique histoire, celle d'un personnage unique, inspiré de la grand-mère de l'écrivaine, "une poule mouillée" qui deviendra une femme forte au contrôle de son destin, destin d'une miraculée dans les tréfonds de la taïga.
J'ai adoré Zouleikha, et son histoire de femme, "élément antisoviétique", au sein de la terrible Histoire de la Russie de Staline ( " le sage homme moustachue" de la photo ) m'a bouleversée.
Définitivement un coup de coeur !

".........Zouleikha ouvre les yeux. Dans la brume rosée de l'aube.....une grande mouette à la poitrine blanche, posée sur le bastingage, la regarde fixement de ses yeux brillants aux reflets d'ambre."
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DanD
  10 juin 2018
Pour moi, ce livre s'inscrit dans la meilleure tradition de la litterature epique russe. Il nous vient, comme souvent, des confins de l'empire, des peuples non russophones mais russifies. Et l'auteure, Gouzel Iakhina, frole, des son premier livre, la stature du grand Aitmatov. C'est dire que je l'ai intensement apprecie.
Iakhina raconte la grande epopee de la dekoulakisation des annees 30 a travers le destin de son heroine, Zouleikha, une petite tatare, toute menue, mais pas frele du tout sous ses grands yeux verts. Ah! Les yeux de Zouleikha! Il suffit qu'elle les ouvre pour que le lecteur ressente un fremissement, un emoi qui ressemble drolement a de l'amour.
Le livre s'ouvre, avec les yeux de Zouleikha, en Tatarie, dans le village d'Ioulbach. Ses habitants, musulmans, sont empreints de croyances et de coutumes paiennes plus qu'autre chose. Ils ont souffert privations et famines suite aux guerres de la sovietisation du pays. Puis, fin des annees 20, c'est la politique de dekoulakisation, l'exode, le deplacement de populations entieres (dont les villageois d'Ioulbach) vers la Siberie, ou ceux qui ne mourront pas en chemin devront amadouer une nature reveche et y construire de nouveaux villages, une nouvelle vie.
Le livre s'ouvre, avec les yeux de Zouleikha, en une prose frenetiquement rythmee pour detailler la vie de tous les jours, la dure vie de chaque jour, et les coutumes de toute la vie, a Ioulbach. Un rythme qui se ralentit avec le deplacement force, avec le long et lent voyage dans des wagons a bestiaux, avec la lente et douloureuse acclimatation a la taiga siberienne.
Et nous suivons Zouleikha. Un petit bout de femme avec de grands yeux verts. Mariee selon la coutume a 15 ans, a 30 elle a deja enterre quatre filles, mortes toutes prematurement. Son mari est tue et elle se retrouve seule dans le convoi vers l'est. Desemparee? Peut-etre au debut, mais elle se reprend vite car elle accepte tout, la vie comme la mort, comme un dessein divin qu'elle ne peut comprendre, que ce n'est pas a un humain de comprendre, mais d'accepter. Sa vision changera avec ses nouvelles vicissitudes, et ayant accouche d'un garcon, elle decouvrira ses forces et prendra sa vie, sa destinee, et la destinee de son fils, en mains. Il est vrai qu'Allah est trop occupe ailleurs pour s'interesser a ce qui se passe en Siberie. Une Siberie ou ni les esprits des champs, ni ceux des animaux, ni Chourale l'esprit de la foret, ni Bitchoura l'esprit du foyer, ni aucun autre Iyase (= esprit) de ceux qui regnaient en maîtres a Ioulbach, n'ont plus aucun pouvoir. En ces contrees vierges ce sont les humains qui detiennent les pouvoirs, et Zouleikha trouvera en elle les forces necessaires a survivre, a changer, a faconner elle-meme son destin.
Une heroine que je n'oublierai pas de sitot. Et je retiendrai aussi la demarche de Iakhina pour raconter cette epopee: elle ne tait aucunement les exactions, l'horreur du transport, la cruaute et des fois la vilenie de responsables sovietiques sur place. Elle accuse. Mais elle sait aussi glorifier les forces que trouve l'homme pour surmonter sa detresse, ses peines, ses deboires. Elle sait aussi chanter le chant d'espoir enclos dans toute entreprise pionniere. Vers la fin du livre, le village qu'ont edifie les "deplaces" est devenu "leur" village, leur nouvelle patrie, et ils en sont fiers. Et nous sommes en droit de supposer que Zouleikha y vivra une vieillesse calme, et, qui sait? meme heureuse.
Iakhina a signe la un tres beau livre. Un "grand roman russe". Dans la lignee des Pasternak, des Cholokhov, des Aitmatov. Courez a votre librairie, a votre mediatheque. Courez a la rencontre de Zouleikha.
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krzysvanco
  20 juin 2018
Une très belle découverte que cette Zouleikha ouvre les yeux !
Zouleikha est une jeune paysanne vivant dans un village perdu de la province du Tatarstan. Elle est simple, humble, naïve, insignifiante, illettrée, maladroite, peureuse, croit aux esprits. Elle maltraitée par son mari et sa belle-mère et ne s'en révolte pas, cela lui paraît normal. Elle ne doute pas de sa faiblesse, elle n'a même pas été capable d'avoir des enfants qui aient survécu.
Le roman se déroule dans les années trente, durant lesquelles Staline a décidé de soumettre les koulaks, ennemis de la classe ouvrière.
Les paysans craignent le pouvoir qui les rançonne et les dépouille sans cesse davantage.
Lors d'une expédition de l'armée rouge, son mari est tué par leur commandant, Ignakov. Zouleikha et les koulaks vont être déportés en Sibérie.
Le trajet est long et verra le nombre de koulaks fortement diminué par les épreuves, la maladie, les évasions et surtout la faim. Ils aboutiront enfin à destination, aux rivages du fleuve Angara et y seront abandonnés avec le commandant. C'est alors qu'une lutte pour la survie s'organise. Elle y connaîtra des intellectuels appartenant à l'intelligentsia, les moins adaptés à survivre mais qui pourtant s'adaptent ! C'est l'hiver et l'hiver sibérien est plus long et plus dur que les autres.
Cette déportation et ces épreuves vont profondément métamorphoser notre protagoniste. Elle découvre la maternité et l'amour, amour hors mariage, amour illégal mais existe-t-il encore des lois sur cette terre oubliée d'Allah et des hommes ?
Zouleikha ouvre les yeux sur une vie nouvelle, sur la misère et la grandeur de ses semblables. Elle cesse d'être victime et est respectée par tous, et tous s'efforcent de l'aider et d'aider son fils. Elle sait toujours trouver un motif pour aller de l'avant.
Tout est décrit en nuance, il n'y a pas de bons ou de mauvais, pas de compassion devant la misère, pas d'exotisme suranné, pas de moralisme, l'amour n'est pas exalté, il est tel qu'il est.
C'est une histoire qui s'insère dans un fragment de l'histoire soviétique, une histoire qui montre à quel point les difficultés peuvent changer les hommes. Dans les conditions les plus inhumaines peut se trouver une humanité
Les caractères des divers personnages sont détaillés avec justesse.
Le style est simple, poétique souvent ; beaucoup de détails trouveront leur signification plus tard. On remarquera la présence de nombreux mots tatars (il y a un lexique !).
Il y a beaucoup de rythme.
C'est un roman qui m'a touché, Zouleikha est un personnage féminin que je ne peux oublier
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Josephine2
  22 octobre 2017
Zouleika, jeune Tatare, vit avec son mari, plus âgée qu'elle et sa belle-mère, quasi-centenaire, qui est une vraie harpie et ne la ménagera pas.
Zouleika est une bonne épouse, soumise, travailleuse, (pire qu'une esclave). Mais elle pense que son mari est un bon mari. Il ne l'abandonne pas dans la forêt.
Un jour, ils croisent des soldats dans la forêt qui tueront son mari, et la déporteront en Sibérie. On va suivre sa trajectoire, et ceux de ses compagnons d'exil, compagnons de tout bord, et de toute religion, jusqu'à leur arrivée en Sibérie.
Ils seront largués, complètement livré à eux-mêmes, au bord de l'Angara. Ils devront survivre tant bien que mal, tout construire de leurs mains, avec quasiment aucun outil, et surtout passer l'hiver sibérien et tenir jusqu'à l'arrivée du printemps.
Alors qu'ils sont au bout du bout, la péniche qui les a larguée revient et avec elle, une chance de survie. La dékoulakisation est en route, et la mise en place des goulags prend forme.
Un premier roman de Gouzel LAKHINA, Tatare, qui nous tient en haleine de la première à la dernière page. J'ai aimé me plonger dans ce roman et vivre les aventures plus ou moins heureuses de Zouleika et de tous les déracinés, qui l'ont accompagnés, leur parcours, parfois sidérant, leur énergie à survivre.
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ninamarijo
  10 septembre 2017
Ce roman se situe dans les années 30 en Russie, en pays Tatare, puis en Sibérie. Il nous conte l'histoire de Zouleikha jeune tatare musulmane, mais aussi l'histoire du peuple russe au moment de la « dékoulakisation », l'histoire des paysans dépossédés de leur terre et « déplacés » vers la Sibérie.
Auprès de sa famille, Zouleikha mène une vie de dur labeur dans la froide campagne russe, son mari, un homme taiseux ne la considère guère et sa belle mère l'humilie, mais Zouleika trime et se tait… Elle a engendré quatre filles, elles sont toutes mortes, mais Zouleika ne se plaint pas… C'est une femme, simple, non instruite et soumise à son mari, à Allah et aux « esprits », auxquels elle doit consacrer mille rites pour attirer leurs grâces.
Le malheur, encore, s'abat sur sa famille, son mari décède et la milice l'embarque avec d'autres paysans, pour un très long voyage vers la Sibérie, d'abord en train le long de la ligne du Transsibérien, puis à bord d'un « vieux rafiot » sur l'Ienisseï. le jeune Ignatov, intégriste de la révolution, enrôlé dans la Guépéou, se voit confier la lourde tâche de mener tous ces « déplacés » jusqu'en Sibérie. Il est d'abord enthousiaste et dévoué à la cause de son pays, mais bientôt s'éveille en lui un sentiment de compassion qui lui complique la tâche. Malgré d'atroces conditions de voyages Zouleikha résiste et se bat pour l'enfant qu'elle porte, Ignatov semble la protéger. Après bien des péripéties Ignatov installe les 40 rescapés sur les berges de l'Angara au Sud-Est du lac Baïkal où la colonie va tenter de survivre. je ne vous en dis pas plus ...
Gouzel Iakhina, jeune écrivain de 40ans signe un premier roman époustouflant, au rythme infernal, bien scandé, haletant et très réaliste. Un roman sonore, poétique et cruel souvent coloré rouge sang, mais aussi humaniste. Ignatov, le bourreau est envahi par le doute, l'amour et la compassion et sous regard naïf de Zouleikha rien n'est totalement noir.
Soulignons l'extraordinaire performance de la traductrice Maud Mabillard qui nous restitue un texte d'une grande beauté et d'une force hallucinante. Un roman qui vous trouble et vous touche profondément.

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critiques presse (1)
Actualitte   19 février 2018
Dans une langue magnifique, Guzel Iakhina s’attache scrupuleusement à décrire la vie misérable de son personnage principal, Zouleikha, et le syndrome de Stockholm qui lie les paysans captifs au pouvoir qui les tyrannise.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
nath45nath45   11 août 2018
- la liberté est comme le bonheur, ronronne-t-il dans sa barbe, novice pour certains, bénéfique à d'autres. -Goethe ? s'anime Konstantin
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nath45nath45   11 août 2018
Ignatov ne comprenait pas comment on peut aimer une femme. On peut aimer des choses grandioses : la révolution, le Parti, son pays' mais une femme ? Et comment peut-on utiliser le même mot pour exprimer son rapport à des choses d'importances si différentes : comment mettre sur la même balance une quelconque bonne femme et la révolution.
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BookycookyBookycooky   24 septembre 2017
Voici la lisière du village. Ici, derrière la barrière de la dernière maison, nez tourné vers les champs, queue tournée vers Ioulbach, vit le bassou kapka iyasé, l’esprit de la lisière. Zouleikha ne l’a jamais vu, mais on dit qu’il est irascible et revêche. Comment pourrait-il en être autrement ? Il a tant de travail : éloigner les mauvais esprits du village, ne pas les laisser franchir la lisière, et si un villageois veut demander quelque chose aux esprits de la forêt, il doit l’aider, faire l’intermédiaire. Il n’a pas le temps d’être aimable.
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BookycookyBookycooky   24 septembre 2017
Ignatov ne comprenait pas comment on peut aimer une femme. On peut aimer des choses grandioses : la révolution, le Parti, son pays. Mais une femme ? Et comment peut-on utiliser le même mot pour exprimer son rapport à des choses d’importance si différente : comment mettre sur la même balance une quelconque bonne femme et la révolution ? C’était ridicule.
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BookycookyBookycooky   25 septembre 2017
Parfois, elle avait l’impression qu’elle était déjà morte......Mais lorsque Zouleikha s’approchait des latrines improvisées dans un coin de la cellule, qui consistaient en un grand seau de fer-blanc sonore, et qu’elle sentait ses joues brûler de honte, elle comprenait soudain qu’elle était encore en vie. Les morts ne connaissent pas la honte.
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