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Georges Nivat (Autre)Lioudmila Oulitskaïa (Autre)Maud Maubillard (Traducteur)
EAN : 9782369145950
Libretto (19/08/2021)
4.36/5   126 notes
Résumé :
Nous sommes au Tatarstan, au cœur de la Russie, dans les années 30. A quinze ans, Zouleikha a été mariée à un homme bien plus âgé qu'elle. Ils ont eu quatre filles mais toutes sont mortes en bas âge. Pour son mari et sa belle-mère presque centenaire, très autoritaire, Zouleikha n'est bonne qu'à travailler. Un nouveau malheur arrive : pendant la dékoulakisation menée par Staline, le mari se fait assassiner et sa famille est expropriée. Zouleikha est déportée en Sibér... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
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Bookycooky
  25 septembre 2017
Nous sommes au Tatarstan, en 1930, dans un bled, où une jeune femme mariée,est domestique et bête de somme au service d'un mari beaucoup plus âgé......et de la belle-mère. Dés les premières pages on tombe sous le charme de Zoulheikha, Yeux verts, ce petit bout de femme soumise sans aucun autre choix, peu éduquée mais si sensible, si délicate, qui mise à part sa religion musulmane est profondément attachée aux croyances païennes héritées de sa mère.("Ce n'est pas facile de contenter un esprit.....L'esprit de l'étable aime le pain et les biscuits, l'esprit du portail, la coquille d'oeuf écrasée. L'esprit de la lisière, lui, aime les douceurs. Zouleikha tient cela de sa mère."). de minutieuses descriptions de la préparation de la bania ( le bain dont la salle est en dehors de l'isba ), de la belle-mère qu'on prépare au bain et du rituel de bain achèvent le charme de cette introduction à un livre qui nous promet une aventure longue et douloureuse, suite à un rêve prémonitoire, dans une Russie en pleine ébullition, où sévit la dékoulakisation ( terrible !) menée par Staline.
Qui est qui ? Aujourd'hui bourreau, demain victime (président de soviet finit sa vie en exilé / il peignait des affiches révolutionnaires, et il se retrouve en Sibérie...), ou le contraire (!), un système sans lois, sans repères, à la merci d'un seul homme qui s'appuie sur des dogmes incohérents, une idéologie factice. Passage d'un état d'injustice à un autre encore pire....qui va entraîner la misère et la mort de milliers de personnes.
Un texte trés fort, superbement écrit et traduit, et comme le dit l'écrivaine Lioudmila Oulitskaïa, " qui nous va droit au coeur". Elle nous fait sentir la nature, le froid, le silence, la désolation, la honte, la misère, le désire, l'amour ( qu'elle dénomme "le miel", magnifique !)........au tréfonds de notre être. La richesse des images ( l'écrivaine a fait une école de cinéma ), des descriptions et la poésie et la beauté qui s'en dégagent renforcent la puissance du texte tout en adoucissant le côté dramatique des événements.
Encore une fois vous serez révolté par la misère, l'injustice, la violence et la tyrannie qu'exercent les hommes sur leurs semblables dés que l'occasion s'y présente, utilisant n'importe quelle faux alibis; et aussi émerveillé par tout ce que l'homme est capable de faire dans les pires situations de dénuement et de désespoir. Mais ce livre est avant tout une magnifique histoire, celle d'un personnage unique, inspiré de la grand-mère de l'écrivaine, "une poule mouillée" qui deviendra une femme forte au contrôle de son destin, destin d'une miraculée dans les tréfonds de la taïga.
J'ai adoré Zouleikha, et son histoire de femme, "élément antisoviétique", au sein de la terrible Histoire de la Russie de Staline ( " le sage homme moustachue" de la photo ) m'a bouleversée.
Définitivement un coup de coeur !

".........Zouleikha ouvre les yeux. Dans la brume rosée de l'aube.....une grande mouette à la poitrine blanche, posée sur le bastingage, la regarde fixement de ses yeux brillants aux reflets d'ambre."
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krzysvanco
  20 juin 2018
Une très belle découverte que cette Zouleikha ouvre les yeux !
Zouleikha est une jeune paysanne vivant dans un village perdu de la province du Tatarstan. Elle est simple, humble, naïve, insignifiante, illettrée, maladroite, peureuse, croit aux esprits. Elle maltraitée par son mari et sa belle-mère et ne s'en révolte pas, cela lui paraît normal. Elle ne doute pas de sa faiblesse, elle n'a même pas été capable d'avoir des enfants qui aient survécu.
Le roman se déroule dans les années trente, durant lesquelles Staline a décidé de soumettre les koulaks, ennemis de la classe ouvrière.
Les paysans craignent le pouvoir qui les rançonne et les dépouille sans cesse davantage.
Lors d'une expédition de l'armée rouge, son mari est tué par leur commandant, Ignakov. Zouleikha et les koulaks vont être déportés en Sibérie.
Le trajet est long et verra le nombre de koulaks fortement diminué par les épreuves, la maladie, les évasions et surtout la faim. Ils aboutiront enfin à destination, aux rivages du fleuve Angara et y seront abandonnés avec le commandant. C'est alors qu'une lutte pour la survie s'organise. Elle y connaîtra des intellectuels appartenant à l'intelligentsia, les moins adaptés à survivre mais qui pourtant s'adaptent ! C'est l'hiver et l'hiver sibérien est plus long et plus dur que les autres.
Cette déportation et ces épreuves vont profondément métamorphoser notre protagoniste. Elle découvre la maternité et l'amour, amour hors mariage, amour illégal mais existe-t-il encore des lois sur cette terre oubliée d'Allah et des hommes ?
Zouleikha ouvre les yeux sur une vie nouvelle, sur la misère et la grandeur de ses semblables. Elle cesse d'être victime et est respectée par tous, et tous s'efforcent de l'aider et d'aider son fils. Elle sait toujours trouver un motif pour aller de l'avant.
Tout est décrit en nuance, il n'y a pas de bons ou de mauvais, pas de compassion devant la misère, pas d'exotisme suranné, pas de moralisme, l'amour n'est pas exalté, il est tel qu'il est.
C'est une histoire qui s'insère dans un fragment de l'histoire soviétique, une histoire qui montre à quel point les difficultés peuvent changer les hommes. Dans les conditions les plus inhumaines peut se trouver une humanité
Les caractères des divers personnages sont détaillés avec justesse.
Le style est simple, poétique souvent ; beaucoup de détails trouveront leur signification plus tard. On remarquera la présence de nombreux mots tatars (il y a un lexique !).
Il y a beaucoup de rythme.
C'est un roman qui m'a touché, Zouleikha est un personnage féminin que je ne peux oublier
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Lutvic
  29 décembre 2021
Tu ouvres ce livre et tu ne peux plus décoller tes yeux de ses pages :
Parce que « Zouleikha... » est un superbe roman traversé par le souffle épique des grands écrivains russes ; une fresque historique trompeusement cinématographique, se refusant tout penchant psychologisant ; il est aussi un magnifique essai sur le regard.
Et tu t'étonnes de ressentir comment ce beau livre, salutaire, peut résonner dans ton désert intérieur, en créant des petites vagues là où tout s'était figé.
Si tu le fais tien, tu verras que la question du regard est centrale et permanente : il y a l'oeil d'un dieu quelconque, inventé pour surveiller et punir, et il y a l'oeil intérieur.
Il y a le Surmoi qui tue, castre et maltraite (le parti, « le père des peuples » et leurs nombreux serviteurs zélés) et il y a toute une forêt de petits Moi, du plus humble et peureux, celui qui met du temps à s'avouer ses propres sentiments, jusqu'au communiste qui s'oublie pour faire survivre « ses » koulaks « déplacés ».
A travers les yeux de Zouleikha, tu saisiras, au-delà des arbres, l'esprit des steppes et les bulbes des églises russes, pulsant comme des fleurs dorées, et même la prison comme un grand organisme concentré sur l'effort de rester en vie. Ainsi que des jolies représentations animistes et panthéistes qui seront toutes pulvérisées face à l'amour pour son enfant et à l'énergie mobilisée pour le faire grandir.
Tu imagineras les peintures d'Ikonnikov, miettes de culture dans la nature la plus hostile, comme des fenêtres et des leçons d'histoire, telles que le jeune Youssouf les voit et que la vie met sur son chemin.
Et ton regard accompagnera, soucieux, le brillant docteur Leibe qui, pendant un bon moment, semble préférer le délire psychotique : tiède, aveuglant et protecteur face à tout ce qui fait mal à voir.
Tu vas souffrir, tu vas t'étonner, et tu prendras un énorme plaisir à te laisser entraîner dans l'illusion que Gouzel Iakhina ne fait que promener un miroir le long d'un chemin afin de générer tout ce monde – tellement riche et contradictoire, enregistrant des subtiles métamorphoses et dévoilant des ressources insoupçonnables.
Bien sûr, tu n'échapperas pas à quelques questions : qu'est-ce qui rend possible ce regard tendre sur un pan d'histoire des plus cruels ? Où puisent leur force ce manuel de survie et cette balade follement belle dans la Russie et la Sibérie blessées ? Aurait-on pu écrire de la sorte si l'on n'était pas une petite-fille des tatars « déplacés », à quelques décennies de distance de ces épisodes traumatiques ?
Livre des larmes que le temps a séchées.
Voilà un livre capable, ne serait-ce que pendant quelques heures, de te tirer d'une dépression.
Ne te retourne pas, comme la femme de Loth, sinon tes larmes te figeront sur place.
Lève-toi, prends ton lit et marche, comme Zouleikha.
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michfred
  13 novembre 2021
Une merveille. Un bijou. Une rareté.
Voici un livre vraiment unique- non, en fait, ils sont deux, et de la même auteure (et ce mot au féminin prend toute son ampleur !).
Je viens d'entrer il y a quelques semaines dans le cercle très privilégié-et j'espère pas fermé du tout- des admirateurs béats de Gouzel Iakhina !
Zouleikha m'a vraiment ouvert les yeux !
L'occurrence discrète et toujours justifiée du titre dessine en effet le parcours d'un éveil.
Les deux grands yeux verts de Zouleikha s'ouvrent à la connaissance du vaste monde... Une aventure qui, dans l'URSS de 1930, en pleine dékoulakisation, n'a rien d'un parcours de santé. Et ils s'ouvrent aussi, pour la toute jeune et naïve Zouleikha, à la connaissance de soi dans les pires conditions qui soient.
En quelques jours, en effet, Zouleikha (dont les seules manifestations d'indépendance étaient d'aller voler du sucre chez sa terrible belle-mère pour l'offrir aux divinités des bois qui veillent sur ses quatre petites filles mortes) , découvre brutalement qu'il va falloir survivre seule -ou presque : elle attend un cinquième enfant- quand la Horde rouge, commandée par Ignatov l'incorruptible, tue son (tyran de) mari et l'emmène avec d'autres paysans rétifs à la collectivisation, sur les routes et les eaux qui les déporteront en Sibérie, au milieu de nulle part.
L'histoire terrible de l'union soviétique saignée à blanc par le petit père des peuples est donc la toile de fond de cet éveil d'une conscience à la réalité du monde et à elle même.
Tout est là : les exactions, les persécutions, les déportations, le goulag, la propagande, le triomphe des bureaucrates et des lèche-bottes, la suspicion, la délation, les massacres de masse...
Et pourtant rien n'est moins atroce et violent que ce récit subtil, tendre pour ses personnages : il n'est que de voir le portrait d'Ignatov, guerrier et communiste intransigeant, qui se mue en sauveur de "ses" déportés et en divinité tutélaire du camp qu'il a construit avec eux sur les bords de la sauvage Angara.
La Russie est un pays dévasté par la révolution et la guerre civile, divisé par mille langues et traditions religieuses différentes (Zouleikha est une tartare musulmane mais plus encore imprégnée des rites et légendes animistes et païens qui restent vivaces dans sa région) : cette complexité, sous la plume ailée de Gouzel Iakhina, ouvre les vannes d'une poésie quasi magique.
La belle-mère assassinée devient un fantôme de mauvais augure, les neiges, la glace, les loups et les ours servent les voies capricieuses du destin et donnent à l'épopée des pauvres koulaks un air de conte initiatique et cruel.
Les personnages les plus odieux deviennent des caricatures dont on se moque à bas bruit.
Le désir féminin est un torrent de miel qui s'empare de Zouleikha comme si un sort lui avait été jeté.
À l'inverse, l'histoire du roi des oiseaux que Zouleikha raconte à son fils Youssouf résonne comme une parabole ou une fable politique.
Et la lecture devient, littéralement, un enchantement grâce, aussi, à une traduction époustouflante de finesse et qui a su préserver l'"exotisme" de ces steppes lointaines : un lexique final donne les clés des mots tatares qui émaillent le récit. Mais on s'y est tellement immergé et on s'est tant imprégné de cette saga qu'on les a fait nôtres depuis longtemps...
Il y a bien longtemps, aussi , que je n'avais goûté pareil plaisir de lecture...
Merci à tous les poissons pilotes de babelio à qui je dois cette précieuse découverte, Idil en tête...
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bilodoh
  18 janvier 2022
Un roman Russe qui raconte les années 1930, pas une romance, mais un combat pour la survie.

Zouleiikha est une Tatare, elle habite une ferme avec son mari de quarante ans.Ils ne sont pas riches, doivent travailler dur. Sa belle-mère, qui habite dans une pièce attenante et traite durement sa belle-fille, a aussi d'étranges prémonitions. Les croyances sont importantes pour Zouleikha qui fait des offrandes et craint les monstres de « l'ourmane », la forêt profonde.

C'est une époque difficile. Leurs provisions sont pillées par les « hordes rouges ». Les petits fermiers seront considérés comme des koulaks, des ennemis du régime qu'on doit exproprier et exiler en Sibérie. Commence alors un long voyage en train, vers d'autres rencontres et d'autres paysages…
La couverture montre une image romantique d'une femme dans un champ de chaume, mais c'est trompeur, si une femme a bien un bébé dans le livre, ce sera près d'un feu de camp au milieu de la taïga qu'elle accouchera. Des conditions plus que précaires!

Un coup de coeur pour ce roman, une écriture qui transporte ailleurs, qui peut montrer à la fois les horreurs que des hommes infligent à leurs semblables et la formidable résilience des survivants.
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critiques presse (1)
Actualitte   19 février 2018
Dans une langue magnifique, Guzel Iakhina s’attache scrupuleusement à décrire la vie misérable de son personnage principal, Zouleikha, et le syndrome de Stockholm qui lie les paysans captifs au pouvoir qui les tyrannise.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
bilodohbilodoh   18 janvier 2022
« L’épouse est un champ dans lequel l’époux plante les graines de sa descendance, lui avait appris sa mère avant de l’envoyer dans la maison de Mourtaza. Le laboureur vient au champ quand il le désire, et le laboure autant qu’il en a la force. Il ne convient pas au champ de contredire son laboureur. » Elle ne le contredisait pas : serrant les dents, retenant sa respiration, elle supportait.

(Libretto, p.478)
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bilodohbilodoh   16 janvier 2022
Ils avaient appris à répartir le grain d’un sac sur plusieurs sacs en 1919 déjà, quand était apparue à Ioulbach la « prodrazviorstka », une inconnue qui d’année en année deviendraient plus effrayante, telle une albasty, plus gloutonne tel un dev, plus insatiable telle une jamalryz. (Libretto, p.56) 



-Ioulbach, c’est le nom du village

-Prodrazviorstka  : Répartition (c’est-à-dire réquisition) de la nourriture (en note de bas de page)

-Les mots tatars, albasty (personnage démoniaque), dev (géant anthropomorphe), jamalrys (ogresse affamée), sont expliqués dans un glossaire en fin de volume.
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BookycookyBookycooky   24 septembre 2017
Ignatov ne comprenait pas comment on peut aimer une femme. On peut aimer des choses grandioses : la révolution, le Parti, son pays. Mais une femme ? Et comment peut-on utiliser le même mot pour exprimer son rapport à des choses d’importance si différente : comment mettre sur la même balance une quelconque bonne femme et la révolution ? C’était ridicule.
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BookycookyBookycooky   24 septembre 2017
Voici la lisière du village. Ici, derrière la barrière de la dernière maison, nez tourné vers les champs, queue tournée vers Ioulbach, vit le bassou kapka iyasé, l’esprit de la lisière. Zouleikha ne l’a jamais vu, mais on dit qu’il est irascible et revêche. Comment pourrait-il en être autrement ? Il a tant de travail : éloigner les mauvais esprits du village, ne pas les laisser franchir la lisière, et si un villageois veut demander quelque chose aux esprits de la forêt, il doit l’aider, faire l’intermédiaire. Il n’a pas le temps d’être aimable.
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BookycookyBookycooky   25 septembre 2017
Parfois, elle avait l’impression qu’elle était déjà morte......Mais lorsque Zouleikha s’approchait des latrines improvisées dans un coin de la cellule, qui consistaient en un grand seau de fer-blanc sonore, et qu’elle sentait ses joues brûler de honte, elle comprenait soudain qu’elle était encore en vie. Les morts ne connaissent pas la honte.
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