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Régis Boyer (Traducteur)
EAN : 9782080708557
317 pages
Éditeur : Flammarion (04/01/1999)

Note moyenne : 4/5 (sur 34 notes)
Résumé :

GREGERS - Tiens ! Hjalmar Ekdal aussi est malade ? RELLING - A peu près tout le monde est malade, malheureusement. GREGERS - Et quel traitement employez-vous pour Hjalmar ? RELLING - Mon traitement habituel. Je m'emploie à entretenir en lui le mensonge vital. GREGERS - Le mensonge... vital ? je n'ai pas bien entendu..? RELLING - Si ! j'ai dit le mensonge vital. Parce que le mensonge vital, voyez-vous, c'est le principe qui stimule, voyez-vo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Musardise
  12 novembre 2019
Le Canard sauvage est probablement la pièce la plus sombre que j'aie pu lire d'Ibsen - et les autres n'étaient déjà pas bien gaies ! J'ai du mal à y voir une forme de comique, comme le pointe Vigdis Ystad (qui a écrit une notice pour la pièce).

Écrite et publiée en 1884, on la considère comme la première pièce purement symboliste du dramaturge parmi ses pièces dites contemporaines, et faisant suite aux pièces considérées comme sociales : Les Piliers de la société, Une maison de poupée, Les Revenants et Un Ennemi du peuple. Il serait cela dit dommage de ne pas les avoir lues avant d'attaquer le Canard sauvage, car la parenté entre toutes les cinq saute aux yeux. Et dans l'idéal, il serait bon d'avoir aussi lu Brand et Peer Gynt.

Il faut dire que le sujet-même pointe vers une forme symboliste, puisque c'est la quête d'idéalisme qui va porter le personnage de Gregers, pour des raisons qui ne sont pas forcément aussi pures qu'il le croit, et qui le mène à une intransigeance dont il ne déviera pas, avec des conséquences absolument désastreuses... pour les autres.

Gregers Werle est le fils d'un négociant, le vieux Werle, qui a pas mal de choses à se reprocher, notamment d'avoir envoyé en prison son associé, Ekdal, mais aussi d'avoir couché avec une domestique, Gina, à force de la harceler, engendrant ainsi une enfant qu'il n'élèvera pas, mais qui va hériter de la même tare génétique que lui, la cécité (la question de l'héritage génétique était déjà présent dans Une Maison de poupée et Les Revenants). Pour compenser ces peu glorieux états de service, il emploie pour de menus travaux son ancien associé Ekdal, le payant une misère, et s'est arrangé pour faire épouser son ancienne domestique au fils du d'Ekdal, Hjalmar, dont il a financé l'atelier de photographe. Et puis voilà, le vieux Werle est maintenant prêt à redémarrer une nouvelle vie en se remariant, puisqu'il est veuf depuis des années. Seulement, l'arrivée de son fils Gregers chez lui (qu'il a expressément invité) va provoquer une situation de crise. Outre que le fils déteste le père, l'accusant d'avoir trompé sa femme et ainsi poussée dans la tombe (ce qui n'est pas forcément exact, Gregers ayant une vue tronquée des faits), il est dégoûté par ce qu'il découvre : la façon dont le vieil Ekdal est traité, et la sournoiserie du vieux Werle qui a mené au mariage de Hjalmar et Gina. Gregers se donne donc une mission : révéler tout ce qu'il sait à Hjalmar, son ami d'enfance, pour que débarrassé des mensonges du passé, celui-ci puisse prendre un nouveau départ avec Gina et leur fille, Hedvig. Or Gregers connaît très mal Hjalmar, et la mission de Gregers prend un tour pour lui inattendu. Et terrible.

Mais que vient faire un canard sauvage là-dedans ? C'est toute la symbolique de la pièce. le vieil Ekdal, qui vit avec son fils, sa belle-fille et sa petite-fille, a aménagé un grenier dans lequel vivent des animaux qu'il a recueillis : lapins, poules, pigeons, ainsi qu'un canard sauvage qui a failli être tué à la chasse (par le vieux Werle, naturellement !) et qu'il a sauvé. Ce canard, la petite Hedvig y est très attachée. Il représente la vie que ne peut plus mener le vieil Ekdal, qui passait autrefois ses journées dans la nature, et l'enfermement de tous les personnages - dans des rêves d'invention photographique géniales, pour Hjalmar, dans un ménage où elle doit tout assumer, pour Gina, dans la cécité qui vient (diagnostic dont elle n'est pas informée) et surtout dans le jeu malsain des adultes, pour Hedvig. Gregers, lui, voit dans ce canard la métaphore de sa mission : sauver Hjalmar et sa famille de la pourriture (le passé) qui est censée les faire sombrer.

Le grenier lui-même, baigné d'une lumière glauque, censée rappeler la forêt, encombrée de bois mort, est un lieu où s'exerce la cruauté : le vieil Ekdal qui ne sort plus de chez lui, ne veut pas pour autant renoncer aux plaisirs de la chasse. Aussi tue-t-il régulièrement quelques-uns de ses lapins, censés vivre protégés dans ce refuge, au fusil ; du coup, l'image apaisante d'un havre de paix que donne le grenier au début de la pièce change un tant soit peu . Quant à Gregers, il imagine de pousser Hedvig à tuer le canard sauvage, auquel elle tient tant, pour retrouver l'amour de son père. Car, évidemment, Hjalmar n'a pas tout à fait les mêmes vues idéalistes que Gregers, et Hedvig le répugne lorsqu'il apprend qu'elle est la fille du vieux Werle. de la quête du salut au sacrifice, il n'y a qu'un pas chez la plupart de ces personnages - de préférence le sacrifice des autres pour ce qui est des personnages masculins, qui s'adonnent franchement à la cruauté, contrairement aux personnages féminins.

Un autre personnage a son importance : le docteur Relling, qui combat l'idéalisme aveugle de Gregers et lui demande de laisser les autres vivre en paix avec leurs compromis, même mensongers. Gregers est persuadé que sa mission est juste, mais il est incapable de concevoir que Hjalmar n'a pas la force de caractère nécessaire pour faire face à ses révélations. La quête de Gregers n'est pas censée être mauvaise en soi - Ibsen ne se pose pas en juge. Mais, qu'elle soit dirigée par de mauvaises raisons, qu'on peut qualifier d'égoïstes (vengeance envers le père, désir de trouver un but à sa vie), ou que Gregers soit incapable de voir les autres et le monde tel qu'il est, la question se pose brutalement : que vaut un tel idéalisme, doit-on refuser tout compromis en son nom, au risque de basculer dans la tragédie ? Ou au contraire vivre en se cachant et en oubliant la vérité ?
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LePalaisdeLaurent
  21 avril 2014
On dit que lorsqu'il est blessé, un canard sauvage préfère s'enfoncer au fond de l'eau et rester accroché de toutes ses forces aux algues et au varech plutôt que de survivre diminué. Pourtant, un tel animal, rescapé d'une chasse, vit au fond du grenier des Ekdal qui représente une ridicule parodie de forêt. Et le volatile qui donne son nom à la pièce d'Ibsen est au centre de toutes les attentions, à commencer par celles du vieil Ekdal, jadis lieutenant et vaillant chasseur d'ours aujourd'hui réduit à tirer des lapins dans son grenier transformé en basse-cour, mais aussi de sa petite fille Hedvig âgée de quatorze ans. Hjalmar, le père, photographe raté qui n'a pas même conscience de l'être, va quant à lui voir sa vie basculer en retrouvant son vieil ami Gregers, idéaliste intégriste de la vérité qui finira par semer les germes de la mort dans une famille qui se croyait pourtant heureuse...
À travers cette oeuvre étrange et cruelle, créée en 1885, s'entrecroisent les destins de deux familles autrefois prospères et proches, mais dont l'une a subi la déchéance. Et l'on découvre au fil des cinq actes que compte cette pièce une galerie de personnages torturés, remplis de failles, voire débauchés (outre Hjalmar, Gregers, le grand-père, le docteur Relling ou le "diabolique" théologien Molvik ne sont pas mal non plus !) au milieu desquels le fameux et en même temps mystérieux canard sauvage devient la métaphore centrale d'une existence qui ne peut subsister qu'au prix de la négation de son essence même.
Proposant une vision du monde sombre et pessimiste au possible, mais où l'humour (noir !) n'est pas absent pour autant, ce drame de l'auteur de Peer Gynt est aussi une critique de la société norvégienne de la fin du XIXème siècle tout autant que des prêcheurs idéalistes qui ne créent que le mal en voulant faire le bien.
Cette pièce subtile et complexe, où s'entrecroisent de multiples niveaux de lecture, fut pour moi un choc marquant tant elle suscite des réflexions intemporelles sur notre société. le mensonge vital, comme la fausse forêt-grenier des Ekdal, est-il la seule voie viable face à une vérité trop cruelle et à la médiocrité de l'existence ? L'innocence, représentée par la jeune Hedvig, comme le canard sauvage, peuvent-ils survivre face à la folie du monde qui les entoure ?
La réponse de l'auteur norvégien pourra faire peur, mais que ce texte est fort... et beau... malgré la noirceur.
L'illustration de couverture de l'édition française GF reprend un détail d'une peinture de Munch intitulée "Jeunes gens et canards".
Lien : http://laurent.femenias.free..
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Marti94
  30 décembre 2014
J'ai vu « le Canard sauvage » d'Henrik Ibsen au théâtre de la Colline à Paris en janvier 2014. J'ai passé un excellent moment grâce à la traduction du norvégien d'Éloi Recoing et l'adaptation, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig. La lecture du texte s'imposait donc pour prolonger le plaisir.
Dans cette pièce où Ibsen choisit de montrer le choc des idéaux et de la vie réelle faite d'adaptation et de compromis, le canard dans son grenier n'est pas seulement l'image tragique de la créature blessée qui se noie. Ce canard est sauvage et domestiqué à la fois. Son existence tend à tous le miroir d'une vie coupée de ses racines naturelles, privée de son élan véritable, de sa plénitude, mais qui continue dans son artificialité.
On écoute ce que dit Ibsen et ça marche. le théâtre fait réfléchir et c'est bien.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   03 novembre 2019
GREGERS, se tournant vers Relling. Pouvez-vous m'expliquer le travail qui s'accomplit en ce moment dans l'âme de Hjalmar Ekdal ?
RELLING. Ma foi, je n'ai pas remarqué que son âme fût en travail.
GREGERS. Quoi ? Dans un moment de crise où sa vie entière se rebâtit sur une nouvelle base... ? Comment pouvez-vous croire qu'un caractère comme Hjalmar... ?
RELLING. Lui, un caractère... ? S'il a jamais eu en germe une de ces déformations que vous nommez un caractère, il en a été radicalement guéri dès son enfance.

Acte V
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MusardiseMusardise   22 octobre 2019
GREGERS. Oh ! ne soyons pas si délicats sur le choix des mots... Au moins quand nous somme seuls. (Ricanant.) Ah ! C'est comme ça ! Mme Sørby étant en jeu, il fallait composer un joli tableau de famille dans la maison, quelques scènes attendrissantes entre le père et le fils. Ce serait nouveau, ça !

Acte premier
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Marti94Marti94   19 mai 2014
Acte V
GREGERS.- Et quel traitement appliquez-vous à Hjalmar ?
RELLING.- Mon traitement habituel. Je m’arrange pour entretenir en lui le mensonge vital.
GREGERS.- Le mensonge vital ? J’ai sans doute mal entendu ?
RELLING.- J’ai bien dit le mensonge vital. Parce que le mensonge vital, c’est le principe stimulant, voyez-vous.
GREGERS.- Puis-je vous demander quel est ce mensonge vital que vous avez inoculé à Hjalmar ?
RELLING.- Pas question ; je ne révèle pas de tels secrets à des charlatans. Vous seriez capable de me le gâcher encore plus. Mais la méthode est éprouvée.
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   08 mars 2016
Lorsque les hommes de la liberté veulent faire une amélioration dans la situation sociale des femmes, ils s'inquiètent d'abord de savoir si l'opinion publique - celle des hommes - approuve. C'est comme de demander aux loups s'ils approuvent les nouveaux moyens de protection des moutons. (page 280)
[Notes consignées par l'auteur sur sa pièce]
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Marti94Marti94   19 mai 2014
C’est le plus heureux des chasseurs, pauvre vieux, quand il peut s’éclater là-dedans au milieu de tout ce fatras. Les quatre ou cinq arbres de Noël desséchés qu’il a gardés, c’est pour lui la vaste et fraîche forêt de Høydal toute entière ; le coq et les poules, ce sont de grands oiseaux perchés à la cime des sapins ; et les lapins qui vont clopin-clopant sur le plancher, ce sont les ours auxquels il s’affronte, lui, le fringant vieillard habitué au grand air.
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Videos de Henrik Ibsen (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Henrik Ibsen
PEER GYNT - ACTE I
Scénariste : Antoine Carrion Illustrateur : Antoine Carrion
Résumé :
Peer Gynt s'impose comme une quête époustouflante autour de l'identité, entre satire, drame et humour.
Peer Gynt est l'adaptation en deux tomes d'une pièce de théâtre d'Henrik Ibsen. Cet opus adapte les actes I, II et III, le second, les actes IV et V. Antoine Carrion propose une relecture inspirée par le romantisme du XIXe siècle afin d'en épouser les reliefs dramatiques. Peer Gynt se rêve empereur, faisant le tour du monde. Des ambitions loin de son quotidien de paysan. Mais tout a un prix...
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