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Critique de Alfaric


Alfaric
  30 octobre 2016
Aujourd’hui j’ai le grand honneur de vous parler d’un manga qui a changé l'Histoire du Manga, et plus encore…
https://www.youtube.com/watch?v=iR3EPigmdJY
"La Rose de Versailles" / "Lady Oscar" est plus qu’un shojo pionnier et référence, c’est une œuvre culte qui grâce à son adaptation animée est entrée dans l’éternité ! (je vous dis ça, pourtant je n’aime pas le shojo hein ^^) Et puis osons le dire : avec "Versailles no Bara", Riyoko Ikeda a plus fait pour la promotion et le rayonnement de la culture française dans le monde que tout ce qu’a pu faire en 40 ans le Ministère de la Culture français… Faut-il en rire ou en pleurer ???


Je suis obligé de contextualiser un peu pour expliquer l’ampleur du phénomène…
En 1968 année révolutionnaire s’il en est ^^, le manga Ashita ni Joe met le gouvernement dans l’embarras en lui mettant le nez dans son caca. Pour avoir la paix, les autorités décident de mettre fin aux mangas traitant de sujets sociaux… Pas de bol car les gekidas renaissent aussitôt sous l’étiquette seinen, et Go Nagai qui a des comptes à régler avec le Japon bien-pensant et coincé du cul cartonne avec ses shonens antisociaux. Mais ouf, on peut toujours compter sur les shojos et leurs inoffensives romances à l’eau pour calmer le jeu parmi le lectorat féminin… Oui mais non, Riyoko Ikeda révolutionne le genre et crée un phénomène de société avec sa saga consacrée à la Révolution Française ! Mort De Rire ^^

Riyoko Ikeda appartient au « Groupe de l'An 24 », avec Moto Hagio, Keiko Takemiya, Ryōko Yamagishi, Yumiko Ōshima, Yumiko Igarashi, auxquelles on peut facilement rajouter Chieko Hosokawa et Machiko Satonaka…
Ces auteures s’emparent du genre shojo qui à leur époque était encore largement écrit par des hommes (mais n’accablons pas Shotaro Ishinomori qui faire émerger des héroïnes fustigeant le rôle de femme au foyer, de Leiji Mastumoto qui transforme ses sylphides tantôt en déesses tantôt ou en démones, ou Buichi Terasawa qui transforme ses bimbos en détresse en bimbos strong independant women ^^), et lui offrent de nouveaux thèmes et de nouveaux codes tant graphiques que scénaristiques.
Le manga paru en 1971-1972 dans le magazine Margaret raconte initialement l’histoire de la reine du rococo Marie-Antoinette en s’inspirant de la biographie (hagiographie ?) du romancier autrichien Stefan Sweig. Le triangle amoureux formé avec Oscar et Fersen reprend tout les codes de l’amour courtois donc on se croirait dans une chanson de geste avec les alter egos d’Arthur, Guenièvre, Lancelot et Hélène. Mais peu à peu l’histoire se recentre sur Oscar qui devient la véritable héroïne du drame. La sixième fille d’un général est élevée en homme pour assurer les obligations d’une vieille famille aristocratique, et on part de "Princesse Saphir" d’Ozamu Tezuka pour mélanger le mystérieux Chevalier d’Eon agent spécial de Louis XV et le Chevalier de Jarjayes fidèle d’entres les fidèles de la dynastie Bourbon. Et puis dès le départ elle fait aussi la part belle à l’héritage de Victor Hugo et Emile Zola avec les sœurs Jeanne et Rosalie, la brune qui n’est qu’ambition et perfidie et la blonde qui n’est qu’altruisme et modestie…
Oui cela reste girly avec des personnages kawaii aux yeux de gobis, des trames étoilées ou enflorées, tout plein d’étranges émois, des sentiments exacerbés, des amours enflammées, des belles gosses et des beaux gosses en veux-tu en voilà, et les connaisseurs de l’anime seront surpris par les partis pris humoristiques rendant hommages aux gimmicks cartoonesques des 1950/1960 (j’avoue que j’ai bien ri aux crêpages de chignon des chipies, aux bouffées délirantes du Cardinal de Rohan ou aux raclées que grand-mère fout à André ^^)… Mais à l’aube du féminisme on nous offre un formidable portait de femme, et à l’aube de la démocratisation on nous offre le formidable portrait d’une aristocrate patriote qui fait le choix de défendre l’avenir de son pays plutôt que son passé. Femme passionnée, Oscar de Jarjayes ira jusqu’au bout de ses convictions tant dans sa vie privée que dans sa vie publique… Puisque chacun et chacune d’entre vous est allé à l’école autant vous dire que ça ne se finit pas bien, mais alors là pas bien du tout ! (et oui, encore un série sponsorisée par les mouchoirs kleenex…) Finalement, seule une poignée de personnages échappent à la guillotine pour participer à la suite intitulée "Eroica" dont bordel de merde on attend toujours la traduction dans la langue de molière !!!

Graphiquement les auteures du « Groupe de l'An 24 » étaient très proches les unes des autres. Reprise d’un style antérieure, émergence d’un style dominant, auteures influencées les unes par les autres, auteures ayant consciemment ou inconsciemment élaboré un style communément… Impossible de trancher, mais ceux qui écrivent « oh, c’est juste repompé sur Candy » me paraissent quand même assez incultes… Toujours est-il que ce style a été déterminant pour tous les grands charadesigners de l’âge d’or de la japanime et ce n’est dans doute pas un hasard si Michi Himeno a été infidèle à Shingo Araki en travaillant en solo sous la direction d’Osamu Dezaki à l’adaptation animée de ce manga culte…
Ce qui distingue l’auteure de ses consœurs, c’est la manière dont elle modernise énormément ses graphismes en très peu de temps : quand les choses s’animent on passe volontiers du découpage rectiligne au découpage oblique, pour les souligner les moments les plus intenses les innovations se multiplient et quand la passion l’emporte sur la raison les planches pètent la classe de ouf comme chez Shotaro Ishinomori et Go Nagai… J’imagine facilement que l’auteur de "Devilman" lui a rendu la pareille avec son récit court "La Sinistre Reine de Versailles"… ^^
Difficile de savoir pourquoi Riyoko Ikeda est ensuite passée d’un charadesign foncièrement féminin (qui sera repris par la plupart des auteurs des années 1970/1980, à commencer par Masami Kurumada pourtant inconditionnel des shonens virilistes ^^) à un charadesign foncièrement masculin. Les autres œuvres de l’auteure n’ont pas été éditées en France, mais en cherchant un petit peu on s’aperçoit qu’elle pose les bases du style de Kaori Yuki avant Kaori Yuki ("Angel Santuary"), et les bases du style de Fuyumi Soryo avant Fuyumi Soryo ("Cesare").


Chapitre 1 : "Dans le Tourbillon d'une nouvelle vie"


Chapitre 2 : "L'Ivresse de la gloire"


Chapitre 3 : "Un Amour interdit"


Chapitre 4 : "Capturez le Masque Noir"


Chapitre 5 : "La Souffrance d'Oscar"


TO BE CONTINUED…


Challenge Pavés 2016-2017 1/3
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