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Critique de emmyne


emmyne
  17 mai 2011
Lorsque j'étais plus jeune, petite fille pour le dire clairement, j'étais littéralement fascinée par le dessin animé Lady Oscar.

Maintenant que je suis une grande fille, j'ai enfin pris le temps de lire le manga ( publié en 1972-1973 au Japon ) dont est issu l'animé.

Ecrire que le dessin animé simplifie les intrigues et les personnages au profit de l'action et des sentiments peut sembler une évidence. Pourtant, je tiens à souligner cette évidence tant la différence m'a frappée.

Ce manga révolutionnaire - dans tous les sens du terme - était à l'origine classé comme shojô ( pour les jeunes filles ) mais il défie le genre. Les histoires dans L Histoire, les personnages sont bien plus complexes qu'il n'y paraît. Riyoko Ikeda a signé une fresque ambitieuse et foisonnante, romantique et tragique certes, aussi esthétiquement belle que passionnante.

Deux tomes grand format de plus de 900 pages chacun racontent la chute de la Monarchie en France autour de deux personnages féminins, psyché inversée, Marie-Antoinette et Oscar de Jarjayes, responsable de la Garde Royale, de leur enfance à leur mort, toutes deux victimes de la Révolution mais pas du même côté. Saga historique donc, car le second tome se poursuit au delà de l'assassinat d'Oscar devant la Bastille pour se clore sur l'exécution de la reine.

Sur un scénario brillant qui mêle finement la fiction aux interprétations et vérités historiques, de nombreux personnages réels se succèdent, L Histoire fournissant la trame : affaire du collier, la fuite dans le Petit Trianon, les Etats Généraux...Marie-Antoinette est autant l'héroïne de ce roman que Oscar, elles sont indissociables bien que le personnage de la reine soit moins fouillé, implacablement inscrit dans la tragédie, celui du destin, celui de l'amour impossible. Si le portrait d'Oscar rejoint ces connotations au théâtre antique ( de nombreuses et somptueuses planches du second tome le rappellent par les décors et les drapés ), l'ambivalence d'Oscar - femme contrainte de vivre comme un homme par devoir tout en faisant face aux regards de cette société hiérarchisée et codifiée qui n'ignore pas sa situation - est mise en scène avec brio en parallèle avec ses doutes sur la situation de la France et les privilèges de sa classe. Marginale, marginalisée, Oscar est un personnage particulièrement émouvant avec sa foi en des idéaux nobles qui ne sont plus ceux de la noblesse, assumant ses faiblesses et sa différence sans complaisance envers elle-même et les autres. L'autorité d'un homme, un coeur de femme. Certaines scènes relèvent de l'anthologie et mettent en évidence l'ambiguïté sexuelle et les règles monarchiques auxquelles elle est confrontée ( sa rencontre avec la jeune Rosalie élevée parmi le peuple qui s'apprête à se prostituer par misère, l'amour inconditionnel qu'elle va lui vouer, le bal donné par son père pour ses prétendants au cours duquel elle apparaît en uniforme de cérémonie de général de la Garde Royale affolant les demoiselles qui refusent de croire à sa féminité, l'accusation d'homosexualité lors du procès de Marie-Antoinette pour l'affaire du collier, lorsque qu'on l'interpelle ... " poupée de la royauté " ... - Vous allez danser avec un cavalier ? Ou une cavalière ? - Ce sera selon votre désir Majesté. " ); équivoque magnifiquement mis en image, en arrêt sur image devrais-je écrire, blanche silhouette féminine se détachant sur le fond sombre des pensées et des émotions.

Riyoko Ikeda parvient à retracer sans caricature - et bien que ce ne soit pas sa culture - l'atmosphère volage et perverse de la Cour, l'engouement de la population qui s'enthousiasme pour le jeune couple royal, promesse de renouveau, son amertume, sa détresse, sa colère dans son dénuement, à travers des situations quotidiennes dans lesquelles les personnages se croisent et interagissent.

Rappelons tout de même que, malgré sa densité, ce manga n'est pas un livre d'Histoire. Les histoires d'amour y tiennent un rôle fondamental. le récit, généreusement romancé au service d'un parti-pris racontant une reine délicate et pure, femme enfant-femme fleur, victime incomprise, est directement inspiré de la biographie de Marie-Antoinette qu'a signé Stefan Zweig - biographie que je recommande chaudement bien qu'elle soit particulièrement engagée - comme la mangaka le précise en préface. Ses choix graphiques confirment le souffle épique - découpages dynamiques des vignettes, portraits alternant avec les scènes en mouvement, soin du détail des costumes, jeux de perspective, fonds symboliques des sentiments...-

Riyoko Ikeda, toute jeune artiste, s'est investie avec passion dans ce manga : " Je me souviens d'avoir été submergée de travail au point de devenir tellement maigre que je devais faire des piqûres nutritives, d'avoir reçu de certaines femmes des lettres injurieuses, d'être tombée en dépression parce que je n'avais plus d'idées, d'avoir dessiné avec 40° de fièvre en me mettant des glaçons sur la main...J'avais à cette époque une passion à laquelle j'étais capable de tout sacrifier sans aucun regret, une idée fixe qu'on ne connaît pas plusieurs fois dans sa vie comme "l'explosion d'une étoile " pour reprendre l'expression de Stefan Zweig - "

Pour l'anecdote : dans cette préface, Riyoko Ikeda présente des excuses pour une erreur historique : " L'uniforme porté par Oscar date du début du XIXe siècle, de l'époque napoléonienne. Je l'ai choisi pour ses qualités esthétiques."

Du grand art malgré tout. A (re)découvrir. Pour le plaisir.


Lien : http://www.lire-et-merveille..
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