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EAN : 9782864249016
304 pages
Éditeur : Editions Métailié (07/02/2013)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.83/5 (sur 694 notes)
Résumé :
Titre original : Furðustrandir (2010)
Traduit de l'islandais par Eric Boury

Erlendur est de retour ! Parti en vacances sur les terres de son enfance dans les régions sauvages des fjords de l'est, le commissaire est hanté par le passé. Le sien et celui des affaires restées sans réponse. Dans cette région, bien des années auparavant, se sont déroulés des événements sinistres. Un groupe de soldats anglais s'est perdu dans ces montagnes pendant une... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (141) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  26 avril 2020
Bien plus qu'à une enquête, c'est à une quête que se livre Erlendur dans Etranges Rivages, au cours d'un séjour nostalgique sur sa terre natale. Dans chacune de ses enquêtes, la disparition de son jeune frère, un soir de tempête sur la lande alors qu'il allait chercher des brebis égarées avec Bergur son cadet et leur père, est évoquée à mots couverts. Il s'agit d'une blessure qui accompagne en permanence le commissaire, dont on se doute qu'elle a façonné son caractère et son comportement.

Dans Etranges Rivages, le lecteur apprend que cette douleur lancinante est une plaie béante qui n'a jamais cicatrisé, infligeant à Erlendur des souffrances dues à la culpabilité et aux questions restées sans réponse, faute de corps retrouvé. Incapable de braver frontalement sa propre histoire familiale trop-à-vif, il invente un subterfuge pour s'en approcher : il fait mine, auprès des survivants de cette époque lointaine, de s'intéresser comme chercheur ou historien, aux disparitions de personnes englouties sans aucune trace par un cataclysme météorologique. C'est ainsi qu'il cherche des témoignages concernant Matthildur, jeune femme volatilisée dans la tourmente en 1942, jour où des soldats anglais ont également été pris au piège d'un climat extrême. Avec sa ténacité, sa pudeur et son économie de mots habituelles, Erlendur exhume des glaciers les fondements d'une histoire d'amour et de haine qui s'est déroulée 60 ans auparavant. Tel un accoucheur de maux, il délivre, quelquefois aux forceps, les rares protagonistes encore en vie des secrets qui les torturent. Bien loin d'interrogatoires musclés, un crime peut s'avouer dans ce roman d'un simple hochement de tête à peine perceptible.

Il ne s'agit pas d'une histoire policière, Erlendur ne cherche aucun coupable à livrer à un tribunal, il est en vacances. Il veut comprendre. Comprendre ce qui a pu arriver à Matthildur, mais surtout à Bergur. D'ailleurs, à qui la découverte de la vérité serait-elle utile après toutes ces années, toutes ces décennies ?

Emouvant hommage rendu à la Terre de glace, dont les forces naturelles ne doivent jamais être sous-estimées, où depuis des siècles des histoires de revenants, d'elfes, de trolls, de pierres enchantées unissent les pêcheurs, éleveurs et même chasseurs, respectueux et dépositaires de leur environnement fragile, Etranges rivages est surtout le roman du deuil non effectué qui livre les clés nécessaires à la compréhension d'Erlendur. Il contient également un avertissement appuyé à tous ceux qui bravent mère-nature, aux apprentis-sorciers constructeurs d'un barrage géant ou d'une usine d'aluminium.
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le_Bison
  26 septembre 2016
Fuck le blizzard, j'ai envie de plagier. Une tempête à te geler le majeur, et tes lèvres bleutées. Inouï ce qu'il peut faire froid. Dans ce pays de vikings, de pécheurs islandais, et d'étranges disparitions. Si encore, les corps réapparaissaient systématiquement sur les « étranges rivages » après une escapade en pleine mer. Mais non, certains disparaissent sans laisser de trace. Erlendur que tout le monde avait perdu de vue sur « La muraille de lave », collègues de la police, lecteurs de polar nordique et buveurs de Skoll compris. Tu te demandes dans quelle catégorie je me situe. Je dirais, réflexion longuement mûrie, dans cette troisième classe, sauf que j'ai fini ma dernière bouteille de Skoll lors du match France-Islande. du coup, je me demande si je ne vais pas me faire une bière givrée. C'est tendance, la bière givrée, avec une paille !
Seul dans sa cabane, sans chauffage, à même le sol, à même l'humidité, un lit de mousse et le froid pénétrant à travers les os, Erlendur devient ermite. Que fait-il, sur cette terre d'enfance, cette lande sauvage qui lui rappelle les heures sombres de son histoire. Une histoire poignante d'ailleurs qui marqua à tout jamais le petit garçon qu'il était et probablement l'envie de devenir flic. Seul dans le noir, la tempête souffle et voilà ce vieil inspecteur qui enquête de façon non officielle sur une vieille disparition, celle de Matthildur dont on ne retrouva jamais le corps depuis plus de 70 ans. Les témoins de l'époque ne sont plus très nombreux, sourds, grabataires ou impotents. Peu importe, il avance dans le noir, dans le blizzard, non pas pour trouver des coupables, mais pour trouver des réponses, comme s'il s'agissait de sa dernière enquête. Celle qui mettra fin à son sentiment de culpabilité qui le hante depuis l'âge de 10 ans.
Tu veux mon avis, même si je n'ai pas encore lu toute la bibliographie d'Arnaldur Indridason, ces étranges rivages sont pour moi la meilleure enquête de l'inspecteur Erlendur. Pas par son suspens, ses revirements de situation ou ses éventuels turn-over, mais simplement parce qu'elle propose du coeur, de l'âme et de la douleur. La rédemption d'un inspecteur, une histoire de coeur, une histoire d'enfance, une histoire de blizzard. Tu l'entends ? bien sur que tu l'entends, le blizzard. Fuck le blizzard.
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jeranjou
  08 décembre 2013
♪ Disparu, tu as disparu…
Comme un enfant fasciné
Par ses propres blessures
Je ne veux pas oublier
La douleur de cette aventure ♫
Ces paroles d'une chanson des années quatre vingt résument parfaitement l'atmosphère de ce roman d'Arnaldur Indriðason se déroulant dans le froid islandais. Comme dans « La Femme en vert » qui m'avait beaucoup touché, on retrouve avec grand plaisir le policier Erlendur, une sorte d'Harry Bosch à la sauce islandaise, traumatisé à vie par un événement de son enfance à l'âge de dix ans: la disparition de son petit frère cadet au cours d'une sortie dramatique en montagne avec leur père.
Profitant de quelques jours de congés, Erlendur cherche à décompresser loin de Reykjavík en squattant la maison abandonnée de son enfance dans la région des fjords de l'est. Lors d'une discussion avec Boas, un chasseur de renard du coin, les deux hommes se remémorent avec compassion une étrange disparition dans les années 40.
En effet, la femme de Jakob, Matthildur, est portée disparue au même moment et au même endroit où des soldats britanniques se perdaient lors d'une soudaine tempête de neige dans la montagne islandaise durant la seconde guerre mondiale.
A partir de cette conversation fortuite, Arnaldur Indriðason va articuler son roman entre l'enquête civile d'Erlendur sur la disparition de Matthildur et l'enfance d'Erlendur avec comme point d'orgue l'événement dramatique qui le hante ici même encore jour et nuit.
Comme dans La Femme en vert, Indriðason montre à quel point ses romans sont ciselés avec une précision d'horloger. Néanmoins, connaissant déjà l'auteur, j'ai eu l'impression que la mécanique parfaitement huilée d'Indriðason prenait le pas sur l'intrigue et l'émotion. Même si j'ai été embarqué du début à l'extrême fin du roman, le fait qu'aucun grain de sable ne vienne altérer l'implacable récit m'a laissé un peu dubitatif.
Pour conclure, autant la construction de Ron Rash sublimait le roman « Un pied au Paradis », autant les pièces du puzzle d'«Étranges Rivages » s'imbriquent trop parfaitement à mon gout, tenant presque du miracle.
Si vous ne connaissez pas cet auteur, je vous conseille malgré tout la lecture de ce roman parfaitement orchestré et calibré. Dans le cas contraire, j'ai peur que vous ressentiez comme moi un manque d'originalité et d'imprévu préjudiciable au roman, de la part d'un auteur qui possède néanmoins un talent d'écriture indéniable.…
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Eve-Yeshe
  11 mars 2015
L'inspecteur Erlendur vient de terminer une enquête à Reykjavik et prend quelques jours de vacances dans l'ancienne maison familiale tombée à l'abandon et qu'il va squatter. Au cours d'une de ses longues ballades, il rencontre Boas, chasseur de renard de son étang et ils font un peu de route ensemble.
Chemin faisant, ils évoquent un drame survenu en 1942, où des soldats britanniques ont péri lors d'une violente tempête et dont on a retrouvé les corps, l'un d'eux emporté jusqu'à la mer. En même temps disparaissait une jeune femme de la région, Mattildur, lors de cette même tempête, mais son corps n'a jamais été retrouvé. de ce fait, des légendes sont nées à son sujet.
Ceci éveille la curiosité pour notre inspecteur, amateur de personnes disparues depuis longtemps, et dont il arrive à retrouver l'histoire à force de recherches minutieuses, avec des indices précaires car trop anciens et il va rencontrer peu à peu ceux qui ont connu Malttidur…
Ce que j'en pense :
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, même si le début m'a rebutée un peu car le temps passe lentement, dans une atmosphère sombre, des personnages d'apparence rude, secrets, qui dévoilent très peu leurs affects comme leurs souvenirs. Ont-ils vraiment envie de se souvenir de cette terrible tempête et de ces personnes mortes tragiquement.
Peu à peu l'enquête, qui n'a rien d'officiel, s'anime et les révélations, les surprises, le suspense sont au rendez-vous.
Arnaldur Indridason nous raconte en fait, deux histoires dans ce livre : celle de Matthildur bien-sûr, mais aussi celle d'une autre tempête survenue quand il avait dix ans et son petit frère, Berggur, huit ans ; ils avaient accompagné leur père à la recherche des brebis pour les ramener à la ferme et ils se sont perdus, n'y voyant pas à plus d'un mètre. On a retrouvé Erlendur gelé, à deux doigts de la mort, mais on n'a jamais retrouvé son petit frère.
Cette disparition hante l'inspecteur, jusque dans ses cauchemars et au fur et à mesure qu'il apprend des choses sur Matthildur, il retrouve des éléments sur l'endroit où Berggie a peut-être perdu la vie.
On en apprend davantage sur l'histoire personnelle d'Erlendur, qui a pris de l'épaisseur dans ce roman, ce qui rend le personnage attachant par ses failles, ses tourments, son refuge dans la vieille maison familiale abandonnée, dans des conditions spartiates : son sac de couchage, sa lampe torche, ses litres de café…
Un livre intéressant, que je classerais dans la rubrique « Romans noirs », mais qui ne m'a emballée autant que « La femme en vert » l'an dernier. Peut-être parce que ce n'est pas une enquête criminelle menée tambour battant, mais on sait que l'inspecteur travaille sur des disparitions anciennes non résolues,
J'apprécie davantage dans ce livre, le côté psychosociologique, la description de paysages fabuleux, les noms imprononçables, qui ont éveillé en moi une grande curiosité pour ce pays aux fjords et aux forêts, aux conditions de vie si dures dans le froid, bref l'Islande me passionne toujours autant. Donc, je vais continuer à explorer l'oeuvre d'Arnaldur Indridason.
Note : 7,5/10
étude plus approfondie sur mon blog
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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marina53
  05 mai 2013
C'est dans les fjords de l'Est que l'on retrouve notre cher Erlendur. de retour dans la maison délabrée de son enfance, en proie encore à ses affreux cauchemars qui le hantent depuis tant d'années, il a décidé de s'y installer pour quelques jours, essayant d'élucider le mystère relatif à la disparition de son frère. Depuis ce jour maudit où il a lâché la main de Bergur en pleine tempête, il ne se remet pas de l'absence subite de ce dernier et se sent fautif. Arpentant les landes à la recherche de maigres indices, il va se trouver nez à nez avec Boas, un chasseur de renards, qui lui raconte l'histoire de Matthildur. Disparue il y a plus de 60 ans lors d'une grande tempête, son corps n'a jamais été retrouvé. C'est lors de cette même nuit qu'une soixantaine de Britanniques, faisant le chemin inverse, auraient dû la croiser. Ces derniers n'en sont pas tous sortis indemnes mais leurs corps ont tous été retrouvés. Un mystère plane alors sur Matthildur. Est-elle réellement partie de chez elle cette nuit-là? Qu'a-t-il pu advenir de son corps? Et quelle est cette légende selon laquelle elle est venue hanter son mari Jakob, décédé en mer quelques années plus tard? Erlendur va mener sa petite enquête afin que Hrund, la soeur de Matthildur, puisse enfin savoir ce qu'elle est devenue.
Ah, quel plaisir de retrouver ce cher Erlendur! Plus que jamais mélancolique et en proie à ses démons, notre cher inspecteur s'isole pour quelques jours. Ce n'est pas à proprement parler d'une enquête dont il s'agit mais plutôt une mise en lumière sur des faits qui se sont déroulés des années plus tôt, avec d'une part la disparition de Matthildur et d'autre part celle de Bergur. Alternant ainsi les deux histoires, Indridason nous plonge dans la froideur des fjords. Il nous livre ici un roman nostalgique, relatant des disparitions et des pertes chères, dont le deuil est bien difficile à surmonter.
Etranges rivages montre une nouvelle facette d'Erlendur et ne le rend que plus attachant.
Etranges rivages... le mystère est levé...
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critiques presse (7)
Actualitte   03 août 2018
C’est d’une complexité sans nom que de se familiariser avec les noms de lieux islandais. Même si cela ajoute toujours au mystère. Heureusement, Arnaldur Indridason sait mener son récit aux petits oignons pour nous faire entrer dans son pays tête baissée.
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Actualitte   13 mars 2013
Erlendur revient et retrouve toute sa place dans cette histoire. C'est un grand plaisir pour le lecteur d'avoir enfin de ses nouvelles, car depuis trois romans, il s'était tout de même vaguement inquiété de son absence.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique   26 février 2013
“Étranges rivages” est la plus belle des enquêtes du commissaire Erlendur. Arnaldur Indridason revient sur le traumatisme qu’a connu son héros.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Lexpress   22 février 2013
Sans doute pas le meilleur livre de l'auteur [...] Pourtant, le roman touche au but et au coeur parce que l'intrigue tricote et détricote les mystères et les drames de l'amour, surtout parce qu'il dévoile, en de très belles séquences, cette fameuse randonnée sous la neige, la tempête, le froid, et la main de Bergur échappant à Erlendur.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   14 février 2013
Il y a dans ce roman lent et calme une force puissante qui saisit le lecteur au cœur. L'auteur a une manière bien personnelle de lui faire appréhender les tourments de son héros. Sans jamais un éclat, ni un mot de trop, il signe le retour en grâce du policier islandais. On les salue bien bas.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Liberation   11 février 2013
On savait sa complexité et ses paradoxes, ce roman-là affine et aiguise le trait. A la fois sonar hypersensible du sentiment humain et très archaïque, Erlendur est aussi attachant et effrayant que cette nature dont il sait la cruauté mais dont il déplore la domestication par l’industrialisation.
Lire la critique sur le site : Liberation
Telerama   06 février 2013
Tout fait sens dans ce chant douloureux et âpre, inspiré, économe de ses mots. Et c'est sans doute le plus beau livre de la série : il s'en dégage une poésie noire et profondément mélancolique, mais aussi, au bout du compte, la lumière vacillante d'une paix possible.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
joedijoedi   03 avril 2013
Il aimait s'allonger sur le dos, la tête posée sur son sac, les yeux levés vers les étoiles en méditant sur ces théories qui affirmaient que le monde et l'univers étaient encore en expansion. Il appréciait de regarder le ciel nocturne et son océan d'étoiles en pensant à ces échelles de grandeur qui dépassaient l'entendement. Cela reposait l'esprit et lui procurait un apaisement passager de pouvoir réfléchir à l'infiniment grand, au grand dessein.
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le_Bisonle_Bison   10 septembre 2016
Il est seul dans la maison ouverte aux quatre vents. On dirait qu’elle se tient en un lieu désert, battu par les tempêtes. Les portes se balancent dans le vide, accrochés à leurs gonds, les fenêtres sont cassées et toute trace de vie est effacée, meubles, lumières et couleurs. La maison est sombre, inquiétante, morte. Les murs nus et glacés ruissellent, comme s’ils versaient des larmes.
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ondeluneondelune   09 août 2013
Il n'a plus froid. Au contraire, une étrange vague de chaleur lui envahit le corps. Lui, qui pensait que toute chaleur l'avait déserté, il a l'impression qu'elle se diffuse dans ses bras et ses jambes, jusqu'à ses mains et ses pieds, et brusquement son visage lui semble s'enflammer.
Allongé dans le noir, ses pensées vont et viennent, désordonnées, il ne distingue qu'à peine la frontière entre le sommeil et la veille. Il a beaucoup de peine à se concentrer et à évaluer son état. Comme plongé dans une confortable torpeur, il ne souffre pas. Des rêves, des images, des bruits et des lieux qui lui sont à la fois connus et inconnus défilent dans son esprit qui lui joue d'étranges tours et le projette constamment à travers le passé et le présent, défiant l'espace et le temps. Il n'a aucune véritable prise sur ces errances. Un instant, il est assis à l'hôpital, au chevet de sa mère qui se meurt et le quitte. L'instant d'après, un hiver sombre s'est abattu et il se retrouve à nouveau allongé sur le sol de cette ferme abandonnée qui était jadis sa maison. Il a toutefois bien conscience que ce n'est là qu'une illusion.
- Que faites-vous ici ?
Il se redresse, s'assoit et aperçoit un homme à la porte. Un voyageur vient de tomber sur lui par hasard. Il ne comprend pas sa question.
- Que faites-vous ici ? répète l'homme.
- Qui êtes-vous ?
Il ne distingue pas son visage et ne l'a pas entendu entrer, tout ce qu'il voit se résume à cette silhouette qui répète inlassablement la même question insupportable.
- Que faites-vous ici ?
- Je suis chez moi. Qui êtes-vous ?
- J'ai l'intention de passer la nuit avec vous, si ça ne vous dérange pas.
L'homme assis par terre à côté de lui a allumé un feu. Il sent la chaleur se diffuser sur son visage et tend ses mains vers les flammes. Il n'a eu aussi froid qu'une seule fois dans sa vie.
- Qui êtes-vous ? demande-t-il une nouvelle fois à son visiteur.
- Je suis venu vous écouter.
- M'écouter ? Qui est avec vous ?
Il a l'impression qu'ils ne sont pas seuls, que quelqu'un d'autre accompagne cet homme, quelqu'un qu'il ne parvient pas à distinguer.
- Personne, répond le voyageur, je suis venu seul. Vous habitiez ici ?
- Êtes-vous Jakob ?
- Non, je ne suis pas Jakob. Je m'étonne que ces murs tiennent encore debout, je vois que la maison est solide.
- Qui êtes-vous ? Êtes-vous Boas ?
- Je passais par là.
- Vous êtes déjà venu ici ?
- Oui.
- Quand ça ?
- Il y a des années. A l'époque où cette maison était encore habitée. Que sont devenus ces gens ? Savez-vous ce qu'est devenue la famille qui vivait ici ?

Allongé dans le noir et transi, il ne parvient plus à faire aucun mouvement. Il est à nouveau seul, le feu a disparu, de même que la maison abandonnée. Les ténèbres et le froid le cernent, la chaleur déserte peu à peu ses membres et son visage.
Quelque part, il entend à nouveau ce grattement.
Venu des profondeurs glacées et lointaines, le bruit approche et enfle constamment, bientôt suivi par de déchirants cris d'effroi.
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jeranjoujeranjou   08 décembre 2013
- Vous avez décidé de garder le silence, remarqua-t-il.
- Oui, je n’en ai parlé à personne. En fin de compte, voilà tout le courage que j’ai eu.
- Ce n’est pas bon de taire ce genre de choses, quelle que soit la manière dont elles vous touchent. Le silence ne saurait être un ami.
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fbalestasfbalestas   26 mai 2020
Autour de lui, il fait froid, il fait noir. Des pensées, des silhouettes et des événements passés lui traversent constamment l’esprit sans qu’il puisse rien y faire. Il a énormément de peine à distinguer les lieux et les époques. Il est partout et nulle part en un seul et même instant.
Allongé dans sa chambre, il est envahit par un calme étrange après cette piqûre. C’est en vain qu’il continue de lutter. On dirait que le sang cesse de couler dans ses veines et ses pensées se perdent dans le brouillard.
Le médecin lui explique ce qu’il va faire, mais il l’entend à peine. Il se débat et crie tout ce qu’il peut jusqu’au moment où on l’attrape pour le remettre dans le lit. Le médecin suggère à mi-voix une solution à sa mère qui hoche la tête d’un air résigné. Il aperçoit la seringue entre ses mains, sent la douleur de la piqûre qui entre dans son bras et calme peu à peu.
Assise sur le bord du lit, sa mère lui caresse le front. Elle a l’air infiniment triste et il ferait n’importe quoi pour mettre fin à sa mélancolie.
- Tu peux nous dire quelque chose sur ton frère ? murmure-t-elle
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Avec son mari Per Wahllöö, Maj Sjöwall, qui vient de disparaître à l'âge de 84 ans, avait écrit une série policière aujourd'hui reconnue comme un classique du genre. Dix romans publiés entre 1965 et 1975, qui ont inspiré tous les grands auteurs scandinaves, Henning Mankell, Stieg Larsson, Jo Nesbø ou Arnaldur Indridasson. Ces romans, nous les avons relus. Et ça fonctionne toujours aussi bien !
Toute la série est disponible aux éditions Rivages/Noir. Disponible en version numérique.
UNE ÉMISSION ANIMÉE PAR Michel Abescat et Christine Ferniot RÉALISATION Pierrick Allain TÉLÉRAMA - MAI 2020
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Un soir glacial de janvier, un petit garçon asiatique de 12 ans qui rentrait de son école est assassiné au pied d’un immeuble de la banlieue de Reykjavik.

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