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ISBN : 2070362361
Éditeur : Gallimard (26/10/1972)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 2121 notes)
Résumé :
Mme SMITH : Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l'eau anglaise.
Nous avons bien mangé ce soir.
C'est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que nous notre nom est Smith...

(Quatrième de couverture de l'édition Folio de 1972)
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Critiques, Analyses et Avis (111) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  26 juillet 2013
Ah, là ! il n'y est pas allé de main morte l'ami Gégène car voici une pièce classée au patrimoine mondial de l'Ionesco.
Je vous accorde que si on la lit comme ça, à brûle-pourpoint, sans mise en garde particulière, faut reconnaître que ça remue quand même pas mal le tartre dans la bouilloire ! C'est complètement barré, complètement déjanté, sans queue ni tête, bas de plafond au rez-de-chaussée sans ascenseur ou roue de chausson sous aspirateur.
Mais il suffit juste de dire que Ionesco eut l'idée de la pièce en transpirant comme un malade (je ne sais pas si l'on a le droit d'écrire qu'Eugène sue ?) pour apprendre l'anglais dans une méthode Assimil (de l'époque, précisons) et d'un coup tout s'éclaire.
La pièce devait d'ailleurs s'appeler à l'origine L'Anglais Sans Peine, mais, le site officiel du Théâtre de la Huchette nous apprend que c'est en réalité le lapsus de l'acteur devant dire « …qui avait pris pour femme une institutrice blonde », qui s'est trompé et a dit à la place « …qui avait pris pour femme une cantatrice chauve », lequel lapsus donna à l'auteur l'idée de ce titre singulier.
Des phrases sans cohérence les unes avec les autres, mises les unes à la suite des autres de façon artificielle dans une illusion de dialogue, pas d'erreur, vous êtes bien dans la méthode Assimil.
Tout le talent de Ionesco était de prendre suffisamment de recul pour les rendre drolatiques et montrer toute l'absurdité de certaines de nos actions quotidiennes.
Par exemple, sortez de son contexte les répétitions d'entraînement de certains gestes ou de certaines phrases qu'on souhaite faire par la suite en public pour les trouver instantanément drôles, car décalées (c'est ce que fait tout le temps Mr Bean dans ses sketches).
Le texte d'ailleurs n'est pas sans rappeler les messages codés de Radio Londres durant la Seconde Guerre Mondiale, messages à double entente qui, eux aussi, pouvaient être tordants, n'eût été le contexte.
L'entraînement à une langue, comme le reste, sorti de son contexte peut être réellement comique.
Ici, certaines répliques sont vraiment drôles. D'autres le sont un peu moins et je vous avoue que j'aime plutôt bien ce type de pièce mais, mais, mais... à toute PETITE dose, sans quoi, je me lasse très vite de la mécanique de l'absurde.
Quant à la puissance philosophique dégagée par cette pièce ? J'en vois qui élaborent de grandes théories, chaque dialogue avec sa signification, tout ce que Ionesco a voulu dénoncer, l'incommensurabilité psychologico-structurelle à la maïeutique transcendantale de notre prosaïque idiosyncrasie virtuelle hypothético-déductive contemporaine et sans compter... euh... hep ! les gars... Oh hé ! Et si on arrêtait la branlette intellectuelle ?
Il devait bien se marrer Ionesco en voyant ce qu'on faisait dire à cette pièce. Ça me rappelle le conte Les Habits Neufs de L'Empereur d'Andersen. Pour pas avoir l'air trop con, chacun y va de son interprétation et de sa surenchère de sens. de tout ce SENS contenu dans l'ABSURDE...
Ouaip, je veux bien, si vous le dites mais j'ai quand même tendance à croire qu'il s'est bien fendu la poire en écrivant ça et que tout le reste, c'est ce que les commentateurs ont bien voulu mettre dedans.
Cet avis n'engage cependant que moi et ne signifie pas grand-chose. Encore un truc absurde dans la Cantatrice Chauve, alors, chauve qui peut !
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viou1108
  14 novembre 2015
Cela fait quelques jours que je tourne autour de ces deux pièces de théâtre sans trop savoir comment en démarrer la chronique. Et puis ce matin, samedi 14 novembre 2015, je me suis réveillée au son de la radio et des infos du jour. La Belgique a battu l'Italie 3-1 en match amical à Bruxelles. A Paris, des bombes ont explosé aux abords du Stade de France. Des gens qui allaient au spectacle ont été tués. Quelqu'un s'assied à une terrasse et se prend une balle. J'comprends pas.
Le théâtre de Ionesco, c'est un peu ça : des répliques improbables, sans lien entre elles, enchaînées les unes après les autres. Absurde. Un défi à la compréhension. Je fais l'impasse sur « la Cantatrice chauve », dont je n'ai pas compris le message, à supposer qu'il y en ait un. J'en retiens seulement que ce texte m'a fait rire, et je vous dirais bien que cette pièce doit être vue plutôt que lue, mais j'aurais bien trop peur de vous envoyer à la mort en vous invitant au théâtre. « La leçon » est une pièce plus inquiétante : une jeune étudiante stupide prend sa leçon auprès d'un vieux professeur imbu de sa personne et qui, sous l'apparence d'un intellectuel de haut vol, masque à peine un pervers expert ès fumisteries. Ca finit mal, puisque l'un des deux assassine l'autre.
Difficile d'établir un parallèle avec les attentats de Paris, et ce n'est pas le but, sauf que, comme dans « La leçon », l'incompréhension, la bêtise et l'intolérance, bref, la connerie humaine, ont le pouvoir de provoquer des carnages. Et là, je repense aux caricatures de Mahomet : « c'est dur d'être aimé par des cons ». Sauf que, pardon, mais il ne s'agit pas (il ne peut pas s'agir!) d'amour, mais plutôt de rage. De la rage qui a germé dans le crâne de ces ravagés du cerveau, à la faveur d'interprétations totalement dévoyées du Coran. Parbleu, mais quel mot ne comprennent-ils pas dans la phrase « Ne tuez pas la personne humaine, car Allah l'a déclarée sacrée » (Coran, VI, 151) ? Ils se justifient (comment osent-ils même justifier leurs actes, ces barbares ?) en disant qu'ils vengent les victimes syriennes ou irakiennes des bombardements français. M'enfin, c'est moi à qui on ne dit jamais rien, ou bien le Talion n'est plus seulement une « loi » juive, émanant d'un peuple ennemi juré ? J'comprends rien. Et ils croient sérieusement, ces dingues, que c'est en nous massacrant dans une salle de concert ou à une table de restaurant qu'ils vont arranger leurs affaires? Incultes frustrés... Et qu'ils vont empêcher les survivants de continuer à vivre libres (je ne dis même pas « heureux », juste « libres ») ? Aberrant. Bande de tueurs haineux décérébrés, quand je pense que vous êtes sans doute ravis d'être morts en martyrs de je-ne-sais-quelle cause... Vous seriez ridicules si ce n'était pas aussi tragique.
Le rapport avec Ionesco, Messieurs les excités de l'arme lourde, à supposer que vous ayez jamais entendu ce nom ? Aucun. Ou plutôt si : je n'ai rien contre l'absurde, moi, quand il me fait rire et ne blesse personne. Autant dire que je ne suis pas près d' « apprécier » votre sens de la « mise en scène ».
En bref : touchez pas à la liberté, p... de b... de m...
Lien : http://www.voyagesaufildespa..
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peloignon
  17 novembre 2012
La cantatrice chauve
Bien qu'on qualifie généralement La cantatrice chauve de pièce « absurde », elle m'apparaît plutôt comme un exercice de style théâtral qui n'a d'absurde que l'apparence superficielle. À mon avis, au lieu d'écrire un essai critique sur le théâtre bourgeois et la bourgeoisie en général, Ionesco écrit une « anti-pièce » dont chaque scène, chaque réplique, chaque indication, chaque mot, chaque lettre et signe de ponctuation sert à la caricaturer.
Cela n'empêche en rien de catégoriser, avec justesse, cette pièce comme étant une pièce de « théâtre absurde », mais il faut bien comprendre que son absurdité tient plutôt à la rupture qu'on y trouve par rapport aux genres théâtraux plus classiques et, surtout, à ce qu'on y trouve une dénonciation de l'absurdité d'une possibilité d'existence humaine. Et la possibilité d'existence humaine dont l'absurdité est ici montrée, c'est celle des bourgeois.
Le bourgeois se fait, en effet, surtout reconnaître par ses conversations banales et c'est ce qu'on trouve d'entrée de jeu : « Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l'eau anglaise. Nous avons bien mangé, ce soir. C'est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que notre nom est Smith. »(11)
Les bons principes de médiocrité intériorisée du bon bourgeois sont également omniprésents : « Il faut leur apprendre à être sobre et mesuré dans la vie »(13).
Le bourgeois voit tout en petit et n'imagine jamais qu'il puisse ne pas comprendre quelque chose. Il va ainsi souvent parloter à tort et à travers de choses qu'il a entendues et qu'il ne comprend absolument pas : « le yaourt est excellent pour l'estomac, les reins, l'appendicite et l'apothéose. »(14)
Il va aussi généraliser hâtivement à partir de principes qui lui échappent, mais qui s'imposent de manière contingente à son petit esprit. Ainsi, pour M. Smith, le médecin doit mourir avec son malade comme le capitaine meurt avec son bateau (14), il y a toujours quelqu'un à la porte lorsqu'on entend sonner (40), ou bien il n'y a jamais personne puisque ça fait trois fois qu'on entend sonner et qu'il n'y a eu personne à chacun de ces trois fois (41) et que, si il y a bien eu quelqu'un la quatrième fois, chacun sait que « la quatrième fois ne compte pas »(46).
Ionesco ne se gêne pas non plus pour évoquer cruellement la bêtise bourgeoise : « Pourquoi à la rubrique de l'état civil, dans le journal, donne-t-on toujours l'âge des personnes décédées et jamais celui des nouveau-nés? C'est un non-sens. »(15)
Ou encore ses contradictions : « Elle a des traits réguliers et pourtant on ne peut pas dire qu'elle est belle. Elle est trop grande et trop forte. Ses traits ne sont pas réguliers et pourtant on peut dire qu'elle est très belle. Elle est un peu trop petite et trop maigre. »(17)
Le bourgeois est aussi pris avec des cadeaux absurdes dont il crève de se débarrasser sans jamais en avoir le courage. (18)
Le phénomène bourgeois est aussi habituellement lié à un nationalisme bien précis dont la contingence et les particularités n'apparaissent évidemment pas à ses incarnations : « Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. M. Smith, Anglais, dans son fauteuil et ses pantoufles anglais, fume sa pipe anglaise et lit un journal anglais, près d'un feu anglais... »(11).
Ionesco présente aussi le bourgeois, tel que dénoncé par le marxisme, en tant qu'il est complètement inconscient de toute lutte des classes: « Je voyageais en deuxième classe, Madame. Il n'y a pas de deuxième classe en Angleterre, mais je voyage quand même en deuxième classe. »(25) Cette inconscience de classe rend le bourgeois d'autant plus efficace dans l'actualisation dénuée de tout scrupule de l'inégalité de traitement qu'implique son être bourgeois : « Je crois que la bonne de nos amis devient folle... Elle veut dire elle aussi une anecdote. (...) Elle n'a pas l'éducation nécessaire.»(65-66)
Ionesco veut aussi s'amuser de la propension bourgeoise à vouloir sublimer par une fusion spirituelle l'union du désir des corps à laquelle se réduit pour lui la relation de couple. le couple Martin se cherche et se trouve ainsi de la coïncidence jusqu'à leurs lits de leurs chambres et jusqu'au blanc et rouge des yeux de leurs filles respectives nommées toutes deux « Alice » et pourtant, ils s'illusionnent tous deux sur eux-mêmes, sur leurs propres personnes et sur leur couple, phénomène qui donne l'occasion à Ionesco de mettre l'un des plus jolis passages de sa cruelle anti-pièce : « Oublions, darling, tout ce qui ne s'est pas passé entre nous et, maintenant que nous nous sommes retrouvés, tâchons de ne plus nous perdre et vivons comme avant. »(32)
Enfin, le bourgeois doit aussi se quereller de temps à autre. Il ne sait pas et n'a pas à savoir pourquoi. C'est simplement parce que c'en est l'heure. Son entêtement n'a alors d'autres bornes que celles de ses capacités physiques, comme on peut le voir à la fin de l'anti-pièce.
L'absurde apparaît ainsi non pas dans sa pureté, mais, par une présentation surréaliste qui prouve par l'absurde que les principes bourgeois sont issus d'une logique bien bancale. Et parce que le bourgeois caricatural n'existe pas, le spectateur bourgeois, inconscient de son appartenance de classe, ne se voit donc pas lui-même et s'amuse naïvement devant l'absurde de la situation qui lui est présentée. Son plaisir, il voudra ensuite le reproduire, pour que ses lèvres continuer de bien rigoler (avec mesure toutefois pour ne pas échapper le cigare), pour que ses poches puissent demeurer bien remplies et que son ventre puisse demeurer bien rond. L'absurde, d'abord véritable provocation anti-bourgeoise entrera ainsi bien rondement dans la culture populaire. Il n'y s'agira pas, toutefois, du même absurde qu'on trouve à l'origine chez des auteurs comme Ionesco, Jarry ou Camus.
En effet, pour faire sa place dans la culture de masse, l'absurde, a du laisser derrière lui toute charge sémantique pour se faire absolu et devenir l'absurde pur. L'absurde pur, dont on use à simple fin de drôlerie commerciale, peut être assimilé au burlesque. Les situations loufoques qu'on peut en tirer, même lorsqu'elles sont tout à fait convenues et attendues, par un public venu voir la dernière attraction à la mode, parce qu'il doit pouvoir le dire à ses amis, arrivent sans trop de peine à faire leur petit effet.
Le bourgeois se venge ainsi d'une attaque bien trop subtile pour pouvoir le toucher, sans même s'en rendre compte, victorieusement insignifiant et bête, en restant tout simplement lui-même, pour confirmer la règle exposée par la pièce :
Mme SMITH
Nous sommes allé voir une pièce absurde ce soir, parce que nous sommes Anglais et que nous nous appelons Smith. Nous avons ri car une pièce absurde est drôle, mais nous n'avons pas ri avec excès car il faut être sobres et mesurés dans la vie. Ma voisine n'a pas ri car elle est illégitime et manque d'instruction anglaise. Elle trouve la pièce absurde très sérieuse car elle n'est pas anglaise. Elle rit clandestinement de l'auditoire, mais ce n'est pas moi qui irai la dénoncer.
M SMITH, continuant sa lecture, fait claquer sa langue.
Ceci étant dit (ou écrit, c'est selon), ce n'est pas parce que je crois être en état de comprendre Ionesco que je suis moi-même un anti-bourgeois aigri. Il faut respecter toutes les formes fragiles et éphémères du bonheur humain. Et les bourgeois pavent l'enfer des autres avec tant de candeur, d'innocence et de belles intentions...
La leçon
Dans la leçon, c'est l'absurdité de l'enseignement qui est présenté de manière surréaliste.
Ionesco y montre l'enseignement en soi. le travail du professeur qui enseigne sans avoir quoique ce soit de réel à enseigner. À force d'enseigner, il a, avec ses confrères, développé une sorte de certitude qu'il existe une réalité derrière tout ce fatras insignifiant dont il bombarde sa pauvre élève.
On reconnaît aisément le phénomène du « pelletage de nuage » si fréquent dans les universités, phénomène plus actuel que jamais, avec nos théories de la justice, de linguistique, de musicologie, etc., qui font tant de bruit, mais exclusivement dans nos universités et qui ne troublent que les intellectuels de chaises berçantes.
On s'amuse donc ferme tout au long de la pièce, surtout si on a fait un passage à l'université.
La tournure tragique des évènements me semble toutefois forcée. Ionesco semble s'être laissé entraîné par l'exigence du genre auquel il souhaitait appartenir plutôt qu'au contenu de sa pièce. le professeur déconnecté du réel pourra certainement ignorer complètement la réalité et les besoins vitaux de son élève, mais il aurait été bien plus intéressant que le professeur laisse plutôt mourir son élève de faim ou de soif qu'il la tue platement et bêtement avec un couteau.
Désolé d'avoir donné la conclusion, mais je me suis permis, exceptionnellement, de le faire étant donné qu'il s'agit du moment le moins intéressant de la pièce.
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gouelan
  26 septembre 2016
La cantatrice chauve.
Caricature de la bourgeoisie anglaise, qui se perd dans des dialogues creux, dénués d'intérêt, qui tournent en rond, se percutent et s'annulent. Des dialogues inspirés de la méthode Assimil pour apprendre l'anglais, dialogues complètement stupides, que l'on répète mécaniquement. Tout comme les banalités que l'on peut balancer tous les jours, il n'y a pas de réelle communication, des paroles polies et prudentes, sans profondeur, qui évoquent le vide.
Absurdité, manque de logique, d'intrigue, . Les personnages sont comme l'horloge dont on parle ainsi :
« Elle marche mal. Elle a l'esprit de contradiction. Elle indique toujours le contraire de l'heure qu'il est.»
La leçon
Le professeur est un personnage tyrannique, imbus de son pouvoir et de sa culture. Il est pourtant bien médiocre, puisqu'il s'embrouille dans des explications insensées qui donnent le vertige. L'élève, déjà très inculte au départ, ne risque pas de s'améliorer, bien au contraire. Terrifiée par la folie du professeur, l'élève ne peut plus que réciter sa leçon, sans n'y rien comprendre.
Une situation absurde, qui peut-être dénonce l'impossibilité de communiquer avec les mots et la folie qui entraîne certains dans un monde sadique, sans logique, faisant des plus faibles leurs victimes.
Deux pièces de théâtre qui semblent comme une loupe posée sur du vide, comme pour mieux révéler la petitesse des personnages, de leurs gestes et de leurs pensées. Le rire et la caricature pour dénoncer les défauts des bourgeois ou des universitaires, pas si grands que cela finalement.
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colimasson
  09 juin 2012
Jamais je n'aurais cru prendre intérêt à la conversation d'un couple anglais –tout ce qu'il y a de plus banal par ailleurs- lorsque ceux-ci se contentent d'évoquer leur dernier dîner de poisson-patates… Et pourtant, dans la Cantatrice chauve, ce sujet devient passionnant –non seulement celui-ci d'ailleurs, mais d'autres tout aussi rébarbatifs : l'évocation de la famille Watson, le fonctionnement des sonnettes d'entrée, ou la répartition démographique des incendies dans la ville de Londres.
Anodins à première vue, chacun de ces sujets de conversation ne tarde pas à prendre la tangente et à s'éloigner des voies rationnelles de la communication. Si, pour entretenir une discussion, il s'agissait de suivre une constante telle celle que l'on fixe à 9,81N pour la gravité, alors elle serait totalement anéantie dans la Cantatrice chauve.
La politesse est abolie. Plus aucun personnage ne fait d'effort pour s'intéresser aux racontars incessants des autres. Ceux-ci ne s'en formalisent pas : tellement abrutis par l'égocentrisme qui les pousse à parler sans que cela n'intéresse personne, ils ne se rendent pas compte qu'on ne les écoute pas.
La logique est abolie. Sitôt un fait posé, une affirmation prononcée, le contraire surgit et annule ce qui semblait pourtant être une évidence, en tout cas une certitude. Dans la Cantatrice chauve, on ne peut jamais être sûr de rien, et surtout pas de la sincérité des personnages. Pourtant, aucun vice n'est à déceler derrière les contradictions sans fin qui émaillent des propos. Elles se font plutôt le reflet de l'absurdité de la vie, que l'on essaie habituellement de dissimuler derrière l'apparente logique d'un discours construit. Après tout, est-il vraiment plus ridicule que tous les membres d'une famille s'appellent Bobby Watson, plutôt que l'un s'appelle Bobby, l'autre Roger, l'autre Brigitte, etc. ? Non, mais le premier fait n'a rien de commun et prouve à quel point les habitudes viennent nous rassurer dans un monde qui serait proche du chaos sans cela. Cette absurdité exprime également l'inconstance des personnages qui cherchent une fois à se définir par le biais de telle opinion, de telle position sociale, puis une fois par telles autres, pour finalement n'être définis par rien, puisque tout peut les définir.
La pudeur est abolie. Pas totalement, mais on sent que nous ne sommes jamais loin de l'instant où les couples finiront par se mêler et ou les gestes et les comportements dépasseront les limites de la bienséance. Encore une fois, Ionesco nous amène à nous interroger sur la légitimité d'un monde fondé uniquement sur des règles éphémères et dont la justification nous échappe souvent.
On pourrait trouver cette pièce totalement idiote et s'interroger sur son sens –mais ce serait avoir mal lu la Cantatrice chauve. En effet, la pièce met à mal toute notion de valeurs et ridiculise cette prétention qu'ont les hommes de vouloir donner du sens à ce qui n'en a pas. Aucun personnage n'est comique dans cette pièce : c'est la condition humaine qui l'est, sa terreur du vide qui la pousse à déployer toutes sortes de ruses pour se justifier d'être.

Alors que la démonstration aurait pu se perdre dans de longs paragraphes, Ionesco parvient à utiliser la forme très appropriée du théâtre pour nous transmettre cette réalité fondamentale et, ce qui n'est pas négligeable, il parvient à le faire avec toute la légèreté et la finesse d'esprit qui siéent à la comédie. Volonté d'ajouter que, même si tout ce à quoi nous accordons de l'importance n'en a pas véritablement, rien ne sert de nous en formaliser, et mieux vaut prendre cette réalité avec légèreté et décontraction. de toute façon, le contraire ne résoudrait en rien l'absurdité du monde que l'on retrouve toute condensée dans la Cantatrice chauve…

Lien : http://colimasson.over-blog...
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Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
sakyasakya   21 mars 2013
M. Smith
Tiens, on sonne.

Mme Smith
il doit y avoir quelqu'un. je vais voir. ( Elle va voir. Elle ouvre et revient.) Personne.
Elle se rassoit.
M. Martin
je vais vous donner un autre exemple...
Sonnette.
M. Smith
Teins, on sone.

Mme Smith
ça doit être quelqu'un. Je vais voir. (Elle va voir. Elle ouvre et revient.) Personne.

M.Martin, qui a oublier où il en est.
Euh !...

Mme Martin
Tu disait que tu allais donner un autre exemple.

M.Martin
Ah oui...

M.Smith
Tiens, on sonne.

Mme Smith
je ne vais plus ouvrir.

M.Smith
oui, mais il doit y avoir quelqu'un !

Mme Smith
La première fois, il n'y avait personne. La deuxième fois, non plus. pourquoi crois-tu qu'il y aura quelqu'un maintenant ?

M.Smith
Parce qu'on a sonné !

Mme Martin
Ce n'est pas une raison.

M.Martin
Comment ? Quand on entend sonner à la porte c'est qu'il y a quelqu'un à la porte, qui somme qu'on lui ouvre la porte.

Mme Martin
Pas toujours. Vous avez vu tout à l'heure !

M. Martin
La plupart du temps, si.

M. Smith
moi, quand je vais chez quelqu'un, je sonne pour entrer. je pense que tout le monde fait pareil et que chaque fois qu'on sonne c'est qu'il y a quelqu'un.

Mme Smith
Cela est vrai en théorie. Mais dans la réalité les chose se passent autrement. tu as bien vu tout à l'heure.

Mme Martin
Votre femme a raison.

M.Martin
oh vous les femmes, vous vous défendez toujours l'une l'autre

Mme Smith
Et bie, je vais aller voir. tu ne diras pas que je suis entêtée, mais tu verras qu'il n'y aura personne !
( Elle va voir. Elle ouvre la porte et la referme.)
Tu vois, il n'y a personne.
Elle revient à sa place.
Mme Smith
Ah ! Ces hommes qui veulent toujours avoir raison et qui ont toujours tord !

On entend de nouveau sonner.

M. Smith
Tiens, on sonne. Il doit y avoir quelqu'un.





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Nastasia-BNastasia-B   26 août 2013
Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. M. Smith, Anglais, dans son fauteuil et ses pantoufles anglais, fume sa pipe anglaise et lit un journal anglais, près d'un feu anglais. Il a des lunettes anglaises, une petite moustache grise anglaise. À côté de lui, dans un autre fauteuil anglais, Mme Smith, Anglaise, raccommode des chaussettes anglaises. Un long moment de silence anglais. La pendule anglaise frappe dix-sept coups anglais.
Mme SMITH : Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l'eau anglaise. Nous avons bien mangé, ce soir. C'est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que notre nom est Smith.
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Nastasia-BNastasia-B   22 août 2013
M. SMITH : Elle est encore jeune. Elle peut très bien se remarier. Le deuil lui va si bien.
Mme SMITH : Mais qui prendra soin des enfants ? Tu sais bien qu'ils ont un garçon et une fille. Comment s'appellent-ils ?
M. SMITH : Bobby et Bobby comme leurs parents. L'oncle de Bobby Watson, le vieux Bobby Watson est riche et il aime le garçon. Il pourrait très bien se charger de l'éducation de Bobby.
Mme SMITH : Ce serait naturel. Et la tante de Bobby Watson, la vieille Bobby Watson pourrait très bien, à son tour, se charger de l'éducation de Bobby Watson, la fille de Bobby Watson. Comme ça, la maman de Bobby Watson, Bobby, pourrait se remarier. Elle a quelqu'un en vue ?
M. SMITH : Oui, un cousin de Bobby Watson.
Mme SMITH : Qui ? Bobby Watson ?
M. SMITH : De quel Bobby Watson parles-tu ?
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AlodiaAlodia   29 mars 2013
Le Professeur
Aux dents... tant pis ... Continuons ! A présent, traduisez la même phrase en espagnol, puis en néo-espagnol...
L' Elève
En espagnol... ce sera : " les roses de ma grand-mère sont aussi jaunes que mon grand-père qui était asiatique".
Le Professeur
Non. C'est faux.
L'Elève
Et en néo-espagnol : " les roses de ma grand-mère sont aussi jaunes que mon grand-père qui était asiatique " .
Le Professeur
C'est faux. C'est faux. C'est faux. Vous avez fait l'inverse, vous avez pris l'espagnol pour du néo-espagnol, et le néo-espagnol pour de l'espagnol... Ah . non... c'est le contraire...
L' Eleve
J'ai mal aux dents. Vous vous embrouillez.
Le Professeur
C'est vous qui m'embrouillez. Soyez attentive et prenez note. Je vous dirai la phrase en espagnol, puis en néo-espagnol et, enfin, en latin. Vous répéterez après moi. Attention, car les ressemblances sont grandes. Ce sont des ressemblances identiques. Ecoutez, suivez bien...
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Nastasia-BNastasia-B   01 août 2013
M. SMITH : Tiens, c'est écrit que Bobby Watson est mort.
MME SMITH : Mon Dieu, le pauvre, quand est-ce qu'il est mort ?
M. SMITH : Pourquoi prends-tu cet air étonné ? Tu le savais bien. Il est mort il y a deux ans. tu te rappelles, on a été à son enterrement, il y a un an et demi.
MME SMITH : Bien sûr que je me rappelle. Je me suis rappelé tout de suite, mais je ne comprends pas pourquoi toi-même tu as été si étonné de voir ça sur le journal.
M. SMITH : Ça n'y est pas sur le journal. Il y a déjà trois ans qu'on a parlé de son décès. Je m'en suis souvenu par associations d'idées !
MME SMITH : Dommage ! Il était si bien conservé.
M. SMITH : C'était le plus joli cadavre de Grande-Bretagne ! Il ne paraissait pas son âge. Pauvre Bobby, il y avait quatre ans qu'il était mort et il était encore chaud. Un véritable cadavre vivant. Et comme il était gai !
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Vidéo de Eugène Ionesco
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Michel Bouquet est au théâtre Hébertot jusqu'au 19 juin dans "A tort et à raison". Entrée Libre a rencontré ce "monstre" de théâtre qui a joué les plus grands rôles de théâtre de "L'Avare" à "Mac Beth", et qui a connu et interprété les auteurs les plus prestigieux : Harold Pinter, Jean Anouilh et Eugène Ionesco..
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