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ISBN : 2070368270
Éditeur : Gallimard (06/07/1976)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 89 notes)
Résumé :
Le seul roman écrit par Ionesco. A trente-cinq ans, un homme fait un héritage et se retire de la vie. Il ne cesse de s'étonner de ses congénères qui continuent à s'agiter, à se battre même, à aimer, à croire. La recherche de l'oubli, la nostalgie du savoir que nous n'aurons jamais, le sentiment de notre infirmité et du miracle de toute chose, font de cet individu banal un être qui a la grâce, un mystique pas tellement loin de Pascal.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
colimasson
  20 février 2013
Le Solitaire d'Ionesco est un admirable condensé de tous les personnages les plus marquants des pièces du dramaturge… Figure du perdant qui n'essaie pas même de se battre (« A trente-cinq ans il est temps de se retirer de la course ») ; du pudique maladroit qui virerait presque homosexuel si on ne remarquait pas plus tard que son aversion s'étend en réalité à l'humanité entière (« le sexe féminin m'a toujours paru être une sorte de blessure au bas du ventre entre les cuisses ») ; du misanthrope, donc, Eugène Ionesco semble se rattraper, à travers son personnage, de toutes les déceptions d'une vie sociale qui apporte peu de réconforts et qui demande beaucoup de sacrifices, en premier lieu celui de cette sincérité qui fait dire à son solitaire tout ce qui lui aurait coûté cher, en termes de relations, dans l'existence réelle.

Le postulat de départ fonctionne-t-il à la manière d'un « fantasme appliqué ». Il ne semblerait pas étonnant qu'il découle d'une pensée vengeresse qu'Eugène Ionesco aurait pu former à chaque fois que la vie en société lui semblait trop contraignante. le solitaire est un homme banal de trente-cinq ans, employé dans un bureau. Ses taches sont mal définies : on sait seulement qu'il remplit des fiches et des formulaires en compagnie d'une poignée de collègues. Ceux-ci sont plutôt amicaux et le personnage semble leur inspirer des élans de sympathie. Où se loge la déception là-dedans ? Elle se trouve dans la friabilité des liens, dans l'indifférence mutuelle qu'éprouvent les hommes et qui les poussent à s'abandonner lorsqu'ils ne se savent plus utiles ou quotidiens les uns aux autres.
Le solitaire, apprenant qu'il a hérité de la fortune miraculeuse d'un oncle inconnu, se demande tout d'abord comment utiliser cette manne à bon escient. Pas besoin d'une liste de ses envies. En une phrase, le tour est joué : il se retirera du monde et vivra sur ses (larges) réserves.

Du jour au lendemain, tout déserte son existence. Plus d'obligation à rendre au bureau, plus d'obligation à lier des amitiés professionnelles, et tout ce qui suit –heures de lever, heures de repas, chemin à parcourir- disparaît en même temps. Etait-ce ce désoeuvrement que recherchait le personnage angoissé du solitaire ? Certainement pas… Et on retrouve la grande thématique absurde d'Ionesco à travers cet homme qui, pris a piège de ce qu'il croyait être sa « liberté », se trouve condamné à meubler tant bien que mal son existence recluse. le plus dur, peut-être, étant de reconnaître que son existence n'est plus indispensable à personne, mais qu'il faut cependant conserver un minimum de foi en soi pour continuer à s'accorder l'affection nécessaire qui permettra d'assurer sa survie.

Toute cette première partie du roman est digne des meilleures pièces d'Ionesco. Son écriture ne dépare pas de celle qui parcourt sa dramaturgie, peut-être parce que le solitaire est un homme double (voire polymorphique) qui discute et controverse énormément avec lui-même, et que chaque page semble représenter un débat éperdu entre les différentes opinions qui se querellent en lui. le rêve du Solitaire vire bientôt au cauchemar. Exclus du monde, les hommes « actifs » qui continuent de le peupler, et qu'il observe depuis la place qu'il s'est réservée au restaurant du quartier, lui deviennent complètement étrangers. Il les observe comme des êtres inconnus, tantôt frappé par l'absurdité de leurs préoccupations, tantôt envieux de ce qu'il imagine être leurs réussites –tandis que lui ne subit que des échecs. La misanthropie vire souvent à la condescendance voire à la prétention en fait parée d'ignorance. Lorsqu'Ionesco fait dire à son personnage : « Tant de gens vivaient. Jusqu'à ces derniers temps, ils paraissaient assez contents ou résignés. En tout cas, ils ne se posaient pas de problèmes. Ils n'avaient pas peur de la mort ou plutôt ils ne pensaient pas qu'ils devaient mourir un jour. Moi, j'avais vécu tout le temps dans cette hantise », prend-il vraiment la position puérile du prophète qui croit détenir une vérité que les autres ignorent, ou se moque-t-il de son personnage qui a été obligé de se reclure du monde pour prendre conscience à son tour, et sur le tard, de cet aspect absurde de l'existence ?

A partir de la moitié du roman, Eugène Ionesco introduit du délire psychotique chez son personnage. Est-ce la solitude ? Est-ce l'enfermement ? le Solitaire imagine des guerres civiles qui éclatent dans la zone restreinte de son quartier. Lorsqu'il descend dans son troquet habituel, tout le monde parle révolution. Les êtres humains s'unissent ou s'opposent en clans distincts. La lutte prend une allure allégorique : elle est la représentation de l'alliance contre l'absurdité, et il n'est pas anodin que le solitaire refuse de livrer bataille. S'enfermant chez lui de plus belle, il semble s'extirper de son emprise psychotique du jour au lendemain. Il sort de chez lui, se rend compte que des décennies sont passées et que la guerre civile n'est plus qu'un lointain souvenir amusant pour les vieux comme lui qui se rappellent. C'est une fois que tout est passé que le solitaire se rend compte que l'existence n'était peut-être pas aussi désagréable qu'elle lui avait paru jusqu'alors. D'ailleurs, lui avait-elle vraiment semblé insupportable de bout en bout ? On pourrait croire que le roman d'Ionesco est terriblement désespérant : il l'est, effectivement, mais dans une moindre mesure, car le défaitisme est toujours tempéré par les moments de grâce que le solitaire connaît, notamment sous l'emprise de l'alcool. Peu importe que cet état ne soit pas accessible autrement que par la substance. le scepticisme, qui invite à tout remettre en question, ne s'importune pas avec des questions aussi dérisoires que celle de savoir si la vérité est davantage éprouvée à travers la sobriété ou à travers l'ivresse ; dans les deux cas, les sentiments sont tout aussi vifs. Cachés entre deux paragraphes de découragement, la joie virulente, qui éclate soudain au moment où on l'attendait le moins, revêt ses plus beaux atours…

« Mais oui, mais oui, le monde ensoleillé nous l'avons en nous-mêmes, la joie pourrait éclater à tout instant continuellement, si on savait, je veux dire si on savait à temps. Qu'elle est belle la laideur, qu'elle est joyeuse la tristesse, comme l'ennui n'est dû qu'à notre ignorance ! »

Ceux qui connaissent bien l'oeuvre d'Ionesco ne seront pas déboussolés par la découverte de ce roman –mais un roman ! tout de même, cette forme de texte dépare dans la bibliographie de l'auteur, lorsque tout le reste n'est pratiquement que théâtre. On trouve des avantages à découvrir Ionesco sous cette forme –intrusion plus profonde dans la psyché des personnages, exploration plus intense des domaines de l'absurde- mais on peut se montrer ennuyé par les longueurs qui s'accumulent en fin de livre et le ton trop didactique employé par un solitaire qui semble un peu trop accaparé à la tâche de bien se faire comprendre à ses lecteurs…

Intéressant condensé, limite entre les pièces impersonnelles d'Ionesco et son Journal en miettes intime, le Solitaire se livre du bout des lèvres et ose affronter le paradoxe de l'absurde et de la solitude, qui pousse agir en prenant la plume et à se livrer aux autres si terriblement méprisés.

« Comme il est difficile de pénétrer l'âme des autres ! Pourtant, cette fois, j'aurais voulu être plus près d'eux. Que se passerait-il si j'étais plus près d'eux, avec eux ? Comme ce serait intéressant ! Je vivrais. Ils étaient séparés de moi comme par une vitre épaisse, incassable. »

Le « fantasme appliqué » du Solitaire n'ayant abouti qu'à des conclusions décevantes, la publication de ce livre semble alors s'apparenter à l'étape préliminaire de l'abolition de cette vitre épaisse…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Luniver
  07 août 2012
Seul roman (et pas pièce de théâtre comme décrit dans les étiquettes !) écrit par Ionesco, le Solitaire nous raconte l'histoire d'un homme de 35 ans, qui vient de recevoir un important héritage d'un oncle en Amérique, suffisant pour devenir rentier. Sa vie jusque là n'était pas très palpitante : employé dans une petite entreprise, quelques histoires d'amour plutôt fades avec des collègues, le bistrot et le cinéma pour remplir les heures restantes.
Elle ne s'améliore pas vraiment avec l'argent, puisque si le solitaire y gagne un plus grand appartement, il perd le passe-temps du travail et des discussions des collègues, et sombre dans l'apathie et la crise existentielle. Sa vie lui semble sans but, il se sent écrasé par l'univers et ses lois immuables. Sa seule occupation dans la journée est son repas du midi au restaurant. L'alcool l'aide à combler le reste de sa journée ; une femme tentera de le sortir de sa torpeur, en vain. Puis un jour, une révolution éclate, et le monde bascule dans l'anarchie. le solitaire se calfeutre dans son appartement.
L'ambiance du roman est curieuse : on se sent entraîné dans les mêmes interrogations que le héros, et au fur et à mesure du récit, la séparation entre le réel et le rêve devient floue, et la réalité s'évapore. Un livre assez surprenant, mais agréable à découvrir.
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Lilimo
  20 janvier 2013
Déroutant mais exceptionnel
Mieux vaut avoir une santé psychologique de fer avant d'entamer ce roman de Ionesco, écrit à la première personne du singulier.
L'homme qui nous livre son histoire est âgé de trente-cinq ans. Sa vie, jusqu'alors cadencée par un quotidien latent (sorte de "métro-boulot-dodo"), est bouleversée par un héritage inattendu (décès d'un vieil oncle américain sans progéniture). du jour au lendemain, ce trentenaire, blasé par la monotonie de son existence, se retrouve à l'abri financièrement. Plus besoin de travailler, plus besoin de compter.
Commence alors une sorte de voyage introspectif ; celui d'un homme qui profitera dans un premier temps des avantages que procure ce nouveau statut de riche, puis, qui plongera de façon pernicieuse dans une conscientisation de l'absurdité de la vie. Une chose est sûre. A la réponse « l'argent fait-il le bonheur ? », la réponse est non. Evidemment, ce constat correspond à un premier niveau de lecture. D'autres réflexions et enjeux se bousculent en sourdine… et construisent la pensée de ce narrateur qui tente de percer les mystères existentiels. A quoi sert la Vie et quel sens lui donner? Qu'est-ce que l'Individu face au monde qui continue d'avancer, de grouiller, de s'agiter?
Finalement, ne serait-ce pas l'aveu d'un auteur qui réalise qu'on est Rien, que la vie défile parfois sans qu'on en saisisse le sens ni l'utilité (si utilité il y a)… Prise de conscience aiguisée ou folie dépressionnaire ? En tout cas, Ionesco parvient à nous donner le vertige dans cet ouvrage magnifique, quasi philosophique. Comment ne pas être sensible au sort de ce personnage Solitaire, marginalisé, vulnérable et arraché à la réalité ?
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indelebilevagabonde
  22 août 2017
UNIQUE et SEUL ROMAN de Ionesco,
dans lequel il nous coince entre questionnement métaphysique et existentiel,
comment ( j'aime l'expression) "se fondre dans le flux" être au/du monde. J'avoue, il m'a fallu plusieurs lectures, j'ai essuyé quelques échecs et me suis parfois ennuyée.
Ecrit à la première personne du singulier, il évoque un trentenaire blasé, qui hérite subitement d'un oncle d'Amérique, et nous raconte son quotidien ordinaire/d'une cruelle banalité ponctué de réflexions plus acerbes.
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pacaa
  17 septembre 2018
Lu en Septembre 2018
Ce livre m'endormait. Il a été très difficile pour moi de le lire. C'est une personne qui nous livre ses pensées mais c'est le néant autour d'elle. Très peu d'actions ni de descriptions, d'où mon ennui et l'obstacle à franchir.
Petit livre de 200 pages, je pensais que la lecture serait rapide mais pas du tout !
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   07 août 2012
Je n’étais pas révolté. Je n’étais pas résigné non plus car je ne savais pas à quoi il fallait que je me résigne ou quelle société envisager pour vivre dans la joie. Je n’étais ni triste ni gai, j’étais là, des pieds à la tête, pris dans la cosmogonie qui ne pouvait être autre que ce qu’elle était et ce n’est pas telle ou telle société qui pouvait y changer quoi que ce fût. L’univers était donné une fois pour toutes avec ses nuits et ses jours, ses astres et le soleil, la terre et l’eau et tout changement à ce qui nous était donné dépassait les possibilités de l’imagination. Au-dessus, il y avait le ciel, la terre soutenait mes pas, il y avait les lois de la gravité et d’autres lois, tout l’ordre cosmique leur était soumis et nous, nous en faisions partie.
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colimassoncolimasson   29 juin 2013
Cette fatigue qui a pesé tout le temps sur moi. Ç’avait été la fatigue de l’impuissance. Oui, il y a eu des milliards et des milliards de gens. Il y a eu des milliards de vivants, et pour chacun, l’angoisse universelle. Chacun, comme Atlas, avait supporté tout le poids du monde, comme si chacun était tout seul, accablé par le fardeau de l’inconnaissable. Cela me consolait-il de me dire que le plus grand savant était aussi ignorant que moi, et qu’il en avait conscience ? Mais est-ce vrai ?
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LuniverLuniver   06 août 2012
Mais le soir, après le travail, tandis que j’errais d’un bistrot à l’autre, Jacques, lui, s’instruisait. Il lisait des romans et des livres idéologiques. Il s’était inscrit dans un parti révolutionnaire. Il s’endoctrinait le soir, il assimilait, probablement, pendant son sommeil et, le lendemain matin, il attaquait avec fureur la société. Et comme j’étais son unique interlocuteur, il me foudroyait du regard, me menaçait de son index, si bien qu’il me donnait une telle mauvaise conscience que je me sentais responsable de tous les maux engendrés par « le système ». C’est moi qui étais la mauvaise société, le mauvais système, le bouc émissaire.
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colimassoncolimasson   24 mai 2013
Je regardais un objet se trouvant devant moi, un mètre soixante-dix de haut, un mètre vingt de large, avec deux battants de porte que l’on pouvait ouvrir. A l’intérieur, il y avait des planches où des vêtements, les miens, étaient accrochés, et du linge, le mien, rangé sur des planches. Evidemment, si on m’avait demandé ce qu’était cet objet, j’aurais répondu que c’était une armoire. Mais cela n’était plus une armoire, je ne pouvais croire sincèrement que ce fût une armoire, ce n’était pourtant pas autre chose. A tout le monde, j’aurais pu répondre que c’était une armoire. Pourtant les mots mentaient. Non seulement les objets n’étaient plus les mêmes objets, mais les mots n’étaient plus les mêmes mots. Les mots me paraissaient faux. Les objets avaient perdu, me semblait-il, leur fonction. J’en faisais quelque chose de ces objets, mais il me semblait que ces objets n’étaient pas destinés à ce que j’en faisais, et même qu’ils étaient hors de tout emploi.
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colimassoncolimasson   20 mars 2013
Je me suis dit souvent que j’étais malheureux à cause des journaux. Sur toute la planète il n’y a que des tueries en masse, rébellions, meurtres passionnels, tremblements de terre, incendies, anarchies et tyrannies. Finalement je suis morose à peu près tout le temps. C’est peut-être parce que j’ai trop lu les journaux. Je ne les lirai plus.
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Vidéo de Eugène Ionesco
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Michel Bouquet est au théâtre Hébertot jusqu'au 19 juin dans "A tort et à raison". Entrée Libre a rencontré ce "monstre" de théâtre qui a joué les plus grands rôles de théâtre de "L'Avare" à "Mac Beth", et qui a connu et interprété les auteurs les plus prestigieux : Harold Pinter, Jean Anouilh et Eugène Ionesco..
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