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EAN : 9782070402106
540 pages
Éditeur : Gallimard (03/06/1997)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 132 notes)
Résumé :
"Que reste-t-il des émotions, des rêves, des désirs quand on disparaît ? L'homme d'Aden, l'empoisonneur de Harrar sont-ils les mêmes que l'adolescent furieux qui poussa une nuit la porte du café de la rue Madame, son regard sombre passant sur un enfant de neuf ans qui était mon grand-père ? Je marche dans toutes ces rues, j'entends le bruit de mes talons qui résonne dans la nuit, rue Victor-Cousin, rue Serpente, place Maubert, dans les rues de la Contrescarpe. Celui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
thedoc
  29 octobre 2017
J'aime Le Clézio : la beauté et l'universalité de ses mots me touchent, m'enchantent, me ravissent. M ‘émeuvent et m'emportent le plus souvent. J'aime aussi l'homme, forcément. Un humaniste, un humble et un sage qui se fait discret pour mieux nous parler du monde qui nous entoure et nous en décrire toute la beauté. Toute la violence aussi. L'actualité littéraire du moment nous reparle de cet écrivain si rare dans ses apparitions. « Alma », son dernier roman encensé par la critique, nous permet d'entrevoir cet homme au détour d'une émission ou d'entendre sa voix chaude et grave sur les ondes. Et là, en l ‘écoutant, j'ai réalisé que trop de temps était passé depuis ma dernière lecture de le Clézio. le manque était là. A défaut de me procurer « Alma » tout de suite, je me suis donc rabattue – si j'ose dire – sur son roman « La Quarantaine » publié en 1995. J'ai ouvert ce roman… et je suis partie dans l'espace et dans le temps. Très loin.
Poète du voyage, conteur de l'exil, JMG le Clézio nous raconte l'ailleurs. Cet ailleurs, la plupart du temps, est peuplé des lieux qui ont un lien avec son enfance, sa jeunesse, ses rencontres, ses racines : une ville, un pays, un quartier, un désert ou une île…. Maurice, l'île où ses ancêtres bretons ont émigré au XVIIIe siècle pour fuir la famine et la pauvreté. Ce sont ces derniers justement qui sont mis à l'honneur dans « La Quarantaine », bien avant que l'auteur ne songe à l'écriture d' « Alma ». L'auteur s'inspire directement alors d'un épisode bien réel du roman familial.
Le narrateur, double de l'auteur, qui débute le récit nous parle de ses grands-parents, Jacques Archambau (double fictif d'Alexis, le propre grand-père de Le Clézio) et sa femme Suzanne, accompagné de Léon, le jeune frère du premier. Nous sommes en 1891 et les deux frères s'en vont reconquérir un domaine familial (déjà Alma) et une maison, Anna, dont ils ont été chassés avec leurs parents vingt ans auparavant par le patriarche, Alexandre, leur oncle. Bébé lorsqu'il a quitté l'île, Léon ne connaît rien de Maurice si ce n'est à travers les souvenirs de Jacques, 12 ans à l ‘époque. Maurice, la promise… Sa verdure et ses rondeurs, les champs de canne à sucre, l'odeur des sucreries, son sable noir et ses coraux, l'eau transparente et fraîche des cascades. Mais sur le bateau qui fait route vers leur paradis, la variole se déclare. Passagers de première classe et immigrants indiens sont obligés de débarquer sur Plate, une île située à quelques milles de Maurice. Sur cette île formée de rochers de basalte et envahie par les oiseaux, tous vont devoir cohabiter durant la quarantaine obligatoire. C'est la découverte d'un nouveau monde et le début d'un huis-clos angoissant.
On s'extirpe difficilement de cette lecture, étourdi par la beauté des mots et la richesse de cette histoire où l'on retrouve les thèmes chers à Le Clézio.
C'est tout d'abord un fait, quand on lit Le Clézio, on part avec ses personnages. le trio formé par Jacques, Suzanne et Léon est terriblement attachant et émouvant. Suzanne, femme-mère-soeur, est le bloc qui cimente leur union. Unis par un même rêve, les jeunes gens voient en Maurice la promesse d'une vie meilleure et d'une revanche sur la vie. Entre leur histoire et celle du narrateur surgit en filigrane le thème essentiel de la mémoire des siens. Retour aux origines et quête identitaire, chercher et trouver les traces de ceux qui nous ont précédés. Cette histoire originelle, c'est aussi celle de Suryavati, l'immigrante, la paria, et de sa mère Ananta. Ananta ou le destin exceptionnel d'une jeune anglaise/indienne perdue dans la guerre, l'exil et les camps avant de trouver refuge sur Plate.
Plate justement. Sous la plume de le Clézio, l'île prend vie et devient le personnage principal du roman. Au côté de Léon, nous parcourons l'île de nuit comme de jour, des maisons de la Quarantaine au village des coolies dans la baie de Palissade. Rochers noirs et coupants de basalte, sable éclatant, le sel partout sur le corps, fleurs de batatrans, barrière de corail et eau tiède du lagon… Plate offre à ses occupants le monde de la mer. Tantôt paradis et tantôt purgatoire quand la maladie se propage, que la folie guette et que la mort arrive. Alors vient le temps de Gabriel, dernier lieu de retranchement, l'îlot situé à l'extrémité de la terre, là où commence le monde des oiseaux avec le cri rauque des pailles-en-queue.
Les mots de le Clézio sont magiques au sens où ils nous enivrent avec des descriptions magnifiques tout en nous révélant la réalité de ceux qui peuplent ces lieux. Et ceux dont Le Clézio aime le plus parler, ce sont les exclus.
Comme toujours chez l'écrivain, nous retrouvons la défense des opprimés et une dénonciation des abus et violences faits sur les plus faibles. Lorsque son narrateur reprend le cours du récit, c'est avant tout pour livrer un vibrant hommage à ces hommes, femmes et enfants capturés sur les côtes du Mozambique, à Zanzibar, à Madagascar, et enchaînés à fond de cale sur les négriers. C'est pour nous parler des coolies indiens, attirés sur les bateaux à Calcutta et à Madras, enfermés dans des camps avant d'aller trimer comme des esclaves pour les compagnies sucrières. Et ceux-là, ces immigrants partis de Calcutta en 1856 pour fuir la famine et la guerre, et abandonnés pendant cinq mois sur les rochers nus de Plate et Gabriel, ne laissant derrière eux que des os et les cendres des corps que l'on brûlait.
Voilà, Le Clézio n'a nul autre pareil pour décrire la beauté d'un pays et l'envers du décor, sa violence. Dans cet hommage à la mémoire des siens, l'auteur ravive aussi celle de ces inconnus, de ces exclus dont les fantômes peuplent Maurice.
Cette critique ne rendra sûrement pas honneur à cette lecture absolument envoûtante qui m'a menée hors du temps et hors du monde. Un roman tout simplement magnifique.
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lecassin
  26 octobre 2011
Voilà un livre qui me fut offert pour mes quarante ans...
Et bien qu'il s'agisse de deux quarantaines bien différentes (la mienne et celle des passagers de l'Ava) ce texte restera pour moi un des textes majeurs de la littérature contemporaine.
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Jo_Ly
  25 février 2020
Le livre s'ouvre sur une évocation de Rimbaud. Un souvenir, vague.
Jacques et Léon sont deux hommes, mus par une rancoeur familiale. Accompagnée de l'épouse de Jacques, Suzanne, ils décident de rentrer chez eux, la où ils sont nés. A Anna, sur l'île Maurice.
Mais avant d'atteindre leur destination, le bateau accoste sur l'île Plate, où ils sont mis en quarantaine. Longtemps.
Là-bas, Léon y rencontre Suryavati. Une jeune indienne aux bracelets cliquetants, à la mémoire fragile, déracinée comme lui.
Léon dont la silhouette évoque celle de Rimbaud. Encore.
Une écriture douce et poétique, musicale. C'est un long poème qui n'en finit pas de se lire, et les phrases sont tellement belles qu'on a envie de les dire à haute voix.
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anniefrance
  22 janvier 2016
Il ne s'agit pas de l'âge mais de la mise en quarantaine avant de pouvoir vivre une vie normale
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helenemarterer
  14 janvier 2018

Lu sans plaisir.
Certains écrivains ( Claude Simon ,Faulkner..)me captivent ,m'emportent par leur style ,leur musique ,leurs descriptions que je savoure lentement mais Le Clézio ne m'accroche pas ,me laisse froide , m'ennuie...
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
IrisaIrisa   11 août 2009
Alors Giribala a montré à Ananta comment on danse avec les mains, le signe du Seigneur Krishna, les deux mains en face de la bouche, les doigts dréssés, comme celui qui joue de la flûte. Elle lui a montré tous les gestes qu'elle savait, le signe de l'oiseau Garuda, mains ouvertes comme des ailes, le signe de la roue, les deux paumes tournant l'une contre l'autre,le signe d'alapallava, la fleur de lotus, main ouverte devant la poitrine, le signe du bonheur, la main devant le front, l'amour et le coeur palpitant de l'oiseau, les deux mains ouvertes, attachées par les pouces, doigts qui tremblent.
L'enfant était émerveillée. Pour la première fois, elle a dansé devant sa mère, encore maladroite sur ses petites jambes, drapée dans un long tissu, ses poignets alourdis des bracelets de cuivre. Ce jour-là, Lil a donné à Ananta son bracelet de cinq perles de verre, portant la médaille de Yelamma la déesse de la danse, qu'elle avait reçu quand elle avait six ans. Pour sa mère et pour Lil, Ananta a dansé longtemps, martelant de ses pieds nus la terre sèche, dans l'odeur enivrante de la fumée de santal, et Giribala en la voyant pouvait oublier la peur, la guerre, la poitrine ensanglantée de l'ayah où elle avait trouvé l'enfant, et sa fuite à travers les champs jusqu'au fleuve où elle avait inventé le nom d'Ananta.
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IrisaIrisa   11 août 2009
En revenant vers le Diamant, vers la fin de l'après-midi, j'ai vu pour la première fois celle que j'ai appelée ensuite Suryavati, force du soleil. Est-ce vraiment son nom ? Ou est-ce le nom que je lui ai trouvé, à cause de la reine du Cachemire, à qui fut racontée l'histoire de Urvashi et Pururavas, dans le livre de Somedeva, traduit par Trelawney, que je lisais à Londres, l'été qui a précédé notre départ ? Elle avançait le long du rivage, un peu penchée en avant, comme si elle cherchait quelque chose, et de là où j'étais, sur l'embarcadère, en face de l'îlot Gabriel, j'avais l'impression qu'elle marchait sur l'eau. Je voyais sa silhouette mince, sa longue robe verte traversée par la lumière. Elle avançait lentement, avec précaution. J'ai compris qu'elle marchait sur l'arc des récifs qui unit Plate à Gabriel à marée basse. Elle tâtait du bout du pied, comme en équilibre au sommet d'un mur invisible. Devant elle, il y avait la profondeur sombre du lagon, er de l'autre côté, la mer ouverte qui déferlait, jetant des nuages d'embruns dans le ciel.
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thedocthedoc   28 octobre 2017
C'est une nuit très longue et belle, une nuit sans fin. Nous sommes au bord de la terre, au bout du monde. Sur notre radeau de basalte, nous glissons lentement vers la vie nouvelle, vers notre mère. Nous sommes enfants du rêve. Nous sommes libres, enfin, nos chaînes sont tombées.
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thedocthedoc   29 octobre 2017
Je me suis couché contre Surya, pour sentir la chaleur de son corps, son souffle dans le creux de mon épaule. Ensemble nous glissons sur la mer, vers l'autre bout du temps. Je n'ai jamais vécu d'autre nuit que cette nuit, elle dure plus que toute ma vie, et tout ce qui a été avant elle n'a été qu'un rêve.
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rkhettaouirkhettaoui   23 décembre 2015
Il s’est passé tant de choses, tant de choses se sont défaites et recomposées autrement, nos sentiments, nos idées, jusqu’à la façon que nous avions de regarder, de parler, de marcher et de dormir. Quelques-uns sont morts, d’autres ont perdu la raison. Nous ne serons jamais plus les mêmes.
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Vidéo de  J. M. G. Le Clezio
Jean-Marie-Gustave le Clézio publie deux contes, "Chanson bretonne" suivi de "L'Enfant et la Guerre", chez Gallimard.  Ces deux ouvrages ne sont ni des albums souvenirs, ni des confessions, mais plutôt des chansons entêtantes, tels que les définis l'auteur. Jean-Marie-Gustave le Clézio qui ne veut pas se raconter reste pudique sur son enfance "au risque de trahir l'enfant qu'il a été". La littérature "doit être au plus près du vécu" affirme le prix Nobel de littérature 2008. Sur le plateau de François Busnel, il explique son rapport à l'écriture et à la Bretagne de son enfance. A chaque nouveau récit, il se pose la question "Qui suis-je ?" et se remet en question comme un boxeur repart au combat sur le ring.


Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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