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Critique de Machamaricha


Machamaricha
  26 mars 2020
Le Chercheur d'or est un roman écrit par Jean-Marie Gustave le Clézio inspiré d'une quête chimérique, celle de son grand-père, parti à la recherche du trésor d'un corsaire sur l'île de Rodrigues. le roman a été publié en 1985 et sera suivi d'un second, Voyage à Rodrigues, publié en 1986, reprenant la même thématique. A partir des années 1980 de nombreux ouvrages écrits par Le Clézio comme Onitsha (1991) ou l'Africain (2004), ont été inspirés par l'histoire familiale de l'auteur marquée par l'île Maurice, l'Afrique ainsi que le sud de la France. le Chercheur d'or, une des premières oeuvres marquantes de l'écrivain à se situer au coeur de ce thème, entrainera donc dans son sillage nombre d'autres romans.

Issu d'une famille prospère de sucriers du début du XXème siècle, Alexis mène une vie idyllique à l'île Maurice au sein de la belle maison à varangue au jardin à la végétation luxuriante de l'Enfoncement du Boucan. Mais l'adversité viendra troubler cette existence paisible et entrainera Alexis sur les eaux de l'Océan Indien pour un voyage vers l'île de Rodrigues dissimulant la promesse d'un avenir meilleur. C'est au-dessus du ravin de l'Anse aux Anglais que le corsaire aurait enfoui son trésor, selon les plans qu'avait conservé le père d'Alexis et qui ne le quitteront plus. Entre tropiques, grandes traversées et Europe de la Première Guerre Mondiale, la quête d'Alexis sera bouleversée au gré des rencontres.

Le Chercheur d'or est un véritable conte de voyage initiatique qu'on serait tenté de comparer à Sinbad le marin ou à l'Odyssée. Comme dans ces deux grands mythes, la mer tient une place centrale, le schooner (goélette en français) répondant au nom de Zeta en devient emblématique à l'instar de l'Argo mythique, plusieurs fois cité dans le texte. le héros n'est autre que le narrateur lui-même, s'exprimant à la première personne, ce qui contribue parfois à donner au roman des airs de carnet de voyage.

A plusieurs reprises, l'histoire confine au rêve ou même au cauchemar comme lors de l'escale du navire Zeta à Saint Brandon, où les eaux claires de cet archipel paradisiaque sont violemment souillées du sang des tortues harponnées par l'équipage sous le regard horrifié d'Alexis.

L'environnement a ainsi tendance à changer brutalement au cours du récit non sans provoquer une onde de choc chez le lecteur. On passe de l'atmosphère édénique de l'Anse aux anglais à Rodrigues aux tranchées d'Ypres en 1915, entourées de cadavres de chevaux.

Outre la condamnation des violences animales, l'engagement de l'auteur contre toute forme de violence est clairement palpable à l'intérieur de différents passages. En effet, Le Clézio se déclare être pacifiste convaincu, révolté par l'absurdité de la guerre et sa subsistance dans notre monde contemporain, comme il a pu l'affirmer récemment au cours d'un entretien télévisé . La critique de la société colonialiste, dont est issu l'écrivain par son appartenance à une famille de sucriers mauricienne, est également sous-jacente. Par exemple, lors de l'évocation de la traite des ouvriers dans les champs de canne à Maurice, et des révoltes qui en résultent menant le père d'Alexis à la faillite.

Mais ce qui envoûte véritablement le lecteur c'est la beauté des textes et le registre lyrique de certains passages, usant d'un champ lexical appartenant à la nature, aux constellations et au paysage maritime sans jamais aucune mièvrerie. On pourrait ouvrir le livre à n'importe quelle page et profiter de cette écriture virtuose comme on lirait de la poésie. Tel est le cas dans au moment où Alexis traverse l'océan indien pour la première fois à bord du Zeta : « le ciel se dore et s'empourpre. La mer si sombre sous le soleil du zénith est à présent lisse et légère, pareille à une fumée violette qui se mêle aux nuages de l'horizon et voile le soleil ». Ces descriptions, véritables hymnes à la nature, sont toutes absolument magnifiques et font du Chercheur d'or un livre invitant à la contemplation.

Les « moins » du livre se situent selon moi dans les va-et-vient incessants du personnage principal sur les mêmes lieux, ceux de son enfance ainsi que ceux du trésor, engendrant ainsi à chaque fois de nouvelles descriptions un peu rébarbatives. On comprend qu'il y a un parallèle entre le début du récit avec l'Alexis enfant et le retour de celui-ci à Maurice, une fois adulte. J'ai trouvé personnellement un peu lassant de retrouver toujours les mêmes noms de lieux, on a parfois un peu l'impression que le narrateur tourne en rond.
Par ailleurs, il y a un aspect un peu trop personnel au roman inspiré du grand-père de le Clézio. C'est déjà ce que j'avais ressenti en lisant l'Africain, il est un peu difficile de s'identifier aux personnages et la succession de noms de lieux inconnus, s'ils font voyager, nous empêche de nous projeter.
Ayant vécu moi-même sur une île dans l'océan indien dans mon enfance, je n'ai pas eu de peine à apprécier ce livre et à éprouver un sentiment familier à la lecture de certains passages. Il ne doit pas forcément en être de même pour les autres lecteurs.

En somme, le roman de le Clézio est un chef d'oeuvre de la littérature française contemporaine. On plonge dans l'écriture comme Alexis plonge dans le lagon de l'Anse aux anglais.








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