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Marie-Anne de Béru (Traducteur)Myriam Dennehy (Traducteur)
ISBN : 2362792226
Éditeur : Alma Editeur (09/03/2017)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
On sait les polémiques suscitées par la traite négrière et par la responsabilité des Européens et des Euro-américains dans l'esclavage et le commerce des esclaves. Randy J. Sparks élargit ce débat en revenant sur le terrain de façon dérangeante : au lieu de choisir les grands ports occidentaux du commerce triangulaire comme Liverpool, Nantes ou Middleburg, son attention s'est portée sur l'Afrique quand la traite atteint son zénith.
Voici l'histoire du port d... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
isasymai
05 juin 2017
Que des Africains aient participé de façon active à la traite négrière n'est pas un sujet si souvent abordé bien que connu. Dans cet essai Randy J.Sparks, professeur d'histoire à l'université de Tulane en Louisianne, nous en démontre la réalité à partir de l'exemple d'Annamaboe, simple petit port de pêche de la Côte de l'Or (actuel Ghana) qui devint à partir du XVII ème siècle mais surtout du XVIII la plaque tournante du commerce triangulaire de cette partie de l'Afrique.
Ce sont les Portugais qui les premiers s'installèrent sur la Côte de l'Or vers 1430 pour y faire commerce de diverses denrées mais surtout de l'or. Ils y introduisirent entre autre, la culture du maïs.Suivront les Hollandais puis les Anglais.Tout au long du XVII ème Annamaboe dépend politiquement des villes de l'arrière pays et ne joue pas de rôle politique important. Tant que le commerce de l'or prédomina les états de l'intérieur eurent l'avantage. Mais avec l'essor de la traite négrière, l'équilibre des pouvoirs se modifia au profit des états du littoral. Annamaboe se transforma. Elle contrôlait un riche arrière pays où le maïs et d'autres denrées étaient cultivées, en faisant une escale obligées pour les navires négriers en partance pour les divers états d'Amérique.
Deux fortes personnalités contribuèrent à l'essor d'Annamaboe. John Corantee commandant militaire de l'ethnie Fante, commerçant prospère et fin diplomate. Corantee n'était pas simplement un marchand d'esclaves mais un négociant qui vendait des marchandises européennes dans l'arrière pays et y achetait des esclaves qu'il transportait sur la côte. Fin politique, il n'avait pas hésité à envoyer deux de ses fils, un à Paris, l'autre à Londres (celui qui est sur la couverture du livre) afin d'avoir des renseignements de première mains pour de mieux manipuler les rivalités des nations européennes.Par les guerres incessantes qu'il livra aux états voisins, il contribua à réduire en esclavage des milliers d'africains dont lui et sa famille tirèrent des revenus considérables, occupant une place aussi importante que les européens dans cette économie de la traite.
L'autre acteur important d' Annamaboe se nomme Richard Brew, natif d'Irlande. Agent de la Royal African Company et négociant indépendant, il s'établira de façn permanente sur la Côte de l'Or , se mariera avec la fille de Corantee, donnant naissance à une famille créole éminente dans l'histoire du Ghana.Il fut le marchand britannique le plus actif de la Côte de l'Or, même s'il pesta souvent d'être obligé de traiter "là où les nègres sont maîtres". Jouant les Fante contre les Ashantis, il importa pendant 20 ans des quantités gigantesques de marchandises de traite qu'il troqua contre des captifs. Il était célèbre non seulement à Annamaboé et sur la Côte, mais dans tout le monde atlantique où ses vues sur le commerce africain, largement diffusées influençèrent les politiques de Londres.
L'abolition de la traite décrétée par la Grande Bretagne en 1807 et les Etats Unis en 1808 mettra un coup d'arrêt à l'expansion d'Annamaboé. L'invasion de la ville par les Ashantis fera le reste. La ville perdit les deux tiers de sa population, l'arrière pays fut dévasté et dépeuplé. L'arrêt de la traite mit fin à ses activités économiques : sans les navires négriers venant s'approvisionner et embarquer mes captifs, la raison d'être du port disparut et Annamaboé redevint ce qu' elle était avant le commerce : une petite ville sans importance.
Dénommée à présent Anamabu, les autorités actuelles souhaiteraient en faire un haut lieu de tourisme. Sans grand succès semble t-il.
J'ai reçu ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique dont je remercie Babelio.
Cet essai très documenté (en atteste plus de 20 pages de notes et un glossaire en fin de livre) est très intéressant et très vivant . Ce qui ne peut laisser personne indifférent, bien que cela ait déjà été très souvent évoqué, c'est que tout au long de ces 300 pages, malgré quelque chapîtres réservés au sort des esclaves, il n'y ait question que d'argent gagné ou perdu et de marchandises.Où des gallons de rhum et des mètres d'étoffes s'échangent contre des êtres de chair et d'os sans que grand monde ne s'en émeuvent à l'époque des Lumières. Comme l'affirmait Thomas Jefferson " le principe régulateur du commerce et des commerçants, c'est l'argent, pas la morale". Ce n'est pas Thomas Thomson, premier missionnaire sur la Côte de l'Or qui le contredira lui qui décrivait la traite : " comme un commerce ouvert et public, encouragé par des actes du parlement que l'on peut justifier comme toute autre forme de commerce".
Une bien cruelle vérité, toujours d'actualité, sous des formes guère plus évoluées dans le fonds, si elles le sont dans la forme et bien que des voix s'élèvent régulièrement contre les Etats qui s'adonnent à cette pratique.
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AnnCaro
28 juin 2017

« Là où les nègres sont maîtres » est un ouvrage passionnant qui nous fait appréhender l'histoire de l'esclavage sous un angle rarement abordé, celui du rôle central des élites africaines dans ce trafic.
Situé sur la côte d'or, en Afrique occidentale (actuel Ghana), Annamaboe fut pendant plus d'un siècle la plaque tournante de la traite négrière de la région.
Le peuple fanti qui dirigeait ce port commerçant, vendait aux Européens les esclaves capturés dans l'arrière-pays, jouant ainsi le rôle clé d'intermédiaire indispensable entre les tribus intérieures et les marchands européens.
A travers son histoire, nous suivons l'évolution d'une dynastie de marchands africains qui régna en maître sur le port entre le XVII et XVIIIème siècle.
L'auteur, Randy J. Sparks, professeur d'histoire à l'université de Tulasne en Louisiane, retranscrit à avec brio la vie de John Bannishee Corrantee, le plus célèbre des cabocere d'Annamaboe qui régna en maitre sur la ville pendant toute la seconde moitié du 18eme siècle.
Brillant négociant, chef politique et militaire redouté, John Bannishee Corrantee est également un fin stratège qui sait faire et défaire ses alliances en jouant sur les rivalités de ses adversaires. Un de ses atouts fut certainement d'être envoyé en Angleterre dans sa jeunesse par son père pour se former à la langue et la culture des européens qu'il maitrise à merveille.
A la présence des Portugais venus commercer avec les royaumes côtiers dès le XVIème siècle, vient s'ajouter celle des Hollandais, des anglais et des français attirés par le juteux commerce de l'esclavage. Tous devront composer tout à tour avec le Maître des lieux.
Je remercie Babelio pour ce livre extrêmement bien documenté reçu lors de la dernière opération Masse Critique.
Malgré le foisonnement de détails sur les relations entre les différentes communautés et l'organisation et la vie du port d'Annamaboe, la lecture n'en reste pas moins fluide.
L'auteur nous livre ses connaissances en évitant les polémiques et le simplisme habituel du délicat sujet qu'est l'histoire de l'esclavage.
Ce livre pourrait même être un passionnant un roman d'aventure s'il ne traduisait pas la tragique réalité de l'histoire.
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paulotlet
26 juin 2017
Dans son dernier ouvrage, Randy Sparks s'intéresse à la traite négrière dans l'ouest de l'Afrique à travers l'histoire de la petite ville d'Annamaboe, un comptoir anglais qui fut durant plus de 200 ans une des principales places du commerce triangulaire. Si son travail s'inscrit dans la tradition des études atlantiques, il contribue à renouveler le genre en considérant avant tout les acteurs de ce monde complexe, ancré dans trois continents. Et là où on aurait pu s'attendre à rencontrer les puissantes armées précoloniales d'un Empire qui avait conçu le projet de dominer les mers du monde, nous découvrons un système extrêmement subtil et ramifié où Fantes et Ashantis rivalisent d'ingéniosité pour maintenir leur pouvoir et imposent leurs règles aux Européens. A travers les biographies collectives des cabocérès, les fameux chefs fantes qui régnaient sur la côte, des gouverneurs britanniques, des marchands d'esclaves, des Ron Men et des planteurs du nouveau monde l'auteur nous permet d'appréhender cet espace atlantique dans toutes ses dimensions, il bat en brèche les idées reçues. Et nous découvrons ébahis les fils des potentats africains reçus et éduqués dans les cours d'Europe, les marins noirs ou métis qui feront la traversée des centaines de fois, les couples mixtes au sommet de la bourgeoisie locale capables de damer le pion aux commandants de forts félons. A travers cet exemple atlantique, Randy Sparks nous rappelle qu'un territoire ce sont avant tout des gens. Et la dimension humaine, organique même, de son ouvrage est tout à fait réjouissante.
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Les critiques presse (2)
Liberation13 avril 2017
L’Américain Randy J. Sparks détaille les relations d’affaires qu’ont entretenues au XVIIIe siècle certains chefs africains avec les négriers européens.
Lire la critique sur le site : Liberation
Liberation13 avril 2017
L’Américain Randy J. Sparks détaille les relations d’affaires qu’ont entretenues au XVIIIe siècle certains chefs africains avec les négriers européens.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations & extraits (3) Ajouter une citation
isasymaiisasymai06 juin 2017
Le ^processus d'esclavage avait son propre arrière fonds du côté américain comme du côté africain. Les armateurs surveillaient de près les fluctuations du marché et dirigeaient leurs bateaux vers différents ports américains en fonction de la demande. La traite négrière, activité à haut risque, s'effectuait sous la menace des rébellions de captifs et des mutineries d'équipages mécontents. Dans les ports négriers des Amériques, les facteurs, influent et riches vendaient les esclaves pour le compte des armateurs, une activité également complexe qui dépendait de multiples variables dont la condition physique des esclaves, leur origine ethnique, la disponibilité du crédit, le prix des marchandises produites localement et les relations internationales.
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isasymaiisasymai06 juin 2017
Le processus d'asservissement africain à Annamaboe consistait à déplacer des milliers de captifs sur de grandes distances pour leur faire rallier des marchés intérieurs, puis le littoral. D'autres étaient réduits en esclavage après avoir été saisis, kidnappés ou condamnés par des tribunaux. Les Ashantis asservissaient leurs ennemis vaincus plutôt que de les tuer, considérant que leur vie avait déjà été perdue dans la bataille. L'Asanthene considérait ses sujets comme lui appartenant corps et âme et il pouvait faire d'eux ce qu'il voulait.
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isasymaiisasymai06 juin 2017
Les négriers africains sont généralement présentés comme des victimes...;des individus naïfs pris dans l'engrenage d'une économie plus large dont la portée leur échappe. cette perspective ne rend pas justice à des hommes comme Corrantee qui contribuèrent à façonner le monde atlantique au XVIII ème sièecle. Corrantee et d'autres parmi l'élite marchande africaine constituèrent un maillon essentiel de la traite négrière, intermédiaires entre les européens de la côte et les marchands africains de l'arrière pays.
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