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ISBN : 2367622922
Éditeur : Audiolib (15/02/2017)
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Note moyenne : 4.09/5 (sur 308 notes)
Résumé :
Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d'être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s'est transformé en affaire d'Etat : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du "présumé coupable", précipitant 8 000 magistrats dans la rue, en février 2011. Mais Laëtitia Perrais n'est p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (104) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  03 septembre 2016
Grâce à un petit mot de Jérôme Garcin, en fin d'émission du Masque, j'ai eu envie de découvrir ce livre.
Vous avez peut- être déjà oublié Laëtitia Perrais, jeune fille placée en famille d'accueil, avec sa jumelle Jessica, après une enfance massacrée- mère dépressive et père affectueux avec ses filles mais brutal avec leur mère, foyer, et....famille d'accueil- ?
Sa route croise, un triste jour de janvier, celle d'un criminel récidiviste, brutal, violent, mais pas encore un assassin. L'alcool, la drogue, la frustration et la haine le font irrésistiblement partir en vrille : il va la tuer, la dépecer, éparpiller son corps martyrisé dans les étangs du pays de Retz
Le pays de Gilles de Retz , le terrible Barbe-Bleue. Tout un programme.
Encore un fait divers, me direz-vous, avec une mine un peu dégoûtée. Ce n'est pas de la littérature !
D'abord, écrit Ivan Jablonka , historien et sociologue plus que romancier et auteur de nombreux ouvrages savants , « un fait divers n'est jamais un simple « fait » et il n'a rien de « divers » ». Il « peut être analysé comme un objet d'histoire » car « il dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d'enfant muettes, des jeunes entrés tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIème siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales. »
Ce n'est donc pas un récit linéaire , c'est encore moins un roman, et c'est beaucoup plus qu'une enquête: c'est une interrogation profonde, pertinente, et décapante sur l'espace de liberté que nos sociétés inégalitaires, machistes et sur-médiatisées laissent aux petites filles pauvres pour se soustraire à un destin tout tracé de victimes, et sur celui qu'elles laissent aux hommes de bonne volonté pour faire l'exacte lumière sur les actes et les êtres, et pour exercer la justice malgré des pressions populistes émanant du pouvoir lui-même.
Ivan Jablonka a voulu rendre justice aux unes et aux autres, redonner une place à ces humbles enfants battues, ballotées et martyrisées, et montrer l' obstination et la farouche indépendance de ces discrets travailleurs de l'ombre, gendarmes, juges d'instruction,avocats, travailleurs sociaux, à l'écoute des drames énormes de ces vies minuscules.
Que de prédateurs dans cet assassinat sordide : l'assassin lui-même, bien sûr, mais aussi le père biologique, histrion alcoolique et sentimental (mais auteur de brutalités conjugales) , le père d'accueil, vrai Tartuffe et s'avérant, après l'affaire et sa sanctification en père idéal par l'Elysée, un prédateur sexuel sans scrupule qui a honteusement abusé de ses nombreuses « filles » de passage, et, pour terminer, le président de la République, Nicolas Sarkozy lui-même, instrumentalisant l'affaire comme à son habitude pour faire monter la mayonnaise sécuritaire et durcir encore la législation pénale. « Un fait divers, une intervention publique. A chaque crime, sa loi. Un meurtre vient « prouver » les failles du système pénal existant ; la loi qui y fait suite doit « couvrir » tous les crimes à venir". Ce président n'hésite pas à accuser la magistrature de laxisme, à fausser les faits, à forcer les rôles, provoquant , en Bretagne et ailleurs, une fronde des juges sans précédent. Pauvre Laëtitia, « démembrée par un barbare, récupérée par un charognard » titrait Charlie Hebdo…
Pour résumer, dit Jablonka, la mort de Laëtitia est un véritable féminicide : une petite jeune fille de 18 ans en butte aux quatre figures du prédateur machiste : le Caïd toxico et dangereux, le Nerveux imbibé, le Père-la-Morale pervers et le Chef qui joue les « puissances invitantes », « quatre cultures, quatre corruptions viriles, quatre manières d'héroïser la violence »

L'auteur va même jusqu'à se mettre lui-même en accusation, conscient qu'il est lui aussi un homme, après tout, et même une sorte de disséqueur de cadavre et que son livre,qui jette en pâture au public la vie trop brève de Laëtitia, pratique lui aussi sur la jeune fille une forme de violence. Il entreprend avec une grande lucidité son autocritique ainsi que celle du fait divers en tant que tel, et dénonce avec vigueur les « couples » écrivain-criminel célèbres, de Genet-Pilorge à Carrère-Romand.
Il faut, dit-il, que toute la fascination provoquée par le fait divers aille cette fois à la victime.
Car cette analyse sociologique et politique n'est pas seulement intelligente et convaincante, elle est aussi tendre, empathique, bouleversante: l'auteur fait revivre la figure timide de la petite serveuse, sa vie ébauchée, son essor interrompu, avec un très grand respect, une infinie douceur, une grande justesse.
Laëtitia recouvre son intégrité, et le fait divers, dans un tel ouvrage, ses lettres de noblesse.
Un livre formidable de profondeur, d'humanité et d'intelligence. Je recommande plus que chaudement !!
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domisylzen
  21 décembre 2016
Et dire je j'ai faillit ne pas le prendre !
La bibliothécaire : t'nez celui-là vient de rentrer. Il est prix machin-chose 2016 !
Mwa : j'aime pas les prix machin-chose (un peu sur le ton de j'aime pas la tarte au concombre).
Mais lorsque j'ai voulu le reposer sur le présentoir, ma main ne l'a pas quitté. Comme ci l'âme de ce livre avait engagé un dialogue avec mon subconscient.
Un fait divers dans la région nantaise au début de l'année 2011. Laëtitia et sa soeur jumelle sont placées chez monsieur et madame Patron, famille d'accueil. Elles viennent d'un milieu défavorisé et violent. Ici elles tentent de se reconstruire espérant trouver un foyer aimant et reconnaissant. Elles viennent juste d'être majeures et suivent des cours, l'une pour être serveuse, l'autre cuisinière. Laëtitia sera enlevée, torturée, rouée de coup, poignardée, étranglée et pour finir démembrée et jetée à l'eau. Son bourreau, un ferrailleur du coin en mal d'amour, lui aussi venant d'un milieu violent.
L'affaire fait grand bruit, c'est le calme plat côté médiatique et le président de l'époque et ses acolytes ajoutent de l'huile sur le feu en pointant du doigt le dysfonctionnement de l'appareil judiciaire qui descendra dans la rue en colère pour réclamer plus de moyen. de la à dire qu'il y a un avant et un après l'affaire Laëtitia il n'y a qu'un pas.
Un livre que j'ai pris comme un coup de poing. On se croit à l'abri dans nos habitations confortables et proche de chez vous se passe des scènes dont nous ne sommes même pas conscient. La misère guette les plus faibles de nos congénères, dans ce livre ce sont les femmes qui sont les victimes. Victime de l'égo surdimensionné des hommes de tous poils et de leur taux de testostérone.
Ivan Jablonka a enquêté, interrogeant les uns et les autres : familles et amis de la victime, mais aussi de l'agresseur, avocats, magistrats, enquêteurs pour nous éclairer sur tous les dessous de cette affaire. Il nous livre un bouquin d'un travail remarquable, livre qui se veut factuel, sans parti pris. Pourtant difficile de na pas être emporter pas ses émotions devant un tel déchainement de haine et de violence.
Arrive ce chapitre 54 "fait divers, fait démocratique", une merveille sur l'analyse et le traitement de l'information.
Un livre qui me restera.
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Merik
  13 mai 2017
Le fait divers se résume souvent à une mort d'une simplicité massacrante. Cela pourrait être le cas pour l'assassinat de Laëtitia, sauf qu'Ivan Jablonka a décidé d'en éclairer tous les tenants, au point de réaliser la photographie d'une société, celle qui l'a engendré.
Et d'en faire au final le portrait d'une vie, celle de Laëtitia. A la différence des récits documentaires habituels à la fascination morbide, qui font trop souvent la part belle aux tueurs.
En cela, ce récit semblerait presque optimiste, tourné vers la vie. Mais il est surtout passionnant, intelligent. Et bouleversant. Il fallait que ce soit un homme qui écrive sur la fin des hommes, ceux-là même, du tueur au président, qui s'accaparent du destin de la victime comme d'un objet, pour assouvir leur besoin de sexe, de domination ou de pouvoir.
Un récit-enquête qui pourrait tenir la discussion haute, des heures et des heures. Mais je ne m'en sens pas capable, je risquerais de le déformer.
Le plus simple est encore de le lire.
Si vous le faites pas pour vous, faites le pour Laëtitia.
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jujuramp
  03 mai 2017
Je lis rarement des ouvrages tirés de "faits divers" mais j'ai lu de nombreuses critiques de celui-ci et me suis lancé.
J'en suis ressorti pétri de sentiments contradictoires.
De la "gêne" d'abord, ce côté voyeur qui m'empêche souvent d'aller vers ce genre de littérature car j'ai du mal avec la réalité. C'est réellement arrivé et ça me bouleverse. Peu-être est ce faire l'autruche, je ne sais pas ...
J'ai également été bien sûr bouleversé par le destin de Laetitia, comme prédestinée au malheur.
C'est remarquablement documenté et donne la part belle à une réflexion sur notre justice ou sur notre société car derrière l'horreur des faits, l'auteur nous brosse aussi le tableau juridique, social et moral de notre pays.
Ce livre m'a beaucoup beaucoup fait réfléchir mais reste une expérience douloureuse.
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Renod
  20 septembre 2017
Le fait divers passionne l'opinion publique. La voilà indignée par un crime, émue par une victime, fascinée par un meurtrier. Elle suit chaque jour les avancées de l'enquête et veut tout connaître des détails de l'horreur. Une fois le sensationnalisme évacué, l'analyse du fait divers nous apprend beaucoup de choses sur notre corps social. Ainsi l'historien Ivan Jablonka choisit-il d'étudier l'affaire Laetitia Perrais en utilisant les outils des sciences sociales pour comprendre ce qui a rendu possible cette tragédie et pour obtenir un éclairage en retour sur l'état de notre société. Il dissèque et interprète quand les faits manquent. Sa démarche est originale puisque ce n'est ni un livre d'histoire, ni une enquête journalistique. Il n'hésite pas à associer à la rigueur de son étude des passages personnels à la limite du lyrisme. Il s'attache plus à Laetitia qu'à son assassin car il souhaite l'arracher à son statut de victime. Elle ne doit pas être réduite à sa mort mais rendue à son existence joyeuse et tourmentée. Il faut dire que Laetitia a vécu dix-huit années bien chaotiques… L'affaire a eu un écho médiatique important qui a vite été récupéré par un Président au programme sécuritaire. L'auteur s'attache donc à déconstruire son discours et à décortiquer le fonctionnement des services de justice. J'ai été parfois surpris par la manière dont le narrateur se mettait en scène et j'ai été gêné par certaines répétitions. Mais « Laetitia » n'en reste pas moins un livre à l'approche globale, érudite et documentée
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critiques presse (7)
LaLibreBelgique   11 septembre 2017
"Laëtitia ou la fin des hommes" est un livre admirable, exemplaire et bouleversant. Mais fragile et délicat. L’historien et écrivain Ivan Jablonka a reconstitué la vie, la mort et l’enquête sur le crime de Laëtitia Perrais. Comme un enquêteur scrupuleux.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Bibliobs   26 septembre 2016
Un livre incroyablement puissant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique   21 septembre 2016
Un magnifique récit qui dépasse le fait divers (...) Le lecteur a les larmes eux yeux de voir comment le monde des hommes a pu broyer une innocence.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   07 septembre 2016
Un livre miroir de la société française au début des années 2010. Tout y passe: le fonctionnement de la justice, le rôle des politiques et des médias.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress   22 août 2016
Ce livre vise à raconter à la fois une histoire de France et un destin émietté.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress   22 août 2016
Il arrive souvent qu'un lecteur n'ait pas envie de terminer un livre, il est moins fréquent qu'un écrivain fasse tout pour ne pas y mettre un point final. A lire Laëtitia, d'Ivan Jablonka, l'impression est forte d'un auteur en totale empathie avec son sujet et dont la plume se fait volontiers fleurs et couronnes.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   17 août 2016
Se tenant résolument aux côtés d'une jeune fille martyrisée pour en retracer le destin, l'auteur livre bien plus que l'analyse détaillée d'un fait divers.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (94) Voir plus Ajouter une citation
musaraneusmusaraneus   26 novembre 2017
Il y a aujourd’hui, dans le regard de Sylvie Larcher, une peur gigantesque, viscérale, qui en dit plus long que tous les rapports sur les violences faites aux femmes. Peur du père qui boit et cogne, peur des hommes qui vous tailladent, qui s’arrogent un droit de propriété sur vous, qui vous pénètrent quand ça leur chante, mais aussi peur des autres, peur des autorités, peur du monde - un mixte de sidération et d’attente qui prend la forme d’un sourire immobile et qui est la crainte de mal faire, l’effort muet et appliqué pour ne pas déclencher la colère de l’autre.
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michfredmichfred   03 septembre 2016
Dans tous ces moments, j'ai été avec Laëtitia , elle ne m'a pas quitté, j'ai cherché des mots pour dire son silence, j'ai mis de la continuité à la place de la déchirure, j'ai essayé de suivre les sentiers de liberté qu'elle s'est frayés dans l’épaisseur du malheur. "Obéissante, mais aussi rebelle."
La vie ne nous a pas réunis. De toute façon, cela aurait été impossible: elle n'est jamais allée à Paris, je ne suis jamais allé à Pornic avant sa mort, elle m'aurait trouvé vieux et barbant, moi je n'aurais pas su quoi lui dire, elle s'intéressait surtout à son portable et à des séries télé que je ne regarde pas, mes questions lui auraient paru sans intérêt. Nous n'avons rien en commun, et pourtant, Laëtitia, c'est moi.
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musaraneusmusaraneus   26 novembre 2017
Je ne fantasme pas la résurrection des morts ; j’essaie d’enregistrer, à la surface de l’eau, les cercles éphémères qu’ont laissés les êtres en coulant à pic.
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RenodRenod   20 septembre 2017
Laëtitia et Jessica ont grandi entre mer et campagne, plage et bocage. Elles ont tout connu de la jeunesse périurbaine – (...) les enfilades pavillonnaires comme la route de la Rogère, ni rue de ville, ni route de campagne, plutôt axe reliant des ronds-points ; la maison à un étage avec chambres, véranda et jardin, que les parents ont achetée ou « fait construire » ; l’éloignement de tous les lieux, collège, ville, hypermarché, activités sportives, amis, qui exige qu’on soit accompagné en voiture par les parents et qui justifie, l’adolescence venue, l’achat d’un scooter, instrument d’une liberté inouïe (...) ; l’ennui des petites vacances où l’on traîne ensemble, entre le centre-ville, la chambre des uns ou des autres, la plage ou la forêt, sans oublier le McDo, incontournable lieu de rendez-vous et foyer de sociabilité ; les boîtes de nuit au retour desquelles les jeunes se tuent dans un virage mal négocié.
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domisylzendomisylzen   25 janvier 2017
Au lieu d'analyser le problème à froid, le président a choisi la politique du bouc émissaire, qui consiste à désigner des coupables au sein de la société et à annoncer des "sanctions" en réponses à des "fautes" individuelles et collectives.
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Videos de Ivan Jablonka (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ivan Jablonka
Retour sur le débat « Comment la pensée vivante peut-elle s?engager ? » .Retour sur les meilleurs moments du Mardi des Bernardins du 17 mai 2016, consacré à l?engagement des chercheurs et de la pensée. Pour (re)voir l?émission dans son intégralité, c?est par ici : https://vimeo.com/167117150 Avec la participation de : - Michaël Foessel, philosophe - Ivan Jablonka, professeur d?histoire à l?université Paris 13, Rédacteur en chef de laviedesidees.fr - P. Éric Morin, docteur en théologie - Élisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste
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