AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782070143658
144 pages
Gallimard (09/01/2014)
3.29/5   21 notes
Résumé :
«Le fait divers déverse, divertit, met en branle l’imagination mauvaise de tout un chacun. Sa nécessité ne fait pourtant aucun doute, parce qu’il agite les sentiments de pitié et de mépris sans aucune implication morale ; on ne ressent aucun remords en s’y projetant. Il commence et se termine dans l’impersonnel. Les acteurs de ces petites pièces décadentes n’incarnent personne en particulier ; ils évoluent à l’état brut de caractères théâtraux.» Le 2 février 2010, S... >Voir plus
Que lire après HécateVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Derrière le fait divers insoutenable, il y a cette abîme de la raison, égarée dans les quelques lignes froides d'un article du Monde paru en 2010, relatant la mort d'un médecin dévoré par ses trois chiens. Folie, incompréhension, Hécate nous entraîne au-delà de ces rassurantes considérations rationnelles au travers de ce titre à la fois énigmatique et inquiétant qui illustre l'indicible basculement entre le rationnel et la démence par le prisme déroutant d'un poignant roman crépusculaire.

Mettre des mots sur l'innommable, apaiser cette inextinguible besoin de comprendre, c'est ce à quoi s'est employé Frédéric Jaccaud avec Hécate en déclinant le souffle du réel sur la lame tranchante de l'imaginaire afin de nous livrer un roman déroutant et détonnant qui n'épargnera pas le lecteur. En guise d'introduction contextuelle aux six chapitres ponctuant ce récit, il y a tout d'abord ces extraits du fait divers du Monde qui donnent la voie à l'imaginaire de l'auteur. Des éléments sur lesquels on passerait rapidement en frissonnant légèrement de dégoût à la lecture simple de l'article. Mais l'auteur nous rappelle qu'au-delà de cet enchaînement factuel il y a tout un univers sombre qu'il développe en disséquant le parcours tragique de Sacha X. Un parcours parsemé d'actes insensés, de dépravations insoutenables ce sont sur des thématiques sulfureuses parfois insupportables que Frédéric Jaccaud installe son intrigue dans une atmosphère licencieuse où le symbolisme d'un tableau de William Blake illustrant la déesse Hécate permet au lecteur d'appréhender la vaine quête d'une rédemption chimérique. Dans ce roman, il y a également ce personnage fictif d'Anton Pavlov, témoin dérisoire qui dissimule sa malsaine fascination derrière cette absurde quête du savoir pour tenter de donner du sens à cet acte d'une démentielle violence. Effrayé, envouté, il apprendra à son corps défendant que témoins, victimes et bourreaux sont parfois une seule et même personne à l'image de Hécate, cette déesse tricéphale.dominique jaccaud, hecate, serie noire, fait divers

Avec Hécate, on aurait tord de s'arrêter sur la violence parfois insoutenable de ces scènes pernicieuses car au-delà de la violence, de l'abjection, Frédéric Jaccaud élabore un texte sophisitiqué et intelligent totalement dépourvu de jugement ou de sensationnalisme sans être pour autant dénué d'une émotion intense parfois poignante. le mauvais genre à l'état pur.

"Et l'homme pleure de rage en jouissant.
Et dehors, la lune rouge éclabousse le monde et les chiens hurlent à mort.
Milena demande pardon en silence."

Dominique Jaccaud - Hécate

Lire Hécate. Etouffer l'horreur qui vous brûle. Souffler quelques instants. Puis pleurer … Peut-être.
Commenter  J’apprécie          10
Frédéric Jaccaud, né à Lausanne en 1977, est un écrivain suisse. Titulaire d'une licence ès Lettres, il publie régulièrement des articles critiques sur les littératures de genre dans différentes revues et a tenu une chronique régulière sur des oeuvres oubliées traitant de voyages imaginaires, d'utopies et de science-fiction. Son premier roman, Monstre (une enfance) date de 2010 et La Nuit est sorti 2013. Son troisième bouquin, Hécate (Faits divers) vient tout juste de paraître.
« le 2 février 2010, Sacha X, médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s'arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l'obscène : comprendre l'histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie. »
Paru en Série Noire, si le roman est réellement noir, il ne s'agit pas pour autant d'un polar au sens classique du terme et Anton Pavlov, flic, n'est qu'un agent de la circulation qui a pu pénétrer sur les lieux du drame et en visualiser la scène révélant une perversion sexuelle masturbatoire aboutissant à la mort. A partir d'un fait divers réel lu dans la presse, Frédéric Jaccaud construit un roman dérangeant car touchant les tréfonds de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus sordide. Ce n'est pas un roman avec enquête comme on l'entend généralement, s'il y a une recherche elle est d'ordre psychanalytique.
Il m'est assez difficile de vous parler du bouquin, parce qu'il est très court (130 pages) d'abord et surtout parce que l'auteur tente d'explorer les zones sombres de nos personnalités, les pensées secrètes qui hantent certains d'entre nous et de « comprendre l'incompréhensible, l'odieux, l'horreur, ou plus tragiquement, chercher une parcelle d'humain dans ce qui semble le plus inhumain. » En se risquant à ce petit jeu, Anton Pavlov n'est pas chien et donnera beaucoup de lui-même. Trop peut-être.
Ecrit en courtes phrases semblant banales et laissant craindre un style affligeant, bien vite c'est tout le contraire qui saute aux yeux. Cette concision, cette économie de mots n'en est que plus fort encore et le lecteur est pris, comme le lapin dans les phares de l'automobile la nuit, tétanisé au fur et à mesure que se dévoilent les faits mais fasciné aussi, devant l'épilogue qui s'annonce presque évident. Un roman remarquable et puissant en si peu de pages, moi je dis chapeau !
Bien entendu le roman est dédié à Paul Morand – comprenne qui pourra.
Commenter  J’apprécie          10
Court texte suffocant, « Hécate » prend comme point de départ un fait divers réel : la découverte à Ljubljana en 2010 du corps d'un médecin dévoré par ses trois chiens. C'est sur cette base que Fédéric Jaccaud tisse un intrigue -fictive de bout en bout- de laquelle sourd une violence crue, souvent exprimée de manière très explicite. Cherchant à comprendre les origines de cette mort, il met en scène principalement deux personnages : celui d'Anton, un simple flic en uniforme présent sur la scène de crime et celui de Milena, dont il retrace la douloureuse enfance dès le début des années '70 dans un village paumé d'Europe de l'Est. Anton est traumatisé par le cadavre, par l'appartement et sa décoration minimale et sombre, et par les 3 chiens. Progressivement, l'événement le posséde, au point de changer complètement de comportement avec sa petite amie, de devenir taiseux et de ne plus s'intéresser qu'à l'affaire, à chercher à la comprendre, à analyser le tableau de William Blake qui trônait dans l'appartement, d'en creuser chaque élément mystérieux. A peine pubère, Milena, quant à elle, vit un enfer : sa famille, démunie et à l'affut de la moindre source de revenus, se sert véritablement d'elle, l'exploite, tout simplement pour faire rentrer de l'argent pour manger. En grandissant, son esprit se détache de son corps qui la dégoute et qu'elle observe véritablement se faire utiliser, non sans souffrance. Contre toute attente, les deux trajectoires, par la magie de la littérature, se fracassent l'une en l'autre, laissant le lecteur entre effarement et incompréhension.
Même si aucune des scènes de « Hécate » n'est d'une horreur inédite (on a par exemple lu le même genre d'atrocités dans les romans d'Antoine Chainas), c'est bien un sentiment de dégoût profond qui surnage lorsque l'on le referme. L'origine de ce sentiment est sans doute à chercher dans ce que factuellement l'auteur nous raconte, la véritable descente aux enfers des deux personnages, leur quête -incompréhensible pour le commun des mortels- d'une espèce de beauté dans l'horreur, à moins que ce ne soit l'inverse. Mais elle est également, et de manière encore plus certaine, à chercher dans le style hors-norme de Frédéric Jaccaud, extrêmement maîtrisé, fait de longues phrases, mises en valeur par un vocabulaire riche, donnant à son texte un très puissant pouvoir d'évocation. Loin du ronronnement trop fréquemment rencontré dans la littérature policière, « Hécate » vibre dans les basses, triture douloureusement et scalpelise sans équivoque.
Commenter  J’apprécie          00
Si la question peut se poser de savoir si l'on pouvait toujours aller plus loin dans la noirceur et les tréfonds de l'âme humaine, alors Hécate de Frédéric Jaccaud est un large début de réponse. Pour son troisième roman paru en 2014 dans la collection Série Noire chez Gallimard, l'auteur suisse nous livre ici un condensé de psychologie criminelle, d'enquête policière classique quoique surprenante et de spéléologie de l'âme d'un tueur. Ni plus, ni moins. Chez Lettres it be, ce roman a vraiment été vu comme un coup d'éclat. Pourquoi ? Comment ? La critique du livre et les éléments de réponse dans les lignes qui suivent !


// « L'apparition des trois chiens fait naître des sentiments contraires au sein de la foule. Beaucoup reculent. La plupart tendent la tête. le cordon policier qui les tient à distance commence à se distendre. On peut lire sur les visages des signes de peur, de haine, de désir, de fascination. » //



# La bande-annonce



(Quatrième de couverture) : le 2 février 2010, Sacha X., médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s'arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l'obscène : comprendre l'histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie.



# L'avis de Lettres it be



Titulaire d'une Licence ès Lettres après un mémoire portant sur les utopies anciennes, titulaire également d'un master en littérature française, Frédéric Jaccaud est un habitué de la littérature de genre et des voyages de la pensée entre science-fiction et imaginaire. Pour l'auteur suisse né à Lausanne, l'âme est véritablement un abîme sans fond que nous nous devons d'explorer sans relâche pour y trouver les réponses espérées. C'est tout du moins ce à quoi nous étions habitués après la lecture des premiers ouvrages de l'auteur : « Monstre, une enfance »
qui retraçait la genèse et l'agonie d'un tueur, mais aussi « La Nuit », roman-fleuve bien plus étoffé quoique moins rythme par endroit. Dernièrement, c'est avec « Exil » paru en 2016 que Jaccaud a pris le pari de mêler thriller et culture technologique pour un résultat plus que bon.

La suite de la critique ? Direction le blog de Lettres it be ! :)
Lien : https://lettresitbe.jimdo.co..
Commenter  J’apprécie          00
En février 2010, le corps de Sacha X., médecin à Ljubljana, est retrouvé à son domicile, déchiqueté par ses chiens. L'autopsie révèle qu'il s'agit en fait d'une femme transsexuelle. A partir de ce fait divers réel, F. Jaccaud relate l'enquête du point de vue d'Anton, un policier chargé de la circulation, que son obsession morbide pousse à s'intéresser à l'affaire.
Je n'avais pas accroché au précédent roman de l'auteur. Celui-ci a su retenir mon attention. Un roman noir très court (130 pages) écrit en courtes phrases dans un style simple et concis A la lecture on peut rester un peu circonspect : ça ressemble à du Chainas, pour le côté malsain et voyeur, mais n'en a pas toujours la force, faute de développement suffisant. Je retenterai l'expérience F. Jaccaud

Lien : https://collectifpolar.com/
Commenter  J’apprécie          10


critiques presse (1)
Lexpress
27 janvier 2014
Hécate est un court roman au style à la fois sec et imagé, introspectif et comportementaliste, fluide et plein de ruptures.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
L’apparition des trois chiens fait naître des sentiments contraires au sein de la foule. Beaucoup reculent. La plupart tendent la tête. Le cordon policier qui les tient à distance commence à se distendre. On peut lire sur les visages des signes de peur, de haine, de désir, de fascination. Les hommes tirent violemment sur les laisses pour empêcher les trois bullmastiffs d’avancer. À travers les muselières, on aperçoit les gueules massives et humides des canidés ; d’épais fils blanchâtres coulent jusqu’au sol. Les babines pendantes, qui leur donnent cet air presque triste, se relèvent et exhibent des dents effrayantes, des canines jaunies, jusqu’à leur gencive rouge. L’un des chiens secoue la tête ; son geste entraîne l’homme qui tente de le maîtriser avec un cordon de cuir. Celui-ci fait plusieurs pas de côté, s’agite comme une poupée de chiffon. La foule recule et tend un peu plus le cou. Lorsque le chien est maîtrisé, la troupe fait quelques pas en direction du fourgon de la fourrière. Le mouvement de marche révèle la musculature cachée sous la masse carnée des canidés. Ils sont grands et lourds, comme ramassés sur eux. Les chiens avancent ; leur démarche chaloupée, la tête comme suspendue entre leurs pattes avant, qui s’agite sur un ressort de muscles puissants et leur donne un effet comique d’animaux en plastique posés sur la lunette arrière d’un véhicule, ici démenti par leur agressivité rentrée mais visible ; ils n’ont pas l’élégance des félins, cette ondulation feutrée, mais au contraire des mouvements qui expriment la force brute, la bestialité ; il s’agit de quelque chose d’ancestral qui végète au plus profond du compagnon idéal depuis toujours ; celui qu’on peut qualifier de fidèle, qui préfère le collier à la liberté, mais que l’on craint pourtant, dont on se méfie malgré tout parce qu’il occulte cette part sombre que le loup, qui déboule dans la salle du trône pour mettre à mort le roi, exprime avec force sous la lune ; celui qui se tient debout, assis ou couché, langue pendante et qui aime se faire caresser, se met sur le dos, à la merci de son maître, ventre et testicules offerts, hante les cauchemars millénaires de l’humanité ; depuis la nuit où l’homme l’a posté à l’entrée de la caverne pour surveiller l’obscurité pendant que la tribu se serre et tousse devant le feu de bois ; le chien rampe en silence et saigne le nourrisson, se retourne et mord la main du maître, attend patiemment la chute de l’homme pour mieux le dévorer, l’achever.
Commenter  J’apprécie          00
Les policiers entassent les bullmastiffs dans le fond du camion ; empoignés à quatre mains par la peau du dos et jetés avec violence. Les portes du fourgon claquent et mettent un terme à cette exhibition triste, où la force brute est matée par la torture. La foule commence à ressentir de la pitié pour ces molosses, mais un rugissement, dans lequel s’entremêlent plusieurs timbres, déchirant et agressif tout à la fois, ébranle l’atmosphère contemplative – Il paraît qu’un type s’est fait bouffer dans l’un des appartements là-haut. L’homme lève la tête comme d’autres fouillent la boue ; voir ; la démonstration canine a aiguisé leur goût du sordide.
Commenter  J’apprécie          10
Tout est toujours si simple, en fin de compte. Les actes n’offrent que peu de problèmes : cet homme s’est fait bouffer par ses chiens. On pourrait ne pas s’attarder, s’arrêter à la lisière du regard. La recherche d’une quelconque signification complique inutilement la platitude des événements. Faut-il seulement y chercher du sens ? Et Anton Pavlov qui vient de rompre avec le banal, avec les règles, de rompre avec la monotonie, sait que si les faits sont toujours simples, ils n’en recèlent pas moins une zone d’ombre, un lieu caché, secret, un mythe, une interprétation, qui occulte cette part complexe que l’homme recherche toujours, malgré lui, une réalité sous la réalité, un monde souterrain, dantesque, labyrinthique, où l’humain erre les bras tendus, en avatar malheureux du Minotaure, et ceci depuis le mythe grec jusqu’au monstre en quête de son reflet dans les étoiles que Borges prénommait Astérion.
Commenter  J’apprécie          00

Video de Frédéric Jaccaud (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frédéric Jaccaud
Pour sa 12e édition, Quais du Polar faisait la part belle au polar francophone ! Revivez deux des conférences dédiées : la première sur le polar belge avec Barbara Abel, Paul Colize et Patrick Delperdange et l'autre sur le polar suisse avec Quentin Mouron, Frédéric Jaccaud, Sébastien Meier. Vidéo réalisée par les étudiants de Factory.
autres livres classés : romans policiers et polarsVoir plus
Les plus populaires : Polar et thriller Voir plus


Lecteurs (44) Voir plus



Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
2855 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre

{* *}