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EAN : 9782070428618
197 pages
Éditeur : Gallimard (08/04/2003)
4.14/5   39 notes
Résumé :
Réunit deux recueils de poèmes qui témoignent d'une prise de distance avec les peurs, les douleurs et les alarmes passées, et qui dépeignent la nature comme l'unité de la création.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Dunadan
  09 août 2020
Contact iridescent et inlassablement interrogateur d'un être et du monde qui l'entoure. Quête de points de jonction avec la Nature parsemée de symboles, et fait d'agrégations / désagrégations entre les deux. Préférence pour le Cahier de verdure.
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meyeleb
  07 octobre 2011
Indissociable d'une nature qui se fait le creuset de son inspiration, Philippe Jaccottet nous parle à voix basse au cours d'une longue promenade. le pas discret laisse à l'envol de l'alouette la primauté du chant, tandis que se profile un soir d'hiver. "L'enclos du grand jardin avec ses murs couverts de lierre donne toujours son même conseil de calme, de patience, de confiante attente." C'est à cette harmonie que nous invite le poète, conscient que la poésie apporte un peu de sagesse, fait de lui un "dérisoire survivant"...
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charlottelit
  20 mars 2012
beaucoup de nostalgie de brumes chez Philippe Jaccottet : parfois trop ...
fluidité du langage et perles poétiques
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
karamzinkaramzin   26 décembre 2020
...
Les événements du monde, depuis des années, autour de nous, proches ou lointains ― mais plus rien n'est vraiment lointain, du moins en un sens, si plus rien n'est proche non plus ―, l'Histoire : c'est comme si des montagnes au pied desquelles nous vivrions se fissuraient, étaient ébranlées ; qu'ici ou là, même, nous en ayons vu des pans s'écrouler ; comme si la terre allait sombrer.
Or, quant à cela, quant à l'Histoire, nul doute : il s'agit bien ― ce qu'on aura vécu ― de près d'un siècle de l'Histoire humaine ; une masse considérable, une espèce de montagne, en effet, dont la pensée a du mal à faire le tour, le cœur à soutenir le poids ; et tant de ruines, de cimetières, de camps d'anéantissement qui seraient, de ce siècle, les monuments les plus visibles, d'autres espèces de montagnes, sinistres. Et la pullulation des guerres, la plus ou moins rapide érosion de toute règle, et les conflits acharnés entres règles ennemies. Tout cela multiplie, énorme, obsédant, à vous boucher la vue, à rendre l'avenir presque entièrement obscur.
Cela aurait dû, cela devrait changer nos pensées, notre conduite peut-être, on le voit bien. Néanmoins, à tort ou à raison, ce qui fut pour moi, dès l'adolescence, essentiel, l'est resté, intact.
Avec cela, pour qui a tout de même continué à vivre, protégé, au pied de ces montagnes ― et pour beaucoup d'entre nous, il n'y a pas eu jusqu'ici davantage que ce pressentiment confus d'une menace de descellement des montagnes, il n'y a pas au monde que du malheur ― ces mêmes années, telles qu'on les aura vécues soi-même, à l'intérieur de soi et dans le cadre plus ou moins étroit de son destin : quelle insignifiance, quelle brièveté, une buée ! Comme, au contraire de celle du siècle, l'histoire de notre vie, la seule qui nous soit en partie intérieure, semble infime, dérisoire, à peine réelle ! Vraiment une fumée au pied des montagnes ; et, de ce fait même, à peine commensurable à la masse, au mouvement de celles-ci ; trop infime, méritant à peine qu'on en fasse état, qu'on en tienne compte.
Beaucoup d'années : une masse énorme pour le monde ; pour nous, presque rien. Mais, bien qu'on approche pas à pas de la limite que personne ne franchit ― à Gilgamesh, déjà, il y a environ trois mille cinq cents ans, la Tavernière l'a dit : « Depuis les temps les plus reculés / nul n'a jamais franchi cette mer ! » ―, persiste en vous, et de ce fait même, du fait de la buée, de la fumée, l'intuition qu'il y a, l'espoir qu'il y ait une autre façon de compter, de peser, une autre mesure du réel dans le rapport qui se crée avec lui dès lors qu'il nous devient, en quelque manière, et pour quelque part que ce soit, intérieur.
Beaucoup d'années, si peu d'années et nous autres sans aucun poids, quand le poids du malheur pèse tant. Tout semble si mal réglé, ou les règles si usées, que le pire qui est en chacun de nous ― cette violence qui, en même temps, est vie ―, de plus en plus souvent, profite de cette dégradation pour remonter du plus bas et, s'alliant au pire qui est en l'autre, en corrompre le meilleur.
Tout cela n'est que trop visible, criant. Tellement exhibé, d'ailleurs, crié si haut que beaucoup s'y habituent, que chacun risque de s'en accommoder. Toutefois, avec ce qui peut vous rester, miraculeusement ou niaisement, de l'autre regard, on voit, on aura vu inopinément, à la dérobée, autre chose. On a commencé à le voir, adolescent ; si, après tant d'années ― qui font, vécues, cette durée infime ―, on le voit encore, est-ce pour n'avoir pas assez mûri, ou au contraire parce qu'on aurait tout de suite vu juste, de sorte qu'il faudrait inlassablement, jusqu'au bout, y revenir ?
Du moins quiconque écrit ou lit encore ce qu'on appelle de la poésie nourrit-il des intuitions analogues ; tellement intempestives qu'il se prend quelquefois pour un dérisoire survivant.
Ce qui est vu autrement, ce qui est vu, en quelque sorte, de l'intérieur de nous-mêmes, bien que vu au-dehors, semble rejoindre en nous ce que nous avons de plus intime, ou ne se révéler tout entier qu'au plus intime de nous.
Dans cette affaire, toutes les apparences sont contre nous. Il n'y a pour ainsi dire aucun espoir de les prendre en défaut ; sauf, justement, quand certaines d'entre elles pénètrent ainsi en nous et suivent en nous ces beaux chemins.
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nadejdanadejda   28 février 2011
Je pense quelquefois que si j'écris encore, c'est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d'une joie dont on serait tenté de croire qu'elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. Qu'un peu de cette poussière s'allume dans un regard, c'est sans doute ce qui nous trouble, nous enchante ou nous égare le plus ; mais c'est, tout bien réfléchi, moins étrange que de surprendre son éclat, ou le reflet de cet éclat fragmenté, dans la nature. Du moins ces reflets auront-ils été pour moi l'origine de bien des rêveries, pas toujours absolument infertiles.
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PasoaPasoa   26 janvier 2021
Il paraît qu'on n'a plus le droit d'employer le mot beauté. C'est vrai qu'il est terriblement usé. Je connais bien la chose, pourtant. N'empêche que ce jugement sur des arbres est étrange, quand on y pense. Pour moi, qui décidément ne comprends pas grand chose au monde, j'en viens à me demander si la chose "la plus belle", ressentie instinctivement comme telle, n'est pas la chose la plus proche du secret de ce monde, la traduction la plus fidèle du message qu'on croirait parfois lancé dans l'air jusqu'à nous ; ou, si l'on veut, l'ouverture la plus juste sur ce qui ne peut être saisi autrement, sur cette sorte d'espace où l'on ne peut entrer mais qu'elle dévoile un instant. Si ce n'était pas quelque chose comme cela, nous serions bien fous de nous y laisser prendre.

(extrait de "Blason vert et blanc").
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liketheleafliketheleaf   23 juillet 2016
Autre chose vue au retour d’une longue marche sous la pluie, à travers la portière embuée d’une voiture : ce petit verger de cognassiers protégé du vent par une levée de terre herbue, en avril.
Je me suis dis (et je me le redirai plus tard devant ces mêmes arbres, en d’autres lieux) qu’il n’y avait rien de plus beau, quand il fleurit, que cet arbre-là. J’avais peut-être oublié les pommiers, les poiriers de mon pays natal.

Je regardais…Cette floraison différait de celle des cerisiers et des amandiers. Elle n’évoquait ni des ailes, ni des essaims, ni de la neige.
L’ensemble, fleurs et feuilles, avait quelque chose de plus solide, de plus simple, de plus calme ; de plus épais aussi, de plus opaque. Cela ne vibrait ni ne frémissait comme oiseau avant l’envol ; cela ne semblait pas non plus commencer, naître ou sourdre comme ce qui serait gros d’une promesse, d’une annonce, d’un avenir. C’était là, simplement. Présent, tranquille, indéniable. Et, bien que cette floraison ne fut plus durable que les autres, elle ne donnait au regard, au cœur, nulle impression de fragilité, de fugacité. Sous ces branches-là, dans cette ombre, il n’y avait pas de place pour la mélancolie.

Vert et blanc, c’est le blason de ce verger.

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GeraldineBGeraldineB   29 septembre 2017
Un léger changement de point de vue suffit parfois à faire redécouvrir ce que l'habitude avait terni, ou voilé. Ainsi, de revenir en touriste dans le pays de son enfance et d'apercevoir d'une chambre d'hôtel (de préférence assez luxueux pour que le changement soit plus sensible) ce que l'on avait vu cent fois avec indifférence, quand ce n'était pas avec un sot dédain: les montagnes de Savoie suspendues au dessus d'un lac gris comme une masse vraiment énorme qui flotterait dans la brume ou dans l'excès de lumière, au-delà d'un autre brouillard, celui des toutes premières feuilles de l'avant-printemps.
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Videos de Philippe Jaccottet (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Jaccottet
Philippe Jaccottet : Entretien avec Alain Veinstein (2001 - Surpris par la nuit / France Culture). Alain Veinstein nous propose ici l'extrait d'un entretien avec Philippe Jaccottet du 12 février 2001 (c'était dans "Surpris par la nuit"), – et ceci à l'occasion de la sortie en Pléiade Gallimard des "Œuvres" de Philippe Jaccottet... Philippe Jaccottet a lui-même choisi les œuvres rassemblées dans ce volume, y recueillant tout ce qu’on pourrait qualifier d’écriture « de création » et laissant de côté son travail de critique et de traducteur, ainsi que certains textes de circonstance liés à des voyages ou à des hommages ; il a veillé à ce que ses livres apparaissent selon la chronologie de leur publication initiale, qui était jusqu’alors parfois masquée par des regroupements éditoriaux ultérieurs. Recueils de poèmes et livres de prose alternent d’abord, bientôt ponctués à intervalles plus ou moins réguliers par les notes de carnets qu’égrènent les différentes livraisons de "La Semaison". Retrouvant leur titre unique, celles-ci sont ici restaurées dans toute la cohérence de leur projet et complétées par les "Observations, 1951-1956", longtemps inédites et qui sont comme l’amorce de ces semences littéraires rassemblant choses vues, choses lues et choses rêvées. L’évolution des poèmes est frappante : des sonnets rimés de "L’Effraie" (1953) aux pièces brèves et épurées d’"Airs" (1967) se fait sentir l’influence des révélations majeures que furent les paysages de Grignan et les haïkus japonais. Par les chants plus tourmentés des livres de deuil qui se succèdent ensuite, de "Leçons" (1969) à "Pensées sous les nuages" (1983), le poète tente de maintenir le flux des mots malgré la mort qui semble faire vaciller jusqu’au langage. À partir de "Cahier de verdure" (1990), proses poétiques et vers se mêlent au sein d’un même recueil. Une forme éminemment personnelle s’invente, se concentrant sur les éclats de joie épars dont il s’agit de restituer la lumière. Comment embrasser à la fois le clair et le sombre, le grave et le léger, le tout et le rien ? L’œuvre de Jaccottet s’impose par l’exigence de sa quête, la pureté rayonnante et sans affectation de son chant – « L’effacement soit ma façon de resplendir », écrivait-il dès "L’Ignorant" (1957). Sans céder jamais à l’épanchement, se refusant autant au nihilisme qu’à l'exaltation – à « l'écœurant brouillard d’un certain lyrisme » –, elle trouve certes dans la beauté subtile et poignante de la nature – lumière d’hiver, vergers en fleurs – une réponse vitale à la violence du monde et au désenchantement. Mais cette beauté n’a rien d'un refuge éthéré ; elle est comme une lame qui permet de creuser dans l’opaque. Cette poésie, nourrie d’ombre, s’écrit avec le vide et contre lui.
Source : France Culture
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