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ISBN : 2743646799
Éditeur : Payot et Rivages (13/03/2019)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Dans le monde de Shirley Jackson, rien ne paraît sortir de l'ordinaire. De petites villes, des couples, des maisons, des gens qu'on croise dans le bus ou chez l'épicier. Au premier abord, tout est normal. Puis un détail sème le doute. Un autre fait tout déraper vers des zones noires et troubles, qui suscitent une profonde inquiétude chez le lecteur. Voici une douzaine de nouvelles entièrement inédites, toutes plus déstabilisantes les unes que les autres, ainsi que... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  12 août 2019
Les éditions Rivage proposent un recueil de contes noires de l'Américaine Shirley Jackson. Celle-ci s'est imposée dans le monde de la littérature fantastique à un moment où les femmes étaient très peu représentées. Elle a inspiré nombre de grands noms de l'horreur, à commencer par Stephen King.
La première parution de sa nouvelle La Loterie, dans les colonnes du New Yorker en 1948 fit l'effet d'une bombe. On peut dire qu'elle a d'emblée attiré l'attention sur elle et la publication n'a jamais rencontré un aussi grand nombre de désabonnements et de courriers hostiles suite à cette histoire.
C'est elle qui ouvre le recueil et force est de constater que plus de 60 ans après, elle impacte durablement le lecteur. Comme dans la plupart des nouvelles ici présentes, nul besoin de renfort surnaturel ou d'hémoglobine et entrailles à tout va. le mal, chez Shirley Jackson, s'insinue dans un quotidien tout ce qu'il y a de plus banal, qu'il prenne la forme d'une singulière coutume villageoise ou de la mesquinerie d'une aimable ménagère ou encore une jeune étudiante éprouvée par le deuil de sa mère.
Chaque conte, même si subjectivement certains m'ont plu plus que d'autres, est en soi un petit bijou et une démonstration de l'art de la nouvelle, si difficile. Shirley Jackson sait jouer sur des craintes et des fantasmes tout ce qu'il y a de plus communs, comme dans "Paranoïa". Elle enrobe parfois le caractère glauque de ses chutes dans des descriptions aux tons élégants et surannés comme dans "La possibilité du mal" (une de mes favorites).
Tout est finement et très efficacement mené.
La lecture de la postface permet de mieux appréhender certains thèmes récurrents chez l'auteure au vu de sa vie et des états dépressifs qui l'assaillirent régulièrement. Il en va ainsi de l'image duale de la maison, à la fois havre de sécurité ou de réussite sociale et prison ("La bonne épouse") ou de l'ambiguïté du lien conjugal  ("La lune de miel de Mrs Smith" et "Quelle drôle d'idée").
Je me suis efforcée, non sans difficulté, de ne pas lire ces contes noirs les uns à la suite des autres mais de les espacer pour pleinement savourer le talent de nouvelliste de Shirley Jackson. Les décennies ont passé mais ses histoires gardent une fraîcheur indéniable puisque les attitudes et travers humains restent peu ou prou les mêmes, quelle que soit l'époque.
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monromannoir
  30 juin 2019
Je me souviens encore d'une nouvelle de Stephen King, L'Homme Qui Aimait Les Fleurs, que l'on peut lire dans son premier recueil, Danse Macabre (J'ai Lu 1980) où l'on suit un jeune homme arpentant les rues de New York, un bouquet de fleur à la main, à la recherche de sa bien-aimée. Une scène charmante d'un personnage transit d'amour jusqu'à l'instant où tout se disloque. A bien des égards on peut mesurer avec ce récit toute l'influence de la romancière américaine Shirley Jackson dont les romans et autres nouvelles, oscillant entre le gothique et le fantastique, prennent pour cadre des scènes de vie presque banals d'individus que l'on va conduire jusqu'au point de rupture sans employer le moindre élément surnaturelle. Outre Stephen King, ce sont de grands auteurs de la littérature fantastique comme Richard Matheson, Neil Gaiman ou plus récemment la romancière Jamey Bradbury qui évoquent l'oeuvre de Shirley Jackson comme source d'inspiration et plus particulièrement cette capacité de distiller l'horreur dans la névrose, la paranoïa et les fantasmes que génèrent ses personnages se débattant dans leur quotidien d'apparence idyllique qui bascule insidieusement dans un climat de terreur. Parmi les romans rédigés sur ce schéma narratif, deux d'entre eux sont considérée comme des classiques du genre de l'épouvante. Il s'agit de Nous Avons Toujours Habité le Château (Rivages/Noir 2012) et de la Maison Hantée (Rivages/Noir 2016) qui ont bénéficié d'une nouvelle traduction assez récente. Dans ce domaine de réactualisation des textes de la romancière, les éditions Rivages proposent donc un recueil de treize nouvelles parmi lesquelles figure La Loterie qui a contribué à la renommée de Shirley Jackson tant le texte a suscité la polémique lorsqu'il a été publié en 1948 dans la revue The New Yorker.

La Loterie : Tout les habitants se rassemblent sur la place du village. le tirage de la loterie va bientôt débuter. Qui sera l'heureux gagnant ?

La possibilité du mal : Miss Strangeworth aime cultiver ses roses dont elle est très fière et envoyer quelques lettres anonymes bien senties à l'intention de son voisinage.

Louisa, je t'en prie, reviens à la maison : Louisa a été enlevée. S'agit-il d'une fugue ou d'une disparition. Et quelle sera la réaction de sa famille lorsqu'elle reviendra ?

Paranoïa : Mr Beresfort est suivi par un homme coiffé d'un chapeau qui semble surgir de nulle part en bénéficiant de la complicité de tous les new-yorkais.

La lune de miel de Mrs Smith : Mrs Smith vient de se marier. Mais son entourage l'encourage à se méfier de cet homme plutôt grossier dont elle ne sait finalement pas grand-chose.

L'apprenti sorcier : Miss Matt, professeur d'anglais, est au prise avec une petite voisine tout simplement détestable.

Le bon samaritain : Qui est ce brave homme qui vient au secours d'une jeune femme avinée étendue dans la rue ?

Elle a seulement dit oui : La jeune Vicky vient de perdre ses parents. La nouvelle ne semble pas l'ébranler. Il faut dire que la fillette semble disposer de quelques dons inquiétants lui permettant de prédire les sorts funestes qui vont s'abattre sur son entourage.

Quelle idée : Margaret s'aperçoit avec effroi qu'elle ne supporte plus son mari. Elle regarde avec envie le cendrier posé sur la petite table du salon.

Trésors de famille : Une jeune étudiante sème le chaos en volant les effets personnels de ses camarades de chambrée.

La bonne épouse : Mr Benjamin ne supporte pas les infidlités de sa femme qui se retrouve confinée dans sa chambre. Mais pourquoi persiste-t-elle à nier l'évidence ?

A la maison : Ethel Sloane devrait écouter les habitants du village et ne pas emprunter la vieille route des Sanderson.

Les vacanciers : Pour la première fois, les Allison ont décidé de prolonger leur séjour dans leur chalet de vacances. Une bien mauvaise idée.

Si le roman La Maison Hantée a bénéficié de plusieurs adaptations cinématographiques dont la fameuse version de Robert Wise (La Maison du Diable, Metro-Goldwin-Meyer 1963) et d'une production plus récente diffusée par Netflix qui reprend le titre d'origine The Hauting Of Hill House, la nouvelle La Loterie a la particularité d'avoir été adaptée en version BD par Miles Hyman, qui n'est autre que le petit-fils de la romancière. Outre l'une de ses illustrations ornant la couverture du présent recueil, Miles Hyman apporte un éclairage particulièrement intéressant sur l'ensemble de l'oeuvre de Shirley Jackson avec une postface extrêmement complète faisant figure d'essai.

A la différence des abonnés du New Yorker de l'époque, le lecteur d'aujourd'hui, pour un peu qu'il soit coutumier du genre, s'attendra probablement avec La Loterie à un effet de surprise qui pourra en atténuer l'impact. Cependant on peut prendre le pari que la chute de l'histoire aura tout de même de quoi le surprendre voire même de le choquer comme ça été le cas lors de sa parution. Il faut dire que Shirley Jackson s'emploie à instiller l'horreur au détour de scènes anodines, terriblement paisibles qui prennent soudainement une toute autre perspective à la lumière de conclusions abruptes qui vous glacent soudainement d'effroi. Ainsi le cadre bucolique dans lequel évolue Les Vacanciers ainsi que les villageois de la Loterie prend une toute autre apparence lorsque le rideau tombe pour laisser place, derrière ces masques de convenance, à la terrifiante réalité de l'environnement dans laquelle évolue l'ensemble des protagonistes. Il y a bien évidemment ce sentiment de malaise que l'on retrouve tout au long des nouvelles qui restituent les névroses de personnages angoissés qui font écho à l'anxiété dont la romancière semble avoir souffert tout au long de sa vie. Mais des nouvelles comme Paranoïa ou Quelle Idée sont également le reflet du mal-être plus général d'une Amérique puritaine, terrorisée par la menace communiste, tandis que la politique ségrégationniste à l'égard des afro-américains atteint son point culminant.

A l'exception de quelques apparitions étranges que l'on trouve dans A La Maison, le recueil de nouvelles La Loterie et autres contes noirs est donc dépourvu d'éléments surnaturels puisque c'est au détour de la méfiance, du doute et de l'anxiété de ses personnages, tout en captant le climat social anxiogène de son époque, que la romancière parvient à troubler le lecteur qui encaisse doucement, presque l'air de rien, les affres de ces récits aussi effroyables que bouleversants. Un sublime concentré de noirceur.

Shirley Jackson : La Loterie et autres contes noirs (Dark Tales). Editions Rivages/Noir 2019. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fabienne Duvignau.

A lire en écoutant : Where The Wild Roses Grow de Nick Cave. Album : Murder Ballads. Mute Records 1996.
Lien : http://monromannoiretbienser..
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michaelfenris
  27 juin 2019
Ceux qui lisent Stephen King, et en particulier « Anatomie de l'Horreur », savent combien l'auteur apprécie particulièrement Shirley Jackson, considérant son livre la Maison hantée comme étant un des meilleurs jamais écrit. Décédée à seulement 48 ans, cette auteure aura tout de même eu le temps, en quelques livres et recueils de nouvelles ( 6 romans et 200 nouvelles), de marquer la littérature d'horreur et de fantastique.
Dans ce recueil, postfacé par son petit-fils Miles Hyman, Jackson explore l ‘horreur du quotidien en 13 récits courts et intenses. Nous ne sommes pas en présence de monstres et autres créatures démoniaques. l'horreur ici découle de la vie courante, dans une petite ville de province, une petite rue tranquille, derrière la façade d'une maison propre et nette, chez des gens bien sous tout rapport. Mais Shirley Jackson sait gratter le vernis de l'honorabilité pour dévoiler tout le mal qui s'accumule en-dessous. La nouvelle qui ouvre l'ouvrage, La loterie, en est l'exemple parfait. peut-être une de ses histoires les plus célèbres, ayant causé une vague de protestation après sa publication par le New Yorker, l'auteure y décrit la mise en place d'une loterie par un « matin clair et joyeux ». Tout le monde semble pressé d'y participer, dans une atmosphère bon enfant. Mais on sent rapidement le malaise sous jacent, jusqu'à la révélation finale, aux dernières pages, qui prend à la gorge. Si les autres histoires sont plus variables dans le ton, elles se caractérisent toujours par cette fêlure brutale au détour d'une page, un évènement imprévu :
•la possibilité du mal: où une vieille dame à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession, est en fait une adepte des lettres anonymes visant à monter ses voisins les uns contre les autres.
•Louisa je t'en prie reviens à la maison: une jeune fille décide sur un coup de tête de quitter sa famille pour vivre sa propre vie. Elle ne s'attend pas à ce qui va se produire plus tard..
•Paranoïa: un homme rentre du travail, une boite de chocolat pour son épouse. il est persuadé qu'on le suit sans raison aucune, jusqu'à son domicile…La fin est assez terrible.
•La lune de miel de Mrs Smith : où une jeune femme récemment mariée se heurte à la médisance de son voisinage, et des non-dits concernant son mari.
•L'apprenti sorcier: l'agressivité ordinaire dans un immeuble, avec une petite fille particulièrement retorse.
•Le Bon Samaritain: un homme vient en aide à une jeune fille alcoolisée inconsciente sur le trottoir… mais est-il réellement aussi bon que cela?
•Elle a seulement dit oui: un drame endeuille la famille voisine de la narratrice de l'histoire. Elle se sent obligée d'héberger quelque temps la fille orpheline, et celle-ci ne manifeste aucune tristesse… et si elle était capable d'imaginer ce qui allait se produire? La plus fantastique du recueil.
•Quelle idée: le coup de folie d'une femme à l'encontre de son époux sans aucune raison apparente, une obsession qui grandit jusqu'au drame. Très noire…
•Trésors de famille: pensionnaire d'une université, Anne dérobe des objets fétiches à chacune de ses camarades, et s'arrange pour qu'elle s'accusent l'une l'autre.
•La bonne épouse: un mari, une femme. Elle vit recluse dans sa chambre, il la séquestre. Il est question d'un autre homme: l'a-t-elle trompée? Il est prêt à tout pour découvrir la vérité.
•A la maison: une histoire d'esprits, une disparition d'enfant enlevée par une vieille femme, qui hante le chemin menant à une habitation.
•Les vacanciers: les Allison sont propriétaires d'un petit chalet près d'un lac. Cette année, ils décident de rester plus longtemps, après la fête du travail. mais personne n'est jamais resté au lac après la fête… ma préférée après la loterie.
La loterie et autres contes noirs et un livre essentiel, à posséder pour tous ceux que l'horreur quotidienne fascine, à l'instar du King. Shirley Jackson demeure une auteure incontournable, indispensable à toute bibliothèque digne de ce nom.
À noter qu'un recueil intitulé La loterie et autres histoires est paru en 1983 à la Librairie des Champs Elysées, réédité chez Presse Pocket en 1994, contenant 19 histoires, toutes différentes du présent recueil.
Mes remerciements à Rivage Noir pour leur confiance.
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mesechappeeslivresques
  27 mai 2019
Après avoir été fortement remuée l'année dernière par l'adaptation graphique de la Loterie, j'étais vraiment impatiente de découvrir la nouvelle à l'origine de cette histoire particulièrement glaçante.
Cette célèbre nouvelle publiée à la fin des années 40 a fait beaucoup de bruit au moment de sa parution et choqué un grand nombre de lecteurs. le récit d'une tombola qui se déroule sur la place d'un village paisible par une belle journée ensoleillée de juin et dont l'issue effroyable assomme immanquablement le lecteur.
J'ai apprécié la lecture de ce recueil même si je l'ai trouvé assez inégal au niveau de son contenu. Si je suis restée perplexe face à certaines de ces nouvelles, d'autres m'ont énormément emballée.
Parmi mes favorites, hormis La loterie bien sûr, il y a Paranoïa racontant l'histoire d'un homme sortant du travail et qui, sur le trajet jusqu'à son domicile, se sent suivi par un mystérieux individu. Ensuite, je me suis délectée avec Quelle idée qui évoque l'envie irrépressible de tuer qu'éprouve une femme envers son mari un soir après le dîner. Et j'ai aussi savouré La possibilité du mal, le récit d'une vieille femme seule qui envoie des lettres anonymes malveillantes aux autres habitants de son village.
Ce succulent recueil de nouvelles m'a permis ainsi de découvrir cette talentueuse écrivaine qu'est Shirley Jackson. La postface écrite par Miles Hyman, petit-fils de l'auteure, apporte un éclairage pertinent à l'ensemble.
Des histoires évoquant le quotidien banal de gens ordinaires dans des villes typiques de l'Amérique puritaine du milieu du XXème siècle. Tout semble parfait jusqu'à ce qu'un petit élément vienne tout faire déraper.
La tension monte peu à peu et l'atmosphère devient troublante, angoissante. L'intrigue est efficace, d'une grande subtilité jusqu'à la chute dérangeante, voire macabre. Mais tout est suggéré, rien n'est explicite et l'effet produit sur le lecteur est particulièrement réussi.
Treize nouvelles noires, malsaines qui m'ont globalement séduite et une plume que je compte bien découvrir désormais avec l'un des romans de l'illustre écrivaine.
Lien : https://mesechappeeslivresqu..
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djagerno
  20 août 2019
Grande déception pour ce recueil qui se laisse lire sans apporter vraiment de satisfaction concrète. On se balade dans une Amérique des années 50/60 et cela restera pour moi le seul intérêt de cet ouvrage dont les nouvelles ont perdu de leur intensité autant qu'elles ont pris des années. Dommage...
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   11 juin 2019
C’est la même Amérique que Jackson explore (et déplore) dans sa fiction : une société conservatrice où règne un conformisme étouffant, une culture où l’image étincelante d’une prospérité moralisatrice tente d’étouffer les traumatismes enfouis et les injustices sociales qui bouillonnent sous la surface. (…) Rare auteure féminine dans un milieu dominé par des hommes, Jackson fait évoluer le genre fantastique – nourri jusque-là principalement par le surnaturel, dans une ambiance néo-gothique – vers un terrain social où les dimensions émotionnelle et psychologique jouent des rôles incontournables. Son œuvre démontre que nous n’avons guère besoin de fantômes et de morts-vivants pour avoir peur : l’être humain dans son quotidien possède à lui seul toutes les qualités nécessaires pour nous glacer le sang. (Postface de Miles Hyman, 2018)
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Charybde2Charybde2   11 juin 2019
Le chalet de vacances des Allison, situé à dix kilomètres du bourg le plus proche, se dressait joliment à flanc de colline ; sur trois côtés, le regard embrassait un paysage d’arbres et d’herbes ondoyant dans la brise, qui, même au milieu de l’été, était rarement touché par la sécheresse. Le quatrième côté faisait face au lac et à son ponton de bois que les Allison devaient sans cesse réparer, et la vue était tout aussi belle depuis la galerie ou sur l’escalier de bois par lequel on descendait au bord de l’eau. Les Allison adoraient leur petit chalet, ils se réjouissaient d’y arriver au début de l’été et détestaient en partir à l’automne, mais ils ne s’étaient pas souciés de le rendre plus confortable, considérant le chalet lui-même et le lac comme un ajout à leur confort amplement suffisant pour le temps qu’il leur restait à vivre. Le chalet n’avait ni chauffage ni eau, excepté les précaires réserves de la citerne que l’on tirait à la pompe dans le jardin de derrière, ni électricité. Pendant dix-sept étés, Janet Allison avait cuisiné sur un poêle à pétrole et fait chauffer toute l’eau qu’ils utilisaient ; Robert Allison charriait quotidiennement des seaux remplis à la pompe et lisait son journal le soir à la lumière d’une lampe à pétrole ; et, bien que tous deux soient habitués à une hygiène citadine, ils avaient accepté leurs toilettes extérieures avec flegme et simplicité. Les deux premières années, ils avaient écumé toutes les plaisanteries possibles à propos de ces lieux d’aisance. À présent qu’ils ne recevaient plus guère d’invités et n’avaient personne à impressionner, ils se contentaient de passer leur été avec un sentiment de paisible sécurité, auquel les toilettes, autant que la pompe et le pétrole, apportaient une indéfinissable contribution. (« Les vacanciers », 1950)
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Charybde2Charybde2   11 juin 2019
Mr Beresford fit quelques pas sur la chaussée, agita la main en criant « Taxi ! » d’une voix de fausset qui le désespéra, puis battit en retraite, décontenancé par le chauffeur qui ne réagissait pas à son appel. Un homme coiffé d’un chapeau clair s’était planté devant Mr Beresford sur le trottoir et, l’espace d’une minute, au milieu des passants, il regarda Mr Beresford et Mr Beresford le regarda comme font parfois les gens sans vraiment s’attacher à ce qu’ils voient. Ce que voyait Mr Beresford, c’était une figure mince sous le chapeau clair, une petite moustache, le col d’un manteau relevé. Drôle de bonhomme, pensa Mr Beresford en touchant délicatement sa propre lèvre rasée de près. Peut-être l’homme jugea-t-il offensant le geste presque inconscient de Mr Beresford ; il fronça les sourcils, détaille Mr Beresford de la tête aux pieds et se détourna. Sale individu, pensa Mr Beresford. (« Paranoïa », posthume, 2013)
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Charybde2Charybde2   11 juin 2019
Le matin du 27 juin était clair et radieux, annonçant la chaleur d’une journée de plein été ; les fleurs s’épanouissaient à profusion et l’herbe était d’un vert luxuriant. La population commença à se rassembler sur la place, entre le bureau de poste et la banque, aux environs de dix heures. Dans certaines bourgades, il y avait tellement de monde que la loterie durait deux jours et devait être organisée dès le 26 juin, mais ici, avec seulement trois cents habitants, l’opération tout entière ne prenait que deux heures, de sorte qu’en débutant à dix heures du matin, elle se terminait à temps pour que les villageois puissent rentrer déjeuner chez eux à midi. (« La loterie », 1948)
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Charybde2Charybde2   11 juin 2019
Que voulez-vous ? Howard et Dorrie me répètent sans cesse que je suis trop sensible et que je me laisse vite déstabiliser, mais en réalité, même Howard a dû admettre que l’accident des Lanson s’est produit au pire moment. Cela paraît horrible de tenir ouvertement de tels propos, mais j’ai toujours préféré la franchise à l’hypocrisie, et, même si, indépendamment du moment, c’était une tragédie, j’ai été furieuse de devoir annuler notre voyage dans le Maine. (« Elle a seulement dit oui », 1962)
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Video de Shirley Jackson (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Shirley Jackson
La Maison du diable (The Haunting, 1963), film britannique réalisé par Robert Wise, sorti en 1963. Trailer
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