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EAN : 9782080238184
752 pages
Éditeur : Mialet Barrault (18/08/2021)
3.97/5   60 notes
Résumé :
Ce n’est pas de la tarte à résumer, cette histoire. Il faut procéder calmement. C’est une histoire vraie, comme on dit. Un garçon de onze ans est enlevé à Paris un soir du printemps 1964. Luc Taron. (Si vous préférez la découvrir dans le livre, l’histoire, ne lisez pas la suite : stop !) On retrouve son corps le lendemain dans une forêt de banlieue. Il a été assassiné sans raison apparente. Pendant plus d’un mois, un enragé inonde les médias et la police de le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Cancie
  17 septembre 2021
Difficile de résumer un tel bouquin comme il a été difficile à Philippe Jaenada de résumer l'histoire de ce jeune garçon de onze ans, Luc Taron, enlevé à Paris un soir du printemps 1964 et dont le corps a été retrouvé le lendemain au matin dans le bois de Verrières, dans l'Essonne.
Ce fait divers dénommé « l'affaire de l'Étrangleur » défraya la chronique en 1964. Progressivement, insidieusement, les soupçons vont se porter, injustement, mais inévitablement sur les parents jusqu'à l'entrée en scène de Lucien Léger. Celui-ci revendique en effet le meurtre dans des courriers signés « l'étrangleur » et à force de fanfaronnade finit par être arrêté.
Ce jeune homme ordinaire, infirmier, né en 1937, marié à Solange en 1959 avoue le meurtre.
Son procès se déroulera du 3 au 7 mai 1966 devant la cour d'assises de Seine-et-Oise. le verdict tombe : Réclusion criminelle à perpétuité. Soudain, revirement de Lucien Léger qui opère une brusque volte-face: « Monsieur le Président , vous venez de commettre une erreur judiciaire ! », et de déclarer que s'il est bien l'auteur des 56 messages, il n'a rien à voir avec le drame.
Condamné sans réelles preuves, sans témoins et de plus sans mobile, il sera mis à l'écart de la société pour le reste de sa vie.
Certes, comme le dit l'auteur, rien n'est simple dans cette histoire. Quel travail, quelle persévérance et quelles recherches archivistiques, tout comme d'ailleurs dans ses deux précédents ouvrages que sont La petite femelle et La serpe, Philippe Jaenada a dû fournir pour nous offrir un bouquin d'une telle densité avec une analyse aussi précise et minutieuse, révélant les failles du dossier et toutes les incohérences de cette affaire. C'est presque à la fabrication d'un coupable qu'il nous est donné d'assister, même si Lucien Léger, ce mythomane, a contribué à embrouiller l'histoire. L'écrivain reconnaît que le livre écrit par Stéphane Troplain et Jean-Louis Ivani « le voleur de crimes » lui a été plus qu'utile dans ses recherches.
En s'attelant à cette tâche qui consiste à examiner, à éplucher, à analyser tous les faits, tous les articles, toutes les lettres, toutes les archives possiblement consultables, recouper tout ça, une tâche de titan, pour tenter de cerner la personnalité de Lucien Léger et savoir qui pourrait être le meurtrier du petit Luc Taron, Philippe Jaenada n'hésite pas à désigner comme responsable de ce fiasco, de cette injustice, de ce scandale, Maurice Garçon, le plus grand avocat du XXe siècle. Il nous invite également à une véritable plongée au coeur de ces années 1960, une époque qui pouvait aussi être sombre.
Tous les protagonistes de cette affaire, à des degrés différents, présentent des zones obscures. Seule, Solange, l'épouse de Lucien Léger, cette jeune femme à qui l'auteur réserve la troisième et dernière partie de son roman, peut apparaître comme un rayon de lumière, et pourtant, rien ne lui sera épargné dans sa douloureuse et brève vie.
Pour atténuer cette noirceur et nous extraire quelques instants de cette atmosphère pesante et menaçante où gravitent des monstres comme l'écrit Lucien léger lui-même dans un de ces courriers : « Je suis de la graine qui pousse au printemps des monstres », l'auteur se tourne vers la dérision, se mettant en scène lui-même, nous permettant par ses digressions d'échapper à ce malaise ambiant. Très vivantes également, et très pertinentes, ces petites remarques et réflexions notées entre parenthèses, exprimant son avis personnel.
Philippe Jaenada parvient au fil de l'enquête, par son investigation au coeur de cette affaire qualifiée de résolue, à nous faire carrément douter de la culpabilité de celui qui fut dénommé l'Étrangleur.
L'homme étant décédé, nous nous prenons à espérer qu'un jour peut-être, un procès en révision pourrait avoir lieu… le rêve n'est pas interdit. En tout cas, il est difficile de sortir indemne de cette lecture et ce roman me hantera longtemps.
Petite anecdote personnelle : j'ai été pour le moins surprise et émue, lorsque Philippe Jaenada se trouve à enquêter sur André Cotte, dont le nom apparaît dans une lettre du procès. Adjoint au chef des FFI Vercors, restant à leurs côtés jusqu'en septembre 1944, André Cotte s'illustre lors des bombardements de la Chapelle-en-Vercors. Il reprend ensuite son métier d'enseignant. « le collège de Saint-Vallier, dont il a été nommé principal en 1966, porte aujourd'hui son nom, et ce n'est que justice... » Que de souvenirs pour moi, qui justement en 1966, suis entrée en quatrième dans ce collège tout neuf !
Au printemps des monstres, est un gros pavé de 750 pages, un investissement énorme à n'en point douter pour son auteur, bouquin lourd pour de nombreuses raisons, écrit pour un homme qui s‘appelait Léger et l'était pourtant si peu…, que je ne pourrai oublier de sitôt !

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Archie
  16 septembre 2021
L'écrivain Philippe Jaenada donne à son oeuvre littéraire un genre qui lui est propre. Il s'intéresse à des affaires criminelles anciennes et classées – des « cold cases » –, sur lesquelles subsistent des zones d'ombre. Il se lance alors dans des investigations fouillées durant plusieurs mois, allant sur le terrain, épluchant les déclarations des parties prenantes, rencontrant les enquêteurs et les témoins de l'époque – ceux qui vivent encore ! – ratissant les archives de la presse. S'appuyant sur les éléments réunis, il écrit le récit de l'affaire en lui donnant une forme romanesque. Il y met en évidence les discordances et les anomalies de la version officielle, invitant le lecteur à se faire sa propre opinion sur la culpabilité ou l'innocence des prévenus. Il n'oublie pas de se mettre aussi en scène tout au long de ses recherches, avec un sens de l'autodérision qui ne manque ni d'humour ni de narcissisme.
L'arrestation et la condamnation du dénommé Lucien Léger, surnommé l'Etrangleur, ne m'étaient pas inconnues. Bien qu'ancienne, son affaire remontait de temps à autre à la surface : un entrefilet dans la presse écrite, un mot lors d'un journal télévisé, pour mentionner la révision de son procès ou sa libération conditionnelle. Quant au petit Luc Taron, sa victime, je n'ai jamais oublié son nom. J'avais quinze ans en 1964, lorsque son corps fut retrouvé dans une forêt. Nous n'avions pas la télé, je ne lisais pas Le Figaro que recevait mon père, je n'écoutais la radio qu'à l'heure de SLC Salut les copains, et justement, le meurtre était évoqué, très sommairement, lors des flashes d'info d'André Arnaud. le jeudi, j'allais déjeuner chez mes grands-parents, où je me précipitais sur France-Dimanche ou Ici-Paris, des journaux à scandales de l'époque, avec de grandes photos en noir et blanc. J'avais ainsi découvert et gardé en tête le portrait de Lucien Léger, mais je n'avais jamais lu les articles en détail, étant plus intéressé par les potins consacrés à la vie mouvementée de Brigitte Bardot ou d'Elisabeth Taylor.
C'est donc dans Au printemps des monstres, sous la plume de Jaenada, que j'ai perçu le climat de psychose hallucinant des débuts de l'affaire, en juin 1964, suscité par la cinquantaine de messages provocateurs adressés par l'Etrangleur à la presse, à la police, jusqu'au ministre de l'Intérieur.
La première partie du livre est consacrée à l'historique intégral de l'affaire, tel qu'on avait pu la vivre en direct : la découverte du corps, les premières enquêtes, les fameux messages, l'arrestation de Léger, sa détention, sa libération quarante-et-un ans plus tard, jusqu'à sa mort, puisqu'après avoir avoué, il s'était rétracté, inventant jusqu'à son dernier jour des scénarios à dormir debout, auxquels personne (ou presque) n'aura cru. Trois cents pages au rythme endiablé, au contenu surprenant et captivant.
Dans une deuxième partie, l'auteur s'attache à démontrer l'irréalisme de la version officielle de l'accusation, ayant conduit au verdict du jury. Il oriente son enquête vers des personnages tiers, minables, plus que troubles et même carrément infects – dont le père de la petite victime –, qui auraient plus ou moins manipulé Léger. Au lecteur de se faire une opinion sur ce qu'il s'est réellement passé la nuit de la mort de l'enfant. Trois cents pages intrigantes, mais touffues et parfois redondantes.
A l'instar de la couverture, la dernière partie de l'ouvrage est curieusement consacrée à Solange, l'épouse de Lucien Léger, une femme de faible constitution, tant au plan physique que psychologique. La compassion très sentimentale qu'éprouve Jaenada pour cette femme morte en 1970 l'amène à lui dédier, comme en hommage à sa destinée si particulière, cent cinquante pages que j'ai fini par trouver ennuyeuses et répétitives.
L'écriture de Philippe Jaenada est simple, accessible, très agréable. Sur un ton décontracté, il multiplie les digressions, usant et abusant de parenthèses, qui ralentissent la lecture en l'aérant. Il y insère le feuilleton de ses démarches personnelles, très approfondies, sur les traces laissées par les personnages cinquante ans plus tôt. Il y glisse le quotidien de sa vie privée, notamment ses problèmes de santé.

Pour conclure en prenant le risque de me répéter, j'ai aimé passionnément la première partie, menée tambour battant ; comme le public de l'époque, j'ai tout pris au premier degré. La deuxième partie, moins fluide, était évidemment incontournable. J'ai des doutes sur l'intérêt de la troisième.

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tynn
  09 septembre 2021
Si vous ne ressortez pas essoré du dernier livre de Philippe Jaenada, c'est que vous avez le souffle d'un coureur de fond !
La dernière « enquête » de l'auteur est encore une fois un monument de documentations, dans son style inimitable, où ses célèbres digressions sur sa santé et son quotidien font figure de respiration dans ce Cold Case fouillé au millimètre.
Après instruction, il apparaît que la sordide affaire très médiatisée du criminel Lucien Léger, condamné pour meurtre d'enfant en 1964 s'apparente à un dossier judiciaire sans doute bâclé ou pour le moins trop vite instruit. Une certitude pour notre enquêteur romancier qui nous le démontre en 700 pages d'instruction, sans pour autant nous rendre sympathique l'individu, plus ancien détenu de France avec 41 ans d'emprisonnement.
Remarquable, passionnant, amusant parfois, décalé souvent... les superlatifs sont légion. Mais s'il fallait faire entendre une petite voix essoufflée: trop long, diablement trop long. C'est d'autant plus vrai que l'auteur s'en doute, en l'évoquant dans quelques lignes amusantes, imaginant son lecteur l'abandonner sur le bord du chemin.
On lui pardonne volontiers devant un talent de plume très personnel et une implication acharnée en recherche de vérité.
Dont acte.
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Lune
  01 septembre 2021
Il faut s'accrocher!
749 pages où tout est disséqué, remué, contrarié…
Philippe Jaenada cherche, gratte, analyse l'une des grandes interrogations du XXème siècle et jusqu'à nos jours : qui a réellement tué le petit Luc Taron dans la nuit du 26 au 27 mai 1964?
Et Philippe Jaenada, avec cette plume qui lui est propre, nous emmène dans une étude acharnée des faits mais aussi des mensonges, des contradictions, des inconnues qui nous laissent à bout de souffle et au plus haut degré du doute…
Pour lui, Lucien Léger (41 ans de prison) n'est pas le tueur même si sa conduite (auteur de lettres qui ont apeuré la France) et même s'il a participé d'une manière ou d'une autre à cet enlèvement.
Il nous emmène, avec force de détails, force d'incongruités dans les témoignages, force de gens troubles (parents, « amis »), force de relever les sous-entendus de certaines lettres échangées entre Léger et sa femme Solange, il nous emmène à sa conviction.
Les manquements dans l'enquête, les pistes trop tôt abandonnées ou négligées, l'attitude du premier avocat, la dérive de certains médias, son influence sur l'opinion publique, les jugements incorrects et hâtifs de la foule, les personnes concernées dont le passé révèle bien des anomalies… tout est montré, souvent démontré.
Philippe Jaenada a un véritable talent pour raconter les faits-divers et plonger le lecteur dans l'ambiance d'une époque.
Il faut un fameux esprit de synthèse pour ordonner tous ces documents et donner une version compréhensible pour le lecteur d'aujourd'hui.
C'est un véritable tour de force : il se déplace sur les lieux pour s'imprégner, il lit et relit les documents (procès-verbaux, articles de presse, lettres…), il cherche des aides ou des confirmations auprès de ses prédécesseurs et/ou collègues, etc…
Pour alléger l'atmosphère, il n'hésite pas à introduire des éléments de sa vie personnelle qu'il traite avec auto-dérision.
Une idée se dégage du livre dans le sens où des gens peu clairs, troubles, fuyants, au passé douteux finissent par s'en tirer sans problème et cela a été vrai dans les années 6O et l'est toujours aujourd'hui.
La troisième partie du livre consacrée entièrement à l'épouse de l'Étrangleur (Solange) lui confère une place qui lui a toujours été niée (mère-médecins-psychiatres-belle-famille-juges…), à l'exception de deux familles qui l'ont accueillie dans sa jeunesse.
C'est tout à l'honneur de Philippe Jaenada et de sa capacité d'empathie.
Mais n'oublions jamais la victime principale, le petit Luc Taron qui paya de sa vie ce qui demeure un mystère chez les survivants.
On sort de cette lecture étourdis par ce noeud de vipères, troublés par les non-réponses, sceptiques quant au déroulement des faits et en interrogation : coupable, pas coupable? Qui? Comment? Pourquoi?
Reste une vérité judiciaire mais est-elle La Vérité?

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tilly
  05 septembre 2021
Vendredi 3 septembre au matin, il me restait une cinquantaine de pages d'Au printemps des monstres à lire (quand j'aime un gros livre et que j'approche de la fin, je ralentis pour faire durer le plaisir), et coïncidence (Philippe Jaenada les aime, et moi aussi) : au même moment à la radio, l'écrivain expliquait à Augustin Trapenard d'où lui était venue l'idée de s'intéresser au meurtre du petit Luc Taron le 27 mai 1964, à l'arrestation de Lucien Léger, sa condamnation à perpétuité (malgré le manque de témoins, de preuves, de mobile), sa libération conditionnelle après quarante années en prison (Léger est sorti à soixante-huit ans à l‘automne 2005 ; il meurt en juillet 2008).
Tout ce que Philippe Jaenada a dit à Trapenard et ses auditeurs ce matin-là, est dans le roman :
— ses trois années (“sept jours sur sept, cinquante-deux semaines par an”) de recherches minutieuses et lectures de comptes rendus d'audience, témoignages, interrogatoires, articles de presse, etc. : des dizaines de milliers de pages ; ensuite, une année d'écriture et de relectures du manuscrit
— sa vision des années 60, noires, pénibles, difficiles, loin des images colorées, twist et rock'n'roll, auxquelles on pense d'habitude
— son regard sur la monstruosité, le mensonge, les apparences, le poids de l'opinion publique ; les faits-divers ont en eux-mêmes peu d'intérêt (haine, violence, bêtise, inhumanité), dit-il, mais en se donnant le temps et le recul nécessaires, en creusant patiemment autour, on (lui) peut en tirer des leçons et regards sur la société, les gens, les mécanismes de l'âme humaine.

Par contre, j'ai remarqué que Philippe Jaenada n'avait rien dit à Trapenard (le format d'entretien de Boomerang est court !) sur Solange.
Tant mieux pour moi, ça me laisse un peu de champ. Mais ça m'a surprise. La troisième et dernière partie du roman (pp. 615-749) porte en titre son prénom ; il n'y parle presque que d'elle ; c'est une évidence pour moi : PJ est tombé sincèrement et tendrement amoureux du petit fantôme de l'épouse de Lucien Léger, le soi-disant "Étrangleur". Il a peut-être voulu garder ça pour lui, trop intime pour la radio ! Je parie que c'est lui seul qui a choisi la photo de couverture, inattendue mais si parlante.
Il compose pour Solange (1938-1970) un portrait-tombeau sensible, qui laissera enfin une trace émouvante de celle qui n'a jamais eu de place dans la société, depuis son enfance fracassée, jusqu'à la fosse commune d'un cimetière de banlieue non identifié où son corps usé de trente-et-un ans a été inhumé.
Personne n'avait jamais parlé d'elle en bien avant Philippe Jaenada (sauf Lucien Léger dans sa correspondance).
Dès le début de l'affaire, il est clair qu'elle n'y est pour rien. Son alibi : elle est "soignée" depuis de longs mois à l'hôpital psychiatrique de Villejuif. La presse fait aussitôt d'elle une folle, une handicapée mentale (sans doute aussi par analogie avec son mari), une inutile. Ce qu'elle n'est pas encore, et qu'elle résistera de son mieux à ne pas devenir, malgré les pressions grandissantes, puis l'abandon total de tous.
Pour PJ, elle est celle qui a le mieux compris le comportement aberrant de Lucien Léger, ses mensonges, ses entêtements, ses revirements.
Mais encore pires que les journalistes, ce sont les enquêteurs, les avocats, les juges, qui vont écarter sans égards (euphémisme ou litote) la jeune femme (soi-disant à cause de sa santé (elle n'a même pas été appelée à témoigner au procès de son mari)), et peu à peu la réduire à une ombre condamnée à s'effacer par leur monstrueuse inhumanité (elle ne s'est pas suicidée).
“ En lisant sa correspondance, je me suis rendu compte qu'elle était au contraire tout à fait sensée, douée d'une capacité salutaire de détachement, fine et spirituelle, atypique mais remarquablement lucide, et protégée par son humour. ”
(et en matière d'humour, de détachement et d'autodérision, PJ est un connaisseur, un vrai)
Je ne suis pas d'accord, d'avance, avec ceux qui diront que ce à quoi Philippe Jaenada travaille depuis 2010 (Sulak, La Petite Femelle, La Serpe, Au printemps des monstres), ce n'est plus de la littérature.
Si, c'en est.
J'ai dû le lire quelque part mais je trouve ça juste : c'est de la "littérature du réel“.
Ce ne sont pas des biographies, pas des documents, pas des contre-enquêtes (sorry Augustin) ; les choses ont été jugées, les peines exécutées, les personnages principaux sont morts. C'est trop tard pour eux. Sauf pour espérer corriger leur mauvaise réputation posthume toujours vivace, et pour comprendre si possible les incohérences qui parsèment leurs histoires, et qui apparaissent encore mieux avec le temps. Aussi, surtout, pour pointer les erreurs de ceux (avocats, juges, journalistes) qui ont eu leur sort entre leurs mains.
Pas non plus d'accord, avec ceux qui diront : sur la page de titre figure "roman", mais où elle est, la place de la fiction dans un tel livre ?
Tout ce que Philippe Jaenada raconte du fait-divers et de ses suites est vrai, pas truqué, mais par contre pour la narration entre les lignes de ses démarches, de ses voyages de poche, de ses petites mésaventures un peu pathétiques, il est libre d'inventer, de déformer, d'exagérer, ou pas ; et il ne s'en prive pas ! Il y en a il me semble moins que dans La Serpe, mais elles sont toujours une respiration plaisante, parfois hilarante.
Toujours pas d'accord, avec ceux qui remarqueront finement qu'une grande partie de texte est reprise telle quelle d'extraits de documents judiciaires ou journalistiques : où il est alors, le style de l'écrivain ?
Ok. C'est vrai qu'il y a à longueur de page dans APDM, des passages entre guillemets qui ne sont pas des mots de Philippe Jaenada ; mais c'est bien lui qui les a choisis, qui les a organisés pour qu'ils s'articulent avec précision, avec le plus de logique possible, et servent ainsi son projet de dingue...
Les vrais critiques littéraires vous parleront mieux que moi des liens de APDM avec les romans de Modiano (mais PJ est bon gars : il signale souvent, voire toujours, ces références) ; encore plus fort : il y a des liens avec Modiano lui même en la personne d'Alberto, son père, qui fait une apparition pour de vrai dans le milieu interlope auquel Lucien Léger a peut-être été mêlé de plus ou moins loin ; moi, avant, j'avais relevé les noms des tout premiers "témoins" dans l'affaire, qui sont plus modianesques que nature : Jacqueline Krolik, David Beck, Jacques Farge, on rêve, non ? pourtant c'est vrai.
J'ai mis une semaine (jours ouvrés) pour lire APDM ; j'ai pris des notes, je me suis parfois perdue, mais chaque fois retrouvée... Philippe Jaenada reconnaît lui même que par moments c'était un vrai "fourbi", son truc, qu'il n'y comprenait plus rien... mais à force de patience (pour lui comme pour moi !), sans vouloir dire que tout s'éclaire, il se dégage, à la fin de cette énorme lecture, un sentiment d'apaisement (un peu triste quand même) qui tranche certainement volontairement de la part de l'auteur avec l'effroi, l'horreur et la stupéfaction ressentis dans les premiers chapitres.

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critiques presse (9)
Psychologies   13 septembre 2021
L’auteur de La Serpe (Points, 2020) aime aller chercher ce qui se cache, ce qui se tait. Et il a trouvé. Il emporte le tout avec son style inimitable, mélange de journalisme et de notes personnelles, d’humour et de tragique.
Lire la critique sur le site : Psychologies
LeSoir   10 septembre 2021
La vérité n’est pas toujours celle qui convient à la justice, démontre Philippe Jaenada dans « Au printemps des monstres ».
Lire la critique sur le site : LeSoir
LesInrocks   06 septembre 2021
Cinquante-sept ans après les faits, le limier Jaenada rouvre ce cold case piégeux et plonge dans les eaux troubles de la France des sixties. Vertigineux de noirceur.
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Elle   06 septembre 2021
Dans « Au printemps des monstres », Philippe Jaenada revient sur ce fait divers haletant et mène une enquête minutieuse. Rendant impossible de refermer le livre avant de l’avoir entièrement dévoré.
Lire la critique sur le site : Elle
LaCroix   06 septembre 2021
Revenant sur l’affaire de « L’Étrangleur », qui chamboula notre pays en 1964, Philippe Jaenada, affouillant la mémoire et les faits, bâtit un chef-d’œuvre.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaPresse   31 août 2021
En fin de compte, on finit par perdre de vue le petit Luc Taron. Si la première partie de l’œuvre est prenante, c’est tout juste avant la dernière que l’on ressent à nouveau ce frémissement apparu lors des premiers chapitres. L’enquête aurait pu être passionnante. Mais à force de vouloir tout rapporter et tout écrire, sur ses moindres ramifications, sur toutes les personnes qui ont évolué de près ou de loin autour de l’affaire, elle se retrouve, à son insu, noyée dans les détails.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaTribuneDeGeneve   31 août 2021
Une légèreté incongrue découle de ce savant numéro d’équilibriste, un humour pot-de-colle qui vous ramène sans cesse à ce mystère, vous en distrait. Ainsi des parenthèses, la réelle anicroche dans son style impeccable, qui infestent, amusent, décalent l’attention sans cesse du drame. Près de 1500 incises bousculent le mastodonte «Au printemps des monstres». Entre parenthèses, c’est là qu’on le préfère.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LesInrocks   19 août 2021
Dans une nouvelle enquête vertigineuse de noirceur, le limier Philippe Jaenada rouvre le “cold case”de Lucien Léger, du nom de cet homme condamné à 41 ans de prison pour le meurtre d’un enfant au milieu des années 60. Piégeur.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
LActualite   10 août 2021
L’auteur repasse avec brio dans l’affaire, y ajoutant ses propres déductions et utilisant la forme romanesque pour raconter le tout de façon hyper-efficace.
Lire la critique sur le site : LActualite
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
CancieCancie   17 septembre 2021
Mais c’est révélateur de ce que peut être un témoignage. On peut se tromper, on peut même mentir consciemment, et n’être coupable de rien, ni même motivé par de mauvaises intentions. Les raisons qui poussent à dire autre chose que la vérité sont innombrables.
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PsychikFabPsychikFab   16 septembre 2021
L'humanité progresse si peu, reste si constante, c'en est presque rassurant.
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isabelledesageisabelledesage   03 août 2021
Il y a longtemps que je ne suis pas allé en forêt. Je n'aime pas beaucoup ces zones inhumaines, je préfère rester à distance, sur la route, près des maisons, de la lumière. Ce qui me met mal à l'aise, ce qui - soyons honnête - me fait peur, ce ne sont pas les arbres, qui n'ont jamais fait de mal à personne, qui poussent tranquillement depuis toujours, ce n'est pas non plus la vie secrète qui s'y cache, les bêtes, invisibles mais sans doute innombrables, les oiseaux, les vers, les insectes, tout ce qui grouille, les limaces, les rongeurs (les loups ?) dissimulés dans les feuillages et l'ombre, je n'ai pas peur d'un écureuil ou d'un hibou - non, ce qui m'inquiète et me maintient à l'écart, c'est au contraire l'absence de vie perceptible, d'humanité, quand on regarde de l'extérieur (en voiture par exemple, ou derrière la vitre d'un train qui passe), le silence qu'on imagine, l'immobilité apparente de cet enclos vert figé, si vaste, rien ne bouge là-dedans depuis des années, des siècles, de loin on peut même supposer que rien n'y respire. Et à l'intérieur, dans le vert, il n'y a pas de témoin.
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PsychikFabPsychikFab   24 août 2021
Un quart d'heure plus tard, le sous-brigadier Claudius Micheau, maître-chien à la brigade canine d'Argenteuil, arrive sur place avec la star de la discipline, Blarno, véritable célébrité dans le monde de la truffe. (On parle même de lui dans plusieurs numéros de la "revue de la Sûreté Nationale".)
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PsychikFabPsychikFab   29 août 2021
"Paris Jour" remarque le 2 Juillet : "L'Etrangleur n'écrit plus depuis plusieurs jours. Il semble que, sentant se resserrer autour de lui les mailles du filet tendu par le commissaire Samson, il croie prudent d'observer une certaine prudence." (Et il a raison : observer une certaine prudence est toujours plutôt prudent.)
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L'émission "Le coup de coeur des libraires est diffusée sur les Ondes de Sud Radio, chaque vendredi matin à 10h45. Valérie Expert vous donne rendez-vous avec votre libraire Gérard Collard pour vous faire découvrir leurs passions du moment ! • Retrouvez leurs dernières sélections de livres ici ! • • Avant les diamants de Dominique Maisons aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/1088274-romans-avant-les-diamants.html • Une soupe à la grenade de Marsha Mehran et Santiago Artozqui aux éditions Philippe Picquier https://www.lagriffenoire.com/1088417-litterature-anglophone-une-soupe-a-la-grenade.html • Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes de Lionel Shriver et Catherine Gibert aux éditions Belfond https://www.lagriffenoire.com/1088670-litterature-anglophone-quatre-heures--vingt-deux-minutes-et-dix-huit-secondes.html • Il faut qu'on parle de Kevin de Lionel Shriver et Françoise Cartano aux éditions J'ai Lu https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1043354&id_rubrique=12 • L'Inspecteur Sadorski libère Paris de Romain Slocombe aux éditions Robert Laffont https://www.lagriffenoire.com/1089775-romans-l-inspecteur-sadorski-libere-paris.html • Au printemps des monstres de Philippe Jaenada aux éditions Mialet Barrault https://www.lagriffenoire.com/1088196-romans-au-printemps-des-monstres.html • le chameau sauvage de Philippe Jaenada aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=132059&id_rubrique=12 • La Serpe de Philippe Jaenada aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1033543&id_rubrique=12 • le temps de l'indulgence de Vijay Madhuri aux éditions Faubourg Marigny https://www.lagriffenoire.com/1088525-romans-le-temps-de-l-indulgence.html • La définition du bonheur de Catherine Cusset aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/1089144-romans-la-definition-du-bonheur.html • • Chinez & découvrez nos livres coups d'coeur dans notre librairie en ligne lagriffenoire.com • Notre chaîne Youtube : Griffenoiretv • Notre Newsletter https://www.lagriffenoire.com/?fond=newsletter • Vos libraires passionnés, Gérard Collard & Jean-Edgar Casel • • • #lagriffenoire #bookish #bookgeek #bookhoarder #igbooks #bookstagram #instabook #booklover #novel #lire #livres #sudradio #conseillecture #éditionspoints #editionsphilippepicquier #editionsblefond #éeditionsjailu #editionsrobertlaffont #editionsmialetbarraut #editionsfaubourgmarigny #editionsgallimard
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