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EAN : 9782757888643
912 pages
Points (19/08/2022)
3.76/5   376 notes
Résumé :
Ce n’est pas de la tarte à résumer, cette histoire. Il faut procéder calmement. C’est une histoire vraie, comme on dit. Un garçon de onze ans est enlevé à Paris un soir du printemps 1964. Luc Taron. (Si vous préférez la découvrir dans le livre, l’histoire, ne lisez pas la suite : stop !) On retrouve son corps le lendemain dans une forêt de banlieue. Il a été assassiné sans raison apparente. Pendant plus d’un mois, un enragé inonde les médias et la police de le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (115) Voir plus Ajouter une critique
3,76

sur 376 notes

Cancie
  17 septembre 2021
Difficile de résumer un tel bouquin comme il a été difficile à Philippe Jaenada de résumer l'histoire de ce jeune garçon de onze ans, Luc Taron, enlevé à Paris un soir du printemps 1964 et dont le corps a été retrouvé le lendemain au matin dans le bois de Verrières, dans l'Essonne.
Ce fait divers dénommé « l'affaire de l'Étrangleur » défraya la chronique en 1964. Progressivement, insidieusement, les soupçons vont se porter, injustement, mais inévitablement sur les parents jusqu'à l'entrée en scène de Lucien Léger. Celui-ci revendique en effet le meurtre dans des courriers signés « l'étrangleur » et à force de fanfaronnade finit par être arrêté.
Ce jeune homme ordinaire, infirmier, né en 1937, marié à Solange en 1959 avoue le meurtre.
Son procès se déroulera du 3 au 7 mai 1966 devant la cour d'assises de Seine-et-Oise. le verdict tombe : Réclusion criminelle à perpétuité. Soudain, revirement de Lucien Léger qui opère une brusque volte-face: « Monsieur le Président , vous venez de commettre une erreur judiciaire ! », et de déclarer que s'il est bien l'auteur des 56 messages, il n'a rien à voir avec le drame.
Condamné sans réelles preuves, sans témoins et de plus sans mobile, il sera mis à l'écart de la société pour le reste de sa vie.
Certes, comme le dit l'auteur, rien n'est simple dans cette histoire. Quel travail, quelle persévérance et quelles recherches archivistiques, tout comme d'ailleurs dans ses deux précédents ouvrages que sont La petite femelle et La serpe, Philippe Jaenada a dû fournir pour nous offrir un bouquin d'une telle densité avec une analyse aussi précise et minutieuse, révélant les failles du dossier et toutes les incohérences de cette affaire. C'est presque à la fabrication d'un coupable qu'il nous est donné d'assister, même si Lucien Léger, ce mythomane, a contribué à embrouiller l'histoire. L'écrivain reconnaît que le livre écrit par Stéphane Troplain et Jean-Louis Ivani « le voleur de crimes » lui a été plus qu'utile dans ses recherches.
En s'attelant à cette tâche qui consiste à examiner, à éplucher, à analyser tous les faits, tous les articles, toutes les lettres, toutes les archives possiblement consultables, recouper tout ça, une tâche de titan, pour tenter de cerner la personnalité de Lucien Léger et savoir qui pourrait être le meurtrier du petit Luc Taron, Philippe Jaenada n'hésite pas à désigner comme responsable de ce fiasco, de cette injustice, de ce scandale, Maurice Garçon, le plus grand avocat du XXe siècle. Il nous invite également à une véritable plongée au coeur de ces années 1960, une époque qui pouvait aussi être sombre.
Tous les protagonistes de cette affaire, à des degrés différents, présentent des zones obscures. Seule, Solange, l'épouse de Lucien Léger, cette jeune femme à qui l'auteur réserve la troisième et dernière partie de son roman, peut apparaître comme un rayon de lumière, et pourtant, rien ne lui sera épargné dans sa douloureuse et brève vie.
Pour atténuer cette noirceur et nous extraire quelques instants de cette atmosphère pesante et menaçante où gravitent des monstres comme l'écrit Lucien léger lui-même dans un de ces courriers : « Je suis de la graine qui pousse au printemps des monstres », l'auteur se tourne vers la dérision, se mettant en scène lui-même, nous permettant par ses digressions d'échapper à ce malaise ambiant. Très vivantes également, et très pertinentes, ces petites remarques et réflexions notées entre parenthèses, exprimant son avis personnel.
Philippe Jaenada parvient au fil de l'enquête, par son investigation au coeur de cette affaire qualifiée de résolue, à nous faire carrément douter de la culpabilité de celui qui fut dénommé l'Étrangleur.
L'homme étant décédé, nous nous prenons à espérer qu'un jour peut-être, un procès en révision pourrait avoir lieu… le rêve n'est pas interdit. En tout cas, il est difficile de sortir indemne de cette lecture et ce roman me hantera longtemps.
Petite anecdote personnelle : j'ai été pour le moins surprise et émue, lorsque Philippe Jaenada se trouve à enquêter sur André Cotte, dont le nom apparaît dans une lettre du procès. Adjoint au chef des FFI Vercors, restant à leurs côtés jusqu'en septembre 1944, André Cotte s'illustre lors des bombardements de la Chapelle-en-Vercors. Il reprend ensuite son métier d'enseignant. « le collège de Saint-Vallier, dont il a été nommé principal en 1966, porte aujourd'hui son nom, et ce n'est que justice... » Que de souvenirs pour moi, qui justement en 1966, suis entrée en quatrième dans ce collège tout neuf !
Au printemps des monstres, est un gros pavé de 750 pages, un investissement énorme à n'en point douter pour son auteur, bouquin lourd pour de nombreuses raisons, écrit pour un homme qui s‘appelait Léger et l'était pourtant si peu…, que je ne pourrai oublier de sitôt !

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Fandol
  02 novembre 2021
Au printemps des monstres, ce livre m'a pris beaucoup de temps pour le lire. J'ai ressenti parfois de la lassitude mais, paradoxalement, je le referme presque à regret.
Je n'ai pas dénombré tous les personnages croisés au cours d'une histoire qui tourne autour de l'assassinat de Luc Taron (11 ans), le 26 mai 1964. Ils sont nombreux, fugaces pour certains, devenus célèbres pour d'autres, mais tout s'articule évidemment autour de Lucien Léger, connu sous le terme qu'il s'était attribué lui-même dans ses messages précédant son arrestation : L'Étrangleur.
Précision utile, Luc Taron n'est pas mort étranglé et là, commencent les doutes, les invraisemblances et les complications infinies d'une affaire jamais vraiment élucidée et dont certains éléments ont disparu des différents dossiers.
Philippe Jaenada, comme il l'a fait dans ses romans précédents que j'ai lus, pour Pauline Dubuisson dans La petite femelle puis pour Henri Girard, dans La serpe, ne laisse aucun détail de côté. Il se rend sur les lieux, tous les lieux où ont vécu les personnages dont il parle, sans oublier, ce qui détend bien la tension d'une lecture peu réjouissante, sans oublier de confier ses soucis de santé, ses moyens de déplacement, sa lutte contre son tabagisme et surtout en faisant partager ses émotions, son ressenti.
D'emblée, il m'apprend qu'il est né à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le 25 mai 1964, quelques heures avant la découverte du corps de Luc Taron, dans le grand bois de Verrières (Essonne). D'ailleurs, il s'y trouve, dans ce bois, à 4 h du matin, à la même date, cinquante-cinq ans après sa naissance, pas très loin du lieu où il a vu le jour.
Trois grandes parties constituent son récit passionnant et fort bien documenté : le fou, Les monstres et Solange. Malgré la longueur des chapitres, il a su ménager une utile respiration agrémentée de quelques citations édifiantes tirées de la presse, d'autres livres ou de déclarations à la radio ou à la télévision.
Régulièrement, Philippe Jaenada que j'ai écouté très attentivement aux récentes Correspondances de Manosque, rend hommage, remercie Stéphane Troplain et Jean-Louis Ivani pour leur livre, le Voleur de crimes (édition du Ravin bleu, 2011). Avant lui, ils ont enquêté, fouillé dans cette histoire bien compliquée et rencontré, parlé avec Lucien Léger, après sa libération de prison, avant sa mort. Il salue régulièrement aussi l'aide efficace de Wats, Letizia Dannery ainsi que bien d'autres dont, et avant tout, Anne-Catherine, son épouse.
Le fou est bien sûr consacré au détail des événements. le fou en question se nomme Lucien Léger et il s'attribue un crime qu'il n'a sûrement pas commis et pour lequel il a été condamné à perpétuité. Il avait d'abord reconnu les faits pour protéger une ou plusieurs personnes puis s'était rétracté juste avant le procès, la peine de mort pouvant être au bout… Après quarante-et-un ans d'enfermement, il sort de la prison de Douai, dans la nuit du 2 au 3 octobre 2005. Il est mort en juillet 2008, à 71 ans.
Quand Philippe Jaenada aborde Les monstres, commence l'étude détaillée des invraisemblances, des détails importants laissés de côté et surtout du rôle des principaux protagonistes qui sont, eux, les véritables monstres.
L'auteur ne ménage pas les avocats et met en avant la véritable personnalité de Luc Taron qui n'avait pas de copain. Il raconte la vie de sa mère, Suzanne Brûlé et surtout de celui qui s'affiche comme le père : Yves Taron, « un escroc minable ». Surtout, il y a ce Jacques Salce qui a un alibi trop beau pour la nuit du crime et dont le nom reviendra souvent ensuite.
Enfin, Philippe Jaenada nous parle de Solange, l'épouse de Lucien Léger, dont la photo illustre la couverture du livre. Son histoire est terriblement émouvante car, enlevée à sa mère pour être confiée à l'Assistance publique, elle a su devenir une jeune fille comme les autres. Hélas, sa santé s'est subitement dégradée alors qu'elle allait passer le BEPC (Brevet des Collèges aujourd'hui), en 1955. Tout au long des années qui lui restent à vivre, jusqu'à son décès, à 31 ans, elle consomme beaucoup de médicaments et séjourne régulièrement dans des unités psychiatriques.
Lucien Léger a commencé à correspondre avec elle alors qu'il était soldat en Algérie car il était ami avec son frère. Ils se sont enfin rencontrés, se sont aimés et se sont retrouvés plongés dans la tourmente judiciaire. Ils se sont écrit des quantités de lettres dont l'auteur cite de nombreux passages mais Solange Léger devient la proie de la presse à scandale (Ici Paris, France Dimanche, Détective) qui en fait des tonnes pour vendre du papier. Solange étant dans la misère la plupart du temps, elle tente de monnayer ses confidences vite transformées, hélas, pour appâter le lecteur.
Au printemps des monstres, ce livre m'a demandé beaucoup de temps pour le lire mais beaucoup moins qu'il en a fallu à Philippe Jaenada pour enquêter et écrire, passant en permanence, trois années de sa vie, jour et nuit, pour cette histoire qui n'a jamais vraiment trouvé de solution convaincante. Seule certitude : Lucien Léger n'a pas tué Luc Taron.
Quand, à Manosque, Ghislaine a demandé à l'auteur comment il pouvait sortir indemne après avoir écrit un tel livre, Philippe Jaenada a répondu qu'il n'était pas indemne, plutôt effondré, que, moralement, il n'en sort pas et qu'il y pense tout le temps, précisant qu'une fois de plus, la vérité judiciaire est fausse !

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ODP31
  06 octobre 2021
Faites sortir l'accusé !
Quand Philippe Jaenada s'attaque à un fait divers, vous savez que vous allez y passer aussi le printemps et l'été.
750 pages avec une police microscopique. Excédent de bagages pour le génie de la digression !
Pour lire ce monstre dans un avion, au choix, il faut soit réserver un second siège, soit sacrifier la valise réservée aux quinze paires de chaussures de madame, soit abandonner un gamin dans le hall de l'aéroport et balancer le second dans la soute de l'appareil (on a pris la troisième option, bien entendu). Il faut surtout choisir une destination lointaine, genre Pluton, pour boucler, non pas la ceinture mais cette lecture maniaque.
En 1964, le corps du petit Luc Taron, onze ans est retrouvé dans une forêt. Des courriers, signés « L'Etrangleur », revendiquent à de multiples reprises cet assassinat et attisent la curiosité de l'opinion publique. L'auteur des lettres est identifié, arrêté et jugé. Emballé, c'est pesé. Pas vraiment.
Lucien Leger va passer 41 ans en prison pour ce crime qu'il n'a peut-être pas commis. Hondelatte en bave. L'auteur va reprendre tout le dossier, se rendre sur les lieux du crime, disséquer la vie de tous les protagonistes de l'affaire et s'appuyer sur une enquête référence de deux journalistes qui date de 2012 et qui a remis en cause la culpabilité du plus ancien détenu de France.
L'analyse est aussi minutieuse que brillante mais j'ai eu l'impression que Philippe Jaenada s'est mis une telle pression pour être à la hauteur de l'enquête réalisée par Stéphane Troplain et Jean-Louis Ivani qu'il inonde le lecteur d'un tsunami de détails au détriment de sa prose. le Leger devient parfois un peu lourd. Il ne manque que la pointure de la coiffeuse du juge et le plat préféré du cousin au deuxième degré de la victime. L'arbre généalogique de tous les témoins remonte presque aux Carolingiens. J'exagère, oui, mais pas autant que Philippe Jaenada. Si le diable se cache dans les détails, l'enfer, c'est ici.
J'ai lu(tté) un mois durant sans abandonner cette lecture car j'adore les parenthèses enchantées de l'auteur, ces moments où il glisse sa petite histoire personnelle, ses tracas de santé, ses souvenirs d'enfance et ses commentaires ironiques. La marque Jaenada. Label rouge vif. Des respirations inspirées pour fuir l'expiration.
Je n'ai pu que me passionner aussi pour cette histoire que l'on pourrait réduire à un bal des menteurs. Tous les personnages sont troubles et trainent des casseroles taillées comme des marmites. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre... Ils préfèrent se laisser tomber. Côté victime, le vernis de la famille modèle craque dès les premières investigations, l'accusé ment pour entretenir sa popularité morbide, sa compagne collectionne les internements, des comploteurs complotent dans la compote, des résistants de la dernière minute collaborent, avocats et juges ne se compliquent pas trop la vie. le roman décrit aussi très bien le poids de l'opinion et des médias… et il se déroule en 1964. Tout le monde joue plus son personnage qu'il ne le vit.
Ce roman, c'est une rentrée littéraire à lui tout seul, la Comédie Humaine en un seul tome, un bottin qui n'a rien de mondain, que son éditeur aurait dû un peu plus épurer.
Les trois derniers romans de Philippe Jaenada suffisent à remplir une bibliothèque.
Une lecture qui relève de la performance.
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Cannetille
  15 juin 2022
En 1964, un petit Parisien de onze ans, Luc Taron, disparaît et est retrouvé mort dans une forêt de proche banlieue. Un corbeau, s'identifiant comme « L'Etrangleur », revendique son assassinat dans une série de très étranges courriers aux médias, à la police et aux parents. Arrêté au bout d'un mois, l'homme, qui s'appelle Lucien Léger et est infirmier, avoue le meurtre et est condamné à la réclusion à perpétuité.

Il avait vingt-sept ans au moment des faits. Il ne sortira de prison que quarante-et-un an plus tard, au terme de la seconde détention la plus longue d'Europe. Revenu sur ses aveux au milieu de mille contradictions, il ne démordra plus jamais de son innocence. Ce n'est qu'en 2012, quatre ans après sa mort, que des doutes quant à sa culpabilité sont émis par deux journalistes, dans un livre évoquant un Lucien Léger qui se serait faussement accusé par besoin pathologique de reconnaissance. Philippe Jaenada revient sur cette affaire, et, après quatre ans d'enquête et d'écriture, nous livre sa propre analyse et ses multiples interrogations. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les zones d'ombre sont légion dans cette histoire qui n'en finit pas d'ébahir son lecteur...

Le travail de Philippe Jaenada est impressionnant d'exhaustivité et de précision. Il s'est rendu sur tous les lieux, a épluché tous les documents, s'est entretenu avec toutes les personnes pouvant apporter un éclairage sur cette histoire vraie, dont il apparaît que l'on n'a très opportunément retenu que le versant qui arrangeait les protagonistes de l'époque. Et si la première partie du récit, consacrée à une restitution fidèle et minutieuse des événements connus et retenus par les médias, la police et la justice, stupéfie par l'apparence monstrueusement délirante des actes et des comportements de Lucien Léger, c'est une version bien différente, dissipant cette fois toute impression de folie et de perversion, mais menant à une consternation tout autant sidérée face à la probabilité de l'erreur judiciaire, que la suite du livre s'emploie à mettre au jour.

Contre-enquête et réexamen du moindre détail, complétés d'une exploration tristement édifiante de cette histoire vue par la malheureuse épouse de Lucien Léger, semble-t-il indûment internée en asile psychiatrique, ont tôt fait de nous convaincre, à défaut de preuves opposables à des protagonistes aujourd'hui décédés, que rien dans cette affaire n'est conforme à ce que l'on a bien voulu en retenir, et que les plus coupables, les plus fous et les plus monstrueux, n'y sont sans doute pas ceux que l'on a condamnés et enfermés.

Minutieuse, exhaustive, l'investigation de Philippe Jaenada nous tient en haleine sur près de huit cent pages, entre étonnement, indignation et consternation, mais aussi, pour notre plus grand plaisir, de sourires en éclats de rire : commentaires railleurs, digressions pleines d'auto-dérision faisant écho à l'actualité générale ou personnelle de l'auteur, viennent plaisamment alléger le texte, au gré de drôles de parenthèses imbriquées comme des poupées russes.

C'est donc presque autant amusé par les anecdotes et le style, que tristement troublé par cette justice aux allures de loterie dénoncée par l'un des avocats de Lucien Léger, par ces apparences dont notre société tend souvent trop hâtivement à se satisfaire, et par le triste sort de ce couple condamné, manifestement à tort, à cette mort lente qu'a été leur détention vraiment à perpétuité - en prison pour lui, en asile psychiatrique pour elle -, que l'on s'installe longuement dans cette lecture coup de coeur.

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Patsales
  24 avril 2022
Philippe Jaenada prétend avoir dû se tourner vers la littérature du réel parce que sa vie devenue trop plan-plan ne lui permettait plus d'écrire des romans à forte connotation autobiographique. Ouais. Ouais. J'ai une autre théorie. Parce que dans son avant-dernier roman, « Plage de Manaccora, 16h30 », le héros est un écrivain nommé Voltaire. Et très clairement, Jaenada a décidé de se prendre pour l'illustre philosophe des Lumières. Même goût pour les cold cases et les réhab' (Henri Girard et Lucien Léger valant bien le Chevalier de la Barre ou le vieux Calas), même rage devant l'injustice, même ratiocinations sur les problèmes de santé qui les occupent à leur corps défendu, et bien sûr, même recours à la logique et à l'ironie pour pourfendre les sots, les méchants et les cyniques. Jean Calas n'a pu tuer son fils ne seul ni avec des complices : ça doit même être pour ça qu'il est innocent. Jacques Salce lui, est parfaitement coupable, au moins d'être un nazi, même si « au lieu de conserver son orgueil et sa confiance de pionnier, il s'est pissé dessus et a fait tout ce qu'il pouvait jusqu'à sa mort, en pleurnichant, pour qu'on le prenne pour un grand résistant ». Et, il faut le dire, j'ai beaucoup, beaucoup plus ri en lisant « Au printemps des monstres » qu'en compulsant le « Traité sur la tolérance », et pas seulement parce que le premier, en nombre de pages, fait 10 fois le second.
Bon, Jaenada se prend pour Voltaire, c'est sûr, pourtant c'est à un autre écrivain que je n'ai cessé de penser. L'homme qui digresse, qui va à sauts et à gambade, qui n'écrit que par allongeails sans jamais supprimer une version antérieure : il y a du Montaigne chez Jaenada !
Comme lui, il transforme une chronique par l'ajout d'un substrat autobiographique. Comme lui, il ne retranche jamais rien à son texte mais ne cesse de le commenter au point de toujours sembler surpris par son lecteur au moment même de l'écriture (par exemple, après avoir cité le personnage d'Emma Peel, incarnée par Diana Rigg, il note « À la relecture : qui vient de mourir ». Ou bien, il râle contre une avocate qui ne répond pas à ses demandes et fait amende honorable quand elle se manifeste enfin, concluant « (Je pourrais effacer ce que j'ai écrit plus haut, mais non. Je l'ai attendu six mois, ce mail, quand même.) ». Et, tandis que Montaigne se nourrit des stoïciens qu'il pille et surtout met en pratique car les livres sont faits pour être vécus, Jaenada aussi s'est donné des maîtres qu'il cite encore et toujours : Troplain et Ivani qui, les premiers, ont écrit un livre sur les incohérences de l'affaire Taron mais aussi Modiano, qu'il croise sans cesse dans cette affaire hors-norme à laquelle est mêlé de loin le père de l'écrivain, au point qu'on finit par ne plus savoir si c'est la littérature qui imite la vie, ou l'inverse.
Et surtout, Jaenada , par l'écriture, ne cherche-t-il pas, tout comme son illustre devancier, à apprivoiser la mort ?
Plus il parle des protagonistes de son histoire, plus il s'émeut de modestes points communs qu'il découvre (« le 25 mai, elle est confiée à la paroisse catholique de Saint-Potin (c'est ma date anniversaire et je travaille à Voici, il n'y a pas de hasard »). Jusqu'à, en lisant les lettres de Solange, dont la photo orne la couverture du livre, s'exclamer « [Solange aime bien les parenthèses.] »
(Sujet de thèse pour mes vieux jours : explorer l'utilisation différenciée des parenthèses et des crochets dans ce fichu bouquin)
Jaenada parle de vies injustement fracassées et s'identifie à elles : c'est sa façon de conjurer le sort. Ou de s'entraîner à vivre la tragédie qui nous pend tous au nez, par excès de cholestérol, grosse colère d'un éditeur exaspéré mettant à mort son poulain ou irruption du rouleau compresseur de l'injustice : « Je ne suis pas mort – joie. (j'aime (façon de parler) penser, en écrivant, en regardant mes doigts bouger sur le clavier (il faut que je me coupe les ongles) qu'un jour, dans quelques années (ou dans trois semaines), un lecteur dans son lit à Bastia, une lectrice dans un TGV vers Lyon, liront les premiers mots de ce chapitre et penseront : « Ben si. ») »
Alors voilà. le petit Luc Taron est mort. Solange est morte. Lucien Léger aussi. Et Jaenada, à vrai dire, ne se sent pas très bien. Mais il est vivant. Et nous aussi, de nous être indignés et d'avoir ri avec lui.
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critiques presse (10)
Telerama   26 septembre 2022
Il n’en fallait pas davantage au romancier loufoque, depuis quelque temps reconverti en enquêteur obsessionnel du passé, pour décider de se pencher sur l’oubliée « affaire Luc Taron », et bientôt se laisser pénétrer, engloutir, littéralement envahir par elle.
Lire la critique sur le site : Telerama
Psychologies   13 septembre 2021
L’auteur de La Serpe (Points, 2020) aime aller chercher ce qui se cache, ce qui se tait. Et il a trouvé. Il emporte le tout avec son style inimitable, mélange de journalisme et de notes personnelles, d’humour et de tragique.
Lire la critique sur le site : Psychologies
LeSoir   10 septembre 2021
La vérité n’est pas toujours celle qui convient à la justice, démontre Philippe Jaenada dans « Au printemps des monstres ».
Lire la critique sur le site : LeSoir
LesInrocks   06 septembre 2021
Cinquante-sept ans après les faits, le limier Jaenada rouvre ce cold case piégeux et plonge dans les eaux troubles de la France des sixties. Vertigineux de noirceur.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Elle   06 septembre 2021
Dans « Au printemps des monstres », Philippe Jaenada revient sur ce fait divers haletant et mène une enquête minutieuse. Rendant impossible de refermer le livre avant de l’avoir entièrement dévoré.
Lire la critique sur le site : Elle
LaCroix   06 septembre 2021
Revenant sur l’affaire de « L’Étrangleur », qui chamboula notre pays en 1964, Philippe Jaenada, affouillant la mémoire et les faits, bâtit un chef-d’œuvre.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaPresse   31 août 2021
En fin de compte, on finit par perdre de vue le petit Luc Taron. Si la première partie de l’œuvre est prenante, c’est tout juste avant la dernière que l’on ressent à nouveau ce frémissement apparu lors des premiers chapitres. L’enquête aurait pu être passionnante. Mais à force de vouloir tout rapporter et tout écrire, sur ses moindres ramifications, sur toutes les personnes qui ont évolué de près ou de loin autour de l’affaire, elle se retrouve, à son insu, noyée dans les détails.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaTribuneDeGeneve   31 août 2021
Une légèreté incongrue découle de ce savant numéro d’équilibriste, un humour pot-de-colle qui vous ramène sans cesse à ce mystère, vous en distrait. Ainsi des parenthèses, la réelle anicroche dans son style impeccable, qui infestent, amusent, décalent l’attention sans cesse du drame. Près de 1500 incises bousculent le mastodonte «Au printemps des monstres». Entre parenthèses, c’est là qu’on le préfère.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LesInrocks   19 août 2021
Dans une nouvelle enquête vertigineuse de noirceur, le limier Philippe Jaenada rouvre le “cold case”de Lucien Léger, du nom de cet homme condamné à 41 ans de prison pour le meurtre d’un enfant au milieu des années 60. Piégeur.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
LActualite   10 août 2021
L’auteur repasse avec brio dans l’affaire, y ajoutant ses propres déductions et utilisant la forme romanesque pour raconter le tout de façon hyper-efficace.
Lire la critique sur le site : LActualite
Citations et extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
FandolFandol   30 novembre 2021
J’ai quand même vérifié sur Google en rentrant, Broncho-pneumopathie chronique obstructive. Rien de grave : dans mes rêves. J’évite comme la peste les sites médicaux, dont on ne sort jamais sans la certitude d’une mort imminente dans des circonstances dégradantes, je n’ai donc parcouru rapidement et d’un seul œil que quelques lignes, qui m’ont suffi à réaliser que c’était tout ce qu’on veut sauf bénin, la BPCO : troisième cause de décès dans le monde après les maladies cardiaques et les AVC, bien plus que les cancers du poumon (de la gnognote), agonie lente, intolérable, bouteille d’oxygène indispensable, on devient sardine dans le fond de la barque, et une fois que c’est entamé, c’est irréversible. Merci Google, big up Doctissimo. Mais il est possible, ai-je cru comprendre, que si l’on arrête de fumer, le processus de dégradation se stabilise à peu près. Je n’avais pas besoin d’en savoir plus, j’ai arrêté de fumer.
(pages 637-638)
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CancieCancie   07 décembre 2021
Les médecins de la Salpêtrière ne décèlent rien de particulier, lui prescrivent quelques médicaments pour la détendre ou au contraire la tonifier, et comme rien ne paraît donner de résultats satisfaisants, ils prennent, par ignorance, inconscience, incompétence ou paresse, la décision qui va changer sa vie pour toujours : ils l’adressent à leurs collègues de Henri-Rousselle, l’hôpital rattaché depuis 1941 à Sainte-Anne. Là, on a moins de scrupules, on fait moins de manières, on lui donne divers cachets, aux effets variés, en espérant que l’un ou l’autre ait un effet positif. C’est comme cela que la science avance : en essayant.
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CancieCancie   03 octobre 2021
En direct sur France inter, le reporter présent sur place fait vivre l’événement aux auditeurs comme une arrivée d’étape de montagne sur le Tour de France, en criant pour essayer de dominer le vacarme de la meute déchaînée : « comme vous pouvez vous en rendre compte, les gens huuuuurlent ! L’homme très pâle, entouré des policiers et des commissaires divisionnaires, entre à l’intérieur du palais de justice. Nous sommes en ce moment submergés par la foule ! Les gens crient, l’homme reçoit des coups de toute part ! Les policiers sont obligés de le protéger, il se fait taper dessus par tous les gens qui se trouvent aux abords du palais de justice ! »
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CancieCancie   23 octobre 2021
Adeline Pichard, son avocate au moment de la treizième demande rejetée, résumera remarquablement ce que cela signifie :  « Ainsi interdit-on à un détenu le droit de dire son innocence, le droit de contester une condamnation revêtue de l’autorité de la chose jugée, le droit de maintenir son système de défense, le droit de s’exprimer, le droit de penser, le droit de conserver son intérêt moral et sa dignité. Ainsi supprime-t-on la possibilité même de l’erreur judiciaire, dans une société démocratique, et proclame-t-on l’infaillibilité des juges et de la justice française. In faillibilité pourtant mise à mal par tant d’affaires récentes ou anciennes. »
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FandolFandol   23 novembre 2021
Les médias sont à la fois le cadre, le décor, l’outil de communication, la chambre d’écho, le ressort, l’un des personnages principaux et même le moteur et le carburant de l’affaire Léger/Taron : Lucien Léger s’est servi des médias pour réussir son coup, pour prendre la direction des opérations et affoler la France ; Lucien Léger a été arrêté à cause des médias, à cause de son attirance pour les médias, qui l’ont aspiré et livré tout rôti à la police ; les médias ont jugé Lucien Léger avant l’heure, pas une colonne n’ayant émis le moindre doute – depuis deux ans, dans la presse, on l'appelle « l’assassin », « le monstre », « le tueur fou », comme on appellerait un plombier « le plombier »…
(page 217)
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Vidéo de Philippe Jaenada
Retour en image sur le 32è Festival du livre de Colmar, les 27 et 28 novembre 2021. Christian CIFFRE, éducateur spécialisé et modérateur de cette rencontre débâtera sur le thème : « Des faits-divers terribles dont on fait les meilleurs romans ». Les invités de cette rencontre : Philippe JAENADA et Jean-Baptiste ANDREA.
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