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Marie Tadié (Traducteur)
ISBN : 2070405486
Éditeur : Gallimard (16/06/1998)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 68 notes)
Résumé :
La colombe c'est Milly Theale, une jeune orpheline qui a hérité d'une fortune immense.

Face à elle, Kate, réfugiée chez sa tante, amie de Milly Theale. Entre ces femmes, quelques hommes, dont Merton Densher, amoureux de Kate, et Lord Mark, qui doit l'épouser. Une intrigue complexe, que Henry James a su animer avec une virtuosité inégalée.

Les secrets des amoureux, la jalousie, les sentiments contradictoires du désir et de la haine, de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
hoteldelaplage
  19 février 2019
Il arrive parfois, devant certains tableaux cubistes, de se demander ce qui a bien pu passer par la tête du peintre pour décider un jour que la représentation figurative méticuleuse ne suffisait pas. Une réponse classique à cette question est que, las de répéter des formes connues à coups de touches nettes et précises, ce même peintre, trop virtuose pour se contenter de refaire ce qui a déjà été si bien exécuté avant lui, a décidé de concevoir son art autrement. Changer d'angle, proposer sur une même toile des perspectives contraires, devient ainsi une expérience artistique nouvelle par laquelle l'observateur découvre une oeuvre étrange, déconcertante, voire difficile d'accès : le personnage qui se présente en peinture paraît impossible, et l'oeil doit produire un effort de concentration supplémentaire pour que se dégage petit à petit une impression d'harmonie. Passée la confusion du premier regard, force est alors de constater le génie de l'artiste qui a su ainsi bouleverser les méthodes pour aboutir à un ensemble beaucoup plus cohérent et complexe qu'il n'y paraissait d'abord.
Dans une certaine mesure, Les ailes de la colombe sont à la littérature ce que sont Les demoiselles d'Avignon à la peinture : une apothéose, un point d'orgue de l'expérience moderne. Henry James, parti, dans sa carrière d'écrivain, de modèles romanesques balisés voire rebattus dans le troisième tiers du XIXème siècle (Roderick Hudson, Washington Square), s'attaque au tournant du XXème à un travail nouveau. Ses trois derniers grands romans reprennent les thèmes qui lui sont chers (les rapports entre Ancien et Nouveau Mondes, l'argent, l'art, la manipulation...) ; cependant, il s'y attache non plus seulement à raconter les événements d'une intrigue amoureuse vermoulue par l'ambition de personnages avides, mais bel et bien à montrer comment c'est par ce que ces personnages se représentent, par ce qu'ils croient avoir deviné, ou par les intentions qu'ils prêtent aux autres personnages, que l'intrigue avance. Il s'agit pour James de montrer que la construction de l'intrigue est elle-même une intrigue en soi. Là où, dans Portrait de femme ou même dans Les dépouilles de Poynton plus tard, il accordait encore à son narrateur une fonction de médiateur entre l'intrigue et le lecteur relativement assumée, à partir de Les ailes de la colombe puis encore dans Les ambassadeurs et La coupe d'or, tout ou presque n'est plus question que de point de vue et de focalisation. C'est donc au lecteur que revient, comme devant un Braque ou un Picasso, le soin de reconstituer la vue d'ensemble d'une intrigue qui peut sembler très simple lorsqu'on la résume, mais qui ne se dessine qu'à travers la brume épaisse des perceptions et des tentatives d'interprétation des personnages par lesquels on la découvre.
C'est donc au prix d'efforts intenses que l'on suit les interactions de quelques individus tous plus fascinants les uns que les autres : la prodigieuse Kate Croy, jeune femme célibataire issue d'une branche désargentée de la gentry, à la beauté sèche et à l'intelligence supérieure ; Merton Densher, son amant secret, un roturier auquel on ne connaît pas d'autre attache que son emploi de journaliste ; Maud Lowder, la richissime tante de Kate qui a recueilli la jeune femme et nourrit pour elle l'ambition d'un mariage à la hauteur de son panache ; Lord Mark, un aristocrate qui incarne de manière prototypique le flegme anglais et se sert du prestige de cette couverture pour dissimuler sa soif de richesse. Au milieu de cette faune anglaise vert forêt apparaît un beau jour Milly Theale, une jeune New Yorkaise orpheline et riche à millions qui débarque à Londres et devient aussitôt la coqueluche de la société suscitée. Son teint diaphane, sa majestueuse pureté ajoutent à son aura presque surnaturelle, et c'est autour d'elle que vont graviter les sentiments et les ambitions indicibles des uns et des autres. de Londres à Venise en passant par le Tyrol, c'est toute une éducation européenne qui attend Milly, chaperonnée par son amie bostonienne Susan Stringham. le Vieux Continent se dessine sous la plume de James comme un territoire étrange et dangereux où, sous le vernis craquelé des codes sociaux ancestraux et la dorure fanée des splendeurs vénitiennes, se tapissent les machinations les plus banales et les appétits les plus féroces. Les personnages, en apparence pétris de civilisation, ne font plus figure que de bêtes sauvages qui ne sont pas à un sacrifice près pour arriver à leurs fins.
Les ailes de la colombe est un magnifique roman, ample, qui prend son temps, et dans lequel s'expriment au superlatif le style de James, l'acuité de son regard et son talent pour contrôler les effets. C'est un voyage littéraire difficile, qui requiert probablement déjà une certaine expérience de lecteur pour procurer autant de plaisir qu'il exige d'attention et de concentration, mais c'est au-delà de cela un chef d'oeuvre absolu dans lequel s'enchaînent presque sans discontinuer des pages à la splendeur unique et mystérieuse. Je parlais d'apothéose littéraire en préambule : c'est exactement ce qu'il est pour moi.
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Jeemroc
  09 juillet 2012
La lecture d' Henry James est toujours très exigeante, il faut une attention de chaque instant pour suivre les inflexions psychologiques des personnage. Mais avec Les ailes de la colombe on attaque vraiment du lourd.
Lire ces histoires d'amour contrariées, dans un décors de palais vénitiens décrépis qu 'on croirait avoir été créé spécialement pour cette histoire, était déjà un vrai bonheur de lecteur.
Mais un article m'a mis la puce à l'oreille. Alors je suis retourné dans ce texte, et là oh stupeur j'ai vu un voile se lever. C'était là depuis le début, écrit noir sur blanc. Tous ces échanges si spirituels disaient une seule et même chose :
-Je vaux tant, qu'est-ce que vous donner en échange ?
Henry James racontait en fait l'impact dévastateur de l'argent sur la société. Il y avait du Maupassant dans ce texte.
Dans une société de rentiers, où les individus n'avaient aucune possibilité de vivre décemment de leur travail, la seule possibilité de vivre en humain est de bénéficier d'une rente, d'une part de richesse, sinon on glisse inexorablement vers une vie infra humaine. D'où ces comportements de prédateurs d'une violence absolue au sein d'une société d'un luxe et d'une sophistication inouï. C'était particulièrement vrai pour les femmes. On retrouve cette situation omniprésente chez Maupassant, et la même dénonciation dans un autre chef d'oeuvre de sa grande amie, Chez les heureux du monde de Edith Wharton.
J'avais donc lu une histoire et H James en racontait aussi une autre. Et je suis loin d'avoir épuisé l'infinie richesse de ce texte. Cette petite anecdote pour vous donner une idée de ce qui peut arriver à la lecture de ces textes.
Il est heureux que la lecture ne soit pas seulement une distraction. Henry James, Witkiewitcz et quelques autres vous « offrent » aussi la possibilité d'une véritable aventure intellectuelle et humaine.
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vilvirt
  13 mai 2011
J'ai découvert Henry James avec le Tour d'Ecrou, qui n'était pas une lecture facile, mais dont l'atmosphère et la psychologie fouillée des personnages m'avaient bluffé. Grâce au challenge de Cléanthe, j'ai décidé de lire une nouvelle et un roman de cet auteur, pour me familiariser avec son style et découvrir d'autres récits. Bien m'en a pris puisque le Menteur a été une vraie réussite, j'ai adoré cette petite histoire et j'ai voulu renouveler le plaisir avec Les Ailes de la Colombe.
A la lecture ce roman (ce pavé, devrais-je dire !) mon avis a été très mitigé. le style, d'abord, est assez rebutant. La ponctuation omniprésente est devenue parfois un véritable calvaire, sans parler des très très longues phrases et des paragraphes sans fin qu'il me fallait parfois reprendre depuis le début, parce que j'avais perdu le fil en route. Il faut tout de même souligner que ce livre doit être lu dans une ambiance particulière, propre à favoriser la concentration, et que le fait que j'ai plutôt tendance à multiplier mes lectures ne m'a pas aidé. Comme pour le Rouge et le Noir, c'était une erreur. C'est le genre de livre qui doit être abordé dans la tranquillité (un mot qui perd toute sa signification chez moi !), et sans interruption, sinon on perd le fil et la compréhension s'en ressent. le risque à ce moment précis, c'est de basculer dans l'ennui, ce qui m'est arrivé plus d'une fois, malheureusement. Je me suis retrouvée avec la même impression qu'avec A Rebours de Huysmans, livre difficile, obscur et terriblement inadapté à l'adolescente que j'étais lorsque je l'ai commencé.
Le style, disais-je, m'a parut assez pompeux. La description des sentiments des protagonistes, le fil de leurs réflexions sont souvent terriblement durs à suivre, et je me suis quelquefois demandée s'il était vraiment nécessaire d'employer toutes ces circonvolutions de langage pour mettre un mot sur leurs impressions. (la simplicité reste une valeur sûre pour moi !) Toujours à cause de ce style si particulier (et que je n'ai pas autant ressenti dans ses autres nouvelles) et de la lenteur des évènements, je ne me suis pas sentie autant par le récit que je l'aurais dû, et je suis probablement passée à côté de pas mal de détails...
Au-delà de tout cela, il reste quelques points positifs. Les personnages de Kate Croy et de Merton Densher sont particulièrement fascinants dans leur rapports avec les autres et surtout la relation qu'ils entretiennent. Leur sentiments sont puissants, dictés par la passion et une volonté absolue de vivre leur histoire au grand jour, malgré les obstacles de l'époque. Leurs échanges sont des bijoux d'intelligence et l'amour qui les rapproche et souffre de leurs différences sociales va les conduire à bâtir un plan ambigu pour parvenir à leurs fins. Milly Theale sera leur victime - une victime consentante, étant l'amie de Kate et ressentant certaines émotions pour Densher - et sa richesse apparaît très vite comme l'unique planche de salut de Densher s'il souhaite pouvoir épouser Kate, mais le caractère désarmant de la colombe va apporter du fil à retordre à nos deux amants. On peut sans conteste affirmer qu'Henry James excelle à développer la psychologie de ses personnages, et que la lutte des émotions qui se bousculent en eux est souvent bouleversante. Même si elle est exprimée dans un style difficile, l'auteur a atteint son but puisque je me suis sentie proche de ses héros et émue tout particulièrement par le sort de Milly.
La suite ici :
Lien : http://tranchesdelivres.blog..
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maylibel
  19 mai 2014
Kate Croy, jeune anglaise sans dot, vit avec sa riche tante Mrs Lowder, qui veut lui faire épouser son ami Lord Mark. Mais son amant est Merton Densher, un journaliste désargenté. Un jour, ils rencontrent Milly Theale, américaine héritière d'une immense fortune qui voyage en Europe alors qu'elle est gravement malade.
Le problème de ce roman, c'est qu'Henry James a choisi d'y traiter son sujet de manière indirecte. Les événements au coeur de l'intrigue ne sont jamais clairement énoncés, mais toujours suggérés, comme reflétés à travers un miroir. C'est un procédé qui aurait pu être intéressant dans un texte court. Mais dans un livre de 800 pages, où il se passe au final peu de choses (la quatrième de couverture dévoile en quelques lignes l'essentiel de l'histoire), cela provoque des longueurs franchement agaçantes. D'autant que paradoxalement on trouve beaucoup d'ellipses dans ce texte, si bien que jamais je ne suis parvenue à m'attacher aux personnages. On n'a en effet que rarement accès aux sentiments de ces derniers, si ce n'est à travers le regard des autres.
Les Ailes de la colombe est un roman complexe, pas toujours facile à suivre. Il est très difficile de l'apprécier si vous n'adhérez pas à la manière (indéniablement originale) dont Henry James conduit sa narration. Or je n'y suis pas parvenue.
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Bene31
  18 juillet 2014
L'été est là et les pavés aussi, on en profite pour réviser ses classiques et combler ses lacunes. Cette fois-ci je me suis attaquée à Henry James et ses Ailes de la colombe. J'avais un très bon souvenir de Portrait de femme et de la Coupe d'or, pourtant j'ai trouvé celui-ci inégal, parfois ennuyeux. La lecture d'Henry James requiert beaucoup d'attention et de concentration car on risque de s'y perdre facilement, le style ne néglige aucun détail, fait des circonvolutions entre les différents points de vue des personnages. L'intérêt du roman réside justement dans la psychologie des personnages, très approfondie, en revanche l'histoire est plutôt simple.
Kate Croy, une jeune anglaise de bonne famille dont le père a dilapidé la fortune, est amoureuse de Merton Densher, un jeune journaliste désargenté. La tante de Kate a d'autres projets pour la jeune fille et souhaite l'unir à un certain Lord Mark. Un beau jour Kate fait la connaissance de Milly Theale, une jeune héritière américaine, en voyage à travers l'Europe avec une amie. Milly fait l'unanimité autour d'elle mais sa fortune considérable attire toutes les convoitises. Milly apprend bien vite qu'elle est condamnée. Kate voit alors la belle aubaine, elle persuade Merton de séduire Milly et de parvenir à l'épouser afin d'hériter de sa fortune. Ainsi devenu riche, il pourra épouser Kate sans que sa tante y fasse objection.
Ce roman nous entraîne de Londres à Venise, là où le drame se joue. Derrière l'amour, l'amitié se cache toujours la seule valeur que tous respectent, le véritable enjeu : l'argent. Milly, que tout le monde compare à une colombe, n'est pas dupe, même si ces qualités, sa soif de vivre font pourtant l'admiration de tous. Heureusement que Milly affiche une fausse naïveté tant ce personnage est irritant de perfection !
Les Ailes de la colombe est malgré tout un très beau roman sur l'amitié, l'abnégation, la pression et les conventions sociales où l'impact de l'argent s'avère pervertir les rapports humains.
Lien : http://bene31.canalblog.com/..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
paraty62paraty62   31 décembre 2013
Ses pas, il est vrai, soulevaient l’étonnement ; elle pouvait presque voir dans les yeux des passants le reflet de son image et de son allure. La grande question qui les angoissait tous dans cet affreux parc, qu’était-ce, sinon celle de vivre ? Ils pouvaient vivre, s’ils le voulaient ; c’est, comme à elle, ce qu’on leur avait dit ; et elle les voyait autour d’elle, sur des bancs, ruminant cette nouvelle, la reconnaissant comme une chose assez familière sous un aspect quelque peu différent, cette vieille vérité bénie qu’ils vivraient s’ils le pouvaient. Elle regarda de nouveau autour d’elle, à ses pieds, ses mélancoliques compagnons épars – quelques-uns si mélancoliques qu’ils étaient à plat ventre sur l’herbe, cherchant l’évasion, l’oubli, se terrant ; et elle comprit de nouveau, à leur vue, ces deux côtés de la question qui laissaient si peu de place au choix : le côté superficiellement plus frappant, d’après lequel, pour vivre, il fallait le vouloir ; et l’autre, plus tentant, plus insinuant, bref, irrésistible d’après lequel pour vivre, il fallait le pouvoir.
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Pendant quelques minutes ils demeurèrent l’un et l’autre devant cette vérité, et il devint conscient de quelque chose de plus profond encore, de quelque chose qu’elle désirait qu’il comprît, s’il voulait seulement s’en donner la peine. Ce fut le seul appel qu’elle lui adressa, appel à l’intelligence dont elle voulait lui montrer qu’elle le croyait doué. Il n’était d’ailleurs pas homme, en tout cas, à manquer totalement de compréhension. « Je sais naturellement combien je réponds mal à un rêve grand et tendre. Vous avez un projet, un projet grandiose que je comprends parfaitement. Je sais à fond ce que je ne suis pas, et je vous suis très reconnaissant de ne pas me le rappeler de manière plus brutale. » Elle ne répondit rien – elle ne fléchit pas ; peut-être même pour le laisser aller plus loin, s’il en était capable, sur la voie de l’indigence d’esprit. C’était l’une de ces situations où un homme ne peut se montrer, s’il arrive même à se manifester, que médiocre…
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Elle se laissait porter, et elle sentit alors pourquoi elle avait voulu venir seule. Personne au monde n’aurait pu partager suffisamment son état ; aucun lien n’eût été assez étroit pour permettre à un pas de s’unir au sien sans quelque différence. Elle sentait vraiment, dans cette première ivresse, que ses seuls amis seraient tous les êtres qui l’entouraient, stimulants par leur impersonnalité même, et son seul domaine l’immensité grise. L’immensité grise était soudain devenue son élément ; l’immensité grise était ce que son remarquable ami avait introduit dans sa vie, et le visage que revêtit alors fatalement cet ordre de « vivre », qu’il lui avait donné, de vivre parce qu’elle choisissait, parce qu’elle voulait vivre. Elle marchait droit devant elle, sans faiblesse, avec force ; et elle se sentait, tout en poursuivant sa route, plus heureuse encore d’être seule, car personne n’eût consenti à la suivre dans sa course impétueuse.
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Elle croyait déjà sentir cette arme sur ses épaules, si bien qu’elle avançait vraiment comme un soldat en marche – comme si, pour l’entraîner, on avait sonné la charge. Elle traversa des rues inconnues, des ruelles poussiéreuses, jonchées de détritus, resserrées entre de longues rangées de façades que n’effleurait jamais la lumière d’été ; elle se sentait la force de marcher à jamais et eût voulu se perdre ; et par moments, lorsqu’elle s’arrêtait à certains croisements pour choisir sa direction, elle mettait vraiment en pratique l’ordre qu’il lui avait donné de se réjouir de son activité. Une raison si neuve rendait le plaisir neuf ; elle affirmerait sans délais son choix, sa volonté ; cette prise de possession de tout ce qui l’entourait constituait, pour commencer, une belle affirmation ; peu lui importaient les alarmes.
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Ses paroles avaient été l’élan final, la nuance qui la laissait en proie à des sentiments divers, amalgame étrange qui lui faisait éprouver en même temps ce qu’elle avait perdu et ce qu’elle avait gagné. Tout en continuant à marcher à l’aventure, il lui semblait merveilleux que perte et gain se compensent ainsi ; il l’avait traitée comme si sa vie ne dépendait que d’elle ; mais on ne traitait ainsi les gens, semblait-il, que lorsqu’ils étaient en danger de mort. Le sentiment de sécurité qu’elle avait autrefois avait certes perdu à jamais son bel éclat ; elle l’avait laissé là, derrière elle, pour toujours. Mais on lui avait offert en échange l’idée séduisante d’une grande aventure, d’une expérience ou d’une lutte immense et vague à laquelle elle pourrait participer plus efficacement qu’autrefois.
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