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Marie Tadié (Traducteur)
EAN : 9782070405480
816 pages
Éditeur : Gallimard (16/06/1998)
3.7/5   77 notes
Résumé :
La colombe c'est Milly Theale, une jeune orpheline qui a hérité d'une fortune immense.

Face à elle, Kate, réfugiée chez sa tante, amie de Milly Theale. Entre ces femmes, quelques hommes, dont Merton Densher, amoureux de Kate, et Lord Mark, qui doit l'épouser. Une intrigue complexe, que Henry James a su animer avec une virtuosité inégalée.

Les secrets des amoureux, la jalousie, les sentiments contradictoires du désir et de la haine, de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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karmax211
  31 août 2021
Si l'on veut s'immerger dans ce que la langue offre de plus beau, si l'on est prêt à faire une cure littéraire, se laisser pénétrer, devenir perméable et bénéficier de ce que j'appellerais un phénomène d'imprégnation du génie des mots, de ce qu'ils véhiculent de plus haut, de plus fort, de plus noble en termes d'esthétique et dit prosaïquement de sémantique, alors il faut réserver quelques jours de sa vie dans les thermes de l'immense écrivain qu'est Henry James.
Pour mener à bien cette cure, il faut laisser derrière soi les mauvaises habitudes contractées en lisant de la littérature industrielle, des romans fast-food ou feel-good, qui ne sont en fait que les deux faces de la même pièce, et consentir au dépouillement, à la détox, à un retour ou à une approche de la lecture méditative, introspective, à celle qui fait abstraction de tout ce qui n'est pas ELLE, qui parasite, pour se fondre dans un roman de 800 pages... dans lesquelles il ne faut jamais laisser échapper le moindre mot, moins encore la moindre phrase.
Être suffisamment disponible et patient pour ne pas craindre d'avoir à revenir une ou plusieurs fois sur un mot, une phrase, un paragraphe ou une page déjà lus.
Ce n'est qu'à ce prix que la lecture vous sera profitable, que vous sentirez au dernier mot de la 800ème page que votre cure a été bénéfique.
Non pas qu'elle aura fait de vous un lecteur débarrassé à tout jamais de ses scories que sont les mauvaises habitudes, les tentations qui guettent et auxquelles on ne résistera pas très longtemps, ne serait-ce que parce que y succomber est une façon comme une autre ou presque de se défaire (provisoirement) de ladite tentation.
Elle vous aura permis de tutoyer le temps d'une parenthèse l'Olympe de l'art littéraire, sous le regard bienveillant d'Apollon.
Il serait frustrant de se dire qu'ayant goûté à l'ambroisie littéraire, on est condamné à retrouver les "piquettes" et à s'en satisfaire à défaut de pouvoir être à nouveau invité à la table des dieux.
Ce serait absurde de voir la chose ainsi.
Ce que vous aurez fait une fois, vous pourrez le refaire.
James n'a pas écrit, "dieux merci... !", qu'un seul livre.
D'autres n'attendent que vous.
À ce moment de mon invite à une cure de littérature, il devient plus que normal de vous impatienter et de vous interroger sur ce que cette belle langue raconte, de vous exclamer : c'est bien beau tout ça, mais il parle de quoi ce livre ?
Moi de répondre :
d'une histoire a priori plutôt banale : une captation d'héritage.
Un thème somme toute cent fois visité.
Oui mais Henry James est un diable d'écrivain.
Imaginez des paysages peints par d'excellents paysagistes.
On peut avoir l'impression d'avoir affaire à des "copistes".
Sauf si le paysagiste se nomme Cézanne ou Van Gogh...
Donc, deux amants très épris sont prisonniers de leur trop modeste condition.
Pour le dire de manière triviale : ils sont fauchés
Elle, Kate Croy, est la plus belle jeune femme de Londres et une personne remarquablement intelligente, une aristocrate déchue, aux mains de sa tante Maud, femme riche et ambitieuse, qui a pour l'avenir de sa nièce de "nobles" projets... dont est exclu Merton Densher, l'amoureux de Kate, journaliste sans fortune et sans avenir.
Aux États-Unis vit une séduisante jeune fille, orpheline et richissime, Milly Theale dont la meilleure amie Susan Stringham fut jadis très liée à Maud Lowder.
Un voyage en Europe est envisagé par nos deux Américaines.
Voyage dont l'épicentre va être Londres.
Susan, très préoccupée par la santé très fragile de Milly, sa jeune protégée, va la présenter à Tante Maud et à Kate.
Coup de foudre des deux femmes pour celle que Kate qualifie de " colombe"...
Entre les deux jeunes femmes naît une "profonde" amitié.
Jusqu'au jour où Milly apprend que Morton Densher, ce jeune journaliste qu'elle a croisé lors d'un séjour professionnel à New York et dont elle s'est éprise, est un ami proche des deux Londoniennes.
Les deux amants sachant que l'espérance de vie de Milly ne tient à presque rien vont se servir du sentiment de la jeune colombe pour Morton.
Kate est des deux la plus froide, la plus calculatrice, la plus manipulatrice et la plus déterminée.
Morton est le maillon faible du couple. Celui que sa conscience ne laisse pas en paix.
Mais il est faible et amoureux ou faible parce qu'amoureux ?
Kate n'est-elle pas allée jusqu'à se donner à lui pour qu'il accepte de tromper la pauvre colombe !
La mort va se jouer à Venise... c'est presque un classique du genre.
Entre les un(e)s et les autres, c'est la lutte des âmes, le jeu pervers des contradictions, de l'amour de la haine.
Les intrigues sentimentales mues par l'appât du gain, et le gain est immense, créent un vortex, des dédales tortueux, des méandres obscures, au sein des âmes des protagonistes en proie à tous les déchirements, prêts à toutes les vilenies... parce que ainsi va l'humain... et n'en doutez pas... ça vaut bien un bon polar !
La colombe que l'amour parvenait à garder en vie finira, par la trahison ourdie par ( ? ), par déployer ses ailes, non sans avoir accompli un dernier acte d'amour et d'héroïsme...
Au final "dans cette nouvelle variation sur un thème qui l'a obsédé toute sa vie (l'écrivain n'est-il pas par essence condamné à manquer sa vie, étant condamné à ne la vivre qu'à travers les livres), l'innocente colombe (Milly, une riche héritière) triomphera du sordide complot ourdi contre elle par un couple d'amants désargentés. Densher, le jeune homme qui devait la séduire pour s'emparer de sa fortune, sera converti à l'amour véritable, il préférera la mémoire de la morte à la présence de Kate, son amante."
On retrouve dans ce roman les thèmes chers à Henry James : l'opposition entre la jeune Amérique moins corrompue que la vieille Europe, le pouvoir de l'argent, le dévoiement des hommes face aux apparences, l'obsession de la mort...
Une très, très grande lecture qui se caractérise et se singularise selon Bertrand Poirot-Delpech "par une accumulation patiente de menus faits et de fines analyses."
Mais ces menus faits et cette accumulation de fines analyses finissent par former un bloc narratif romanesque de haute volée qui, en dépit de ses exigences, séduit le lecteur... patient.
Précisons que tout n'est pas dit dans ce roman.
Tout n'est pas explicité.
Le mal dont souffre Milly n'est jamais nommé...
La malfaisance dont s'est naguère rendu coupable le père de Kate... ses indélicatesses restent dans le flou.
Ce n'est pas frustrant si l'on se dit que le lecteur n'est pas qu'un oisillon affamé qui n'attend que sa becquetée.
Il lui faut apprendre à attendre que poussent ses ailes pour pouvoir voler hors du nid.
Peut-être croisera-t-il lors de son envol les ailes d'une colombe ?...
Un classique.
Un chef-d'oeuvre.

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hoteldelaplage
  19 février 2019
Il arrive parfois, devant certains tableaux cubistes, de se demander ce qui a bien pu passer par la tête du peintre pour décider un jour que la représentation figurative méticuleuse ne suffisait pas. Une réponse classique à cette question est que, las de répéter des formes connues à coups de touches nettes et précises, ce même peintre, trop virtuose pour se contenter de refaire ce qui a déjà été si bien exécuté avant lui, a décidé de concevoir son art autrement. Changer d'angle, proposer sur une même toile des perspectives contraires, devient ainsi une expérience artistique nouvelle par laquelle l'observateur découvre une oeuvre étrange, déconcertante, voire difficile d'accès : le personnage qui se présente en peinture paraît impossible, et l'oeil doit produire un effort de concentration supplémentaire pour que se dégage petit à petit une impression d'harmonie. Passée la confusion du premier regard, force est alors de constater le génie de l'artiste qui a su ainsi bouleverser les méthodes pour aboutir à un ensemble beaucoup plus cohérent et complexe qu'il n'y paraissait d'abord.
Dans une certaine mesure, Les ailes de la colombe sont à la littérature ce que sont Les demoiselles d'Avignon à la peinture : une apothéose, un point d'orgue de l'expérience moderne. Henry James, parti, dans sa carrière d'écrivain, de modèles romanesques balisés voire rebattus dans le troisième tiers du XIXème siècle (Roderick Hudson, Washington Square), s'attaque au tournant du XXème à un travail nouveau. Ses trois derniers grands romans reprennent les thèmes qui lui sont chers (les rapports entre Ancien et Nouveau Mondes, l'argent, l'art, la manipulation...) ; cependant, il s'y attache non plus seulement à raconter les événements d'une intrigue amoureuse vermoulue par l'ambition de personnages avides, mais bel et bien à montrer comment c'est par ce que ces personnages se représentent, par ce qu'ils croient avoir deviné, ou par les intentions qu'ils prêtent aux autres personnages, que l'intrigue avance. Il s'agit pour James de montrer que la construction de l'intrigue est elle-même une intrigue en soi. Là où, dans Portrait de femme ou même dans Les dépouilles de Poynton plus tard, il accordait encore à son narrateur une fonction de médiateur entre l'intrigue et le lecteur relativement assumée, à partir de Les ailes de la colombe puis encore dans Les ambassadeurs et La coupe d'or, tout ou presque n'est plus question que de point de vue et de focalisation. C'est donc au lecteur que revient, comme devant un Braque ou un Picasso, le soin de reconstituer la vue d'ensemble d'une intrigue qui peut sembler très simple lorsqu'on la résume, mais qui ne se dessine qu'à travers la brume épaisse des perceptions et des tentatives d'interprétation des personnages par lesquels on la découvre.
C'est donc au prix d'efforts intenses que l'on suit les interactions de quelques individus tous plus fascinants les uns que les autres : la prodigieuse Kate Croy, jeune femme célibataire issue d'une branche désargentée de la gentry, à la beauté sèche et à l'intelligence supérieure ; Merton Densher, son amant secret, un roturier auquel on ne connaît pas d'autre attache que son emploi de journaliste ; Maud Lowder, la richissime tante de Kate qui a recueilli la jeune femme et nourrit pour elle l'ambition d'un mariage à la hauteur de son panache ; Lord Mark, un aristocrate qui incarne de manière prototypique le flegme anglais et se sert du prestige de cette couverture pour dissimuler sa soif de richesse. Au milieu de cette faune anglaise vert forêt apparaît un beau jour Milly Theale, une jeune New Yorkaise orpheline et riche à millions qui débarque à Londres et devient aussitôt la coqueluche de la société suscitée. Son teint diaphane, sa majestueuse pureté ajoutent à son aura presque surnaturelle, et c'est autour d'elle que vont graviter les sentiments et les ambitions indicibles des uns et des autres. de Londres à Venise en passant par le Tyrol, c'est toute une éducation européenne qui attend Milly, chaperonnée par son amie bostonienne Susan Stringham. le Vieux Continent se dessine sous la plume de James comme un territoire étrange et dangereux où, sous le vernis craquelé des codes sociaux ancestraux et la dorure fanée des splendeurs vénitiennes, se tapissent les machinations les plus banales et les appétits les plus féroces. Les personnages, en apparence pétris de civilisation, ne font plus figure que de bêtes sauvages qui ne sont pas à un sacrifice près pour arriver à leurs fins.
Les ailes de la colombe est un magnifique roman, ample, qui prend son temps, et dans lequel s'expriment au superlatif le style de James, l'acuité de son regard et son talent pour contrôler les effets. C'est un voyage littéraire difficile, qui requiert probablement déjà une certaine expérience de lecteur pour procurer autant de plaisir qu'il exige d'attention et de concentration, mais c'est au-delà de cela un chef d'oeuvre absolu dans lequel s'enchaînent presque sans discontinuer des pages à la splendeur unique et mystérieuse. Je parlais d'apothéose littéraire en préambule : c'est exactement ce qu'il est pour moi.
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Jeemroc
  09 juillet 2012
La lecture d' Henry James est toujours très exigeante, il faut une attention de chaque instant pour suivre les inflexions psychologiques des personnage. Mais avec Les ailes de la colombe on attaque vraiment du lourd.
Lire ces histoires d'amour contrariées, dans un décors de palais vénitiens décrépis qu 'on croirait avoir été créé spécialement pour cette histoire, était déjà un vrai bonheur de lecteur.
Mais un article m'a mis la puce à l'oreille. Alors je suis retourné dans ce texte, et là oh stupeur j'ai vu un voile se lever. C'était là depuis le début, écrit noir sur blanc. Tous ces échanges si spirituels disaient une seule et même chose :
-Je vaux tant, qu'est-ce que vous donner en échange ?
Henry James racontait en fait l'impact dévastateur de l'argent sur la société. Il y avait du Maupassant dans ce texte.
Dans une société de rentiers, où les individus n'avaient aucune possibilité de vivre décemment de leur travail, la seule possibilité de vivre en humain est de bénéficier d'une rente, d'une part de richesse, sinon on glisse inexorablement vers une vie infra humaine. D'où ces comportements de prédateurs d'une violence absolue au sein d'une société d'un luxe et d'une sophistication inouï. C'était particulièrement vrai pour les femmes. On retrouve cette situation omniprésente chez Maupassant, et la même dénonciation dans un autre chef d'oeuvre de sa grande amie, Chez les heureux du monde de Edith Wharton.
J'avais donc lu une histoire et H James en racontait aussi une autre. Et je suis loin d'avoir épuisé l'infinie richesse de ce texte. Cette petite anecdote pour vous donner une idée de ce qui peut arriver à la lecture de ces textes.
Il est heureux que la lecture ne soit pas seulement une distraction. Henry James, Witkiewitcz et quelques autres vous « offrent » aussi la possibilité d'une véritable aventure intellectuelle et humaine.
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vilvirt
  13 mai 2011
J'ai découvert Henry James avec le Tour d'Ecrou, qui n'était pas une lecture facile, mais dont l'atmosphère et la psychologie fouillée des personnages m'avaient bluffé. Grâce au challenge de Cléanthe, j'ai décidé de lire une nouvelle et un roman de cet auteur, pour me familiariser avec son style et découvrir d'autres récits. Bien m'en a pris puisque le Menteur a été une vraie réussite, j'ai adoré cette petite histoire et j'ai voulu renouveler le plaisir avec Les Ailes de la Colombe.
A la lecture ce roman (ce pavé, devrais-je dire !) mon avis a été très mitigé. le style, d'abord, est assez rebutant. La ponctuation omniprésente est devenue parfois un véritable calvaire, sans parler des très très longues phrases et des paragraphes sans fin qu'il me fallait parfois reprendre depuis le début, parce que j'avais perdu le fil en route. Il faut tout de même souligner que ce livre doit être lu dans une ambiance particulière, propre à favoriser la concentration, et que le fait que j'ai plutôt tendance à multiplier mes lectures ne m'a pas aidé. Comme pour le Rouge et le Noir, c'était une erreur. C'est le genre de livre qui doit être abordé dans la tranquillité (un mot qui perd toute sa signification chez moi !), et sans interruption, sinon on perd le fil et la compréhension s'en ressent. le risque à ce moment précis, c'est de basculer dans l'ennui, ce qui m'est arrivé plus d'une fois, malheureusement. Je me suis retrouvée avec la même impression qu'avec A Rebours de Huysmans, livre difficile, obscur et terriblement inadapté à l'adolescente que j'étais lorsque je l'ai commencé.
Le style, disais-je, m'a parut assez pompeux. La description des sentiments des protagonistes, le fil de leurs réflexions sont souvent terriblement durs à suivre, et je me suis quelquefois demandée s'il était vraiment nécessaire d'employer toutes ces circonvolutions de langage pour mettre un mot sur leurs impressions. (la simplicité reste une valeur sûre pour moi !) Toujours à cause de ce style si particulier (et que je n'ai pas autant ressenti dans ses autres nouvelles) et de la lenteur des évènements, je ne me suis pas sentie autant par le récit que je l'aurais dû, et je suis probablement passée à côté de pas mal de détails...
Au-delà de tout cela, il reste quelques points positifs. Les personnages de Kate Croy et de Merton Densher sont particulièrement fascinants dans leur rapports avec les autres et surtout la relation qu'ils entretiennent. Leur sentiments sont puissants, dictés par la passion et une volonté absolue de vivre leur histoire au grand jour, malgré les obstacles de l'époque. Leurs échanges sont des bijoux d'intelligence et l'amour qui les rapproche et souffre de leurs différences sociales va les conduire à bâtir un plan ambigu pour parvenir à leurs fins. Milly Theale sera leur victime - une victime consentante, étant l'amie de Kate et ressentant certaines émotions pour Densher - et sa richesse apparaît très vite comme l'unique planche de salut de Densher s'il souhaite pouvoir épouser Kate, mais le caractère désarmant de la colombe va apporter du fil à retordre à nos deux amants. On peut sans conteste affirmer qu'Henry James excelle à développer la psychologie de ses personnages, et que la lutte des émotions qui se bousculent en eux est souvent bouleversante. Même si elle est exprimée dans un style difficile, l'auteur a atteint son but puisque je me suis sentie proche de ses héros et émue tout particulièrement par le sort de Milly.
La suite ici :
Lien : http://tranchesdelivres.blog..
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maylibel
  19 mai 2014
Kate Croy, jeune anglaise sans dot, vit avec sa riche tante Mrs Lowder, qui veut lui faire épouser son ami Lord Mark. Mais son amant est Merton Densher, un journaliste désargenté. Un jour, ils rencontrent Milly Theale, américaine héritière d'une immense fortune qui voyage en Europe alors qu'elle est gravement malade.
Le problème de ce roman, c'est qu'Henry James a choisi d'y traiter son sujet de manière indirecte. Les événements au coeur de l'intrigue ne sont jamais clairement énoncés, mais toujours suggérés, comme reflétés à travers un miroir. C'est un procédé qui aurait pu être intéressant dans un texte court. Mais dans un livre de 800 pages, où il se passe au final peu de choses (la quatrième de couverture dévoile en quelques lignes l'essentiel de l'histoire), cela provoque des longueurs franchement agaçantes. D'autant que paradoxalement on trouve beaucoup d'ellipses dans ce texte, si bien que jamais je ne suis parvenue à m'attacher aux personnages. On n'a en effet que rarement accès aux sentiments de ces derniers, si ce n'est à travers le regard des autres.
Les Ailes de la colombe est un roman complexe, pas toujours facile à suivre. Il est très difficile de l'apprécier si vous n'adhérez pas à la manière (indéniablement originale) dont Henry James conduit sa narration. Or je n'y suis pas parvenue.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
CreisificationCreisification   26 novembre 2021
Étranges étaient les détours de la vie et les humeurs de la faiblesse; étranges les flambées d'imagination et les pièges de l'espoir; et pourtant n'étaient-elles pas somme toute légitimes, ces expériences dont l'authenticité était vérifiée, pour le moins, par le fait qu'on les exerçait sur soi-même?
(Traduction: Jean Pavans)

Que les changements de la vie et les humeurs des faibles, les soubresauts de l'imagination et les duperies de l'espoir étaient étranges; cependant elles étaient licites, n'est-ce pas, les expériences faites avec cette sincérité qui consiste, au pire cas, à les pratiquer sur soi-même.
(Traduction: Marie Tadié)
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CreisificationCreisification   22 novembre 2021
Il sentit, au bout de dix minutes, sans même qu'elle le lui expliquât, que si elle l'avait fait attendre, ce n'avait pas été pour le blesser; ils s'étaient dans l'intervalle presque directement compris. Elle avait voulu qu'il réfléchît tout seul à ce qu'elle se proposait de lui dire - sans l'avoir autrement prévenu; elle avait voulu qu'il le sentît sur place, comme elle avait jugé avec perspicacité que cela se produirait (...) L'activité de l'intelligence nous trahit terriblement dans l'action, dans ce besoin d'action où tout est simplicité; mais si l'on ne peut y échapper, l'essentiel est qu'elle soit parfaite. Il n'y aurait jamais d'erreurs s'il n'était amusant d'en commettre.
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Ses pas, il est vrai, soulevaient l’étonnement ; elle pouvait presque voir dans les yeux des passants le reflet de son image et de son allure. La grande question qui les angoissait tous dans cet affreux parc, qu’était-ce, sinon celle de vivre ? Ils pouvaient vivre, s’ils le voulaient ; c’est, comme à elle, ce qu’on leur avait dit ; et elle les voyait autour d’elle, sur des bancs, ruminant cette nouvelle, la reconnaissant comme une chose assez familière sous un aspect quelque peu différent, cette vieille vérité bénie qu’ils vivraient s’ils le pouvaient. Elle regarda de nouveau autour d’elle, à ses pieds, ses mélancoliques compagnons épars – quelques-uns si mélancoliques qu’ils étaient à plat ventre sur l’herbe, cherchant l’évasion, l’oubli, se terrant ; et elle comprit de nouveau, à leur vue, ces deux côtés de la question qui laissaient si peu de place au choix : le côté superficiellement plus frappant, d’après lequel, pour vivre, il fallait le vouloir ; et l’autre, plus tentant, plus insinuant, bref, irrésistible d’après lequel pour vivre, il fallait le pouvoir.
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Pendant quelques minutes ils demeurèrent l’un et l’autre devant cette vérité, et il devint conscient de quelque chose de plus profond encore, de quelque chose qu’elle désirait qu’il comprît, s’il voulait seulement s’en donner la peine. Ce fut le seul appel qu’elle lui adressa, appel à l’intelligence dont elle voulait lui montrer qu’elle le croyait doué. Il n’était d’ailleurs pas homme, en tout cas, à manquer totalement de compréhension. « Je sais naturellement combien je réponds mal à un rêve grand et tendre. Vous avez un projet, un projet grandiose que je comprends parfaitement. Je sais à fond ce que je ne suis pas, et je vous suis très reconnaissant de ne pas me le rappeler de manière plus brutale. » Elle ne répondit rien – elle ne fléchit pas ; peut-être même pour le laisser aller plus loin, s’il en était capable, sur la voie de l’indigence d’esprit. C’était l’une de ces situations où un homme ne peut se montrer, s’il arrive même à se manifester, que médiocre…
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paraty62paraty62   31 décembre 2013
Elle se laissait porter, et elle sentit alors pourquoi elle avait voulu venir seule. Personne au monde n’aurait pu partager suffisamment son état ; aucun lien n’eût été assez étroit pour permettre à un pas de s’unir au sien sans quelque différence. Elle sentait vraiment, dans cette première ivresse, que ses seuls amis seraient tous les êtres qui l’entouraient, stimulants par leur impersonnalité même, et son seul domaine l’immensité grise. L’immensité grise était soudain devenue son élément ; l’immensité grise était ce que son remarquable ami avait introduit dans sa vie, et le visage que revêtit alors fatalement cet ordre de « vivre », qu’il lui avait donné, de vivre parce qu’elle choisissait, parce qu’elle voulait vivre. Elle marchait droit devant elle, sans faiblesse, avec force ; et elle se sentait, tout en poursuivant sa route, plus heureuse encore d’être seule, car personne n’eût consenti à la suivre dans sa course impétueuse.
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Vidéo de Henry James
Henry James : Le tour d'écrou (2014 - Samedi noir / France Culture). Diffusion sur France Culture le 7 juin 2014. Adaptation de Jean Pavans d'après sa propre traduction. Réalisation de Étienne Vallès. Conseillère littéraire : Caroline Ouazana. Bruitages de Bertrand Amiel. Prise de son et mixage de Stéphane Desmons. Assistance technique et montage de Ludovic Auger. Assistante à la réalisation : Clémence Gross. Photographie : Henry James • Crédits : JT Vintage - Maxppp. En Angleterre, à la fin du XIXe siècle, une jeune gouvernante est chargée de l’éducation d’un petit garçon et d’une petite fille dans une grande maison isolée. Elle y voit paraître des spectres de deux anciens domestiques, et se persuade qu’ils veulent s’emparer des enfants, qu’elle s’efforce alors d’arracher à cette emprise maléfique. L’issue en sera tragique. Paru en 1898 comme un conte de Noël macabre, "The Turn of the Screw" a eu aussitôt un grand impact public. La nouvelle demeure une des œuvres les plus célèbres et les plus commentées de son auteur. Sa force tient à sa constante ambiguïté : les fantômes qui y sont précisément décrits comme des apparitions réelles ne le sont qu’à travers le regard et le récit de la gouvernante ; le lecteur peut donc soupçonner qu’il s’agit des hallucinations d’une hystérique, tout en restant empoigné par les images qu’elle évoque. Principal traducteur et spécialiste français actuel de Henry James, Jean Pavans a voulu tirer un parti formel de la contrainte d’une heure seulement de diffusion pour l’adaptation d’une longue nouvelle de cent cinquante pages et plus.
Interprétation : Thibault de Montalembert (Douglas), Marina Moncade (La narratrice), Elsa Dupuy (La gouvernante), Yolande Folliot (Mrs Grove), Agathe le Bourdonnec (Flora) et Camille Garcia (Miles).
Source : France Culture
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