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EAN : 9782911525346
487 pages
Éditeur : Exergue (19/03/2001)
4/5   1 notes
Résumé :
Les formes multiples de l'expérience religieuse, traduction française des Varieties of the relegious experience, est l'un des ouvrages les plus fameux de William James, dont la philosophie et la psychologie, après une longue période d'éclipse, fait l'objet d'un regain d'intérêt. James explore ici, sur la base de témoignages anciens et modernes, la diversité de l'expérience religieuse. Il approfondit l'hypothèse d'une " conscience subliminale ", de nature spirituelle... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
  08 octobre 2015
Pourrait-on être religieux et ne pas croire en Dieu ? La question ne semble pas impertinente après la lecture de cet « essai de psychologie descriptive » publié par William James en 1906 sous le titre de L'expérience religieuse. Je n'ai pas le souvenir d'avoir rencontré la moindre référence à Dieu dans ces développements, ou peut-être de manière si naturelle qu'on ne se sent pas obligé de lire le manuel du parfait petit athée pour comprendre que se référer à la religion ne signifie pas forcément appartenir dogmatiquement à une confession. Il peut s'agir simplement d'un convenance à laquelle on se réfère pour désigner une expérience dont la caractéristique, peut-être, est d'être aussi riche en variations qu'il existe d'âmes pour la connaître. le mot de religion est usé seulement pour ceux qui ne veulent pas admettre cette diversité.

La mode des éprouvettes, du positivisme et du matérialisme bat son plein. William James en est un peu imprégné, sans tomber toutefois dans la servilité. S'il aborde le phénomène religieux du point de vue de l'expérience individuelle, rattachant l'expérience religieuse à des expériences de la matière, il valorise surtout les découvertes récentes de la psychologie. Et dans ce domaine, on ne peut jamais vraiment être sûr de quoi que ce soit…

William James a amassé pléthore de données mortes et vivantes qu'il extrait de témoignages littéraires ou religieux ou de cas psychologiques contemporains et qu'il répertorie ensuite dans les catégories d'expériences religieuses mises à jour par ses soins. L'expérience religieuse est ainsi abordée dans ses rapports à la névrose pour remarquer, plus généralement, ce qui la rattache à la vie psychologique de tout individu. William James ne délaisse cependant pas l'importance des faits et l'originalité de sa pensée se trouve dans le caractère performatif qu'il attribue au monde de l'invisible.

« Ma vie subconsciente toute entière, mes impulsions, croyances, aspirations, ont lentement préparé l'intuition qui affleure aujourd'hui au niveau de ma conscience et qui est plus vraie –quelque chose en moi me l'assure- que les plus beaux raisonnements élevés contre elle. »

Parmi les différents types de caractères religieux, il remarque l'optimiste religieux (Saint François d'Assise, Rousseau, Diderot ou Bernardin de Saint-Pierre sont admis dans cette heureuse catégorie), les âmes douloureuses (Goethe, Tolstoï, John Bunyan, Henry Alline) et la volonté partagée (incohérente) qui retrouve parfois son unité (Saint Augustin). La conversion est un fait qui transforme parfois une âme en une autre ou qui l'autorise à accomplir un cheminement qui durera tout au long de sa carrière d'existence. A l'époque où l'invention du concept de vie subliminale est récente, William James s'en empare hardiment pour expliquer le phénomène de conversion religieuse qui aurait pour condition, selon lui, une vie subliminale intense. de toutes ces considérations, William James chemine doucement mais sûrement vers la reconnaissance de la psychothérapie (qu'il appelle alors mind-cure) en tant que forme de religion nouvelle. Il considère en effet que la psychothérapie creuse l'âme sans limiter son forage par la menace du jugement moral. le mal ne serait plus qu'un phénomène empirique qu'un autre niveau de conscience pourrait parfaitement justifier.

« Pour qu'une idée pénètre en nous par suggestion, il faut qu'elle se présente sous la forme d'une révélation. La mind-cure, en prêchant son évangile nouveau, c'est-à-dire l'optimisme à tout prix, la parfaite santé de l'âme, et partant celle du corps, a touché des coeurs que le christianisme traditionnel n'avait pas su toucher. »

Ce n'est pas une idée réductrice ! William James estime que la mind-cure peut s'inspirer des phénomènes de la vie religieuse mais qu'elle ne peut toutefois pas s'y substituer entièrement. L'expérience religieuse en soi a une valeur que les temps modernes dénigrent. Il s'agit donc de se soumettre aux exigences les plus basses de l'époque pour souligner la légitimité intemporelle du phénomène. Et puisqu'on a déjà assez causé des valeurs supposées de ses origines sans jamais rien résoudre, William James renverse la situation et décide de prouver la légitimité du phénomène religieux en examinant ses fruits : la sainteté (accompagnée de sa critique), le mysticisme, la spéculation théologique et la religion pratique. La religion engendre parfois des phénomènes extrêmes qui mettent en danger la vie de l'individu voire de masses entières, mais peut-on reprocher à la religion d'être un leurre si on lui reproche en même temps des effets réels ? En rattachant les manifestations religieuses à des origines biologiques (psychologiques), William James prend la science à son propre piège : elle espérait dépasser les phénomènes irrationnels en expliquant tout par une conjonction de molécules mais avec William James, les configurations organiques se retrouvent enfin être la cause des phénomènes irrationnels de toute nature. Un homme ne devient donc pas fou ou dangereux à cause de la religion : il l'était déjà fondamentalement et se serait servi de n'importe quoi d'autre, trouvé à portée de main, pour exacerber ses penchants latents. En revanche, la religion peut pousser l'individu à se dépasser et à amplifier la joie de son âme et il serait difficile de parvenir à des résultats parfois aussi impressionnants si nous ne nous étions pas mis d'accord sur certaines valeurs communes qui caractérisent la plupart des manifestations religieuses. Que serait une religion qui offre la joie à l'individu lorsque celle-ci ne se rattache qu'à des croyances ou des cultes strictement personnels ? La transcendance a bien plus de chance de se réaliser lorsque l'individu rattache ses croyances personnelles au fond d'un culte et d'une histoire partagés.

William James, bien scientifiquement et tranquillement, nous livre un superbe essai qui explore l'âme dans ses penchants les plus irrationnels. Tout philosophe y trouvera du grain à moudre, tout scientifique y apprendra l'humilité, tout individu touché de près ou de loin par l'expérience difficilement communicable de la religion y trouvera des compagnons. Ce n'est pourtant pas oeuvre de dévot car ici, le dévot sortirait de sa lecture triste à en perdre la foi. Pendant ce temps, l'homme véritablement religieux irradierait.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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servantking
  31 janvier 2018
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Citations et extraits (67) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   06 décembre 2016
Il y a des âmes qui ne sont heureuses que dans une atmosphère de calme ; d’autres ont besoin de sentir leur volonté fortement tendue pour se trouver à l’aise. Pour ces dernières, le bonheur doit être acheté par des sacrifices et des renoncements, sans quoi il n’a plus de prix. Quand de pareilles âmes deviennent religieuses, elles ont une tendance à tourner leur effort contre leur moi naturel. Leur ascétisme en est la conséquence directe.
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colimassoncolimasson   12 octobre 2015
On peut appeler divin ce qui est premier dans l’ordre de l’être et de la puissance ; quelque chose qui enveloppe et déborde tout le reste, sans que l’on y puisse échapper ; ce qui est le plus compréhensif et le plus profondément vrai ; la religion d’un homme se confondrait alors avec son attitude à l’égard de ce qu’il considère comme la vérité première.
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colimassoncolimasson   08 octobre 2015
Mais quand les autres à leur tour viennent critiquer notre enthousiasme, ne voulant y voir que l’expression de nos dispositions organiques, nous sommes froissés, blessés, car nous savons que nos états de conscience possèdent par eux-mêmes une valeur, comme révélation de la réalité ; et nous voudrions faire taire tout ce matérialisme médical.
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colimassoncolimasson   30 novembre 2016
1° L’ascétisme peut n’être que la réaction d’un tempérament énergique, dégoûté d’une vie trop facile.
2° La sobriété dans le boire et le manger, la simplicité dans le vêtement, la parfaite chasteté, et d’une façon générale la sévérité à l’égard du corps, résultent souvent de l’aspiration à la pureté morale, qui repousse toute sensualité.
3° Ces renoncements sont aussi des fruits de l’amour, quand ils apparaissent à l’individu comme des sacrifices qu’il est heureux de faire à son Dieu.
4° Les mortifications et les tourments que s’impose l’ascète peuvent provenir d’un mépris de lui-même, auquel s’associe la croyance théologique à l’expiation. Il a l’impression qu’il rachète ses fautes et qu’il évite ainsi, par ses souffrances présentes, des tortures bien plus terribles dans l’avenir.
5° Chez les névropathes, ces mortifications résultent d’une obsession tout à fait irrationnelle, d’une sorte d’idée fixe qui les harcèle comme un défi. C’est seulement en s’y soumettant que l’individu retrouve sa paix intérieure.
6° Enfin, l’ascétisme peut, dans des cas plus rares, être suscité par une véritable perversion de la sensibilité, qui change en plaisirs certaines douleurs.
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colimassoncolimasson   02 décembre 2016
Comme l’instinct de l’homme le pousse vers ce qui lui est facile et agréable, toute inclination à rechercher ce qui est ardu et pénible lui apparaît comme anormale. Néanmoins un effort modéré est naturel à l’homme : ce n’est que sous ses formes extrêmes que la recherche de l’effort et de la douleur est paradoxale.
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Vidéo de William James
William James (1842-1910) : Une vie, une œuvre (2014 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 3 mai 2014. Par Matthieu Garrigou-Lagrange. Réalisation de Marie-Laure Ciboulet. Lecture de textes par Georges Claisse. Photographie : William James, 1880, by J. Notman, Boston (photographer). (Houghton Library at Harvard University; public domain via Wikimedia Commons). Dans ce numéro d’"Une vie, une œuvre", nous vous proposons de découvrir la pensée philosophique de William James, mais aussi ses découvertes en psychologie, lui qui était à la fois médecin, psychologue, naturaliste, chimiste, et qui s’était d’abord consacré à la peinture. Une pensée vivifiante, qui permet au passage de mieux comprendre comment on réfléchit de l’autre côté de l’Atlantique. William James (né le 11 janvier 1842 à New York, mort le 26 août 1910 à Chocorua dans le New Hampshire) est un psychologue et philosophe américain, fils d'Henry James Sr., disciple du théologien Swedenborg, filleul de Ralph Waldo Emerson, frère aîné d'Henry James, romancier célèbre, et d'Alice James. Il est l'un des fondateurs du pragmatisme. Il est parfois considéré comme une influence de la philosophie analytique, mais sa réception francophone témoigne également de son impact profond sur la philosophie continentale existentialiste et processuelle (voir notamment les travaux de Jean Wahl et, plus proche de nous, de Vinciane Despret, David Lapoujade et Isabelle Stengers, entre autres). William James est souvent présenté comme le fondateur de la psychologie en Amérique. Son premier grand livre, publié en 1890, est intitulé "The Principles of Psychology" ("Les principes de psychologie"). Ce livre présente une psychologie basée sur l'évolutionnisme et axée sur la réflexion philosophique. Un autre point important chez James est la notion de « tempérament ». Pour lui, les « tempéraments » doux vont vers l'idéalisme tandis que les « tempéraments » forts sont plus matérialistes, plus tournés vers la nouveauté et le risque. Si James reproche aux matérialistes leur manque de spiritualité et si, pour lui, un pragmatiste est plutôt doté d'un « tempérament » médian, il n'en demeure pas moins que, pour lui, la nouveauté et l'imagination sont importantes. Sa théorie de l'histoire n'est pas celle de lois éternelles de la nature mais qu'elle est faite par les hommes, et notamment par les grands hommes. De même, ce qui est important dans la liberté, pour lui, c'est la possibilité de faire du nouveau, du non nécessaire. Dans sa conception chrétienne et contingente de l'artisanat, l'homme coopère avec Dieu et ses égaux pour créer un monde en évolution permanente, progressant ainsi conjointement et par tâtonnement vers davantage de richesses et de beauté.
Avec :
Stéphane Madelrieux, maître de conférences en philosophie à l’université Lyon III Mathias Girel, maître de conférences en philosophie à l’ENS Michel Meulders, professeur émérite de neurophysiologie, ancien doyen de la Faculté de Médecine et ancien prorecteur de l’université catholique de Louvain Guillemette Faure, journaliste à "M le magazine du Monde", ancienne correspondante aux États-Unis Sylvain Bourmeau, producteur de l’émission "La suite dans les idées" sur France Culture
Sources : France Culture et Wikipédia
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