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EAN : 9782752911346
350 pages
Phébus (05/04/2018)
3.85/5   37 notes
Résumé :
À l’orée de la Seconde Guerre mondiale, Maribor, en
Slovénie près de la frontière autrichienne, comptait encore une minorité allemande importante, implantée depuis des siècles. La ville devint un enjeu particulier pour la Wehrmacht et la SS. Trois personnages incarnent cette réalité historique : Valentin, le
maquisard, Sonja, sa petite amie et le SS Ludwig, issu
justement de la minorité allemande de Maribor. À la suite d’une soirée arrosée, une ... >Voir plus
Que lire après Et l'amour aussi a besoin de reposVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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La photo d'une rue de Maribor (actuelle Slovénie) qui sert de fil conducteur à l'auteur m'a fait penser à la construction du livre d'Italo Calvino « Si par une nuit d'hiver un voyageur » qui a raconté l'histoire de l'histoire en écrivant ce qui lui traversait l'esprit. Drago Jancar anime deux des personnages de cette photo : une jeune femme qui devient Sonja et un officier nazi, Ludek devenu Ludwig.

Le présent roman démarre fin 1944. Sonja, reconnaît l'officier SS, un compatriote passé à l'envahisseur, et intervient auprès de lui pour faire libérer son fiancé, Valentin, soupçonné d'être un partisan. Une fois les trois personnages campés, le rythme s'accélère et la tension monte.

La Styrie, ancien land autrichien, est sous la botte nazie depuis 1941. Certains jeunes gens ont rallié les rangs allemands, d'autres ont choisi la résistance. Comme dans tous les pays occupés, la population se méfie peu à peu de ses voisins, connaît la peur, les dénonciations et les trahisons. Les contrôles et les arrestations sont monnaie courante, les tortures et les mises à mort quotidiennes. le pouvoir soudain de l'uniforme et de la fonction est parfois pervers.

La guerre est atroce partout, les faits de guerre se ressemblent mais ce qui distingue ce roman c'est qu'il se passe en Europe centrale et qu'une grande partie du livre se déroule dans le maquis et raconte le quotidien des résistants qui se déplacent sans arrêt, qui souffrent de faim, de froid, du manque de vêtements et de chaussures mais qui sont prêts à donner leur vie pour leur pays. L'âpreté des paysages – magnifiques en temps de paix -répond à celle des hommes, à la folie meurtrière de certains, à l'amitié à la vie à la mort d'autres, à la peur qui noue les tripes, qui force le courage ou révèle la lâcheté. Beaucoup de ces partisans suivront les communistes de Tito.

Des questionnements poignants mais nécessaires sur la réalité de la guerre, sur les réactions qui rendent insensibles pour ne pas perdre son intégrité ou tomber dans le désespoir, sur les retombées de la violence après la fin des combats, sur l'attitude à avoir avec les prisonniers allemands et les collabos. « Et personne n'est ce qu'il était ou ce qu'il aurait voulu être »

Les trois protagonistes principaux vivent leur destin qui, pour aucun, après la guerre ne sera une étape joyeuse. Ce n'est qu'à la fin du livre que l'on connaît la dimension dramatique du sacrifice de Sonja pour sauver son amoureux. Libérée de Ravensbrück et cassée à jamais. le livre doit son titre à un poème de Lord Byron :

Car l'épée use le fourreau
Et l'âme épuise le coeur,
Et le coeur doit faire halte pour souffler
Et l'amour aussi a besoin de repos.

Ecriture sensible et réaliste, l'auteur ne s'appesantit pas sur la violence de la race humaine mais il ne l'élude pas non plus et le présent roman est à la fois haletant dans son histoire parfaitement construite et cruelle mais aussi pleine d'amour et de mélancolie. le contraste est parfois saisissant.

Drago Jancar est né à Maribor (Yougoslavie à l'époque) en 1948 et a probablement été fort marqué par les souvenirs d'internement de son père qui luttait contre les nazis. Lui a été rédacteur d'un journal étudiant et ses prises de position contre la dictature de Tito lui ont valu des mois de prison. Il lutte pour la démocratisation de la Slovénie et, de manière plus générale, s'interroge sur la participation des intellectuels dans les conflits nationaux. Les prix littéraires de tous ordres pleuvent sur lui.

Un tout grand merci à la Masse Critique de Babélio et aux éditions Phébus de m'avoir permis de découvrir cet auteur bourré de talent. A suivre assurément.
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Un cliché de photo en noir et blanc, qui s'anime. Deux personnages centrales, deux filles, une de dos, et dans le coin droit en bas, un homme en uniforme qui marche et tourne le dos au photographe....c'est ainsi que déambulent dans l'histoire de Drago Jancar, deux des trois protagonistes du roman, Ludwig dit Ludek et Sonja. Nous sommes en 1944, en Slovénie , ex-Yougoslavie à l'époque, à Maribor, “ ville libérée, rattachée à la patrie allemande”. Ludwig est allemand et officier SS, et Sonja, slovène. Ils sont tous les deux de Maribor et se sont rencontrés dix ans auparavant dans d'autres circonstances. A la rencontre de ces deux personnages entre en scène le troisième protagoniste, Valentin, petit ami de Sonja, arrêté par les Allemands. Jancar, caméra à l'épaule, suit ces personnages échappés de la photo et de son imagination, un regard extérieur qui ne juge pas .....Il va nous déployer un scénario assez classique avec sa propre vision des choses, le sel de cette histoire émouvante et éprouvante. Un ton très slave, sobre mais pourtant riche en nuances et détails subtils et sensuels, où l'auteur joue entre l'intimité profonde des personnages, leurs ambivalences et leurs apparences publiques. Comme dans le cas d'Hans et de Ludwig son supérieur qui ne rechignent pas à torturer et tuer des hommes, parlant d'un plat de rognons, dont le premier en raffole dit à l'autre, comme une plaisanterie ,”–Je ne pourrais pas regarder abattre les bêtes,....Et ensuite, retirer les rognons. Et toi ?”....de l'humour morbide qui se plante comme un clou dans l'histoire, comme celle « des clous » de Ludwig !

Je dois avouer que ces histoires de la deuxième guerre mondiale, avec ses allemands inhumains et arrogants et leur classique d'horreurs de guerre me lassent et j'évite d'en lire, mais la plume de Jancar qui m'avait séduite avec « L'élève de Joyce », et le billet d'Arabella ont été trop tentants. D'emblée, il décortique le mal avec le personnage odieux de Ludwig (« ce lézard, ce reptile, ce prédateur, »), suivi de ses subalternes, encore plus violents et plus dégoûtants. Une fois encore je suis sidérée face à l'effort, le temps, l'argent que l'homme dépense pour faire du mal, et à quel fin ? Bien qu'il soit ici question du passé, ça perdure toujours au présent, en s'amplifiant, avec des méthodes plus sophistiquées, et toujours à la base les instincts de l'homme primitif. Son récit pointe aussi le nationalisme, actuellement en forte montée en Europe et de l'autre côté de l'Atlantique et la situation de Valentin, me fait penser à un film coréen, vu récemment , “Entre deux rives”, de Kim Ki-duk: il n'y a pas les bons et les méchants , il y a ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l'ont pas, et selon que celui-ci change de main, les bons deviennent très vite des méchants. le seul faible rayon de soleil du récit c'est l'Amour. Un amour soumis au repos, lourdement mis à l'épreuve par la guerre.......

“....qu'est-ce que Dieu a à voir avec ce qu'on a fait, ce qu'on fait ? Dieu n'est ni dans le vacarme ni dans le grondement, mais dans le murmure, le frémissement des feuilles de peupliers là-bas, loin dans la plaine.”



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Nous sommes en Slovénie pendant la seconde guerre mondiale. La ville de Maribor, située en Basse-Styrie, est annexée par l'Allemagne nazie depuis 1941 comme toute la région et subit l'aryanisation. Plus un panneau indicateur en slovène, plus un nom de rue en slovène, plus un mot en slovène, tout est germanisé, pire, le but nazi est d'éradiquer les slovènes et les slaves de la région. Alors la résistance voit le jour.

Drago Jancar tient-il une photographie dans ses mains ? L'a t-il observée un jour dans un cadre ou bien est-ce une carte postale trouvée dans une brocante ? ce qui est évident c'est que cette photographie l'inspire.

Il nous la décrit et s'animent alors sous nos yeux deux belles jeunes filles. La première en jupe légère à carreaux et chaussettes sombres, la seconde, dans un élégant manteau noir et avec deux belles tresses qui lui tombent dans le dos. Dans le coin en bas à droite, un homme en uniforme marche, tourne le dos et ne voit pas les jeunes filles : bottes noires, veste militaire grise, pistolet à la ceinture, en un mot, il porte l'uniforme des unités Schutzstaffel. L'image idyllique de deux jeunes filles discutant s'estompe pour laisser la place à l'année 1944.

La jeune fille avec la jupe à carreaux se prénomme Sonja. Elle regarde cet officier. Elle pense reconnaître un ancien patient de son père, médecin, avec qui, avant la guerre, ils seraient tous partis ensemble aux sports d'hiver. Malgré l'horreur que lui inspire cet uniforme, elle hésite, elle voudrait bien lui parler pour lui demander humblement d'intervenir pour libérer son petit ami Valentin Gorjan qui s'est fait arrêter. Alors, l'amour, l'espoir, la poussent à accoster l'homme en uniforme. Il s'appelle Ludwig Mischkolnig, mais avant la guerre se prénommait Ludek. Aujourd'hui, il est tellement investi et convaincu dans son rôle d'Obersturmbannführer, qu'il a germanisé son prénom. Mais « le talon d'Achille » de Sonja, c'est qu'elle est jolie et très inquiète pour Valentin.

A partir de cet instant, Drago Jancar nous propulse à Maribor. Sa plume ne nous laisse aucun répit. Les mots sont précis, le style est vif, passionné, c'est celui d'un homme expérimenté. Il nous happe tant le rythme est soutenu ; rien ne peut arrêter la destinée et rien ne peut stopper la lecture. Drago Jancar nous entraîne dans une succession d'évènements tous plus émouvants les uns que les autres, tous plus fatals les uns que les autres.

C'est la guerre, un peuple est agressé. Personne ne peut échapper à la peur, à la violence, à l'inhumanité, à l'implacable mécanique du pouvoir sur l'agressé, à cette irrésistible pulsion de mort, plus rien n'a de sens sauf détruire, posséder, violenter, vaincre et nous, lecteurs nous sentons terriblement impliqués.

Drago Jancar nous fait réfléchir sur la condition humaine, son tragique. Ayant lui-même connu la prison, s'étant opposé au régime communiste de son pays, c'est de sa vision de l'être humain qu'il nous parle et elle n'est pas séduisante, elle est même très pessimiste. Il n'y a pas de rédemption pour le salut de l'Homme ni ici bas, ni ailleurs. Lorsqu'un peuple a été sauvagement agressé, nié dans son identité, persécuté, sa revanche peut alors devenir terrible. Les vainqueurs se comportent comme leurs anciens bourreaux.

Toutes les réflexions philosophiques sont tenues intérieurement par Valentin dont j'ai vraiment partagé le sort avec le Front de Libération tant l'écriture de Drago Jancar est précise et détaillée avec une grande connaissance des comportements humains. Quant à Sonja, détruite pas la barbarie, pourra-t-elle un jour revoir la Lumière ?

Les trois acteurs de ce drame ne bénéficieront pas d'un happy end. Ils sortiront brisés de cette épreuve.

La question qui reste en suspend « comment peut-on vivre après » : le concept de résilience n'apparaît pas si évident.

Je voudrais remercier vivement les Editions Phébus et Babélio qui m'ont permis de découvrir Drago Jancar ce qui m'autorise à estimer qu'il a largement mérité les prix qui lui ont été décernés.



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J'aime énormément quand Drago Jancar parle de son pays, la Slovénie avec des personnages forts attachants et un territoire superbe aux cultures multiples qui n'a pas été épargné par les conflits de par sa position stratégique.
Dans son dernier roman, Drago Jancar s'inspire d'une photo d'archives prise à Maribor dans les années 1940 où l'on voit deux jeunes filles qui parlent entre elles et le profil de deux soldats en uniforme allemand.
Cette photo sert de cadre au premier chapitre du livre qui raconte le terrible destin de deux hommes et une femme, tous les trois slovènes.
Ludek qui a changé son prénom en Ludwig est devenu officier dans l'armée allemande, Tine a pris le maquis en tant que résistant et Sonja est la personnification de tout le malheur qui s'abat sur son pays.
Drago Jancar n'épargne aucune scène, les tortures dans les caves, les otages fusillés dont la vie est suspendue à une livraison de clous pour fermer leur cercueil, les faits sont effroyables de vérité.
Le terrible sort réservé à Sonja m'a bouleversée, trahie et abandonnée, elle ne sera plus que l'ombre d'elle-même à son retour du camp qui réserve un sort particulier aux femmes cultivées.

Les faits racontés sont d'autant plus poignants et difficiles à supporter que la vie d'avant la guerre était douce et pleine de promesses pour Sonja et Valentin. Ils étaient amoureux, ils aimaient la nature et la poésie slovène de Macha qu'ils s'écrivaient mutuellement.
Sans la guerre, l'officier Ludwig Mischkolnig serait-il resté Ludek, ce jeune homme aimable qui avait aidé Sonja à se relever alors qu'ils skiaient à la montagne. Lui non plus, il ne sera pas épargné. Il aurait peut-être trouver l'amour et l'affection qui lui manquait pour devenir un homme.

J'ai été sauvée de cette violence par la poésie et les beaux passages sur la nature, toujours bienveillante et présente à l'homme, la nature n'a pas de velléité .
Dans son errance dans les bois lui tenant lieu de maquis, Valentin retrouvera un peu d'humanité au contact de la nature « il sentit que la fraîcheur des hautes fougères humides, brunes et un peu gelées, des riches couches de feuilles tombées des hêtres, et celle des pins odorants et l'âpreté de l'air frais, il sentit que tout ce qui était autour de lui se changeait en sentiments, en respiration, en veines, en battements de coeur qui tapaient sur les tempes après sa longue marche ».
Le secours de la nature et de la poésie pour ressentir à nouveau une onde de joie ou faire jaillir aux yeux de Sonja des larmes libératrices quand elle lira bien des années plus tard ces vers de Byron qui donnent le titre au livre
« 
Ainsi nous n'irons plus vagabonder
Si tard la nuit…
Car l'épée use le fourreau
Et l'âme épuise le coeur,
Et le coeur doit faire halte pour souffler
Et l'amour aussi a besoin de repos ».

Je remercie infiniment Babelio et les éditions Phébus pour ce moment de lecture exigeant et fort.

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" C'était la fin d'un soir de mai,
le premier mai, le temps d'aimer
le tendre appel des tourterelles
montait dans la senteur des pins..."

Douceur sensuelle des vers de Macha... Tristesse lancinante de ce roman slovène. Un pays où je devais me rendre l'année du confinement, où je souhaiterais encore plus aller, après avoir lu cette histoire nostalgique et prenante, se déroulant à Maribor ,au bord de la Drave, et sur le massif du Pohorje.

La ville germanophone était sous l'emprise S.S, durant la seconde guerre mondiale. Un front de libération slovène s'est organisé, se cachant dans les montagnes.

le livre prend comme point de départ une photographie, celle de la première de couverture. J'ai beaucoup aimé cette façon qu'a eue l'auteur de l'animer, comme une séquence de cinéma, en présentant d'abord la jeune fille blonde, l'un des trois personnages principaux, Sonja. Elle se précipite vers un homme, de dos, s'éloignant sur la photo, qu'elle a connu lorsqu'elle était enfant, , Ludek, mais , travaillant maintenant pour la police allemande, il veut qu'on l'appelle Ludwig.

Elle voudrait qu'il intercède pour celui qu'elle aime, Valentin, emprisonné comme suspect. Il fait partie des résistants, ce que les S.S ne sauront pas. On se doute que Ludwig va demander une contre-partie....

On suit le destin tourmenté de ces trois êtres à la dérive, brisés. Au terme des séparations et des visions atroces de la guerre, Sonja et Valentin n'oseront plus raviver les souvenirs de ce temps heureux , ce mai plein de promessses amoureuses. Et Ludwig s'engluera dans ses délires aryens.

C'est vraiment un pan complexe de l'histoire slovène qui nous est raconté ici: trahisons, cruauté , écartèlement entre les habitants d'origine allemande et de souche slovène . Et c'est une émouvante histoire d'amour, au rythme mélancolique de vers murmurés, poésie de ce qui aurait pu être... Merci, Idil. C'est grâce à ta liste Yougo que j'ai découvert ce roman.
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critiques presse (1)
Actualitte
11 mai 2018
Et l’amour aussi a besoin de repos est un roman finement ciselé, tendrement travaillé, impitoyable sous ses allures de balade romantique. D'une grande qualité littéraire.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
Elle regardait toujours le plafond.
Elle ne savait pas quand elle s'était habillée et quand elle était partie. Elle se souvenait de cette chambre de garçon, de la raquette de tennis sur le mur, de la canne à pêche derrière l'armoire, de la serviette pliée qui l'attendait dans la salle de bains, elle se souvenait de la manière dont elle avait grimpé l'escalier, dont elle avait lu les noms sur les plaques de laiton, de l'odeur de l'escalier fraîchement repeint, des barques aux Trois Pêcheurs qui se cognaient les unes contre les autres dans une douce ondulation, des frondaisons lourdes et humides qui se penchaient sur elle quand elle marchait dans le parc avant d'entrer, elle se souvenait du manteau de cuir suspendu dans le couloir, en partant, elle avait pris congé sans un mot, elle avait attendu dans l'entrée qu'il ouvrît la porte. Et elle avait entendu quelque chose bouger derrière une porte de l'autre côté de l'appartement, ensuite elle avait distinctement perçu une voix de femme qui disait derrière la porte fermée, dans l'allemand de Maribor : ta visite est déjà partie ? Elle avait eu l'impression que l'homme dans l'entrée avait rougi, mais pourquoi se cache-t'il de se mère, s'était-elle dit, si tant est qu'elle avait pu se dire quelque chose, pourquoi avait-il enlevé toutes ses affaires de la salle de bains, oui, la visite était partie, elle errait dans l'escalier sombre, elle était presque tombée, elle avait marché au hasard dans le parc et les rues humides jusque chez elle, la visite s'était faufilée dans l'appartement de ses parents, elle s'était jetée sur son lit. Elle s'était couvert la tête et c'est seulement à ce moment-là qu'elle s'était mise à hoqueter violemment, mais sans pleurs, sans larme, elle avait violemment hoqueté et gémi dans la couverture qui étouffait ce qui voulait devenir un cri.
Jamais plus, avait-elle murmuré, avec ce lézard, ce reptile, ce prédateur, jamais plus.
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Et quand dans la librairie à moitié vide où on attend encore quelques visiteurs pour commencer, elle prendra sur une étagère un recueil de poèmes de Byron, traduits en slovène, et le feuillettera, ses yeux s'arrêteront sur deux vers :

Ainsi nous n'irons plus vagabonder
Si tard la nuit ...

Elle s'assiéra à une petite table du club et lira le poème. Pour la première fois peut-être après toutes ces années de prostration, les larmes jailliront de ses yeux. Pour la première fois peut-être elle pensera qu'elle pourrait lui envoyer à Ljubljana, comme elle le faisait autrefois de Graz, ce qu'elle venait de lire :

Car l'épée use le fourreau
Et l'âme épuise le coeur,
Et le coeur doit faire halte pour souffler
Et l'amour aussi a besoin de repos (1).

1. Lord Byron, d'après la traduction de J.P. Richard et P. Bensimon.
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il y eut du tapage dans le couloir, quelqu'un ouvrit le judas de sa cellule. Valentin bondit du châlit et se tint au garde-à-vous. La lumière l'aveugla, on avait éclairé de l'extérieur, l'ampoule située haut sous le plafond avait été allumée par un interrupteur situé dans le couloir. Il vit des yeux qui l'observaient. Il se mit à trembler de tout son corps. Maintenant ils vont le faire monter et l'interrogatoire va recommencer. ils lui montreront des photos d'hommes et de femmes inconnus. Tu connais celle-là? Tu connais celui-là? Il secouera la tête, il ne connaît personne. Il en avait reconnu un, Polde, sur la photo il était plus jeune, rasé, en costume cravate. Là-haut dans le Pohorje, il avait une moustache, il était en uniforme de l'armée yougoslave, il l'avait reconnu mais il avait nié sans sourciller. Il avait secoué la tête en attendant les coups. Johann allait venir, manches retroussées et nerf de boeuf à la main. Avec ses bras musclés, aux tendons marqués, des bras puissants. Il regarda le sol et attendit que la porte s'ouvrît. Il sentit ses genoux trembler, ses jambes fléchir, combien de temps tiendrait-il encore? Mais le judas se referma, la lumière s'éteignit et il entendit les pas qui s'éloignaient dans le couloir. Ce n'était pas Johann. Peut-être le gardien? Ce n'était pas non plus le gardien, depuis que Valentin était en cellule, son ouïe, l'ouïe des animaux terrorisés, connaissait tous les pas qui s'approchaient.
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Mais même si c’était la guerre et si les informations toujours plus mauvaises, parfois même terrifiantes se bousculaient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et les bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma où avant chaque film on passait une revue hebdomadaire, Wochenschau, où des militaires en tanks déboulaient toujours plus superbement dans les plaines polonaises et défendaient la frontière occidentale de l’invasion des barbares, d’autres allaient aux expositions à Paris et mangeaient des croissants dans les cafés en compagnie de femmes,.....
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Et comme c’était un jour long et beau qu’il devait passer dans la chaleur de cette maison et près de cette soupe odorante qui clapotait sur le poêle et après le déjeuner peut-être retourner dans le lit, comme le village, en bas, était baigné par le soleil et que des toits ruisselait l’eau de la neige qui fondait, comme le blé de mars, dans la prairie au pied de la maison, sortait de terre et pointait vers le soleil, comme la nuit où il devait retourner dans le Pohorje était encore loin, il se reversa un autre verre.
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Drago Jancar - Six mois dans la vie de Ciril .Drago Jancar vous présente son ouvrage "Six mois dans la vie de Ciril". Parution le 25 août aux éditions Phébus. Rentrée littéraire 2016. Traduit par Andrée Lück-Gaye. Retrouvez le livre : Notes de Musique : Bach: Sonate pour violon seul No. 2, BWV 1003 & Partita pour violon. Free Music Archive. Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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