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Critique de SZRAMOWO


SZRAMOWO
  05 avril 2021
La Suisse se distingue des autres pays d'Europe par sa neutralité et son secret bancaire, mais elle s'en rapproche lorsqu'une affaire criminelle hors du commun défraye la chronique et justifie la venue à Genève de plusieurs médias européens, dont Paris Match, Détective, l'ORTF en la personne du chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher, et d'un ténor du barreau de Paris, Maître Floriot.
L'histoire commence comme n'importe quelle affaire judiciaire.
Le 1er mai 1958, dans la petite commune de Plan-Les-Ouates, proche de Genève, un paisible représentant en machines agricoles, Charles Zumbach-62 ans - est assassiné froidement et sauvagement de plusieurs coups de revolver, sa femme Marie, qui court alerter les voisins reçoit aussi des coups de feu, mais elle est seulement blessée. Son témoignage sera déterminant, ainsi que celui du voisin.
L'assassin s'est enfui en vélo...
Lorsque l'enquête démarre, les inspecteurs de police, suivent la procédure habituelle en interrogeant les proches de la victime.
Son fils André Zumbach, 27 ans, vivant encore avec ses parents, régisseur musical à Radio-Genève, fait état de coup de fil anonymes, le jour du meurtre, pour s'enquérir de ses horaires de travail, comme pour s'assurer qu'il ne sera pas présent dans la maison de Plan-Les-Ouates.
Est-ce Charles ou André que le meurtrier visait, s'interrogent aussitôt les enquêteurs ?
En poursuivant l'interrogatoire du fils, celui-ci les informe de sa liaison avec une de ses collègues, Linda Baud qui est la maîtresse du bâtonnier de Genève Pierre Jaccoud.
"Ces quelques mots ne font pas beaucoup de bruit dans la nuit de Pan-Les-Ouates. Mais c'est un coup de tonnerre dans la république." écrit Corinne Jacquet l'auteure de "L'Énigme Jaccoud"
Corinne Jacquet est chroniqueuse judiciaire, après avoir renoncé à écrire sur l'affaire Jaccoud en 1988, alors qu'elle travaillait pour le journal La Suisse, elle décide en 2020 de reprendre l'ensemble des minutes du procès, l'ensemble des pièces à conviction et des archives des investigations pour exposer dans le détail et avec la plus grande précision le déroulé de cette enquête hors normes.
Hors normes, parce que la qualité de l'accusé, il a fait et défait des carrières dans le domaine judiciaire et politique à Genève, après guerre, fait que la plupart de ceux qui vont mener l'enquête puis le juger sont des pairs, voire des amis, voire des ennemis politiques.
Cela explique la prudence excessive prise par les responsables de l'enquête et sa médiatisation à outrance, les partisans et les adversaires de Jaccoud justifiant par une argumentation symétrique, ce qu'ils considèrent comme une prudence excessive ou une volonté d'instruire le procès uniquement à charge.
Le rôle de la presse, notamment la presse française est également finement analysé par l'auteur. Les photos du journal Détective où Jaccoud s'étale en pleine page de couverture, et le nom et la photo des jurés en illustration des articles sont des pratiques difficiles à admettre aujourd'hui, mais courantes à l'époque.
Le procès n'épargne rien ni personne. La personnalité de Linda Baud, la maîtresse de deux hommes à la fois est disséquée et jetée en pâture.
Charles Zumbach qui louait des hangars à des petits truands genevois est quasiment présenté comme un parrain de la Maffia.
Le travail de Corinne Jacquet est admirable. Il pose la question des relations de la justice avec les prévenus et de la différence de traitement selon leur position sociale.
Elle ne donne pas de solution, car il n'y en a pas, mais se contente de démonter les mécanismes.
Après avoir lu L'inconnu de la Poste de Florence Aubenas, on ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre la façon dont la justice aujourd'hui traite un marginal comme Thomassin, et la façon dont elle a traité Jaccoud à l'époque.
Cela tendrait à démontrer que rien n'a véritablement changé depuis que Jean de la Fontaine écrivait dans les animaux malades de la peste, en 1678, "Selon que vous serez puissant ou misérable Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."
Merci à Babelio et aux éditions Slatkine pour cette découverte dans le cadre de la dernière Masse Critique.
Lien : https://camalonga.wordpress...
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