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ISBN : 202102248X
Éditeur : Seuil (04/03/2010)

Note moyenne : 3.17/5 (sur 116 notes)
Résumé :
Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m'a initiée au maniement des armes. Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux.
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Critiques, Analyses & Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
canel
  21 mai 2013
Une liaison sado-masochiste entre un "prince de la finance et sa putain" (sic). Relation sulfureuse à souhait, puisque les rôles de domination/soumission ne se limitent pas aux jeux sexuels. L'homme est richissime, donc tout-puissant (il manipule les ministres à l'envi), tyrannique, sadique avec tous, sans scrupules, sans tabous. Il jouit d'humilier, mais aussi d'être maltraité lorsqu'il le décide, et de frôler la mort de très près. C'est sa maîtresse qui domine lors de leurs "séances", mais c'est toujours lui qui fixe les règles.
Si le "maître" se révèle aussi répugnant que pitoyable, la jeune femme paraît en revanche attachante et paumée. Son témoignage suscite bien des questions. Amour ou vénalité de sa part ? Besoin de se sentir indispensable à un homme, indubitablement. Sexe ? oui, du tendre (très rarement) au plus dérangeant (principalement). Argent, pouvoir et perversité par-dessus tout... Quid du mari ? lui aussi pervers ? ou lâche et veule ?
Régis Jauffret s'est inspiré pour écrire ce roman de l'affaire "Edouard Stern". Cette fiction est l'occasion pour le lecteur de prendre conscience de son propre voyeurisme. de sa jubilation malsaine à se repaître de sordide et de détails indécents, de son plaisir mesquin à voir un riche/puissant tomber, traîné dans la boue, victime de sa sexualité (cf. DSK).
Malgré le sentiment de malaise qui ne m'a pas quittée, j'ai dévoré ce roman. Ceci notamment grâce à une plume précise qui va à l'essentiel, au fond de la fange, sans exhibitionnisme pour autant.
--- Régis Jauffret, un auteur que j'ai envie de découvrir davantage.
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smiroux
  27 janvier 2012
"Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m'a initiée au maniement des armes. Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux."
Cette sécheresse, pas un mot de trop, ce ton froid, définitif, m'ont donné envie d'aller voir un peu plus loin.
J'ouvre le livre de Jauffret et je tombe sur le préambule. (J'avoue, j'aime pas tellement les préambules, et autres introductions..., ils m'empêchent de rentrer dans ma lecture aussi vite que je le voudrais.) Bon, je lis le préambule... je cite :
"Je suis romancier, je mens comme un meurtrier. Je ne respecte ni vivants, ni morts, ni leur réputation, ni la morale. Surtout pas la morale. Ecrite par des bourgeois conformistes qui rêvent de médailles et de petits châteaux, la littérature est voyou. Elle avance, elle détruit."
"Je suis brave homme, vous pourriez me confier votre chat, mais l'écriture est une arme dont j'aime à me servir dans la foule. D'ailleurs quand vous lui aurez appris à lire, elle tuera tout aussi bien votre chat."
"Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ait inventée. Si certains s'y reconnaissent, qu'ils se fassent couler un bain. La tête sous l'eau, ils entendront leur coeur battre. Les phrases n'en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre."
Et bien, quel programme ! Alors, après ça, je suis allée vérifier, plus avant dans le livre ; voir si Jauffret était un maître de la provocation, si cette annonce n'était qu'un bel effet de manche, si l'arme dont il nous menace n'était qu'un pétard mouillé.
"Sévère", l'histoire d'un meurtre, une femme tue son amant, elle raconte, depuis la cellule où elle est emprisonnée, cette "généalogie" du crime.Elle replace les pièces du puzzle pour nous, ou pour elle ; comment elle est devenue la "secrétaire sexuelle" d'un homme riche, puissant, et malade. Malade de l'argent, de la violence, du pouvoir. Malade dans son rapport aux autres, qui n'existent que pour être achetés, vendus, humiliés, réifiés. Malade enfin dans son rapport à lui-même, à son corps, à ses peurs d'enfant.
Partant d'un fait divers réel : l'assassinat du banquier suisse Stern en 2005, Jauffret met des mots sur l'indicible de cette histoire. le fait divers ne compte pas - il a raison de le dire dans le préambule : "Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ai inventée" -, Jauffret tend à l'universel, l'exemplarité ; comment la société broie les êtres, comment le rouleau compresseur fonctionne si bien sur nous.
"Ne croyez pas que cette histoire est réelle"... L'écrivain ment comme un meurtrier. Il manipule aussi. C'est tout le malaise que l'on ressent à la fin du livre. Qu'a-t-il fait de nous - lecteurs - pendant ces quelques pages ? Il nous a fait voyeurs, haletants jusqu'au dénouement pour quelques détails sordides. Il nous a rendus complices de cette époque de banquiers, de négociateurs, qui transforment les corps en métal.
"Sévère", c'est elle, c'est le système dans lequel nous rampons, grave et austère, qui n'a le droit ni à la chute ni à la faiblesse, et qui pourtant nous y réduit.
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KRISS45
  24 septembre 2015
Livre que j'ai choisi parce qu'il est dans ma liste "faits divers". Je confesse qu'il y a du voyeurisme dans cette lecture.
Tiré d'une récente affaire criminelle, "Sévère" est l'histoire d'un couple qui entretient une relation à haut risque. Entre le riche banquier pervers, dominateur, psychiquement torturé et sa maîtresse en titre, courtisane vénale, servile qui s'est habituée au luxe et tombe dans le piège des grands sentiments (c'est du moins ce que l'auteur laisse entendre) le périlleux parcours finira mal.
On peut trouver l'histoire malsaine mais c'est bien le cas de tous les polars.
Sauf qu'ici, la base est authentique.
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Seraphita
  26 novembre 2010
Une prostituée de luxe mariée entretient une liaison avec un amant fortuné. Celui-ci l'initie aux relations sado-masochistes et au maniement des armes. Jusqu'au jour où elle commet un geste irréparable…
C'est le premier livre de Régis Jauffret que je découvrais avec « Sévère ». Je suis plutôt déçue par cette oeuvre que je trouve assez malsaine. Dans un préambule complexe, à relire plusieurs fois, l'auteur montre que la fiction « éclaire comme une torche », d'un côté, mais sait mentir, d'un autre : « personne n'est jamais mort dans un roman. Car personne n'existe dedans. Les personnages sont des poupées remplies de mots, d'espaces, de virgules, à la peau de syntaxe. La mort les traverse de part en part, comme de l'air » (p. 9). Régis Jauffret a voulu s'enfoncer dans un crime, le décrire, à travers la voix d'une narratrice paumée, l'analyser, le comprendre au mieux, … le justifier ?
Les va-et-vient chronologiques et entre personnages sont plutôt complexes. de qui parle l'auteur ? du mari ? de l'amant ? Quand se situe la réflexion de la narratrice ? Avant ou après le crime ? On s'y perd un peu.
Le ton de l'oeuvre me semble malsain : il y est question de sexe de manière très crue, de prostitution, de perversité à travers deux personnages déséquilibrés qui entretiennent des rapports sado-masochistes menant la narratrice au crime. le propos peut choquer.
En analysant les tenants et aboutissants de ce crime, l'auteur a-t-il voulu le justifier, en témoignerait la fin ? Je trouve qu'il est un peu facile de se dédouaner dans un préambule des mots qu'on écrit, qu'on présente comme une fiction et qui seraient donc anodins, sans conséquence sur le lecteur. L'auteur conclut en effet son préambule par ces mots : « Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ai inventée. Si certains s'y reconnaissaient, qu'ils se fassent couler un bain. La tête sous l'eau, ils entendront leur coeur battre. Les phrases n'en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre » (p. 9).
Un livre qui explore les bas-fonds de la sexualité humaine, choquant et plutôt malsain.
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som
  10 mai 2014
« Sévère » relate de façon romancée (Jauffret le précise dans son préambule, histoire d'éviter tout procès) l'affaire Edouard Stern. Ce dernier, jeune et brillant banquier d'affaires, est retrouvé, en 2005, revêtu d'une combinaison en latex après avoir été assassiné dans son appartement genevois. Tous les ingrédients d'un fait divers croustillant se trouvent réunis : argent, pouvoir, famille influente liée au pouvoir politique, sexe, sadomasochisme, paranoïa… n'en jetez plus
Le récit s'ouvre sur la cavale de sa maîtresse-meurtrière et se poursuit par la reconstruction de leur relation particulièrement toxique. Pourtant, ici, comprendre pourquoi et comment importe peu. On ne saura pas vraiment si l'héroïne est une victime, un bourreau ou tout bonnement une simple idiote. L'auteur ne juge pas. Volontairement, il ne prend pas position pour mieux laisser la porte ouverte à l'ambiguïté. L'intérêt réside surtout dans le ton cynique, le style direct, sans fioritures, percutant comme la balle de revolver logée dans le crâne de Stern. Pourtant cette logorrhée laisse un goût d'inachevé. Là où « Claustria » avait réussi, avec un sujet encore plus glauque, à provoquer de véritables sentiments de suffocation et d'enfermement et forcer à une réflexion de fond, « Sévère » nous laisse sur une impression de vacuité.
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Citations & extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
11livresalire11livresalire   25 août 2012
Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse.Je lui ai offert la combinaison en latex qu'il portait le jour de sa mort.Je lui ai servi de secrétaire sexuelle. Il m'a initiée au maniement des armes.Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je lui ai extorqué un million de dollars. Il me l'a repris.Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux. Il est tombé de la chaise où je l'avais attaché. Il respirait encore. Je l'ai achevé. Je suis allée prendre une douche. J'ai ramassé les douilles. Je les ai mises dans mon sac avec le revolver. J'ai claqué la porte de l'appartement...
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canelcanel   20 mai 2013
J'ai été proche des hommes riches, ils me rassuraient. L'argent sent bon, ces types dégagent un parfum de banque d'affaires, de marbre rose, de tableaux de maître, de salons vastes comme un parvis, de lits frais dont chaque jour le personnel change les draps, de piscine chaude, fumante, surplombant la ville dans l'air glacé de décembre. Et les senteurs de kérosène dont on perçoit furtivement les effluves quand le jet s'arrache au tarmac, du cuir des berlines, et des dressings spacieux comme des boutiques, aux étagères chargées de cachemire, aux costumes de flanelle dans leur housse, aux chaussures italiennes bâties autour des répliques en plâtre de leurs pieds afin de ne pas les épuiser en séances d'essayage. Une odeur plus irrésistible encore que celle des phéromones qui précipitent de parfaits inconnus dans les bras l'un de l'autre.
(p. 20)
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art-bsurdeart-bsurde   04 août 2013
J'ai commencé à pleurer. Les larmes jouaient un rôle important dans sa vie. Celles qu'il versait lui faisaient retrouver ce fantasme d'enfant maltraité par sa mère. Une excitation étrange, au-delà du désir de souffrance, de domination. Quand il basculait dans ce gouffre, il ne recherchait même plus de contact sexuel. Son sexe se rétractait, comme si il cherchait lui aussi à remonter jusqu'au début des années 1960 quand sa mère le douchait à l'eau froide dans la vielle baignoire peinte de l’hôtel particulier de Neuilly. Un rêve dont il jouissait infiniment quand il était éveillé. Un cauchemar qui le réveillait la nuit.
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canelcanel   19 mai 2013
Il ne s'excusait pas pour sa sauvagerie de la nuit. Je n'aurais pas compris qu'il s'excuse. J'aimais être sa proie, et qu'il vienne la prendre par surprise au fond de son terrier.
(p. 80-81)
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SeraphitaSeraphita   26 novembre 2010
Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c’est moi qui l’ai inventée. Si certains s’y reconnaissaient, qu’ils se fassent couler un bain. La tête sous l’eau, ils entendront leur cœur battre. Les phrases n’en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre.
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Vidéo de Régis Jauffret
Jean Teulé publie «Comme une respiration», chez Julliard. Ivan Jablonka évoque «Laëtitia», publié au Seuil. Régis Jauffret fait quant à lui la promotion de «Cannibales», paru au Seuil. Tom Wolfe accueille François Busnel chez lui, à New York. Nina Bouraoui publie «Beaux Rivages», chez JC Lattès, et Jim Fergus «La Vengeance des mères», au Cherche-Midi.
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