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EAN : 9782021500769
224 pages
Seuil (07/10/2021)
3.73/5   31 notes
Résumé :


En France, un petit groupe de hauts fonctionnaires truste la plupart des postes clés et lucratifs – dans les grandes entreprises privées comme au cœur de l’État. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, jamais cette caste n’a été aussi puissante et aussi riche.

Comment cette caste, unique dans le monde occidental, s’est-elle constituée sous le gaullisme, a prospéré sous Mitterrand, pour atteindre son apogée aujourd’hui ? Comment a-t-elle r... >Voir plus
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Livre dont les médias mainstream parlent peu. Dommage il est intéressant.
Le journaliste a enquêté sur ce que M. Bourdieu nommait jadis la "noblesse d'état". Plutôt leurs successeurs, fils, filles, petits fils et petites filles de.
Reste la noblesse (héritage via grandes écoles) mais la notion d'état se perd peut être un peu.
M. Todd qualifie par exemple aujourd'hui cette caste de "statofinancière".
Quelle que soit l'appellation, on s'aperçoit au fil des pages de l'incroyable petite minorité incestueuse qui coopte tous les postes à revenus importants de la fonction d'état. En passant allègrement au privé. Puis revenant vers l'état lorsque l'occasion se présente...
"Car, aussi étrange que cela puisse paraître, ce haut fonctionnaire, nommé à la tête d'Aéroports de Paris sur décision du président de la République, siège aussi au conseil d'administration de Scor, groupe totalement privé.
Ce curieux mélange des genres est une spécificité bien française."
Des chiffres sont donnés, aucun jugement moral prononcé.
Même quand la probité des intéressés laisse pantois :
"épinglé par la presse pour avoir menti dans le cadre de l'affaire Duhamel, le conseiller d'État Marc Guillaume est contraint de démissionner de son poste tout-puissant de secrétaire général du gouvernement ; le pouvoir pourrait le faire attendre un peu avant de lui trouver un autre poste, mais l'homme, un ami d'Édouard Philippe, est très influent. le président de la République décide de le faire préfet d'Île-de-France, le sommet de la hiérarchie dans ce corps."
De l'humour dans les titres de chapitre (ex : extension du domaine de la pantoufle) , de l'humour noir à l'intérieur. Dans "La place des femmes" on peut ainsi lire :
"Alors, elle cumule. « Ça a commencé en 2004, avant la loi Copé-Zimmermann, raconte-t-elle, une tasse de thé à la main. J'étais encore présidente de la RATP. Un de mes copains de promo à l'ENA siégeait au conseil de la banque Dexia. du coup, je m'y suis retrouvée moi aussi. » Avec notamment Augustin de Romanet et Denis Kessler. Un petit monde. Elle y perçoit, en 2007, 22 000 euros de jetons de présence, en plus des 250 000 euros de salaire de présidente de la SNCF."
Un exemple parmi des centaines, des chiffres bien plus astronomiques, qui font la démonstration d'un véritable monopole oligarchique incompatible avec un fonctionnement correct d'un état moderne.
Le pire de tout cela : la normalité apparente. La plupart des personnes citées ont reçu aimablement le journaliste enquêteur et répondu à ses questions. Celui-ci ne les accable pas d'ailleurs. C'est ce fonctionnement qu'il dénonce. On peut certes sourire au décalage entre la vertu affichée par certains (je pense à nos deux derniers premiers ministres, M. Philippe et M. Castex) et la réalité de leurs petits arrangements entre amis mais aussi nourrir une certaine amertume que tout ceci ne soit pas mis au grand jour afin que cela cesse.
Avec un vrai journalisme indépendant, tel qu'on le voudrait pour les pays qu'on critique (enfin, lorsque ces pays ont des dirigeants qui ne plaisent pas aux nôtres) on pourrait facilement mettre fin à ces pratiques.
Ce ne sera bien sûr pas comme cela que cela finira.
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Rédigé dans un style accessible et clair cet ouvrage particulièrement bien documenté permet de relativiser les résultats des derniers sondages donnant Edouard PHILIPPE personnalité politique préférée des français. En effet il n'a peut-être pas embauché sa femme ou fille pour travailler auprès de lui, ni accepté des costumes sans prix comme cadeaux mais ses cumuls de salaires, jetons de présence dans des CA et son récent pantouflage laissent rêveur....Certes un gros compte en banque aide à servir l'Etat.
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« L'Etat a ses chasses gardées, ses réseaux occultes qui évoquent facilement une mafia », écrivait il y a près d'un demi-siècle Pierre Viansson-Ponté. On peut à juste titre se demander si cette situation de copinage et d'entre soi particulièrement malsaine ne serait pas pire aujourd'hui qu'hier. Cette mafia de grands commis de l'Etat, de hauts fonctionnaires et d'hommes politiques de haut niveau représente une caste de dignitaires hors sol qui ne songe qu'à défendre ses intérêts particuliers en se cooptant et en s'entraidant dans le but d'accroître pouvoir et revenus. Au fil de cet ouvrage, le lecteur découvrira nombre de grands commis de l'Etat qui bénéficient de retraites-chapeaux dépassant parfois le million d'euros par an… Des personnalités politiques qui jouissent de jetons de présence dans de grands groupes pouvant atteindre jusqu'à 250 000 € par an ; Des conseillers d'Etat, des inspecteurs des finances, des membres de la Cour des Comptes qui peuvent profiter d'émoluments pouvant atteindre 30 000 € par mois. Un seul exemple : Jean-Dominique Comolli privatise la Seita, ferme de nombreuses usines, fait perdre plus de 3000 emplois, fusionne ensuite avec les Tabaccaleras espagnoles tout en restant à son poste de président. Et quand le consortium est racheté par les Anglais, Comolli est recyclé chez Engie en dépit de sa gestion catastrophique contre l'avis d'Arnaud Montebourg alors ministre, puis chez Air France par la grâce d'Emmanuel Macron
« La mafia d'Etat », troisième volet d'une trilogie (après « Les Intouchables », et « Les Voraces ») est une enquête d'investigation journalistique basée sur les témoignages de nombreuses personnalités et sur les chiffres officiels qui ne sont d'ailleurs disponibles que depuis peu (présidence Hollande) et ne concernent que le patrimoine des politiques, mais pas encore celui des hauts fonctionnaires. le lecteur y découvrira tout un petit monde sélectionné dès les grandes écoles (ENA, Polytechnique, Sciences Po, Mines, Ponts et chaussées, etc.) qui investit les grands corps de l'Etat avec des salaires déjà très conséquents, se lance ensuite dans la carrière politique sans jamais démissionner, se recycle dans le monde des affaires et ne cesse de pratiquer nombre d'aller et retour entre ces trois univers. Ainsi a-t-on vu récemment un ancien premier ministre, Edouard Philippe, immédiatement recyclé chez Atos et son successeur Jean Castex en faire de même à la direction de la RATP. La liste est longue de ces profiteurs et pantouflards émargeant la plupart du temps dans la fourchette des 200 000 € par an. Quelques noms rencontrés au fil des pages de cet ouvrage : Guillaume Pépy, Florence Parly, Louis Schweitzer, Anne-Marie Idrac, Nicolas Bazire, Jean-Pierre Jouyet, Muriel Pénicaud, parmi des dizaines d'autres. En lisant cet ouvrage salutaire mais un peu déprimant quand même, on comprend pourquoi tous ces gens se retrouvent si loin du peuple, du réel et des difficultés quotidiennes des gens. Ces privilégiés, ces petits marquis de la République en rappellent étrangement d'autres. Subiront-ils le même sort ? On peut en douter. L'auteur conclut d'ailleurs par cette phrase quelque peu désabusée : « La mafia d'Etat, peut-être affaiblie par ces réformes, a donc encore de beaux jours devant elle. »
Lien : http://www.bernardviallet.fr
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De la haute fonction publique d'Etat aux grandes entreprises du CAC 40, il n'y a qu'un pas que moins en moins d'hommes politiques ou d'agents de l'Etat n'hésitent à franchir, ouvrant largement leurs carnets d'adresses contre d'impressionnantes rémunérations et autres avantages. Lorsque l'on troque l'intérêt général au profit d'intérêt personnel sonnant et trébuchant, on frise un système mafieux tant la cooptation et l'opacité règnent en maître.
A l'appui de témoignages souvent inédits, Vincent Jauvert, grand reporter à L'Obs, donne à comprendre les mécanismes d'un monde où règne l'entre-soi, où se font en toute discrétion des politiques publiques et des fortunes personnelles. Lecture terrifiante mais néanmoins salutaire.

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La confusion des genres est-elle normale? acceptable? à repenser? Est-il normal qu'un fonctionnaire même s'il est très qualifié et soit haut gradé, se retrouve en détachement pour construire en parallèle une carrière politique? Est-ce que le cumul des salaires pour obtenir une pension astronomique est-il encore acceptable dans les conditions économiques que nous traversons? Les questions sont posées et exemples à l'appui, l'auteur nous donne matière à réflexion.
Ce qui est très clair et cela est démontré au quotidien dans le monde du travail, c'est que certains sont de véritables carriéristes (avec des salaires qui vont avec cet échelon) et d'autres ont simplement la prétention de faire leur boulot du mieux qu'ils peuvent. La question qui me semble utile d'être posée c'est plutôt est-ce que les carriéristes sont vraiment compétents ou sont-ils juste un maillon de la chaîne pour arriver au pouvoir mais alors dans le cas de leur incompétence, s'ils ont commis des fautes, qui doit en payer le prix ? Encore et toujours le contribuable ?
Ce qui est criant en France, c'est encore et toujours ce même phénomène de la caste dominante et privilégiée mais personne n'empêche d'autres d'y accéder, il faut surtout en payer le prix tant au propre qu'au figuré. Faire de longues études intellectuelles n'est pas donné à tout le monde. Mais là c'est une autre histoire, la réplique dans l'excellent reportage diffusé sur ARTE, demain tous crétins?
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
... il s’est retrouvé, du jour au lendemain, administrateur d’Atos, avec une rémunération d’environ 40 000 euros par an, ce qui lui permet d’agrémenter son train de vie de maire et de président de l’agglomération du Havre pour lesquels il est rémunéré 8 400 euros bruts par mois. Et ainsi d’amoindrir sa perte de revenu, puisqu’en tant que Premier ministre il percevait 15 000 euros bruts par mois.
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Les médias se sont peu intéressés au passage d’Édouard Philippe dans le privé, juste après son départ de Matignon. Pourtant, ce pantouflage est symptomatique des mœurs de la tribu qui m’occupe, notamment de sa tendance à agir aux limites de la loi. Le 28 octobre 2020, l’ancien Premier ministre, « le visage de la crise » selon Emmanuel Macron 1, devient, à la surprise générale, administrateur d’une grande société privée d’ingénierie informatique, Atos. L’affaire a été rondement menée puisque Édouard Philippe a demandé l’autorisation à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) le 21 juillet 2020, soit moins de trois semaines après sa démission du gouvernement. Les tractations avec Atos auraient-elles été menées alors qu’il était encore à Matignon ? Impossible de le savoir.
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« Il y a près d’un demi-siècle, le grand journaliste politique et historien de la Ve République Pierre Viansson-Ponté écrivait : « L’État et ses chasses gardées, ses réseaux occultes qui évoquent facilement une mafia. »

On peut aujourd’hui dresser le même tableau. En pire.

Ce livre est le troisième d’une série consacrée aux hauts fonctionnaires français et plus généralement à nos élites politico-administratives.

Il y eut d’abord Les intouchables d’État . L’ouvrage racontait comment et pourquoi, quand ils étaient fautifs, les grands commis de la République échappaient très souvent à toute sanction ; et comment, d’une manière générale, beaucoup profitaient de leur position dans l’appareil d’État pour entreprendre des carrières dans le privé.

Il y eut ensuite Les voraces . Le livre élargissait le propos au personnel politique, de droite comme de gauche. J’insistais particulièrement sur la course à l’argent dans laquelle ces élites-là étaient prises depuis une dizaine d’années.

Et voici, pour reprendre l’idée de Viansson-Ponté, La Mafia d’État. Evidemment, le titre est à prendre dans son acception métaphorique – et non pas criminelle. J’entends par ‘mafia’ un groupe fermé, je pourrais dire aussi une caste, qui défend ses intérêts »… (P. 9)
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« L’Agence France Presse (AFP) est l’une de ces chasses gardées de la caste d’État. Ses 5 derniers présidents ont fait l’ENA, dont quatre sortis dans les grands corps. Deux au Conseil d’État, deux autres à la Cour des comptes. Filty-fifty. (…) Dans l’histoire récente, seuls deux anciens reporters on dirigé l’AFP. (P. 155)
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« Le nouvel horizon de la caste d’État, son Far-West, c’est le lobbying. » (P. 115)
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