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ISBN : 2070355705
Éditeur : Gallimard (26/02/2009)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 504 notes)
Résumé :
Né du rêve d'un conquérant, le Vieux Royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée. Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, AEdan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au mi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (82) Voir plus Ajouter une critique
Dionysos89
  19 mars 2013
Le grand défaut des recueils de nouvelles est évidemment de n'aborder que des petites histoires (bien souvent sans grand intérêt en-dehors d'elles-mêmes), mais quand Jean-Philippe Jaworski prend ce genre à son compte, cela se laisse tout de suite apprécier d'une toute autre manière : le résultat se passerait presque de commentaires.
Faisons un compte-rendu rapide de chacune des nouvelles présentes dans ce recueil. D'abord, avec la nouvelle éponyme, Janua Vera, l'auteur dresse un portrait épique, magnifiant, du Roi-Dieu Léodegar qui sent sa condition de souverain divin tiraillée entre guerre, politique et religion. Puis, nous sautons d'aventures en aventures tels les joyeux compagnons du Vieux-Royaume que nous sommes quand nous accompagnons ainsi Jean-Philippe Jaworski : d'un complot politique retors (avec des guerres en arrière-plan et un assassin au premier plan) aux inconvénients liés à l'attitude chevaleresque, les déboires des personnages successifs sont légion.
L'enchaînement de ces nouvelles est très intéressant, car l'auteur réussit à dévoiler une large chronologie de l'univers de fantasy qu'il a créé, tout en se focalisant sur des bribes de personnages qu'il réutilise ça et là à bon escient. le rythme d'ensemble lui permet même de glisser ensuite une aventure d'un onirisme trouble, façon pour lui de varier les plaisirs, les genres et les thèmes, preuve qu'il semble savoir tout faire, le bougre !
À mi-chemin de ce recueil, je découvre avec grand-plaisir la nouvelle qui m'a le plus bouleversé (avec la première et la dernière… et oui, je ne mets Mauvaise donne, qui inspira ensuite Gagner la guerre, qu'en quatrième place, honte à moi sûrement !) : le conte de Suzelle. Nous trouvons là légèreté et pesanteur dans la même nouvelle, ni plus ni moins. Légèreté par le caractère même de l'héroïne et pesanteur par le ton résolument fataliste adopté par l'auteur.
La dernière ligne droite ne nous lâche pas pour autant : après un copiste poursuivi par une malchance maléfique qui se voit confronté à un tueur en série pas comme les autres, puis une fable des plus troublantes qui me laisse encore songeur (Un amour dévorant est, il faut l'avouer, assez bizarre, mais pas pour autant inintéressant au contraire), nous terminons notre voyage par une nouvelle particulière où se mêlent mystère, introspection et jeu narratif avec le lecteur, tout un programme dont Jaworski semble vouloir en user au maximum, ce qui me passionne plutôt. Les derniers mots du Confident résonnent encore dans ma tête…
Jean-Philippe Jaworski insère donc parfaitement du liant dans ses nouvelles pour créer un univers cohérent : le Vieux-Royaume. Impossible d'énumérer véritablement l'ensemble des thèmes qu'il aborde, et dans des situations totalement variables. On sent à chaque page toute la culture de l'auteur qui transpire dans ses idées les plus farfelues ou même dans les plus simples mais traitées de manière originale et inattendue.
Un recueil inoubliable donc, pour moi, qui me mènera évidemment à lire bientôt Gagner la guerre, à n'en pas douter… (ça a du bon de l'avoir tout de suite à disposition dans la bibliothèque de ma chère et tendre !)
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Davalian
  21 octobre 2013
Janua Vera est un recueil de huit nouvelles qui ont en commun de parler plus au moins longuement de guerre ou des bas-fonds de la société. Il s'agit ici de dark fantasy, au sens strict du terme. Les récits sont suffisamment étoffés pour développer de petites histoires de tailles différentes mais qui se laissent lire agréablement. Certaines plus que d'autres certes, il n'empêche que le style de Jean-Philippe Jaworski fait mouche.
La nouvelle éponyme, placé en début d'ouvrage peut surprendre les adeptes les plus blasés. Certains seront amenés à s'interroger. Était-ce un bon choix que de se lancer dans cette aventure ? Tant l'histoire du Roi-Dieu est étrange, onirique. Mais bien vite, Mauvaise donne vient rassurer tout le monde. La trépidante aventure de Benvenuto Gesufal est du plus pur style fantasy : il a là largement de quoi faire un roman, promis. le service des dames est par contre moins immersif, une histoire convenue qui n'est pas sans faire penser à une certaine épée lige…
Une offrande très précieuse ressemble davantage à Janua Vera et peut déplaire. Présenter ainsi des chefs barbares, s'éloigner autant des poncifs du genre, chapeau ! Toute comme il a été courageux d'insérer là le conte de Suzelle, une petite biographique sans prétention au démarrage qui dévoile rapidement une profondeur et une approche quasi féminine. Intéressante et tranchante dans ce monde peuplé de brutes et de malheurs. le lecteur ne peut que compatir devant les malheurs de maître Calame : son Jour de Guigne a vraiment de quoi remonter un moral tombé dans des chausses baissées.
Exception faite du second récit, les deux meilleurs sont laissé à la fin. Un amour dévorant est intéressant du début à la fin et permet d'annoncer le confident. Si les histoires sont indépendantes, le culte du Desséché est un fil rouge d'autant plus sympathique que l'auteur nous dévoile de sombres secrets… construits sur des rites ésotériques connus. le recueil se termine avec un tel panache ! le lecteur en sera pantois !
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Tatooa
  06 septembre 2014
Un recueil de nouvelles variées et prenantes. Et un auteur français que je ne connaissais pas du tout, qui a le don d'utiliser des styles d'écriture différents selon le ton qu'il veut donner à chaque nouvelle.
C'est fascinant à lire, d'ailleurs.
"Janua Vera" m'a laissée de marbre. Toute en poésie sombre, et c'est sa seule qualité pour moi, son personnage principal n'est guère attachant (il fait penser au Xerxès de 300 !). de plus, la chute ne m'a pas vraiment "fait tilt", c'était assez téléphoné de mon point de vue, et l'ensemble de la nouvelle demeure assez hermétique. Je ne suis donc pas arrivé à rentrer dedans. J'ai été un peu inquiète d'avoir entraîné des amis de forum dans une lecture commune sur ce bouquin, après cette nouvelle... de la fantasy on n'en a pas beaucoup dans cette nouvelle, d'ailleurs.
"Mauvaise donne", heureusement, change de ton, de style, et d'environnement. On se retrouve dans les bas-fonds de Ciudalia, une ville portuaire, avec Benvenuto l'assassin (Soyons honnête, cela rappelle furieusement un certain épisode d'Assassin's creed à Florence, sisi !). Un personnage haut en couleurs, doué mais fragilisé, qui se retrouve pris dans des complots politiques d'une ampleur qui le dépasse. Vraiment bien tournée et bien amenée, on suit les mésaventures de Benvenuto avec un grand intérêt ! On comprend que le roman "Gagner la guerre" lui fasse suite, elle l'appelait ! Ici, on a de la magie, des coups et des bagarres, beaucoup d'action, mais également de la réflexion ! Un très bon moment de lecture, mais ce n'est pas ma préférée.
J'ai adoré "le service des dames" !
J'ai adoré cette nouvelle parce qu'on y retrouve la poésie de la première (la description de la tempête que j'ai mise en citation sort de cette nouvelle), avec l'action de la seconde. le page, Coel, m'a amusée, le petit retors ! Les personnages sont bien brossés, et le style est flamboyant, un vrai plaisir !
J'ai également beaucoup aimé "une offrande très précieuse". Cecht m'a été très attachant, j'ai beaucoup aimé ce vieux briscard sentimental qui m'a rappelé de si près Waylander. Oui bon j'avais un parti pris, c'est vrai, mais c'est ainsi. le style est plus rude, ici, adapté à la guerre et aux combats, avec toujours cette magnifique faculté d'évocation, on s'y croirait toujours, Jaworski c'est l'auteur en technicolor français !
"Le conte de Suzelle" m'a laissée un peu perplexe, à nouveau. Au milieu je me suis dit "mais c'est tout sauf un conte, cette histoire !". C'est triste et un peu désespérant, tellement cynique. J'aime bien ça d'habitude, mais là, c'est assez terrible, parce que Suzelle est attachante.
"Jour de guigne" est sans aucun doute la plus réjouissante et la plus amusante des nouvelles de ce recueil, et pourtant, le grand Désséché sait qu'il lui en arrive des vertes et des pas mûres, à ce pauvre Maître Calame. A la fois on le plaint et c'est tordant, un vrai petit bijou !
"Un amour dévorant" renoue avec une ambiance sombre et mélancolique, avec une note horrifique, mais sans trop. On découvre peu à peu la triste histoire d'Ethaine (avec l'enquête du prêtre du "Dieu Desséché"), et comment elle influe sur la vie des habitants du village. Nous nous situons, si j'ai bien compris, à la fin du monde créé par Jaworski et la boucle est ainsi bouclée.
"Le confident" clôt ce recueil par une confidence relativement glauque, mais aussi pleine d'espoir, assez mystique, somme toute. Elle nous décrit également la vie des prêtres du "Desséché", et leur mission. Notre pauvre héros est tout à fait à plaindre et ses affres laissent un goût amer...
En bref, c'est un beau recueil, et j'ai sauté dès hier soir sur "Gagner la guerre". Dont la première page m'a fait rire aux éclats ! (je viens de mettre la citation en question...).
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Arakasi
  24 mars 2013
Après une relecture délicieuse du premier roman de Jaworski, « Gagner la guerre », je n'ai pas pu résister au plaisir de me replonger dans « Janua Vera », histoire de prolonger un peu mon idylle avec l'auteur. Il faut dire que Jaworski nous offre là un bijou rare : un recueil de nouvelles fantastiques quasi-parfait, dix courts récits, tous merveilleusement écrits et allant du très bon à l'excellence. Performance d'autant plus remarquable que l'auteur s'essaie avec succès à tous les registres d'écriture, adaptant son style à chaque nouvelle histoire avec une aisance déconcertante, mais en conservant toujours une touche toute personnelle qui donne une vraie homogénéité à l'ensemble. On commence par exemple par « Janua Vera », nouvelle au lyrisme flamboyant (qui m'a personnellement beaucoup fait penser à « Salammbô » de Flaubert), pour enchaîner ensuite sur « Mauvaise Donne », trépidant récit d'intrigues politiques qui n'aurait pas détonné dans un roman historique ou de cape et d'épée. Suivent une geste chevaleresque à la Chrétien de Troyes, un hilarant petit récit burlesque, une fable sombre et morbide, etc… Seul point commun entre ses différents récits (outre certaines thématiques récurrentes) : tous se lisent avec un intense plaisir !
Afin de ne pas écrire une critique de trois kilomètres de long, je me concentrerai sur les nouvelles qui m'ont le plus séduite. Je ne déparierai pas le choeur enthousiaste des lecteurs en confessant mon coup de foudre immédiat pour « Mauvaise Donne ». Il faut dire que le récit a tout pour me plaire : une plongée dans une Venise uchronique où fleurissent intrigues politiques et sanglants traquenards, un complot délicieusement tortueux, un trio d'irrésistibles salopards à sang froid… On a également le douteux plaisir d'y rencontrer pour la première fois le personnage principal de « Gagner la guerre » – Don Benvenuto Gesufal, tueur à gages et grand baratineur de son état – et une poignée d'autres protagonistes du roman. Je dois reconnaître également un faible particulier pour le « Conte de Suzelle », une petite merveille de nostalgie et de poésie où l'on emboitera le pas, le temps de quelques pages, à une petite paysanne du Moyen-âge à l'imagination trop vive et au coeur trop sensible. « le Confident » se place pour moi en troisième position avec son atmosphère poisseuse, noire et glaçante qui vous laissera un arrière-goût de cendre dans la bouche quand vous refermerez le recueil.
Le volume que je tiens entre les mains étant la dernière édition proposée par l'éditeur, les Moutons Electriques, j'en profite pour commenter les textes ajoutés depuis l'avant-dernière édition en 2009. Nous avons tout d'abord droit à deux nouvelles supplémentaires, « Montefellone » et « Comment Blandin fut perdu » qui, si elles ne font pas partie des meilleures du recueil, n'en restent pas moins d'excellente qualité. J'avoue un faible pour la seconde où l'auteur nous conte avec sensibilité et cruauté les amours contrariés d'un jeune peintre de génie. En prime, le lecteur aura également droit à une très amusante préface écrite par l'ami Benvenuto Gesufal en personne sur le thème prometteur de « Ecrire, c'est se mettre dans le pétrin » et à plusieurs autres documents annexes venus étoffer le monde du Vieux Royaume où se déroulent toutes les nouvelles, comme le texte de la charte de la Marche Franche, des extraits de légendes et de fabliaux, une chronologie de l'Histoire du Vieux Royaume, etc… En conclusion, un livre captivant et superbe que je conseille très chaleureusement aux amateurs de fantasy (et si vous n'êtes pas amateur, tentez donc votre chance tout de même ! Ce serait tragique de passer à côté…)
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Melisende
  19 janvier 2017
Difficile d'évoquer Janua Vera alors qu'on a déjà si souvent et si bien vanté ses mérites. Difficile de parler correctement d'un titre de Jean-Philippe Jaworski parce que rares sont ceux qui possèdent son talent pour embellir les mots et transmettre les émotions.
J'y vais tout de même de mon petit commentaire qui n'apportera rien de bien nouveau mais qui confirmera une fois de plus – est-ce vraiment nécessaire ? – que oui, ce recueil de nouvelles est une petite pépite pour qui aime les univers denses, les personnages hauts en couleur et les styles clairement littéraires.
Outre un très bel objet – je possède la version « deluxe » reliée et avec une tranche dorée – j'ai surtout l'impression que cette réédition contient quelques nouvelles que vous ne trouverez pas dans les exemplaires précédents et notamment en poche. Car ici ce ne sont pas 7, pas 8 mais bien 10 nouvelles qui se succèdent.
Imaginez une grande fresque peinte représentant un univers riche et bien construit, à tendance médiévale avec un soupçon de fantasy : le Vieux Royaume. Vous y voyez divers paysages (des montagnes en arrière-plan à droite, un bord de mer au premier plan en bas à gauche, des plaines cultivées entre les deux, des villes trop peuplées, les tours d'un château, une forêt sombre…) et y apercevez de nombreux figurants, femmes, hommes, enfants, travaillant, espionnant, priant, se promenant… bref, des personnages pris en flagrant délit à un instant -T de leur vie. Maintenant, imaginez que Jean-Philippe Jaworski zoome sur 1 personnage à chaque fois, et cela à 10 reprises. C'est parti, vous voilà entrés dans le Vieux Royaume, accrochez-vous !
Ce qui fait la force de chaque histoire, c'est que l'auteur parvient à chaque fois à créer un cocon dans lequel le lecteur est immergé pour suivre l'aventure, le devenir de telle figure mise en avant. Tantôt dans un village isolé près d'une forêt, tantôt évoluant dans une très grande citadelle aux ruelles malfamées ; dès les premières lignes vous savez exactement où vous vous trouvez et tout est fait pour que vous ne soyez jamais perdus.
La nouvelle est un exercice difficile pour lequel il faut savoir faire preuve d'équilibre et de dosage. Souvent, on regrette une situation initiale qui prend trop de place par rapport au reste, un développement qui se perd dans des méandres inutiles et souvent, un dénouement qui arrive trop brutalement, comme un cheveu sur la soupe. Rien de tout cela chez Jean-Philippe Jaworski : tout est à sa place, tout est maîtrisé.
On sent que l'auteur passe du temps sur chaque détail et que chaque mot est choisi avec soin. Un peu comme un Flaubert qui réécrivait plusieurs fois chaque page jusqu'à trouver le terme qui ferait chanter tout le reste. On pourrait redouter un style trop littéraire, trop maîtrisé mais là encore, Jaworski surprend car il parvient à nous offrir une histoire passionnante, une lecture fluide et pleine d'émotions, sans en oublier la forme. Et ce n'est pas donné à tout le monde, loin de là !
Je ne reviendrai pas sur chacune des 10 nouvelles mais plutôt sur celles qui m'ont durablement marquée. Bon, très sincèrement, toutes méritent notre attention et toutes ont un petit quelque chose ; mon choix est totalement subjectif et relève donc de mes goûts à moi en terme d'intrigues, de thèmes, de personnages… La qualité littéraire – bien que le ton et le langage employés varient d'une nouvelle à l'autre – est au rendez-vous tout au long du recueil, c'est indéniable.
Le Conte de Suzelle. Voilà des mois (des années) qu'on m'assure que cette nouvelle va me parler, qu'elle va me plaire. J'ai même un ami qui m'a avoué la relire tous les ans tant elle est émouvante… merci Raphaël, je comprends maintenant pourquoi ! Suzelle est une petite fille un peu rêveuse qui oublie souvent de mener à bien les corvées familiales. Un jour qu'elle doit s'occuper du linge au lavoir, elle fait une rencontre qui aura un impact définitif sur son avenir. Un jeune homme, beau, élégant (bien qu'un peu étrange) qui lui promet qu'il reviendra la voir dès que possible. Suzelle se propose dorénavant pour toutes les lessives, impatiente de revoir l'inconnu. Elle grandit, devient une jeune femme, met de côté ses rêveries d'enfant sans jamais les oublier pour autant et puis, la vie reprenant ses droits, elle accepte de se marier, donne naissance à de nombreux enfants, affronte la mort de certains, voit la guerre arriver… mais jamais l'inconnu rencontré pendant ses jeunes années. le Conte de Suzelle est magnifique mais terriblement triste. Il nous parle d'espoir, de la vie qui passe, de fatalité… avec une touche de merveilleux, évidemment ! Et la chute, bien qu'attendue, est exactement celle que j'espérais. Une nouvelle très émouvante que moi aussi, je relirai régulièrement.
Mauvaise donne est sans doute la nouvelle la plus célèbre du recueil puisqu'elle met en scène Benvenuto Gesufal, un « salopard » anti-héros qu'on ne peut s'empêcher d'apprécier et qui est surtout connu pour être le personnage principal de Gagner la guerre, le premier roman de Jaworski. Dans les ruelles malfamées de la ville de Ciudalia – dont les consonances nous font penser à une ville d'Italie – Benvenuto assassine sur commande. Alors qu'il accepte une nouvelle mission, il se retrouve coincé dans une histoire de plus grande ampleur où les manipulations et complots politiques sont de mise. C'est le genre de héros qui pense à sauver sa pomme avant le reste et qui fait preuve d'une grande ingéniosité pour cela. C'est une nouvelle à la fois dynamique, même un peu drôle et qui témoigne de la richesse de l'univers mis en place par Jean-Philippe Jaworski (une ville avec un historique, un gouvernement, une politique…).
Jour de guigne qui fait directement suite au Conte de Suzelle prend le contre-pied de celui-ci. Si des larmes de tristesse avaient pu couler lors de la découverte de l'aventure malheureuse de la jeune fille, en suivant Maître Calame, ce sont des larmes de rire que l'on ne peut retenir. Hommage assumé au grand Terry Pratchett, Jean-Philippe Jaworski met en scène un homme frappé d'une malédiction qui, toute la journée durant, devra subir les conséquences de celle-ci. de la perte de son argent à l'attaque de chiens enragés en passant sous les fenêtres des ménagères qui vident leurs sceaux d'aisance, le héros a bien du mal à rester debout. le voilà d'ailleurs engagé – contre son gré – dans la résolution d'un mystère entourant la ville. Les gags s'enchaînent, c'est toujours drôle, fin, jamais lourd et exagéré. C'est aussi l'occasion pour l'auteur de glisser de nouveaux éléments sur la conception de son univers, notamment sur les créatures qui le peuplent.
Avec le Confident, là aussi le lecteur en apprend davantage sur le Vieux Royaume et notamment sur un de ses aspects religieux puisque l'on fait la connaissance d'un homme qui a fait voeu d'obscurité en l'honneur du culte du Desséché. C'est assez sombre, assez étrange. Les premières pages sont sibyllines mais le voile se lève petit à petit et ce qu'on découvre est assez passionnant. Là encore, Jaworski nous prouve qu'il a pensé aux moindres détails de son univers.
Un amour dévorant et le Service des dames m'ont également fait forte impression. La première nouvelle pour son atmosphère très inquiétante, je n'aimerais pas errer dans cette forêt qui abrite des fantômes agressifs une fois la nuit tombée (j'ai beaucoup aimé la scène finale, inspirée de Shaekespeare/Millais ?) ; et la seconde pour son clin d'oeil aux romans courtois de Chrétien de Troyes (le chevalier errant, la châtelaine toute puissante en son domaine, le combat en duel…). L'immersion du lecteur est totale et là encore, ces deux textes nous le rappellent.
Je pourrais insister sur la beauté de certains textes, sur l'émotion et sur l'extrême attention portée aux mots… mais j'arrête là ce blabla déjà bien trop long et bien moins digeste que les 420 pages proposées par Jean-Philippe Jaworski. Si vous souhaitez découvrir l'auteur, si vous aimez les nouvelles, si vous aimez les univers bien construits et denses à la façon d'un Tolkien, alors laissez-vous tenter par Janua Vera. A mon avis, vous aurez envie de poursuivre un peu plus l'aventure en vous plongeant dans les romans de l'auteur…
PS : à noter que pour parfaire l'aventure, des annexes ont été ajoutées au recueil. Vous voilà en possession de quelques anecdotes nouvelles au sujet du Vieux Royaume et surtout en possession de toute sa chronologie (qui s'étale sur des millénaires)… au cas où vous doutiez encore que Jaworski a pensé à tout !
Lien : http://bazardelalitterature...
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critiques presse (1)
Elbakin.net   17 mars 2015
Un livre à lire, à prêter, à recommander et à relire.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   11 décembre 2018
Mais dans les contes, n'était-ce pas quand tout allait de mal en pis qu'un prince sortait de la nuit des légendes, rétablissait l'harmonie et la justice ?

[Extrait de "Le conte de Suzelle"]
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Erik35Erik35   03 décembre 2018
Les prêtres, les philosophes et les cyniques qui affirment que tous les hommes sont égaux dans la mort sont de fieffés menteurs. Ou de fieffés imbéciles. Il y a mourir et mourir. La mort, c'est comme la vie ; on crève en gueux, en bourgeois ou en aristocrate. Et voilà que je me préparais une fin bien minable, celle d'un porc suspendu à son crochet.
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Erik35Erik35   30 novembre 2018
Dans l’obscurité qui tombe, dans le grondement du cœur qui s'affole, le Roi-Dieu élève encore son poing armé.
Il frappe.
Il frappe.

[Extrait de "Janua Vera"]
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Dionysos89Dionysos89   28 mars 2013
Un bon assassin est comme un bon artisan : il aime l’ordre, le tour de main façonné par une longue pratique, la petite routine du quotidien. Le travail ajusté et sans bavure.

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Dionysos89Dionysos89   20 mars 2013
- Tu as été élue par la Déesse. Tu en es la voix. Tu en détiens tous les mystères.
- Le propre d’un mystère, c’est d’être sans explication. Je suis riche de questions, et pauvre en réponses.

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Videos de Jean-Philippe Jaworski (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Philippe Jaworski
Jean-Philippe Jaworski - Gagner la guerre. Volume 1, Ciudalia
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