AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2361831007
Éditeur : Les Moutons Electriques (23/08/2013)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 263 notes)
Résumé :
Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (81) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
22 juillet 2013
Après un recueil de nouvelles (« Janua vera ») et un premier roman (« Gagner la guerre ») d'une qualité remarquable et unanimement salués aussi bien par la critique que les lecteurs, voilà que Jean-Philippe Jaworski nous revient enfin avec une trilogie de fantasy historique intitulée « Rois du monde ». L'auteur quitte cette fois l'univers du Haut-Royaume pour se consacrer aux peuples celtes peuplant la Gaule antique que l'on découvre à travers l'histoire de Bellovèse, fils de roi dépossédé de son héritage et exilé en compagnie de son frère et de sa mère par son oncle, désormais haut-roi. A travers le récit à la première personne du jeune homme, J.-P. Jaworski brosse le portrait d'une civilisation celtique cohérente et intrigante, résultat de longues et minutieuses recherches sur cette fascinante société dont il est brillamment parvenu à retranscrire la beauté et la complexité. Comme souvent dès qu'il est question des Celtes, la magie vient pointer le bout de son nez, aussi tient-elle évidemment une place de choix dans l'oeuvre de l'auteur, de toute évidence friand de mythologie. Certaines scènes mettant en scène des divinités ou des créatures fantastiques inquiétantes et emplies de mystères valent notamment particulièrement le détour et ne vont pas sans troubler le lecteur, qu'il s'agisse de l'excursion de Bellovèse sur l'île des Vieilles ou encore de sa rencontre avec les terribles créatures hantant les forêts bordant sa demeure.
On peut également saluer le travail réalisé sur le temps de la narration, différentes époques se mêlant et s'entremêlant les unes aux autres au fil du récit. L'auteur n'hésite en effet pas à passer d'un paragraphe ou d'un chapitre à l'autre de l'enfance de Bellovèse à l'automne de sa vie ou bien à certains épisodes intermédiaires, tissant ainsi une trame complexe sans pourtant jamais embrouiller ou perdre le lecteur qui ne peut qu'admirer sa remarquable maîtrise. le talent de l'auteur se manifeste également à travers la beauté de sa plume, déjà à l'origine de nombreux éloges dans « Gagner la guerre », et qui sait encore une fois se faire tour à tour subtile ou incisive, et toujours très évocatrice. Malgré ses nombreuses et indéniables qualités, il faut toutefois préciser que « Même pas mort » reste avant tout un tome d'introduction. le narrateur se concentre ainsi essentiellement sur la genèse de son histoire, à savoir son enfance ainsi que les circonstances entourant la défaite de son père et les manigances de son oncle, des épisodes certes importants et intéressants mais qui traînent parfois légèrement en longueur et qui peuvent entraîner chez le lecteur une certaine frustration. « C'est loin d'être fini, en fait cela vient de commencer ». Ces derniers mots qui clôturent le premier volume sont en ce sens particulièrement révélateurs.
Malgré ce léger détail, « Même pas mort » n'en reste pas moins un excellent roman, captivant et rempli de cette poésie dont seul J.-P. Jaworski a le secret. L'été 2014, date à laquelle devrait normalement paraître le deuxième volume, me semble bien loin...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4110
Dixie39
20 mai 2015
«  Même pas mort » ! Dans la bouche d'un Bellovèse, c'est toute la hargne et le défi lancé avec moult morgue à la tête de tous ceux qui n'attendaient que cela !
Dans celle d'un Ambigat qui l'enterrait déjà, c'est la rage, la haine et la colère face à l'invraisemblance de cette survivance dont les dieux ne peuvent être innocents !
L'épopée à laquelle nous convie Jean-Philippe Jaworski est celle de Bellovèse, fils du roi Sacrovèse, dépossédé de l'héritage du trône qui lui revenait de droit par son oncle, Ambigat. C'est au cours d'une célèbre bataille, dont l'issue fut fatale pour Sacrovèse, qu'Ambigat a pris le pouvoir en laissant les fils et la femme de celui-ci, dans une vie, si ce n'est de misère, tout au moins sans aucune mesure avec celle sensée être réservée aux personnes de sang royal. Ces jeunes neveux grandissant, Ambigat les envoie à la guerre pour s'en débarrasser vite et bien. Seulement c'était compter sans le bon vouloir du destin, qui refuse à Bellovèse, blessé à l'agonie, l'entrée du monde des morts.
Tout cela, nous l'apprenons de la bouche de Bellovèse, qui, craignant qu'il ne reste plus rien des aventures de sa vie, une fois la mort venue, entreprend d'en faire le récit à un aventurier, marchand de son métier, qu'il reçoit pour quelques nuits, durant lesquelles va se dévider le fil de sa mémoire...
En effet, comment celui qui a survécu d'entre les morts, est revenu de l'île des vieilles, pourrait-il accepter de tomber dans l'oubli ? Car c'est sans doute cela, qui va sceller le destin de Bellovèse, comme une renaissance, pas forcément de bonne augure, car qu'est-il celui qui porte en lui une part du royaume des morts ? Crainte et défiance plus que confiance et respect.
Ouvrir les « Rois du monde », c'est ouvrir grand les portes du monde Celte, de ses croyances, de ses mythes et de ses codes où l'offense et le déshonneur sont pires que la mort...
Jean-Philippe Jaworski nous embarque avec lui comme un colporteur de mots et d'histoires qui nous prend par la main sur ces champs de bataille, sur les sentiers de ces forêts oniriques où rêve et réalité ne font qu'un, où tout imprévu est un signe des dieux, toute vision incertaine une prémonition qui doivent être suivis et réalisés. Si vous avez déjà été happé par la faconde et le charme d'éloquence d'un conteur, lui au centre, vous accroché à sa voix, les oreilles et les sens en émoi, vous serez conquis par « Même pas mort » et son auteur.
Que dire de plus qui a déjà été dit : la beauté du style de cet écrivain, son érudition qu'il sait nous faire partager sans être pédant (c'est une qualité qui tend tellement à se faire rare que cela serait dommage de ne pas le noter) et cette facilité qu'il a à nous faire accepter sans broncher cette prose truffée de mots de vocabulaire propre à cette époque (en matière d'armement, d'habillement, ...) qui coule et fanfaronne comme une évidence. Je ne vous cache pas que j'ai sorti le dictionnaire et me suis constituée un petit lexique : J'aime les mots et leurs sens, j'en ai découvert ici plus d'un, noms propres ou mots communs, aux sonorités qui donnent un charme fou au récit et façonnent d'autant mieux cet univers de mythes et de légendes qui s'ouvre à nous.
Seul petit bémol, l'auteur a bien failli me perdre un moment : Vers les trois quart du livre, j'ai senti les prémisses d'une lassitude, tout juste reprise à temps par une accélération du récit qui vous revient en pleine face comme un boomerang dont la course nous paraît lente, perdu à l'horizon, mais qui, au final, nous surprend par un retour à l'envoyeur, net et précis !
Quand le rythme de la lecture correspond au rythme du récit, c'est pour moi le signe des grands conteurs ; Alliez à cela un style impeccable et une imagination féconde vous obtenez du grand Jaworski !
D'ailleurs, « C'est loin d'être fini, en fait cela vient de commencer »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          364
Thyuig
02 octobre 2013
Il est des écrivains qui posent des problèmes. Ceux que d'abord on lit avec difficulté, ou dont on dénoue trop facilement les fils de l'intrigue. Il y ensuite ceux qui mentent ostensiblement pendant les trois quart du bouquin et qui se décident au final, à éventer leur histoire l'air de dire "de rien pour la balade".
Dans le polar on trouve les écrivains pervers, désolés de n'avoir pas compléter leur première année de médecine et qui n'aiment rien plus que d'éviscérer leurs personnages face au lecteur.
L'Heroic Fantasy quant à elle s'adonne au joyeux plaisir de l'élongation narrative : comprenez, on en prend minimum pour mille pages, quitte à couper le tout en quatre ou cinq tomes.
Et voilà Jean-Philippe Jaworski, l'homme qui ne se trompe jamais. Excusez du peu, à force de lire, on perd certaines bonnes habitudes glanées à l'époque de nos découvertes adolescentes des Zola, Balzac, Maupassant et Flaubert. Lire Jean-Phiippe Jaworski, c'est redécouvrir qu'une phrase peut être belle et efficace, longue et rythmée, poétique et vulgaire.
Ce premier tome est un tombeau, d'ailleurs son titre, Même pas mort, voudrait absolument nous dédire mais ça ne prend pas. La quatrième de couverture renseigne et indique : "je m'appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. (...) Là-dessus, le temps a suivi son cours? Nous avons grandi. Alors mon oncle s'est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous envoyés guerroyer contre les Ambrones. (...) Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort".
Quand je parlais de tombeau....
L'art de Jaworski s'exprime d'abord dans l'embrouille, il est un grand manipulateur - on s'en était rendu compte lors de la lecture de Gagner la Guerre - mais si le point commun devait être trouvé avec cette autre roman, il n'aime rien plus que de faire voir ce qu'il sait que nous ne verrons pas de suite. Grosso modo : vous saviez tout, mais vous n'avez rien pigé.
C'est une façon d'envisager l'intrigue d'un roman et si elle nécessite un art parfait dans la construction du récit, c'est un écueil que ne craint pas Jaworski. Aussi son roman entrecroise les fils temporels et de conscience si bien qu'il est compliqué dans un premier temps de situer le héros. D'abord personnage de fiction, on entrevoit la réalité de son monde Celte au travers de la multitudes d'informations que glisse l'auteur. Il faudra avancer dans le livre pour remonter le temps et comprendre le cheminement des deux frères, y voir plus clair dans les conflits et les clans, pour distinguer les royaumes, les rois et les héros. le rapprochement qui me vient alors immédiatement, c'est Gene Wolfe et le fabuleux "l'ombre du bourreau" qui distille tout comme Jaworski les indications de temps et d'espace et aime noyer ses personnages et ses lecteurs dans le flou de la création.
Comme à son habitude, guidé par le mot, Jaworski livre quelques fois des pages à la beauté somptueuse. On pense à l'escalade du mur de la cité, aux courses dans la forêt façon Mythagos, et enfin aux embruns de l'île des sorcières.
Trois tomes sont prévus pour ce voyage en compagnie de Bellovèse et pour tacher d'entrevoir, un peu, la magie de ce monde celte enfoui dans nos mémoires hexagonales.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          335
Erik35
09 avril 2017
BIENVENUE CHEZ LES CELTES...
"Tu raconteras ma vie.
Tu descendras le cours des fleuves et tu franchiras des montagnes. Tu traverseras les forêts, tu vogueras sur les mers qui s'étendent à droite du monde. Tes pas te porteront dans les royaumes celtes, dans les tyrannies hellènes et les lucumonies rasennas. Partout, tu énonceras mon nom, tu célébreras mon lignage, mes voyages, mes exploits. Tu seras l'initiale de ma mémoire, un bâtisseur de ponts, un héraut sans armée et sans bataille. Tu ne peux me refuser cette faveur. Tu ne peux aller contre le cours de ma volonté."
Ainsi s'adresse Bellovèse, Celte parmi les celtes, fils de Roi promis à une destinée toute royale, si seulement son propre oncle n'en avait décidé autrement, conteur et créateur de sa propre existence, homme déjà mort une fois mais toujours vif, ainsi s'adresse donc ce héros à un ami ionien (d'une région méditerranéenne, colonisée par les anciens achéens, de l'actuelle Turquie et d'où serait originaire, entre autres, l'immortel Homère) dont il veut faire le réceptacle et le porte-voix de son histoire passée et à venir, dont il veut faire, par le biais de cette écriture honnie des druides de son peuple - car la parole meurt alors d'être à jamais fixée -, un tombeau. Nous ne saurons pas grand chose de cet homme venant de contrées bien éloignées de ce guerrier, sinon qu'il est un ami du celte, mais là n'est pas l'important. Cela permet aussi à Jean-Philippe Jaworski de présenter son texte sous forme d'une confession intime à la première personne, sans paraître empesé ou maladroit.
Dès lors peut se déployer la prose ample, précise, tour à tour délicate ou violente de l'auteur. Suivant une construction narrative d'apparence complexe, mais s'étire sur un temps suffisamment long pour ne pas perdre le lecteur, mais tout aussi suffisamment alerte pour ne jamais lasser le lecteur. Et très vite, on y croit : ces fameux Gaulois, dont on sait tout à la fois beaucoup et en même temps relativement peu, dont les traces sont à l'image de ces amphores brisées à l'occasion de libations interminables au cours de festivités entre Rois, héros et soldures qui ne le sont pas moins, où encore ce que purent en dire les historiographes grecs ou romains essentiellement postérieurs, lorsque ce n'est pas, tel Jules César dans La Guerre des Gaules, la description de guerriers sans doute fiers et nobles mais toutefois vaincus et brisés ; ces Gaulois-là, véritablement, ne sont "Même pas mort dans cette "Première Branche" de ce cycle à son orée, intitulée "Rois du Monde", on les touche presque du doigt, malgré leur éloignement temporel, malgré des coutumes - souvent de la dernière outrance, comme celle de séparer la tête du corps des ennemis tués afin d'en faire un macabre mausolée personnel tout à la gloire du vainqueur - qui ne sont décidément pas de notre époque. On les suit jusque dans leurs rêves les plus étranges,- à moins que ce ne soient purs éléments d'une ancestrale, mais bien réelle, magie ? -, luttant contre quelque bête divine ou fantastique, écoutant les devins comme s'ils étaient parole absolue de vérité, sacrifiant aux Dieux ors, armes précieuses, bêtes et jusqu'à des hommes de chair et de sang. On se noie avec eux dans des éruptions invraisemblables de violence, l'oncle tuant le frère, le fils sacrifiant la grand-mère, les amis s'étripant selon la diversité des causes, la mort appelant invariablement la mort, la vengeance s'exhibant comme un sens possible donné à l'existence. On poursuit la route en leur compagnie sans prendre conscience des heures qui défilent ; car ces hommes-là sont constamment en marche ou au galop, par monts et par vaux. C'est simple : ils ne tiennent pas en place ! Et c'est qu'ils en avalent, du sentier boueux ou du chemin de terre, de la simple sente forestière ou de la plaine infinie. de la mer océane, parfois ; on court tout le pays, tous les petits royaumes gaulois, en leur compagnie : celle de Bellovèse, notre narrateur devenu très âgé, tel qu'on le comprend dans une brève première partie servant de prologue, et de son frère cadet Ségovèse, avant toute autre.
Le défi de Jaworski était de taille : donner vie, une vie palpable et pleine, riche et plausible, subtile et forte à ces être tellement éloignés de nous que cela pouvait sembler pour ainsi dire irréalisable. Bien sur, il y a la source, latine, probablement une légende (mais ne dit-on pas qu'en chacune d'elle réside une part de vérité ?), contée par l'historiographe romain Tite-Live dans le cinquième ivre de son immense "Histoire romaine (le même livre où il mentionne le célèbre Brennus, le gaulois ayant vaincu Rome). Tout juste une mention. Bien entendu, il y a un travail de recherche que l'on sent, que l'on suppose des plus sérieux. Mais ces Héros celtes-là ne sont pas pour autant des figures extraites d'un classique ouvrage d'érudition historique. non ! Ils vivent, mangent, aiment, tuent, rêvent, espèrent, haïssent, parlent - on palabre énormément chez ces peuples antiques et les mots ont même parfois de la magie à délivrer, des charmes, des maléfices. le verbe EST chair, tout aussi bien que celui qui le délivre, et d'autant plus si, tel le barde Albios, il s'agit de son talent, de sa richesse, de son gagne-pain, de sa création sans cesse renouvelée tout autant qu'elle est inscrite dans une lignée, une tradition immémoriale -. Ils meurent, beaucoup, et presque avec autant de fougue et et d'allant que les futurs vikings le feront à leur tour dans quinze siècles, se rendant au banquet d'Odin comme à une fête éternelle.
Difficile de dire si ces Rois du Monde - bydd + rig = Bituriges, le peuple auquel est rattaché le Roi des Rois, l'usurpateur Ambigatos - sont attachant, selon nos propres codes, selon l'actuelle hiérarchie de nos sentiments. Mais on les perçoit, on fait mieux que les effleurer, : on se surprend à croire à leur existence de chair et de sang, à ne plus souhaiter se séparer de leurs destinées folles, à voir encore et encore le monde à travers leurs regards acérés et naïfs en même temps, aventuriers et superstitieux. On embarquerait tout pareillement pour l'île de Sein - chez nous, en Bretagne, ultime terre, bout du monde, déclaré celte, et même si cela tient aussi largement de la légende, n'y proclame-t-on pas : "Qui voit Sein, voit sa fin ?" - affronter ces affreuses sorcières qui doivent pourtant décider du sort de Bellovèse, mort mais vivant, tué deux fois simultanément mais toujours debout, pour ainsi dire, et presque concept pour concept, un mort-vivant. On croit à cela, et à bien d'autres histoires, contées de main de maître par un Jean-Philippe Jarowski au sommet de son art ; bien plus convaincant, à notre avis, moins gratuitement élégant surtout, que dans son pourtant ébouriffant Gagner la guerre. On y croit comme à d'autres légendes émergées et survivant jusqu'à nous de temps plus anciens- Ys, Arthur et sa cour, Merlin l'enchanteur, Roland de Roncevaux, Énée, les deux chefs-d'oeuvres immémoriaux d'Homère - Tiens, tiens, un ionien, lui aussi... Et tant pis si celui de notre saga n'est ionien que de Massilia -, etc.
Nous aurions pu tout aussi bien expliquer, bien avant tout ceci, que Bellovèse est un fils de roi, exilé par son oncle Ambigat qui a tué son père au cours de la terrible "guerre des sangliers" puis chassé le reste de la famille (Bellovèse, le petit frère et la mère) au fin fond des terres bituriges. Au bout de quelques années, l'oncle songe que ces deux héritiers qui vivent encore sont des dangers potentiels pour sa couronne. Il va ainsi les rappeler pour les envoyer faire la guerre en première ligne, comptant sur leur manque de formation et leur jeunesse pour se débarrasser d'eux sans se salir les mains. La méthode échoue lamentablement puisque Bellovèse, ainsi que déjà expliqué, va survivre miraculeusement à des blessures pourtant assurément mortelles. Nous aurions pu poursuivre avec sa rencontre des étranges et dangereuses Gallicènes. Nous aurions pu nous étaler sur les souvenirs d'enfance confiés par Bellovèse à son ami ionien. Nous aurions encore pu passer des heures avec vous dans un mystérieux bois peuplé d'êtres pour le moins déconcertant et funestes, en compagnie d'un traîne-misère. Nous aurions certainement pu en arriver au point où l'enfant devenu adolescent puis jeune adulte retrouverait son oncle maudit, mais néanmoins Roi des Rois... Oui, nous aurions pu tout cela, dès les premières lignes de cette tentative incertaine à expliquer tout le bien que nous avons pensé de ce roman d'une fantasy absolument faramineuse et envoûtante, qui ne déplaira pourtant pas à l'amateur d'ouvrages plus historiques. Oui, tout cela eût pu être envisageable.
Mais rien n'est jamais aussi simple chez Jaworski et ce qui, chez un auteur sans grande imagination ou recherchant à plaire sans difficulté, aurait pu se raconter linéairement, sans accident, procède chez ce conteur aussi adroit qu'ingénieux par flashback, retours soudains dans le continuum narratif, avancées plus ou moins rapides prédisposant à perdre le lecteur pour mieux le récupérer un peu plus tard. Mais jamais aucune impression de méli-mélo indigeste, comme il s'en trouve parfois chez d'autres, pas plus que de tartinage de connaissances livresques plus ou moins bien digérée. Bien au contraire ! C'est peu à peu fasciné - charmé, comme les mots du barde Albios parviennent à charmer son auditoire - que l'on demeure purement et simplement scotché à cet ouvrage, sans doute plus calme, éthéré, mystérieux voire mystique qu'il ne s'annonçait dans les premières pages... Car il y a un souffle vital, un principe d'existence, absolument phénoménale dans cette écriture, une verve ébouriffante qui ne peut pas laisser de glace, même sans être forcément un inconditionnel du genre.
Et pour ceux qui apprécient le fracas des armes, les mots qui fâchent ou exacerbent, les regards haineux ou obliques, les ultimes moments qui concluent cette première partie décidément magistrale - malgré les petits défauts inhérents, justement, au premier volume d'un cycle prévu à l'origine en trois tomes - s'annoncent dores et déjà des plus remuants, virils et endiablés !
Alors, Même pas mort, comme proclamèrent les Béruriers Noirs dans un tout autre genre ! Même pas mort, et même plutôt carrément en vie, carrément envie et...
Vivement la suite !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
Aelinel
24 novembre 2015
Après le coup de coeur de cet été, Gagner la guerre, je repars avec le premier opus de la nouvelle tétralogie de Jean-Philippe JAWORSKI, Même pas mort. Cette fois-ci, l'intrigue s'inscrit non dans un univers imaginaire inspiré de la Renaissance italienne mais bien dans notre monde réel : la période celte, bien avant l'arrivée des Romains en Gaule.
Pour situer le roman : Bellovèse et Segillos sont les fils du Roi des Turons, Sacrovèse. Ce dernier est tué par son propre beau-frère Ambigat qui lui ravit titre et terres. Devenu roi, Ambigat épargne la vie de ses neveux et les exile avec leur mère au royaume biturige. Les années passent : Ambigat rappelle à lui ses neveux et les envoye combattre les Ambrones. C'est au cours de cette bataille que Bellovèse reçoit un coup meurtrier mais ne succombe pas à ses blessures. A peine convalescent et flanqué du barde Albios et du guerrier Sumarios, il part consulter les oracles, les Gallicènes, sur l'île des Vieilles, afin de lever l'interdit qui pèse sur lui.
Si je devais résumer ce nouvel opus de Jean-Philippe JAWORSKI en un seul mot : ce serait "maîtrisé". En effet, bien que les trois parties du texte restent à mon goût assez inégales voire manquent de dynamisme pour la troisième partie (Lîle des jeunes), le style d'écriture fluide, efficace et poétique m'a complètement attaché au roman. A aucun moment, il n'a été question de le lâcher même si certains passages m'ont paru presque incongrus.
Il est vrai : le personnage de Bellovèse a beaucoup de similitudes avec celui de Benvenuto Gesufal de Gagner le guerre. Je les trouve tous les deux arrogants, peu recommandables et scrupuleux ; néanmoins, pour moi, l'assassin professionnel était plus fin et plus vif d'esprit, ne manquant pas non plus de gouaille pour se sortir de situations périlleuses. Cet aspect plus "intellectuel" m'a manqué chez Bellovèse mais fort heureusement, je le retrouve davantage dans le personnage du barde Albios.
Le contexte historique m'a paru également très maîtrisé : malheureusement, je ne connais pas assez la civilisation celte et je serai bien incapable de commenter la prestation de l'auteur sur la crédibilité de l'univers décrit. Seuls les toponymes d'Armorica et de Bibracte m'étaient familiers ; pour le reste, j'étais complètement perdue. En revanche, le fait de ne pas connaître les différents peuples et lieux de l'histoire m'a complètement immergé dans l'histoire, au point d'avoir l'impression d'être plongé dans un vrai univers de fantasy.
En conclusion, j'ai beaucoup apprécié ce nouveau roman mais j'attendrai que le second tome sorte avant en format poche pour investir. Le recueil de nouvelles Janua Vera saura bien tromper mon impatience.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          284
Citations & extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca31 juillet 2013
-N'es-tu pas Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons, fils de Belinos roi des Turons ?
Pour la deuxième fois, j'ai perdu mes moyens. Il n'était guère étonnant qu'il connaisse ma lignée ; mais dans cette armée levée parmi des Bituriges et leurs alliés, il était stupéfiant que quelqu'un m'attribue un titre dont le haut-roi m'avait dépossédé. Quand j'ai repris mes esprits, j'ai lancé :
-Moi je ne te connais pas. Qui es-tu ?
Il n'a pas esquissé le moindre mouvement, mais dans les ténèbres de sa capuche, dans l'inflexion de son grondement, j'ai deviné un sourire pernicieux.
-Je suis la force et la faiblesse. Je suis la pierre et le gel. Je suis la vie sous les racines. Je suis celui qui murmure les vieilles chansons. Tu vois, petit roi, tu te souviens. Je suis la mémoire au fond des forêts.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
ArakasiArakasi13 septembre 2013
"Je suis vieux, tu sais. Il y a un bail que j'ai passé le siècle. À partir d'un certain âge, le monde se vide. Ça fait des lustres que mon père est mort, tout le monde s'est habitué à ce que je sois roi. Ça crée de la distance : je n'ai plus d'ami, j'ai des serviteurs ; je n'ai plus de rival, les gens qui se dressent contre moi sont les ennemis du peuple biturige. Avec ton père, c'était différent. On ne pouvait pas se sentir ; on n'arrêtait pas de se chercher ; on était toujours prêts à s'écharper. Mais c'était personnel. C'étaient des rapports d'homme à homme. Ça paraît drôle à dire, mais ton père, c'est tout un pan de mon existence. Tu commences à y voir plus clair ? Il n'avait pas peur, il me regardait franchement, et sûr de lui, avec ça ! On ne se lâchait pas, on se serrait l'un l'autre ; entre lui et moi, c'était un bras de fer permanent. Quand j'étais jeune, ça me remplissait de vigueur. Ce crâneur, cet enfoiré de Turon, c'était mon égal. C'est sans doute pour cela qu'il me manque, parfois."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Dixie39Dixie3911 mai 2015
Pas de tombe pour moi. Pas de fin paisible au milieu des miens. Pas de grandes cérémonies royales, pas de sacrifices, pas de bûchers rouges ni de banquet funèbre. Pas de trésor abandonné dans la nuit d’une chambre funéraire. J’irai chercher ma mort sur le champ de bataille. Je me détacherai des rangs de mes guerriers pour la défier. Une lame longue de cavalier dans la main droite, une lame courte de fantassin dans la gauche, je lui offrirai une danse des épées. C’est une vieille ennemie, et ce fut parfois une alliée de circonstance. Je connais bien ses ruses, ses lâchetés, ses trahisons. Je lui cracherai toutes ses bassesses, je lui tirerai la langue, je me rirai de sa puissance, je lui affronterai le masque peint du guerrier.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
Erik35Erik3521 mars 2017
J'ai eu le sentiment qu'il se désintéressait brièvement de moi. Pendant que je respirais un instant, soulagé d'un poids énorme, il a paru écouter quelque chose.
"Moi, je les entends, les flûtes, a-t-il repris. Oh, elles sont encore loin, très loin ! Au-delà des royaumes des Celtes. Au-delà du grand fleuve que remonte un long navire à hure de sanglier ! Au-delà des petits royaumes du vieux peuple, au -delà des aiguilles et des glaciers des Montagnes Blanches, au-delà des grands lacs cernés de forêts ! Mais elles chantent, elles chantent leurs airs aigus et lancinants, là-bas, le long des rivages palustres et des criques blanches, sous une nuit aux étoiles plus brillantes. Elles chantent une musique venue d'autres mondes, portée par des nefs noires et des âmes avides. Elles chantent des appétits étrangers et des esprits retords, des dieux migrateurs et des âmes volées, des discordes anciennes et des tueries futures. Vraiment, petit roi, ne les entends-tu pas ?"
Je ne lui ai pas répondu. Je n'entendais que sa voix sépulcrale qui vrombissait au fond de mes os.
" Secoue-toi, petit roi. Ton temps est court et je ne suis pas un maître patient."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Dixie39Dixie3915 mai 2015
Dans le jour finissant, sur un isthme de sable et de galets fraîchement lavés, j’avance vers l’île des Vieilles. Je marche seul, pour la première fois depuis des mois, des années, sinon depuis ma naissance.
Le péril, je l’ai déjà affronté, à plusieurs reprises. Mais c’est une chose de voir la mort rôder en tenant la main de ta mère, en se serrant les coudes dans une bande de guerriers, en t’accrochant au compagnon impuissant qui te regarde perdre ton souffle et ton sang. C’en est une tout autre d’avancer seul à la surface du monde, dans le grondement de l’océan et les railleries du vent. Avec moi, il n’y a même plus le halètement d’un chien, le souffle d’un cheval. Je n’ai plus que le chahut des oiseaux et le trottinement des crabes, sur un sol mouvant où s’étalent des fragments de ciel.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
autres livres classés : celtesVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Jean-Philippe Jaworski pour les nuls

Il a mon âge ! Il est né en...

1939
1969
1999

10 questions
47 lecteurs ont répondu
Thème : Jean-Philippe JaworskiCréer un quiz sur ce livre
. .