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ISBN : 2361831929
Éditeur : Les Moutons Electriques (19/02/2015)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 176 notes)
Résumé :
Voici neuf ans que le haut roi Ambigat m’a admis à la cour du Gué d’Avara. Voici neuf ans que j’ai trouvé ma place parmi les héros biturige.

Toutefois, quoiqu’il demeure redoutable, le souverain vieillit. Sa force vitale s’épuise et les royaumes de la Celtique déclinent. Nos troupeaux sont malades. Nos blés pourrissent sur pied. Les jeunes fils du souverain meurent... La disette et le mécontentement grondent au sein des tribus. Si les dieux se so... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Dixie39
  22 mai 2015
Désoeuvrée, la dernière page tournée, je mesure la chance que j'ai eu de lire les deux premiers tomes l'un à la suite de l'autre. Car, à partir de maintenant, je vais devoir attendre ! le sablier a commencé son lent écoulement et ma patience, sa désespérance. Les relire en attendant. Et à l'instant, vous faire part de mes impressions à l'achèvement de la lecture de la première partie de cette deuxième branche des rois du monde.
Rappelez-vous ! Bellovèse a entrepris de raconter sa vie à un ami ionien, marchand de passage, à qui il offre l'hospitalité. En échange, il se doit d'accepter d'être « le légataire du récit de sa vie ». La première nuit a donc vu défiler les aventures de sa jeunesse et son retour d'entre les morts.
Aux abords de la deuxième nuit, Bellovèse reprend le fil de son discours : Neuf années se sont passées. Il est au service du roi Ambigat, qui l'a admis à la cour. Réaliste, il sait qu'il ne récupèrera jamais son trône et à défaut d'une fidélité aveugle au roi des celtes, il comprend où est son intérêt et se contente d'une vie de héros, serviteur du haut roi.
Seulement, rien ne va à l'intérieur du royaume : les dieux abandonnent les hommes et les cultures, laissent les bêtes et les hommes mourir de faim et de maladie, et n'épargnent personne, fils de gueux ou de seigneurs, tous meurent et la colère des grands comme des petits, gronde...
Chasse Royale s'ouvre avec cette phrase assassine :
Le ton est donné et l'on devine que tout ce qui va suivre ne fera que nous mener à cette issue fatale. « De meute à mort », on suit le déroulement sans faille des heurts et des batailles, des conflits et des guerres intestines. Bellovèse au milieu de tout cela, se trouve confronté à un dilemme qu'une Antigone n'aurait pas renié !
Je m'arrête là ! Et n'en dévoilerait pas plus... Juste vous parler encore des batailles, de ces poursuites à perdre haleine, de cette forêt obsédante, empêtrés que nous sommes dans ses sous-bois et les méandres de ses maléfices... et des combats dont la seule issue dont on soit sûre, est que Bellovèse en ressort vivant, puisqu'il est là, auprès de nous, cette nuit, à nous conter son histoire...
Jean-Philippe Jaworski nous livre une fois de plus une écriture sublime sans être pédante, qui colle au récit et ne le lâche plus ! J'ai fait de multiples retours en arrière pour avoir le plaisir de profiter des sonorités et des images naissant de ce si beau langage. Et quel bonheur de retrouver de-ci de-là, quelques dialogues bien fleuris, qui n'auraient pas dépareillés dans « gagner la guerre » à côté des pépites du genre sorties tout droit de la bouche de Benvenuto...
Il nous embarque tellement dans sa vision du monde celte, dans cette magie qui suinte de toute chose, naturelle comme une évidence, de tous ses personnages qu'il façonne en orfèvre (hommes, animaux et éléments naturels tels cette forêt, dont je ne me lasse pas)... que je suis restée démunie à la lecture des derniers mots...
Sur une liseuse, on oublie les pages, on oublie le volume constitué par celles déjà lues, et on est sans ressource quand l'écran se fixe.
Il n'y a plus rien !
J'ai hâte que vous l'ayez lu. J'ai hâte de lire vos critiques, de savoir ce que vous en avez pensé. Je sais que vous ne serez pas déçus, car comment pourrait-on l'être si l'on a apprécié la première partie du récit de la vie de Bellovèse ?
Et je me réjouis à l'idée de découvrir ce qui vous aura le plus touché, emballé, bluffé... quels extraits vous allez choisir de diffuser sur Babelio et quelles images ils feront de nouveau naître en moi...
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TheWind
  23 octobre 2018
Jaworski, ça se mérite !
Alors que tu peines à suivre une tribu celte dans une chasse effrénée au grand cerf - Un dix cors, c'est quelque chose ! -, que tu ne comprends pas bien où tout cela va te mener, que finalement tu te retrouves à entreprendre une course avec une autre tribu – tu cours, tu cours, sans bien savoir où tu vas – pour finalement te retrouver au rendez-vous avec tout un tas de tribus arrivées avant toi...T'as presque envie de lâcher prise. Tous ces noms de Celtes à coucher dehors, toute cette flopée de guerriers, tous ces chefs et fils de chefs qui t'apostrophent et te toisent.
Y a pas à dire, t'es bien tombé au beau milieu d'un grand bordel auquel t'entraves pas grand chose. Si ce n'était la plume séduisante du Grand Druide Jaworski, t'aurais déjà replié ton tartan et remballé ta lance.

Et puis, d'un seul coup, coup de tonnerre. La lumière jaillit et tu te retrouves au beau milieu de la mêlée. Mais, là, tu ne lâches plus rien. Tu mènes la course en tête, tu te débats avec Bellovèse, tu le suis quoiqu'il arrive, même si tu n'es pas bien sûr du camp qu'il a choisi.
- Ehh Bel ! Ton frère, ta mère sont dans le camp adverse...t'es sûr de toi là ?
Tu restes avec celui qui a tué ton père ?
Des salauds, y en a partout...Oui, je comprends bien...Mais tout de même !

Bref, Bellovèse, c'est ton héros, alors peu importe, c'est lui que tu suis, jusqu'au bout...Deux jours, trois jours...les nuits deviennent des jours, les jours deviennent des nuits. le temps n'existe plus. de tous ces combats, tu ne pourras pas rester vivant bien longtemps. Il y aura bien un moment où une javeline se fichera en plein coeur.

- Ouai, mais, Même pas mort !
Ah oui, c'est vrai...
Tu nous emmènes jusqu'à perdre haleine vers la fin.
Et quelle fin !!!
Si tant est qu'il y ait une fin...
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Cylhis
  09 juillet 2017
Il s'agit du tome 2 de la trilogie Rois du Monde, de Jean-Philippe Jaworski, suite du premier tome Même pas mort. La jaquette de couverture est une reproduction du célèbre bas-relief du chaudron Gunderstrap représentant le dieu celtique Cernunnos, divinité de la virilité, de la vie, et par là-même, peut-être le présage de la mort si on le voit.
Cette reproduction prendra évidemment tout son sens au cours de la lecture, mais si l'on s'attarde davantage sur les écritures que sur le dessin, la jaquette nous annonce un premier tome de la Deuxième branche. Cette deuxième branche se divise donc en plusieurs tomes, au moins deux voire même, en toute logique, trois, et la trilogie ne se composera donc pas de trois livres, comme on pourrait le penser assez simplement, mais bien d'au moins quatre ou cinq livres. Cette particularité est bien évidemment dû à notre cher conteur, un peu bavard pour notre plus grand plaisir.
Le conteur de l'histoire est Bellovèse, comme pour le premier tome, et il semble vouloir s'attarder à une partie douloureuse de son récit : la mort de son frère, Ségovèse. Bien que son oncle soit responsable de la mort de leur père, les deux frères ont fait le choix de son parti, et Ambigat leur oncle et Haut Roi celui de les accepter auprès de lui. Les autres Héros semblent également les compter parmi les leurs au fur et à mesure de leurs aventures. Cela dit, Ambigat devient impopulaire et ne semble plus avoir le concours des Dieux. le peuple se détourne alors de lui et les guerres éclatent.
Je ne suis pas du tout satisfaite de mon résumé, ou plutôt, ma mise-en-bouche mais c'est un exercice que je n'aime pas faire, d'autant plus lorsque le roman est une si grande épopée. Il est toujours difficile de vouloir raconter sans rien omettre, mais sans rien raconter non plus d'importants pour inciter à le lire, un roman qui s'étale sur autant de pages et de tomes. C'est un peu comme vouloir résumer le Seigneur des Anneaux, on pourrait se limiter à : "C'est l'histoire d'un Monde où se côtoient différentes races comme les Elfes, les Hommes, les Nains, les Hobbits, les Dragons, les Orcs, les Ents, etc. et où un jour, certains se liguent pour ne pas que l'être du Mal ne détienne le Pouvoir sur tous, concentré dans un anneau."
Un peu bizarre non ? Mais je m'éloigne du sujet.
Ce roman est donc une suite, qui nous plonge à nouveau dans l'univers des Celtes, mais non pas celui que l'on apprend succinctement en classe, mais dans un monde plus réaliste, auquel on adhère bien plus facilement, aux personnages que l'on croirait (et qui le sont peut-être) historiques, nous racontant leur histoire qui, finalement, est un peu la nôtre. Quel plaisir de pouvoir ainsi lire une histoire sur des Celtes, si peu connus, avec leurs croyances, leurs rites, et leurs incroyables batailles. On s'y croirait, on est à leur côté alors qu'ils sont transpercés d'épées, alors qu'une montagne leur démolit la tête, alors qu'ils hurlent en courant vers l'ennemi qui, hier, était encore l'ami avec lequel il trinquait. Les druides, aux pouvoirs presque surnaturels, les êtres à la lisière du réel et du rêve, mythologiques, qui interfèrent sur la vie des hommes, apportent quant à eux la petite touche fantastique qui n'est qu'un léger voile dans cette histoire réaliste. le seul bémol que l'on pourrait donner à ce récit, mais peut-être parce que je suis une lectrice, est la quasi absence des femmes qui, pour le coup, n'ont que peu d'influences sur les hommes qui tuent, conquièrent, trompent, aiment, et font vivre leur petit monde lorsque les femmes restent à la maison.
Malgré cela, les tableaux que nous offrent l'auteur sont peint avec vigueur, couleurs, on les imagine aisément, on ressent presque les odeurs, les sensations physiques, on y entend une certaine musique. Lorsqu'ils sont partis chasser le Grand Cerf, et se perdent dans la forêt, Bellovèse et ses compagnons y découvrent une vision d'horreur, et bien on a presque la chair de poule à leurs côtés… Au cours de la fête de Beltane, ils se retrouvent en dehors de la cité et constatent une trahison, et là on a le coeur qui bat, on cherche à savoir… La grande bataille qui oppose Ambigat et sa troupe à ceux qui cherchent à le détrôner est particulièrement brutale et si réaliste, on a presque nous-même des blessures… Et sa rencontre avec le dieu de la Forêt, qui doit être Cernunnos et qui montre bien comment les dieux considèrent les hommes…
Je m'arrête là, je pourrais en citer bien d'autres, tous de magnifiques tableaux, des scènes qui se gravent dans notre esprit et qu'on voudrait rejouer à loisirs.
Quant aux personnages, ils ne sont bien évidemment pas en restes, sans leur consistance ces tableaux seraient bien vides et inanimés. Ils sont tous attachants, à leur manière, énervants aussi parfois, bref, vivants. Et on aimerait aussi en savoir davantage sur les dieux qui habitent aussi ce monde. On ressent d'ailleurs presque une petite frustration car leur apparition à le goût de trop peu. Mais c'est aussi pour cela qu'on aime ce roman, pour sa retenue et son bon dosage de chaque élément.
Quant à l'écriture, elle est là pour nous enchanter, comme d'habitude, et nous empêcher de détourner le regard des pages qui s'enchaînent sans que l'on crie gare.
Aller, au tome II !
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MarieC
  06 septembre 2015
J'attendais beaucoup de ce dernier roman de Jean-Philippe Jaworski : je n'ai pas été déçue.
Ce deuxième volume de la série "Roi du Monde" est un chef-d'oeuvre, encore meilleur à mon goût que le premier tome, qui s'égarait un peu dans une construction mal rythmée. Ici, c'est tout le contraire : l'intrigue se déroule en deux jours, il commence aux dernières heures du voyage du Haut-Roi Ambigat et de sa suite, dont fait maintenant partie Bellovèse, vers Autricon pour une cérémonie druidique qui doit réunir tous les rois celtes, et se termine au lendemain de cette fête funeste... le récit et purement linéaire, lent, et il ne se passe pas grand chose dans les premières centaines de pages.
Et pourtant, on ne s'ennuie pas. Car l'écriture de Jean-Philippe Jaworski, envoutante et sublime, emmène le lecteur sur les sentiers embrumés des forêts, dans l'horreur sanglante et sacrée des sanctuaires, dans la magie celte. Son vocabulaire, précis, recherché, qui ne peut être familier qu'à l'adepte des compte-rendus de fouilles archéologiques celtiques, coule cependant, vivant, et recrée un monde fabuleux, entre légendes et histoire.
Ce livre est un bon roman de fantasy, mais c'est aussi une très grande oeuvre littéraire, qui emporte son lecteur loin du quotidien, vers un univers onirique et poétique.
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Ys
  18 avril 2016
Il a pris du corps, Bellovèse, depuis ce jour où une lance l'a envoyé faire un tour, aller-retour, vers l'autre monde. Neuf ans se sont écoulés. Auprès de son oncle, le haut roi Ambigat, il est devenu un guerrier accompli, a pris femme et fondé sa maison. Mais voilà que l'ère faste du règne semble révolue. A des hivers trop doux, succèdent des printemps trop pluvieux, la maladie se met dans les champs, les récoltes s'amenuisent, les troupeaux dépérissent... Ambigat n'aurait-il plus la faveur des dieux ? Si les signes s'obstinent, la révolte a toute les chances d'éclater contre ce maître vieillissant - quoique toujours redoutable - qui n'accomplit plus son rôle.
Entre l'homme à qui il a prêté allégeance et la mémoire de son père vaincu, Bel va devoir à nouveau faire un choix - d'autant plus difficile que l'honneur, la famille et les affections se trouvent également dans les deux camps. Enfin, deux camps, c'est vite dit : ce qui veille au fond de la forêt possède une opinion bien particulière sur le destin des royaumes des hommes... et l'utilité possible du jeune homme.
Révolues, les turbulences insouciantes de 'enfance, ses affections faciles et la poésie sauvage de l'adolescence qui adoucissaient le premier tome des Rois du monde. Ici, le lecteur est tout entier plongé dans l'univers âpre des guerriers - défis, batailles et sacrifices, morsure des armes dans la chair, têtes tranchées, amis perdus. Ici, derrière les flamboyances du feu, du fer et du sang, la forêt se creuse d'ombres plus menaçantes que jamais, peuplée de bêtes étranges et de fantômes.
Moins légère, d'une poésie plus âpre, l'écriture ne perd rien de sa puissance et sait donner aux combats, à la mort même, la dimension de l'épopée. L'affaire est peut-être un peu longue à démarrer mais une fois lancée, elle est superbe et laisse augurer de fort bonnes choses pour la suite - avec en prime une orientation des plus intéressantes à la relation des deux frangins, Bel et Ségovèse. Vite, vite, la suite !
Lien : http://ys-melmoth.livejourna..
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critiques presse (2)
Elbakin.net   14 août 2017
Si il n’a pas la force d’impact de ses prédécesseurs, ce tome n’en est pas moins une réussite, une belle invitation au rêve, et surtout à lire la suite de ce qui s’impose déjà comme un classique de la fantasy française.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Elbakin.net   12 mai 2015
Il s’agit d’une suite à la hauteur de tout le bien que l’on pensait déjà du tome précédent.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Dixie39Dixie39   18 mai 2015
Et pourtant, au milieu de tous ces héros, il demeure un absent. Chaque année, au cours de cette fête, j’espère et je redoute sa venue. Je lui réserve cette place, à ma droite, la seule qui soit digne de lui. S’il vient à se profiler au milieu de la foule, je crains que mon cœur n’éclate. J’imagine que je reconnaîtrai au premier coup d’œil son allure, sa stature vigoureuse, son sourire hardi. Je pourrai alors le pleurer, et boire avec lui à nos retrouvailles.
Mais chaque année, mes attentes sont déçues. Alors je me saoule avec nos vieux compagnons de jeunesse, en espérant que l’ivresse aidera l’absent à trouver son chemin. Rien n’y fait. Sa place demeure vacante, jusqu’à l’aube de la troisième nuit. Ségovèse ne vient pas. Il est parti si loin que même l’ouverture des portes du monde ne me le rend pas.
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Dixie39Dixie39   21 mai 2015
Les dieux s'obstinaient dans leur rancune. Incapables d'offrir les oblations qu'ils consacraient naguère, les gens ordinaires cherchaient la souillure ou le sacrilège qui avait offensé la Tribu de la Déesse. Il y avait forcément un coupable. La plupart avaient bien une idée en tête ; mais quand tu es un cul-terreux, un ferronnier ou un bouvier, essaie donc d'aller regarder en face le haut roi, flanqué de ses champions les plus féroces, et de lui dire que tu le tiens pour responsable de tes malheurs...
Le peuple n'avait plu foi en son souverain, le souverain se défiait de son peuple : tout le monde maudissait les dieux qui nous le rendaient bien.
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Charybde2Charybde2   06 janvier 2019
Le temps se fait court à présent. C’est pourquoi il faut que je te raconte la suite de mon histoire. C’est déjà la deuxième nuit ; certes, le soir vient à peine de gagner la plaine, mais il me reste un immense récit à dérouler, et nous n’aurons pas trop de ce festin, ni du suivant, pour que je t’entretienne de mes exploits, de mes peines et de mes périples. Prends tes aises ; mange, car ce sont des bêtes de trois ans, dans toute la succulence de la jeunesse, que j’ai fait abattre ; bois avec moi, bois sans retenue, mais à la mode de ton peuple, en coupant ton vin d’eau, car je veux que tu te souviennes de mes paroles.
Eh bien quoi ? Qu’as-tu donc, malgré tout, à faire grise mine ? Aurais-tu peur ? En ma présence, ce serait faire preuve de sagesse, mais je vois bien que ce n’est pas moi qui t’effraie. Tu regardes autour de toi ? Ce sont ces places vides, à tes côtés, qui te chagrinent ? Et ces banquettes autour de mon feu, hier occupées par mes compagnons, aujourd’hui désertées ? Serais-tu mal à l’aise de te retrouver en tête à tête avec moi, tandis que toute la halle, autour de nous, retentira bientôt du banquet ? Rassure-toi. Seuls, nous ne le resterons guère. De vieux héros vont se joindre à nous. Je te demande juste un peu de patience, ils arrivent de fort loin. Il leur faudra quelque temps pour gagner Mediolanon, mais ils ne nous feront pas défaut. Chaque année, ils reviennent me visiter, ils font honneur à mon hospitalité. Quand tu sentiras un courant d’or froid couler depuis le seuil ; quand la lueur des feux tremblera en mon palais ; quand les chiens se dresseront sur leurs pattes et se mettront à gémir, alors, ils seront parmi nous. Mon portier ne les annoncera pas : c’est inutile, pour eux, je tiens table ouverte. Afin de te faire honneur, ces places à tes côtés, je les ai réservées à des visiteurs qui me sont chers. À ta droite, Albios le Champion, et j’espère bien qu’il touchera nos cœurs avec sa musique, bien qu’il ne chante plus que l’air de la tristesse ; à ta gauche, Sumarios, mon second père, et avec lui Cutio, son fidèle cocher, qui l’a accompagné par tous les chemins. Mais d’autres héros viendront compléter le cercle ! Bouos dévorera mes viandes à belles dents, et il brandira ses poings énormes devant quiconque lui disputera le morceau du héros. Assis en tailleur, Comargos boira, impassible, tout en force rentrée. Pour la dixième fois, Taruac nous racontera ses guerres contre la tribu de Mezukenn, en se prêtant des exploits déraisonnables. Tu te méfieras de Ségomar : il te considèrera avec morgue, il te provoquera car il aime faire couler le sang. Aussi brutaux, mais plus débonnaires, Orgete et Bebrux s’affronteront à la lutte. Ces deux-là remettent le combat chaque année. Et d’autres convives encore viendront se serrer avec nous ; Archaias le proscrit, qui naquit dans ta ville natale et en fut chassé pour ses crimes ; Labrios le bavard, dont le verbiage, après m’avoir tellement indisposé, a fini par me manquer quand il m’a quitté ; Comnertos le Sénon, le grand-père de mes filles, qui me détestait et qui m’a pourtant sauvé ; l’irrésistible Ciclovanos, qui aurait pu devenir roi à ma place ; Drucco le lancier, le meilleur compagnon d’armes et le pire homme qui fût… Tu verras aussi Oico, fils de Carerdo ; parce qu’il m’a retrouvé dans mon enfance, il se plaît à revenir me voir dès qu’il en a l’occasion. Et là-bas, dans l’ombre des poteaux, à la place réservée sous le massacre de cerf, tu devineras peut-être un grand sanglier ; à moins qu’il ne s’agisse d’un enfant tonsuré comme un druide, ou d’un vieillard plein de malice. Tu rencontreras alors le gutuater : lui aussi, il vient m’honorer de sa présence, parce que je suis le fils aîné de son ami Sacrovèse, roi des Turons.
Je te les présenterai et je te rapporterai leur histoire, car il s’agit aussi de la mienne.
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Dixie39Dixie39   24 mai 2015
Voici donc Comrunos, fils de Runelos, grand druide de la Celtique. Voici donc le sage qui a conseillé mon grand-père puis mon oncle, alors qu'il était déjà un ancien vénérable. Voici donc le magicien ombrageux qui a affronté le gutuater et mon père, et qui les a vaincus grâce au soutien du haut roi il y a cela quatre lustres. Voici l'augure qui a jeté l'interdit sur ma personne, et dont je n'ai pu rompre le sortilège qu'en quittant ce monde, pour verser un prix inconcevable. Or qui est-il ?
Moins qu'une ombre : un vestige amaigri et perclus, un pauvre vieux que seule sa charge porte encore.
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TheWindTheWind   22 octobre 2018
Et la guerre s'embrase quand le haut roi, désignant le palais d'un geste circulaire, ordonne :
"Brûlez-moi tout ça."
On se répartit les torches, que l'on plonge dans les deux foyers.
"Par les dieux ! s'écrie Camulognata. Qu'est-ce que tu fais ?
- Ce que j'ai dit, gronde Ambigat. Je vide ma querelle.
- Tu es fou ! Tu détruis ton dernier rempart !
- Je me condamne à vaincre."
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Interview de Jean-Philippe Jaworski par Estelle Hamelin pour Actusf aux Imaginales 2019.
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