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EAN : 9782072920417
496 pages
Gallimard (21/01/2021)
4.07/5   103 notes
Résumé :
« À certaines heures de la nuit, sous les draps pas lavés depuis des semaines, Cyrille se demandait s'il avait mis toutes les chances de son côté. Il écrivait des poèmes, lisait toutes sortes de romans, d'essais, de correspondances ; il avait, sans trop galérer, trouvé un emploi qui, à défaut d'être passionnant, libérait son esprit sitôt qu'il s'évadait du bureau ; il vivait à Paris (ou presque) ; ses études l'avaient nanti d'une syntaxe et d'un vocabulaire irréproc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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Quand je serai grand, je serai poète.
Esthète, mon grand, ce n'est pas un métier.
A défaut, Cyrille Bertrand, la vingtaine rêveuse et indécise, après des études supérieures (à quoi ?), trime dans les rayons désenchantés d'un Carrefour Market puis au service contentieux chez Salons&Cuisines. Les vers sont dans le fruit.
Son amitié pour un grand bourgeois ambitieux, Ambroise d'Héricourt, lui fait effleurer les cimes de la haute société et du luxe sans lui permettre d'y planter son piolet. le garçon est à la fois attiré par les chimères du modernisme et déchiré par son désir d'écrire de la poésie. Il ne veut pas être un poète maudit, mais un poète riche, plus Valery Larbaud que Rimbaud. Un désuet bling bling.
Par piston et compromission, « notre héros », comme l'appelle l'auteur par hommage à Stendhal, va faire son trou dans le milieu culturel en participant à la création d'un musée de la littérature française, appât à controverses, puis dans la production d'une série TV netflixée, bien loin de ses poésies. La vie devient matériellement confortable, Cyrille goûte au succès, mais son âme étouffe. L'existence est salissante. L'arrivisme qui ne mène à rien.
Dure est la vie des personnages des romans d'apprentissage qui se frottent au monde et se confrontent au déterminisme social. Coups de coeur pour des femmes prises et éprises d'un autre, coups de massue sur la réputation, coups de coude pour se faire une petite place au paradis des lettres, coups tordus au boulot, cou…rage pour ne pas perdre toutes ses illusions. C'est le métier qui rentre.
Ils devraient fonder un mouvement, les Julien Sorel, Pip, Lucien de Rubempré, Candide et consorts et se plaindre contre tous ses auteurs qui douchent l'idéal et savonnent l'ambition dans le dos.
Patrice Jean respecte les codes du genre mais comme dans son précédent roman, l'homme surnuméraire, le récit est l'occasion de fissurer les miroirs flatteurs de l'époque. Carglass répare, Patrice Jean brise la glace. Son oeuvre reprend le flambeau de celle de Philippe Muray par la voie romanesque. Il ne porte pas l'universalisme dans son coeur, les cultureux qui cultivent la bien-pensance lui donnent des boutons à vouloir aseptiser le monde, à juger l'histoire ou à la réécrire pour la rendre présentable. Ses personnages se mettent au diapason au rayon pessimisme. Un vieil universitaire, Trézénik, qui coordonne la création du musée joue dans l'histoire le rôle de l'oracle aigri et du vieux pas très sage. L'auteur lui oppose habilement un intellectuel télégénique qui surfe sur les vagues en vogue de la repentance et de la moraline. le fameux « mutin de Panurge » de Muray. Les autres protagonistes, plus ancrés dans le quotidien, permettent de ne pas sombrer dans un simple débat d'idées. L'histoire vit, nous transporte à Naples et dans toutes les couches de la société.
En ces temps où le moindre pas de côté devient une polémique, j'ai apprécié ce récit à contre- courant, courageux et résistant qui ne s'interdit pas grand-chose tout en conservant une vraie verve romanesque. Ce qui m'a séduit également, ce sont les ambigüités des personnages qui permettent d'éviter à l'histoire de tomber dans le pamphlet. Certes, la lecture est lente, les tergiversations du héros parfois agaçantes et ses passions amoureuses parfois ennuyeuses, mais le style est vif, les aphorismes pullulent et tout le monde en prend pour son matricule.
La nostalgie des poètes disparus.
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Cyrille Bertrand vient de terminer une licence de lettres complétée par un diplôme en gestion. Il se rêve poète et s'identifie surtout à Valery Larbaud, bien qu'il regrette de ne pas avoir, contrairement à cet auteur, de fortune personnelle. Peut-être son amitié avec Ambroise d'Héricourt, issu d'une famille très aisée et pleine d'entregent, va-t-elle pouvoir l'aider à accomplir ses rêves ? Pour l'instant, après une période de chômage, il n'a réussi qu'à dégoter un poste peu glorieux d'employé au contentieux de Salons&Cuisines. ● C'est un roman riche et plein d'intérêt. L'ironie est constante et se manifeste par exemple dans la délectation que prend l'auteur à nommer Cyrille « notre héros », à la manière De Stendhal dans le Rouge et le Noir. La critique sociale est fort bien menée et a pour cible principale la décadence de l'Occident en général et de la France en particulier sous les coups de butoir du capitalisme américain. ● Les folies de la postmodernité sont particulièrement bien mises en évidence, par exemple grâce à ce musée de la littérature française, accusé de fascisme parce qu'il n'a pas pour objet les autres littératures du monde. ● La façon dont fonctionne le panurgisme bien-pensant est magistralement montrée, avec au sommet de la pyramide quelques grands pseudo-penseurs qui entraînent derrière eux en les manipulant les foules abruties par les réseaux sociaux, la télé, l'air du temps et même – horresco referens – l'école. ● C'est aussi un roman d'apprentissage et l'on voit le « héros » ballotté dans sa vie, presque toujours impuissant à lui donner le cours qu'il souhaite, jouet de forces qui le dépassent ou de personnages qui l'influencent. Son angoisse est de savoir quoi faire de sa vie, et de parvenir à le faire. Souvent revient sa hantise de n'être qu'un « figurant », qu'un membre anonyme de la fourmilière humaine. Réussir sa vie, au sens que l'on donne habituellement à cette expression, ne permet pas selon Cyrille de se distinguer du lot. L'idéal de création qu'il poursuit, selon le titre du roman, se heurte sans cesse et tragiquement aux dures réalités du monde. ● le style est classique, parfois même un peu précieux, osant par exemple utiliser l'imparfait du subjonctif. C'est pourquoi l'on comprend mal que l'auteur confonde, comme la plupart des gens maintenant, les verbes « se colleter » et « se coltiner » (page 303), et ne sache pas manier la particule de noblesse. ● Autre réserve : les multiples longueurs de l'ouvrage ; l'auteur aurait pu dire la même chose avec cent ou deux cents pages de moins. ● En tout cas Patrice Jean est incontestablement un auteur à suivre et ce roman à recommander vivement.
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"La poursuite de l'idéal" est le nouveau roman de Patrice Jean. Il tranche sur les précédents par sa taille et l'ampleur du récit, puisque les dix années de formation du héros sont racontées en 480 pages : l'auteur ne nous avait pas habitués à cela et n'hésite pas à ennuyer son lecteur. La forme narrative est belle et très classique : récit à la troisième personne, mettant en présence un narrateur souvent ironique et détaché, dont la lucidité contraste avec les illusions où le héros jeune homme s'empêtre et se débat. On n'insistera jamais assez sur les vertus du récit de formation où le narrateur sans illusions remet la jeunesse à sa place. La production contemporaine s'enlise dans des textes à la première personne, qui empêchent toute prise de distance et toute analyse des actions et des sentiments des personnages. Victime des préjugés et illusions lyriques des narrateurs, le lecteur est empêché de réfléchir. Dans "La poursuite de l'idéal", les idées, sentiments, réflexions et rêves du personnage sont comme cités entre d'ironiques guillemets, mis à distance et présentés comme une série d'illusions et de mensonges. La référence à Stendhal est omniprésente, puisque le romancier appelle le personnage "notre héros", comme Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme.

L'une des qualités de ce roman réside d'ailleurs dans la citation : Patrice Jean n'émaille pas son texte de citations d'auteurs, mais s'amuse à faire s'entrechoquer dans son récit et dans la conscience de Cyrille, son héros, des discours contemporains tout faits, clichés et stéréotypes, qui le font agir et parler. Cyrille, jeune homme en quête d'idéal, n'agit presque jamais, ne sent presque jamais, de façon spontanée et personnelle : il lui faut la médiation de la littérature et de ses grandes figures, dont l'imitation guide sa vie, sa sensibilité et ses amours. Plus loin dans le roman, ce sont de grands ensembles de clichés politiques (parfois cités de façon drolatique) qui font agir les gens : les clichés woke et les mantras progressistes conduisent à un lynchage médiatique et au saccage d'un musée. Les discours ouvriéristes, néo-conservateurs tout faits font apparaître la comédie sociale comme un combat de clichés les uns contre les autres, derrière lesquels les volontés de puissance et de domination s'exercent à visage peu masqué. Patrice Jean décrit un monde sonore et langagier, le nôtre, celui du babil incessant des puissants et de leurs valets médiatiques et culturels. Au-dessus de cette arène, au-delà du dégoût qu'elle inspire, le narrateur dégagé, non engagé, décrit l'affrontement des discours et des clichés, et n'a même pas besoin de se moquer d'eux pour en faire sentir le ridicule. Il lui suffit de les citer.

Cyrille, ce héros inauthentique, incapable de sentir et de penser par lui-même, cherche la sortie de cet enfer, quand son besoin amoureux ne le perd pas sur des sentiers de traverse. D'ailleurs le récit de ses amours, du temps perdu à les poursuivre, au lieu d'écrire et de travailler, est assommant, mais nécessaire. Cyrille voudrait être poète, un vrai poète, pas l'ersatz de créatif littéraire que la société progressiste du spectacle lui propose. Cet idéal naïf de jeune homme se heurte au réel, bien sûr, mais s'affirme et s'obstine quand même, malgré le temps qui passe, les amours, l'enfant qui naît, les servitudes de la réussite sociale. Ici Patrice Jean, s'il est fidèle à la tradition classique du roman de désenchantement, ne va pas jusqu'à imaginer la défaite de son héros, ni le deuil de ses grandes espérances. Au contraire, Cyrille tente de réaliser le voeu de sa jeunesse, et de trahir la société pour écrire. Philippe Muray, qui ne citait jamais ses sources, aimait répéter cette définition de la littérature trouvée dans le journal de Kafka : "Ecrire, c'est faire un bond hors du rang des meurtriers."
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Tout commence bien. Très bien même. Roman d'apprentissage fleuve desservi par une plume ample et classique, on suit les déboires de Cyrille qui nous entraîne dans ce qui ressemble au grand roman d'une génération. On se plaît à se dire qu'il y a un je ne sais quoi de chef d'oeuvre en sommeil, un faux-air du formidable Triomphe de Thomas Zins de Matthieu Jung, roman d'apprentissage magistral.

Et puis de petites phrases sèment le doute. Des pointillés qui deviennent vite des coups de pinceau et terminent en monochromes mastodontes. L'auteur, obnubilé par sa vision réactionnaire des temps contemporains, en oublie tout le reste : ses personnages, son intrigue, sa fiction (mais quel dommage !) qu'il délaisse au profit de son message. Las ! Cyrille et les autres ne deviennent plus que des pantins servant des scènes qui s'égrènent comme un catalogue d'exemples idéologiques maladroits d'on ne peut plus rien dire !, d'à bas le politiquement correct !, une succession pataude de clichés lourdingues. Alors forcément le roman s'étiole. La fiction s'effondre et le lecteur perd pied. On n'entend plus que le tintamarre de l'auteur, ses jérémiades contre le racisme anti-blanc et le totalitarisme des bien-pensances, toutes les scènes donnant lieu à une pique contre (et dans le désordre) : les villes dénaturées par les zones commerçantes des beaufs ou les mosquées des Musulmans (eux même victimes de l'instrumentalisation qu'en font ces décidément bien nocifs « progressistes » - sorte de mot fourre-tout dans l'intellectualisme d'extrême-droite), les intellectuels censeurs de gauche (avec un personnage totalement ubuesque sorte de figure improbable à la croisée entre BHL et Juan Branco), les « féminismes » (autre mot fourre-tout) qui cherchent à faire chanceler l'autorité (de qui de quoi ? sûrement de l' « homme blanc moyen ») et donc devant tant de litanies attendues, l'horizon du chef-d'oeuvre s'évapore pour devenir une démonstration scientifique boursouflée et prétentieuse des thèmes chers à Valeurs Actuelles/Répliques/Revue Éléments/Nouvelle droite/Figaro magazine/L'heure des pros et autres contestataires réactionnaires (qui se qualifient plutôt d'antimodernes, – délicieuse métaphore) et qui, nantis de leur mépris de classe d'aristocrates dandys (qu'ils déguisent en chouannerie contre le progressisme moderne) s'indignent de voir que les manants, tout en bas, aient le culot de vouloir que les choses changent – un tout petit peu et qui considèrent que la féminisation de professeur(e), le changement d'un titre de livre d'Agatha Christie ou l'odieuse volonté des femmes de partager tâches ménagères et charge mentale sont le signe avant-coureur d'une débâcle civilisationnelle, de l'abdication des racines de l'Europe chrétienne, de la soumission à l'Islam et son grand remplacement et autres foutaises obsessionnelles et pourtant furieusement tendance depuis dix ans. Retour feutré et germanopratin de l'immonde, qu'on ne s'étonne plus de trouver partout désormais, même chez Gallimard, qui n'est pourtant pas – encore ? – dans le giron du grand argentier en chef le sieur bigouden Bolloré. Et alors, même la plume pourtant élégante de l'auteur, certainement pas dénué de talent littéraire commence à sonner faux, comme un manifeste du bien-écrire français, qui était forcément mieux avant, à l'époque des Mallarmé, des Chateaubriand, des Flaubert comme si la langue ne pouvait pas ou ne devait pas évoluer et que la « moderniser » n'était qu'une manifestation de plus de l'abêtissement sociétal, de la pauvreté du français condamné à se décomposer dans un idiome hybride mêlant l'arabe et l'écriture inclusive (cette caricature n'est malheureusement pas si éloignée de certaines saillies du pavé qui en regorge).

Sûrement le plus odieux dans tout cela c'est que l'auteur – et tous ses autres acolytes littéraro-médiatiques – abonnés aux tribunes de Causeur, aux tables-rondes du Figaro ou aux micros de Finkielkraut – se voient en révolutionnaires "apolitiques", en derniers Mohican dans un pays noyé par le fléau du « progressisme », alors qu'ils ne sont rien de moins que les ixièmes chantres du c'était mieux avant, les mêmes que ceux d'hier et d'avant-hier et du siècle dernier et de jusqu'aussi loin que remonte l'humanité – sorte de hantise générationnelle assez triste finalement comme une peur de son propre déclin –, dans une rhétorique tellement éculée, tellement dépassée et surtout tellement détestable lorsqu'elle se pense singulière et ne trahit finalement que la connerie.

Parenthèse nécessaire ici : qu'on ne pense pas que l'idéologie de l'auteur soit condamnable per se, il a bien le droit de penser ce qu'il veut et des réacs ont écrit parmi les plus belles pages de la littérature mondiale. le problème ici, c'est que le texte se laisse déborder par l'idéologie d'extrême-droite qui la sous-tend au point de finir par devenir à une caricature de ce qu'il dénonce. Je reprends ici à mon compte une des citations de l'auteur, que lui adresse à la littérature « progressiste » et qui décrit parfaitement ce texte : « En général, on lit quelques lignes, quelques pages et l'on comprend que l'auteur racole le lecteur à coups de bons sentiments, d'indignations comme il faut, de révoltes bien coiffées. » Inversez la citation et vous aurez la Poursuite du Bonheur ou comment (mal) déguiser un manifeste politique en roman.

C'est d'ailleurs et peut-être le seul point jouissif du livre : ce grand raté de l'auteur qui conduit ses lecteurs « progressistes » à adorer ce texte, où ils pensent lire une farce parodique et cynique sur des réacs bien crétins.
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Attention, chef d'oeuvre ! Dès que je suis enthousiaste, je prodigue un peu trop ce qualificatif .
Mais enfin d'est e que j'ai lu de plus fort depuis « le rapas annuel de la confrérie des fossoyeurs » de Mathias Enard ; si certains d'entre vous ont lu le billet que j'ai consacré à ce livre, ils savent tout le bien que j'en pense ;

Certains critiques ont comparé Jean à Houellebecq ; ce n'est pas faux ; le même désespoir tranquille, le même abattement devant ce qui reste de notre civilisation ; mais ils l'expriment dans un mode différent. Pour Patrice jean, la situation est désesprée, mais ce n'est peut-être pas si grave.

On a aussi comparé « la poursuite de l'idéal » à « l'éducation sentimentale ». Là, je ne suis pas d'accord ; certes, dans l'un comme dans l'autre, un jeune homme est confronté aux aléas de la vie, mais ce n'est pas le même jeune homme : Cyrille est beaucoup plus intelligent que frédéric, qui est, avouons-le, un imbécile ; cen'est pas la même époque : Fabrice se confronte à des évènements réels tels que la révolution de 48, Cyrille traverse les guerres pichrocolines de l'intelligentia ; ce n'est pas le même contexte : Frédéric est cerné par des crapules, l'abominable Mme Arnoult la première, qui ne songent qu'à l'exploiter ; les gens que cotoient Cyrille sont généralement bienveillants, à quelques exceptions près.
J'aurais plutôt fait de « la poursuite de l'idéal » un roman picaresque, j'avais pensé à Candide, mais l'analogie n'est pas bonne.
Bref, c'est un livre original.

Le sujet ? Un « simple jeune homme » (ce qui n'est pas la même chose qu'un jeune homme simple) comme le Hans Castorp de « la montagne magique » essaie de se faire une place dans notre société. Il a fait de bonnes études littéraires, mais qui ne le préparent à rien. Tel Lucien de Rubempré, il rêve de journalisme, de poésie. Heureusement son bon génie, son ami Ambroise d'Héricourt, veille sur lui et le repêche régulièrement ; il commence par de petits boulots, puis son entourage lui permet d'accéder à un poste au Ministère de la culture, où il participe à la création d'un « musée de la littérature française » sous l'égide du dernier intellectuel français, Jean Trézenik, qui deviendra son mentor. Mais il est chassé de partout par la montée de la Secte, du politiquement correct, du Woke, de la Cancel Culture, l'irrésistible marée de la stupidité, et par sa némésis personnelle, le monstrueux sociologue Pierre Beauséjour, pape de la nouvelle intelligentsia, sorte de Bourdieu mâtiné de Lacan, agressif et méchant comme un Geffroy de Lagasnerie. Cyrille a eu le malheur de l'indisposer alors qu'il l'interviewait pour le compte d'un webmagasine catholique traditionnaliste, lui qui n'est même pas croyant mais a suivi là une fille dont il est amoureux, alors qu'elle n'est même pas son type e se donnera à un autre.
Mais en attendant il a offensé le maître par une question même pas mal intentionnée, et sa vindicte le poursuivra partout. Même aux Affaires Culturelles, protégé par le statut de la fonction publique, il se heurtera à la Secte : quelle outrecuidance qu'un musée de la littérature française ! Quel outrage aux littératures non-européennes, noires, musulmanes, féministes, LGBT !
Le musée est détruit par de nouveaux vandales.
Opportunément le bon Ambroise avait trouvé à Cyrille un emploi dans une société U&J, spécialisée dans la conception de de séries télévisées que Cyrille hésitait à l'accepter ; la destruction du musée le pousse dans les bras de la culture télévisuelle ; et là, il le sent bien ! Il brille dans son travail, tout le monde l'aime, et il gagne enfin de l'argent.
Mais finalement...Je ne suis pas sûr d'aimer la fin, mais je ne vais pas vous la divulgacher. (excellent mot québécois pour remplacer spoiler)

Il y a quelque chose de paradoxal dans l'odyssée de Cyrille : il est un défenseur acharné de la culture classique.
Mais il est rejeté par la secte, les tenants de la culture nouvelle (si l'on peut dire)
Et les seuls gens honnêtes sont les gens que la culture n'a pas atteint ; la culture classique ne les intéresse pas, ceux qui veulent la déconstruire encore moins.
Brave Beaudouin, commercial obsédé sexuel qui prend Cyrille en amitié !
Brave Sylvain, diplômé d'une école de commerce, moine-soldat de la vente des cuisines et des canapés !
Sublime Michel Pageot, syndicaliste CGT, dernier paladin de la classe ouvrière, qui échoue lamentablement dans ses luttes !
Honnêtes créatifs de la société U&J !

Mais finalement, ces gens-là et leurs semblables, cela fait beaucoup de monde. Beaucoup de monde qui n'a rien à faire du politiquement correct. Beaucoup de monde qu'on ne trainerait pas manifester contre un musée de la littérature française.
Evidemment c'est à dessein que Patrice Jean forcele trait et exagère la capacité de nuisance de la secte, qui, pour le moment, ne pourrait guère mobiliser en dehors des départements de « sciences » humaines des universités ; pour le moment.

Selon l'interprétation d'Anthony Burgess, George Orwell a écrit « 1984 » pour exorciser le futur qu'il décrivait. Il a réussi.
Souhaitons bonne chance à Patrice Jean.

PS. J'ai connu ce livre (et par raccroc les autres ouvrages de l'auteur) par une critique favorable de Télérama ; ils n'ont pas dû trop bien le lire
PPS. Nonobstant, je suis un fidèle abonné de Télérama
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critiques presse (1)
LeFigaro
28 janvier 2021
Un roman d'apprentissage où le héros tente de se frayer un chemin dans une époque incertaine.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (72) Voir plus Ajouter une citation
Une vie réussie, ce serait donc le plaisir de bronzer, à côté d’une piscine bleu turquoise, en slip de bain ? Ce serait de passer à la télévision ? D’être reconnu dans la rue ? Quelle timidité ! Vous n’avez pas écrit les Mémoires d’outre-tombe et vous pensez avoir réussi votre vie ? Vous ne laisserez pas même un sonnet digne de traverser les siècles ? Ni une sonate ? Vous n’êtes pas mort pour sauver des innocents ? Vous n’avez jamais médité, dans un cloître, à l’existence ou l’inexistence de Dieu, et vous prétendez à la gloire ? Jamais le frisson du Rien n’a couru sur votre peau ? Le plébiscite de l’humanité irréfléchie et ingrate vous suffit, vous contente, vous réjouit ?
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La violence symbolique est une violence mille fois préférable à la violence réelle, et je préfère les délinquants en col blanc, comme disent les imbéciles, aux vrais délinquants ; des premiers on n’a rien à craindre : qu’un élu ne déclare pas une partie de sa fortune ne m’a jamais empêché de dormir, mais qu’une petite frappe casse la gueule à un innocent pour un regard de travers ou qu’une bande de porcs violent une céfran sur le matelas d’une cave, à Clichy-sous-Bois, là, oui, c’est de la violence, et pas symbolique. Ceux qui mettent dans le même panier la violence réelle et la violence symbolique ne sont qu’une bande de petits peigne-culs qui, jamais, n’ont pris une mandale dans la gueule de la part d’un voyou ! Et qui la mériteraient… »
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De tous les arts, la littérature est le plus solitaire : si un compositeur, un peintre, un cinéaste travaillent quelquefois seuls, dans un atelier, une chambre, un bureau, le résultat, lui, exige un public, quand la lecture, elle, réclame la solitude et le silence, d’un bout à l’autre de la création. D’une conscience à une autre. On donne le change avec des réunions de lecteurs, mais ils ne s’assemblent pas pour lire un roman, tandis que les spectateurs écoutent, en groupe, un pianiste, regardent, dans une salle publique, un tableau, un film : « Une foule n’a jamais applaudi un roman, en finissant sa lecture. » La littérature est un acte asocial, c’est pourquoi tous les festivals du livre, toutes les lectures en librairie, tout ce qui attroupe trahit son essentielle introversion.
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Il n'avait que vingt-trois ans, il lisait plus de livres que de journaux et n'avait pas l'âme crasseuse d'un militant ; il appartenait à cette espèce en voie de disparition : l'homme pour qui existe autre chose que la politique.*

*Note du narrateur : le choix d'une position politique, en plus des raisons idéologiques et/ou morales, obéit à trois motifs : a) se retrouver bien au chaud dans un groupe ; b) cracher à la gueule de l'autre groupe ; c) se croire supérieur.

p. 152
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Trézenik, à Crozon, l'avait mis en garde contre l'exécration dont il serait l'objet. Le vent soufflait sur uen lande arasée, l'océan lançait ses vagues à l'assaut des plages et des falaises, le ciel noir, tourmenté, se reflétait dans le tumulte marin, les deux hommes cheminaient sur les sentes terreuses, et Trézenik déclamait de prophétiques paroles, prétendait que l'on cracherait sur les ambitions de Cyrille, que l'on s'en moquerait, qu'on les ridiculiserait, mais que dans l'hostilité unanime il trouverait la force de fourbir ses armes, d'aiguiser ses dagues poétiques. "Plus on vous méprisera, avait-il-dit, plus la lame s'affûtera. Regardez cette terre bretonne, la tempête et le froid l'ont protégée de déchoir dans l'indignité des stations balnéaires...Ses palges de galets, inaccessibles, rejettent les touristes...Eh bien, considérez le sarcasme universel comme un bienfait , il vous détournera des trop faciles accomodements, l'air vif vous saisira, le dédain vous stimulera...
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Vidéo de Patrice Jean
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