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Erika Abrams (Traducteur)
ISBN : 2882502435
Éditeur : Noir sur blanc (06/01/2011)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 6 notes)
Résumé :
« Oui, ma poétique est une poétique de policier ; je recueille des faits : je n’écris pas un livre, je rends témoignage. » Depuis sa chambre au baraquement communautaire de Litvinov, dont la porte s’ouvre seule, et claque, à toute heure du jour et de la nuit, le narrateur évoque – en instantanés – l’immédiat après-guerre, l’enthousiasme des premiers mois du socialisme tchèque, puis la fureur hallucinée du stalinisme, sa bêtise, et l’avilissement de tous par la peur,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
horline
  05 décembre 2011
De la promesse optimiste du rationalisme communiste au morne désespoir de l'idéalisme perdu, Au milieu du chemin de notre vie emprunte un mouvement de flux et de reflux entre ces deux extrêmes qui ont marqué la Tchécoslovaquie d'après-guerre. Il n'y a pas de légèreté, ni de sentiment exacerbé…simplement un romantisme plaintif où se mêlent nostalgie et désenchantement.
Avec une ligne narrative décousue qui refuse toute chronologie et évacue toute vision harmonieuse de la réalité, ce récit original rassemble des petits riens, des instants de vie qui composent la gravité du quotidien d'une ville minière de la Bohème du Nord de 1948 à 1956. Il s'agit de Litvinov, ville dans laquelle l'auteur Josef Jedlička, étudiant « décadent » pour le parti, se trouve contraint d'exercer mille petits boulots.
C'est un tableau désenchanté de la société d'alors dans une ville industrielle où les anciens camps d'internement ont été réhabilités en logements collectifs, où le béton gris et les vapeurs d'acide sulfhydrique des usines évoquent la rudesse, la désillusion, les aspirations à la consommation face au dénuement et aux promesses trahies « des lendemains qui chantent ».
C'est également le récit des angoisses voilées dans un Etat policier et contraignant, qui a perverti l'enthousiasme d'après-guerre et ne tolère aucune opposition ouverte. Pas de colère, ni de révolte donc mais une écriture élégiaque qui exprime tout aussi bien la subjectivité de l'auteur que l'amertume d'une population, la laideur du quotidien face aux rêves perdus.
Confronté à une structure littéraire complexe, le plaisir de la lecture n'est pas évident mais la richesse documentaire suscite une réelle curiosité.
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Piling
  08 février 2011
"Au milieu du chemin de notre vie" reprend les premiers mots de la divine comédie, mis en exergue,
"Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvais dans une forêt obscure, car j'avais perdu la droite voie.
Ah ! qu'il est dur de dire ce qu'elle était, cette forêt sauvage, âpre et rude, dont le souvenir renouvelle ma peur !
Elle est si amère que la mort ne l'est guère plus ; mais pour traiter du bien que j'y trouvais, je parlerai des autres choses que j' y ai découvertes."
Le sens du titre et de cet exergue nous sont donnés, certes un peu mystérieusement, dès les premiers mots du récit :
"COMMENCER ET FINIR est une chose possible n'importe où car nous n'avons pas fait un pacte avec la victoire mais avec la lutte."
En 1953, Josef Jedlicka a 26 ans. Il n'est donc pas tout à fait au milieu de sa vie, puisqu'il va mourir en 1990. Peut-être avait-il malgré tout ce sentiment, qui lui permettait de regarder en arrière – sa vie d'étudiant, de jeune époux-jeune père, et les trois années passées à Litvinov, "vestige des profondes forêts qui, il y a vingt ans encore, s'avançaient loin dans l'intérieur du pays. Il y aurait eu même du gros gibier, des sangliers qui fougeaient dans les feuilles tombées au pied des hêtres, des biches qui filaient de nuit à travers les zébrures claires des tranchées."
Un temps abri des fuyards au moment de l'annexion allemande, la forêt disparaît pour laisser place à un grand complexe d'usine qui fut aussi le cimetière des STO qui le construisirent, tout en détruisant la forêt. Après la guerre, entre les ruines et les cratères des bombes, une cité ouvrière fut bâtie à la hâte par les jeunesses communistes. Des pavillons identiques, où jardinier pour soi était mal vu (collectivisme oblige) une Maison collective inspirée de le Corbusier, qui se dégrade et se casse aussi vite qu'une barre dans le 93…
Et c'est dans ce lieu sinistre, coincé dans le béton et la boue que Josef Jedlicka, exclu de l'université à 22 ans pour avoir critiqué le parti et qui, depuis, a fait mille métiers, part pour un exil d'une durée indéterminée, pour des raisons qui restent floues dans le récit, sinon que l'on comprend qu'il est politiquement suspect et séparé, au moins au début, de sa femme et de son jeune fils. C'est donc un récit plus ou moins autobiographique et le narrateur est un double proche de l'écrivain, un récitant fictif, qui s'adresse à la femme aimée, à l'enfant, comme aux êtres d'un passé perdu sans espoir de retour.
À partir de cette fracture – avant, après – où commence le livre, une série de courts épisodes, scènes, souvenirs s'enfilent, comme on égrène un chapelet, sans ordre chronologique, le temps de la jeunesse étudiante se mêlant aux souvenirs d'ateliers, avec aussi le passé, le présent et ce qu'il advient de Litvinov sur une ou deux générations : des noms, des histoires surgissent, disparaissent, que l'on retrouve plus loin ou pas. La polyphonie peut évoquer Manhattan Tranfer mais à ceci près que le roman de Dos Passos évoquait plutôt une trame tissée de plusieurs histoires entrecroisées mais qui suivait une ligne narrative. Litvanov est plutôt un patchwork décousu, sans souci de continuité linéaire ou bien, comme l'auteur le dit lui-même, un recueil "encyclopédique" sans autre intention que de montrer :
"J'écris une encyclopédie, je rends témoignage, en me cachant du regard fureteur du policier, sous les yeux du monde entier, à l'étage de ce pavillon branlant qu'ouvrent toutes les clefs. Il y a pourtant beau temps qu'il n'est plus question d'expliquer le monde, tout ce qui compte en ce moment, c'est le destin."
Autre parenté avec ce qui ressort d'une liste, ou d'un dictionnaire, le fait que chaque récit commence en majuscules, le livre n'étant pas ainsi découpé en chapitres, mais aligne une suite d' "entrées" comme celles d'un dictionnaire. Voilà pour la forme.
Quant au fond, il est tout à fait à l'image de cette ville ouvrière passée au rouleau compresseur de l'uniformité communiste : tout a la couleur de la boue, de la brique ou du béton. Et petit à petit Litvinov se relève de la guerre, les ouvriers économisent pour des machines à laver, des téléviseurs, suivent des cours de littérature tchèque pour devenir contremaître et pour un jour, achetant une Spartak, déclarer à la nuit et au monde : "Maintenant, nous avons tout !"
Le livre commencé par le milieu ne se termine pas par la fin même si l'on devine que le séjour à Litvinov s'achève, mais "LE RÉCIT SE POURSUIT, car "il n'y a pas d'autre issue".
"La vie est au milieu de son chemin et le récit se poursuit. Adieu !
Commencer et finir est une chose possible n'importe où, mais tout ce qui compte encore, c'est le chemin, d'ici là."
Et de fait, arrivé au terme du récit, on se dit que l'on pourrait en commencer ou en recommencer la lecture dans n'importe quel ordre ou désordre, par les dernières pages ou le milieu, ou aléatoirement, car à moins d'être totalement averti de la vie de Jedlicka et de la vie quotidienne sous la Tchécoslovaquie communiste, le lecteur est condamné à passer de fragments en fragments, avec des noms ou des allusions mystérieuses à l'actualité d'alors.
Il est dommage que l'édition ait choisi d'adopter le même flou dans l'appareil critique, qui se résume aux notes explicatives du traducteurs et à quelques extraits de correspondance. Aucune biographie de Jedlicka n'est fournie, et les circonstances dans lesquelles ce récit a été écrit ne nous sont guère données que par la quatrième de couverture, ce qui est succinct. Une présentation un peu plus soignée de ce livre n'aurait pas nui à l'appréciation du récit.
Lien : http://sohrawardi.blogspot.c..
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Pchabannes
  12 février 2011
Josef Jedlika (1927 – 1990), exclu de l'Université en 49 pour avoir critiqué la cité idéale et libératrice des peuples (“La solidarité de la classe ouvrière ? Pauvre petit ! ”) établie par le Parti Communiste Tchèque avec sa vision démocratique habituelle en 1958, écrit de 1954 à 1957 un témoignage de sa vie à Litvinov. Après le toilettage de la censure des bienpensants, le succès fut au rendez-vous de sa première édition à Prague en 1966. le poète cultivé et autodidacte quitta son pays lors de l'entrée libératrice et militaire des forces de Paix socialistes et démocratiques soviétiques à Prague en 1968.
Habitués que nous sommes au story telling, la forme élégiaque de cette oeuvre n'est pas d'un abord facile et pourtant, si le lecteur s'oublie, s'il lit à haute voix la très belle traduction de Erika Abrams alors l'univers de ce poète s'ouvrira à son intelligence. Grâce à une postface, qui à elle seule vaut le détour, Erika Abrams donne au lecteur français les clefs de la poésie élégiaque illuminant Litvinov à 60 ans et 1 000 km de notre contemporanéité.
Le titre de l'oeuvre est inspirée du poème éponyme de Dante Alighieri écrit durant son exil à l'âge de 35 ans entre 1304 et 1321 : “Au milieu du chemin de notre vie/ Je me retrouvai dans une forêt obscure/ Car la voie droite était perdue”.
Témoignage de la vie à cent kilomètres de Prague à Litvinov. Ville paysanne sous le joug allemand devenue une cité industrielle sous Staline où les ouvriers prirent leurs quartiers dans le camp d'internement allemand qui a vu tant de d'hommes détruits ; l'évolution d'un régime politique, de la vie quotidienne, de la consommation, des grandes et petits espoirs.
Ce cri de liberté des peuples enchaînés aura mis 60 ans pour faire les 1 000 kilomètres le séparant des lecteurs francophones. le petit monde littéraire français y aura perdu son honneur. Chapeau bas aux Editions Noir sur Blanc et que chacun s'attache à faire connaître Josef Jedlika.

Lien : http://quidhodieagisti.kazeo..
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Megh
  07 mars 2011
«Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvais dans une forêt obscure, car j'avais perdu la droite voie.
Ah ! qu'il est dur de dire ce qu'elle était, cette forêt sauvage, âpre et rude, dont le souvenir renouvelle ma peur !
Elle est si amère que la mort ne l'est guère plus ; mais pour traiter du bien que j'y trouvais, je parlerai des autres choses que j' y ai découvertes. » disait Dante dans sa divine comédie, repris comme titre par l'auteur.
Le titre intrigue, questionne quant au sens à lui donner. Commencer, finir, chose impossible selon l'auteur dont la plume et le style glissent merveilleusement sur le papier. Cette peur constante de la mort qui nous guette; le passage où Jedlicka prouve cette peur est très beau : Zola est bien mort, la plume à la main, pourquoi pas lui ? Pourquoi pas nous ?
Son livre est composé de plusieurs passages, reliés ou non entre eux, ce qui rend la lecture rapide, à mon goût. Ces fragments rassemblés, ces bouts d'histoires forment un récit, un témoignage concret de la petite et de la grande histoire. La vie quotidienne d'anonymes comme la date de la mort de Staline y sont notées, à la même échelle, car ce sont ces anonymes qui constituent L Histoire.
Jedlicka témoigne donc, du haut d'un baraquement communautaire de Litvinov. Témoignage mais également autobiographie puisqu'on dénote de la présence de sa femme et de son fils, apostrophés régulièrement tout au long du récit, ainsi que de leur séparation, floue.
Pour être plus précise quant au style de l'auteur, je l'ai trouvé agréable, relevant des phrases qui valent la peine d'être notées, citées. Je ne saurais décrire le style de Jedlicka mais il a ce quelque chose en plus qui a fait que je n'ai pas décroché du récit. J'aurais pu peut-être m'ennuyer de ces fragments de vie mais son style, son écriture, ses phrases m'ont poussé à lire et à découvrir, surtout. Je regrette néanmoins la trop forte présence du lyrisme. Ilots d'érudition, l'auteur nous en apprend beaucoup sur son temps et sa vie.
Je parlais de fragments de vie, de scènes d'anonymes aussi divers et variés que possible : du médecin blasé au mode de vie d'untel, ce sont des épisodes traitant de la vie de chacun qui rend ce témoignage plus riche et plus intéressant qu'un cours d'histoire, et surtout plus vrai, puisqu'il traite de personnes qui nous atteignent et nous touchent beaucoup plus.
Description d'une époque, du changement des modes de vie, Au milieu du chemin de notre vie est un récit empli de rêves et de désillusions, du douloureux retour à la réalité par l'odeur de l'acide sulfhydrique, motif récurrent dans la vie de Jedlicka et des personnages cités.
En somme, Jedlicka nous livre un témoignage poignant d'une époque vécue, vraie et touchante d'un temps qui nous semble éloigné, mais qui ne l'est pas tant que ça, comble d'espoir et de rêve, mais aussi de peur, mêlant étroitement la petite et la grande Histoire de la Tchécoslovaquie.
Lien : http://bibliovore.skyrock.co..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
horlinehorline   05 décembre 2011
On m’a déjà mesuré et pesé, ausculté, nu, sur toutes les coutures, on a déjà sondé tous les replis de mon corps et de mon âme, décrit mes signes particuliers, évalué les dioptries de mes yeux myopes, compté mes cheveux, comme aussi mes livres, relevé objectivement et exactement et sous le bon angle les empreintes de tes ongles d’opale sur mon épaule, ma douce, on m’a déjà prédit la mélopée syncopée des lavandières sur l’autre rive et fait l’inventaire de toutes mes hérésies et de toutes mes folies, on a établi statistiquement mon besoin d’air, de nuages, de fumée automnal, de liberté et d’eau potable, et toi, mon agneau, mon petit Jakub, des imbéciles au cerveau d’inspecteur primaire t’ont porté en compte parmi les os de mes os et inscrit au chapitre de la croissance démographique.
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PchabannesPchabannes   12 février 2011
“Oui, ma poétique est une poétique de policier ; je recueille des faits ; je n’écris pas un livre, je rends témoignage. Je dis que c’est vrai, que c’est bien ainsi que cela s’est passé, je le dis maintenant, ici, où notre vie est au milieu de son chemin, frissonnant dans la fraicheur du même vent de minuit qui sifflait aux oreilles de Dante, lorsqu’il se retrouva seul au sein de l’obscurité et du brouillard.”
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PchabannesPchabannes   12 février 2011
“Mais qui aujourd’hui sera juge ? A qui la faute si nous nous renions tous les uns les autres, de qui le mauvais sort qui nous fait, attablés devant une bière, lire comme des sourds, sur les lèvres l’un de l’autre, les mots perdus de fraternité et de solidarité ?”
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horlinehorline   05 décembre 2011
Moi aussi j’ai pris l’habitude de montrer constamment une figure joviale et souriante, même en pleine nuit, car on n’est jamais à l’abri du coup de projecteur d’une torche électrique.
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PchabannesPchabannes   12 février 2011
“Je n’ai pas écrit ce livre en vain. Que me voulez-vous ? Qu’ais-je à faire de vous et de votre littérature ? Je ne vous comprends pas et je n’ai rien de commun avec vous. Rien à part le destin. Et je vous ai prédit l’avenir.”
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