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Yasmin Hoffmann (Traducteur)Maryvonne Litaize (Traducteur)
EAN : 9782020508728
250 pages
Seuil (28/02/2002)
3.51/5   167 notes
Résumé :
Die Klavierspielerin, 1983.

Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime bien rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano au conservatoire de Vienne le lui permettent, elle se plaît à fréquenter les cinémas pornos, les peepshows et les fourrés du Prater. Et quand un de ses étudiants tombe amoureux d'elle, Erika Kohut ne sait lui offrir en échange qu'un scénario éculé, propre à redorer la ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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Gwen21
  09 janvier 2014
Ramassée sur elle-même comme un poing prêt à s'écraser sur la figure du lecteur, l'écriture d'Elfriede Jelinek, auteur autrichienne ayant reçu le Nobel de littérature il y a dix ans, est féroce et violente jusqu'à la haine. Dire qu'elle est « sans concession » serait en-dessous de la vérité, elle est la dissection crue et sanglante d'une société qui n'offre aucun espoir d'épanouissement à ses protagonistes. Cette écriture compacte, froide et coupante comme un silex, ne ménage aucune respiration au lecteur qui malgré le glauque de la narration se trouve hypnotisé jusqu'à descendre au fond du tourbillon des illusions en même temps que Walter, Erika et « la mère ».
Mais qui sont Walter, Erika et « la mère » ?
Erika est « l'enfant chérie » de « la mère ». Elle est à peine une personne, elle est d'abord un pion, le jouet des ambitions de « la mère » vouées à avorter, à se briser contre les rochers de la réalité. Erika est la meilleure, c'est une artiste. Elle a été éduquée dans un seul but : être l'Unique, la seule, la talentueuse, la planche de salut et le pilier de l'économie ménagère du couple incestueux qu'elle forme avec « la mère ». Telle la musique, tel l'art, Erika ne partage pas la sphère du commun des mortels, elle plane très au-dessus. En tout cas, « la mère » et elle en sont convaincues.
Erika a presque quarante ans et dans la Vienne du début des années 80, elle est professeur de piano, employée par un Etat qu'elle méprise, enseignant SON art à des étudiants qu'elle méprise, prenant les transports en commun avec des contemporains qu'elle méprise ; la seule personne qu'elle ne méprise pas, c'est elle car elle est convaincue de sa supériorité. Enfin, pour l'instant, à l'heure où débute ce roman dérangeant qui perce le huis-clos de son existence et nous en dévoile des facettes obscènes, elle ne se méprise pas encore. Quant à « la mère », elle la méprise aussi tout en étant incapable de s'en éloigner car « la mère » est pour elle la source du seul plaisir qu'elle a dans la vie : le confort domestique. Une fois incarcérée entre les murs de leur appartement, Erika est tellement bien devant sa télé qu'elle ne veut rien changer. Alors, quand Walter, l'un de ses étudiants, amouraché et persévérant, entreprend de violer le saint des saints et de s'introduire dans sa vie puis dans son appartement, son « équilibre » bascule et Erika entrevoit, impuissante, cette situation comme la seule opportunité qui se présentera à elle d'assouvir ses illusions fantasques, mélange d'érotisme, de violence, de passion et d'humiliation, en un mot : le sado-masochisme.
Ce texte court est assez fascinant car il attire et révulse à la fois. Jelinek, dans son souci constant d'emprisonner la société sous une loupe, offre un spectacle répugnant mais son écriture est tellement impactante qu'elle englue le lecteur. Roman noir s'il en est, « La pianiste » fouille de manière chirurgicale la psychologie trouble de personnages qui semblent étrangers à notre propre réalité mais est-ce vraiment le cas ou bien est-ce que dans l'immeuble qui jouxte le nôtre vivraient des êtres aux aspirations inavouables ?
Je peux comprendre qu'on n'accroche pas à ce type de littérature mais personnellement j'ai été heureuse de le découvrir, ne serait-ce, au-delà du thème, que pour la plume exceptionnelle de l'auteur. Je tiens d'ailleurs à tirer mon chapeau aux deux traducteurs, Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize !

Challenge NOBEL 2013 – 2014
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BillDOE
  23 juin 2022
Chef d'oeuvre.
Elle n'a de femme que l'enveloppe, à l'intérieur se terre un monstre.
Erika Kohut est professeur de musique à Vienne. Elle vit avec sa mère (que l'auteure ne nomme jamais) dans un petit appartement où elles partagent tout y compris la chambre. Parmi ses élèves, Walter Klemmer, développe des sentiments amoureux à son encontre. Mais il ne se doute pas de la véritable nature de sa maîtresse et des tourments qui la possèdent…
Elfriede Jelinek raconte à travers le personnage d'Erika sa propre vie et la relation dominante-soumise que lui a imposé sa mère. Cette dernière a dirigé toute sa vie son foyer comme un PDG d'entreprise, écartant le père qui finira malade d'Alzheimer dans un hôpital. Elle décide que sa fille sera un prodige de la musique et l'inscrit à des cours d'anglais, de français, de piano, d'orgues etc… Mais Elfriede prendra la voix de l'écriture. C'est donc avec « La pianiste » que l'auteur décrit les tourments qu'elle a traversé et cette lutte intérieur pour maîtriser le monstre que sa mère a fabriqué. L'auteur sera victime d'agoraphobie toute sa vie avec un épisode critique d'un an où elle restera cloîtrée chez elle.
L'écriture d'Elfriede Jelinek est moderne, rapide et efficace. Elle écrit au présent de l'indicatif ce qui rend la lecture fluide, percutante. Il y a dans son texte une merveilleuse musicalité des mots.
Dans « La pianiste » il y a une esthétique de la souffrance, il y a du Sade chez Jelinek. Elle écrit : « Erika ramasse un mouchoir en papier tout collé de sperme et le tient sous son nez », ou « Un instant fugace elle éprouve le besoin d'attraper la tête de l'élève par les cheveux et de la flanquer dans le ventre du piano, jusqu'à ce qu'un magma sanglant de tripes et de cordes à boyaux gicle et s'échappe en hurlant par le couvercle ». elle contient en elle une énorme énergie sexuelle jamais libérée et une violence mortifère qui frise l'hystérie.
Le sado-masochisme est omniprésent dans l'oeuvre d'Elfriede Jelinek, mais il n'est jamais vulgaire, bien au contraire, il fascine par son architecture, son ordonnancement, la façon onirique dont il se réalise.
Il y a ce que souhaite le coeur et il y a ce que commande le corps. Chez Erika, il y a dissociation entre la cible de ses sentiments, sa mère, et celle de sa chair, son élève Klemmer.
Elfriede Jelinek n'est pas une féministe, les « amazones » du XXIe siècle ne peuvent s'octroyer le droit d'en faire leur figure de proue même si le facteur féminin est bien évidemment au coeur de son oeuvre. Elle n'a besoin d'aucune idéologie pour exister car elle est autonome. Elle propose sa vision d'une femme indépendante à tout point de vue, qui appréhende le facteur masculin sans aucune concession. Elle est les deux sexes en même temps.
« La pianiste » est un véritable bijoux. le travail d'écrivain d'Elfriede Jelinek est fascinant. Conformistes, normalistes passez votre chemin !
Prix Nobel de littérature 2004.
Préface de Virginie Despentes.
Traduction de Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize.
Editions Jaqueline Chambon, Points signature, 345 pages.
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LydiaB
  14 juillet 2012


Inutile de revenir sur l'histoire, la quatrième de couverture résumant très bien les faits. La Pianiste est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains et à ne surtout pas lire si on est dans une période sombre. Ce roman est très fort, prenant, d'une écriture dense. On a droit à tout : violence morale, physique, amour incestueux, dépravé... La mère castratrice engendre une certaine perversité chez Erika qui en arrive à s'auto-mutiler et à accepter une sexualité sado-masochiste. Enfin, l'accepte-t-elle vraiment ? Rien n'est moins sûr. Et au final, elle revient quand même dans les jupes de sa mère alors qu'on l'en pensait libérée, sevrée.
À qui la faute ? On peut se poser la question. À cette figure maternelle qui fait tout pour que sa fille réussisse, quitte à en devenir tyrannique et malsaine en développant une relation ambiguë, ou à Erika qui aurait peut-être hérité d'une tare génétique paternelle (le père ayant fini ses jours dans un centre psychiatrique) ?

Et au milieu de tout ça, la musique. Mais que vient-elle faire là ? Est-ce juste pour nous montrer le métier d'Erika ? Après recherches, je me suis rendue compte que Schubert revenait fréquemment dans le roman et était associé à ce jeune élève, Klemmer, dont elle tombe amoureuse et avec qui elle va se livrer au jeu dangereux du maître et de l'esclave. Schubert... grand musicien, certes, mais homme avant tout. Celui-ci avait contracté la syphilis, certainement avec des prostituées... Or, on ne connaît que peu de choses sur la vie privée de celui-ci, un peu comme Erika qui cache sa vie dépravée à sa mère... Peut-être y a-t-il un lien ? En tous les cas, c'est à creuser : Douceur et succès d'un côté dans la musique classique face à la tristesse et à la pauvreté d'une vie privée engageant à faire de tels actes ?

Bref, ce texte est un véritable chef-d'oeuvre d'une noirceur absolue.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Allantvers
  28 mai 2021
Sur ma route de découverte des Nobel, voici une étape enrichissante mais pénible. Ou pénible donc enrichissante?
Pénible, car ce récit sans air, sans lumière et sans perspectives au coeur des névroses irréparables d'une jeune femme méticuleusement dévastée par sa mère depuis l'enfance m'a mis profondément mal à l'aise. Et que l'ombre noire qu'elle projette autour d'elle donne à voir son environnement, la ville de Vienne, sous l'éclairage glauque d'une humanité qui se vautre dans ses misérables instincts et ses vaines aspirations.
Enrichissante néanmoins, parce que précisément cet éclairage social par la névrose qui n'occulte pas le laid, le glauque autant constitutif de nos sociétés que ses facettes présentables est rare et utile. Enrichissante également pour la finesse d'exploration de l'humain évoqué dans toute sa complexité, ses failles et ses limites, derrière l'image lisse du personnage public que l'on présente à la société.
Ces impressions de lecture sont d'autant plus fortes que la musique, la grande musique qui élève est omniprésente dans le roman, mais tout autant que le sont la chair triste, les fluides corporels, les sous bois glauques, le tout mis au même niveau par l'écriture "à la hache", grinçante et sans concessions de l'auteur. Une écriture dans laquelle j'ai eu de la peine à entrer, et que je ne suis pas sûre de vouloir recroiser.

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Woland
  08 octobre 2008
Die Klavierspielerin
Traduction : Y. Hoffmann & M. Litaize
Livre sulfureux, hérissé de tessons de bouteilles et de lames de rasoir que l'héroïne verse, pilés, dans la poche d'une rivale ou utilise pour s'auto-mutiler, « La Pianiste » est un roman d'une noirceur rare que je recommande personnellement d'offrir à tout parent castrateur, qu'il soit de sexe féminin ou masculin. L'idéal serait bien sûr de les contraindre à le lire jusqu'au bout ...

L'argument de base est le suivant : une mère castratrice, que Jelinek ne désigne jamais autrement que sous le terme générique de « la mère," vampirise sa fille depuis sa naissance. Elle lui a volé sa jeunesse, lui a imposé ses ambitions personnelles qui rêvaient d'un rejeton virtuose et, après l'échec d'Erika dans une carrière de pianiste internationale, l'a orientée vers le professorat. Avec cette redoutable mère, pas de promiscuité déplacée avec les autres enfants et, l'âge venu, pas d'amourettes non plus - encore moins de rapports sexuels ! ... D'ailleurs, tous les soirs, c'est dans l'ancien lit conjugal qu'Erika Kohut monte docilement s'endormir auprès de sa maman …
A trente-six ans, Erika est une refoulée, une frustrée, une malheureuse aussi qui, sous des dehors d'une pondération et d'une sécheresse remarquables, dissimule une folie croissante – son père est depuis longtemps dans une maison de retraite pour malades mentaux et une ou deux fois, Jelinek sous-entend que son mariage avec la mère n'a pas arrangé les choses.
Tourmentée par le démon du sexe – car, pour elle, le sexe n'est qu'un démon – elle n'a pour exutoires que les peep-shows viennois ou encore les parcs bien sombres où s'ébattent les prostituées et leurs clients. de temps à autre, pour faire bonne mesure, elle s'enferme chez elle quand la mère dort et se plante des lames de rasoir et des aiguilles dans la peau, voire sur les muqueuses. Et elle attend l'Amour – un amour qui la rouera de coups et l'humiliera, qui l'abandonnera pendant des heures enchaînée et bâillonnée après l'avoir copieusement insultée et humiliée …
Justement, l'un de ses jeunes élèves, Walter Klemmer, s'est mis en tête de la séduire. Un peu fat comme nombre d'hommes, il pense même, selon la formule consacrée, lui "révéler" l'amour. Mais les événements ne prendront pas hélas ! le tour que souhaite Erika. Naïve et sans expérience, elle s'est trompée d'amant et comme c'était sa dernière chance …
La prose est rageuse, heurtée, noircie et renoircie à plaisir. Les dialogues sont inexistants. Par ci, par là, surtout sur la fin, Erika et Walter laissent échapper des phrases mais c'est Jelinek, le lecteur l'entend presque, qui parle ainsi à la première personne et non ses personnages. A chaque ligne, la haine et la rancoeur explosent. Contre la mère de l'auteur, contre la société autrichienne, contre les faux-semblants viennois. Seule, la musique s'en sort relativement bien – à l'exception de Mozart que ni Erika, ni Walter n'apprécie.
Sans vouloir être « vieux jeu », je ne pense pas que ce livre soit à mettre entre des mains trop jeunes ou trop inexpérimentées. Il faut en effet avoir atteint un certain degré d'expérience et de libération personnelles pour admettre que les sentiments castrateurs d'un père ou d'une mère trouvent leur source dans la sexualité. Jelinek le proclame sans ambages dans une scène étouffante où Erika, après avoir "trahi" sa mère avec Walter, la rejoint dans le fameux lit et la couvre de baisers dans un corps à corps ambigu. Et Jelinek voit juste même si elle révolte le lecteur moyen, celui qui n'a pas eu de mère ou de père abusifs.
"La Pianiste" est un texte relativement court (250 pages dans la collection "Points") mais singulièrement dense. J'ajouterai qu'il est rare de voir une femme s'exprimer et écrire aussi brutalement. Ceci dit, l'émotion et l'ironie - une ironie féroce et sanglante - sont loin d'être absentes de cette oeuvre qui contribua à faire attribuer le Prix Nobel de Littérature 2004 à Elfriede Jelinek.
Un peu plus sur Jelinek :
http://www.linternaute.com/sortir/auteurs/laureats-prix-litteraires-2004/jelinek.shtml
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Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   14 juillet 2012
Aujourd'hui, un jeune homme sorti d'on ne sait où prend la place de cette mère qui a pourtant fait ses preuves et qui, froissée et délaissée, se voit reléguée à l'arrière-garde. Les courroies de transmission mère-fille se tendent, tirant Erika en arrière. Quel supplice de savoir sa mère obligée de marcher toute seule derrière. Qu'elle l'ait proposé d'elle-même n'arrange rien, bien au contraire. Si M. Klemmer n'était pas en apparence indispensable, Erika pourrait marcher tranquillement à côté de sa génitrice. Ensemble elles pourraient ruminer ce qu'elles viennent de vivre, tout en se repaissant peut-être de quelques bonbons. Avant-goût de la chaleur et du confort douillet qui les attend dans leur salon. Dont personne n'a fait échapper la chaleur. Peut-être arriveront-elles même à temps pour le film de minuit à la télévision. Quel merveilleux final pour une journée si musicale ! Et cet élève qui la serre de plus en plus ! Il ne peut donc pas garder ses distances ? C'est gênant de sentir près de soi un corps chaud bouillonnant de jeunesse. Ce jeune homme semble si redoutablement intact et léger au contact qu'Erika est prise de panique. Il ne compte tout de même pas l'accabler de sa bonne santé ? Le tête à tête à la maison semble menacé, or nul n'a le droit d'y prendre part. Qui pourrait mieux que la mère maintenir l'ordre et la sécurité, garantir la paix entre leurs quatre murs ? Erika aspire de toutes ses fibres à son doux fauteuil de télévision derrière une porte bien verrouillée. Elle a sa place attitrée, la mère a la sienne et pose souvent ses jambes enflées en hauteur, sur un pouf persan. Le torchon brûle à la maison à cause de ce Klemmer qui ne veut pas débarrasser le plancher. Il ne compte tout de même pas s'introduire de force dans leur chez soi, non ? Erika aimerait surtout retourner dans le ventre maternel, s'y laisser bercer dans la douceur et la chaleur des eaux. Retrouver au dehors la même humidité. (P65)
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colimassoncolimasson   19 mars 2013
Non qu’il désire vraiment cette femme, au fond elle ne le tente guère, et il ne sait pas si c’est à cause de son âge ou plutôt de son absence de jeunesse. Mais il ne pense obstinément qu’à révéler en elle la chair, rien que la chair. Jusqu’ici il ne la connaissait que dans une seule fonction : en tant que professeur. A partir d’aujourd’hui, il fera sortir d’elle l’autre fonction et verra s’il peut en faire quelque chose : en tant que maîtresse. […] Ces couches de convictions à la mode ou parfois vieux jeu si soigneusement superposées, ces housses et pelures dont seule une volonté incertaine assure la cohésion, cette mascarade bigarrée de peaux et d’oripeaux qui adhèrent à elle, il est bien décidé à les lui arracher ! […] Lui, Klemmer, ne veut pas tant posséder Erika que déballer enfin ce paquet d’os et de peau savamment apprêté au moyen d’un assemblage d’étoffes et de couleurs ! Le papier, il le froissera en boule et le jettera. Cette femme si longtemps inaccessible, avec ses jupes et écharpes colorées, Klemmer veut se la rendre praticable avant qu’elle n’entre en décomposition.
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colimassoncolimasson   10 février 2013
La dame ne cesse de fourgonner à travers toute la voiture et de déloger les gens, l’œil aux aguets, traquant la rue jusque sous leurs sièges. C’est le genre féroce excursionniste qui a pour habitude, au cours de promenades sur les chemins forestiers, de titiller d’innocentes fourmilières à l’aide d’une mince badine, arrachant les fourmis à leur vie contemplative. C’est elle qui pousse les animaux effarouchés à cracher leur acide. Elle est de ces gens qui retournent chaque pierre par principe, ne s’y cacherait-il pas quelque serpent ? Cette dame ratisse sûrement chaque clairière, aussi petite soit-elle, à la recherche de baies et de champignons. Drôles de gens. Ils ne peuvent s’empêcher de pressurer une œuvre d’art, jusqu’à ce qu’elle leur livre une ultime goutte qu’ils distillent à la ronde d’une voix claironnante. Dans le parc, avant de s’asseoir, ils essuient le banc avec un mouchoir. Au restaurant, ils redonnent un petit coup aux couverts avec leur serviette. Ils passent au peigne fin le costume d’un proche, en quête de cheveux, de lettres ou de taches de graisse.
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colimassoncolimasson   06 février 2013
ELLE enfonce ses instruments à cordes et à vent et ses lourdes partitions dans le dos ou la façade des gens. Droit dans le flanc de ces gros lards sur lesquels ses armes rebondissent comme des balles en caoutchouc. Parfois, si le cœur lui en dit, faisant passer dans une seule main serviette et instrument, elle enfonce sournoisement l’autre poing sous des manteaux d’hiver, des capes ou des lodens inconnus. Elle profane le costume national autrichien dont les butons en corne de cerf lui adressent un sourire racoleur. A la façon d’un kamikaze elle utilise son propre corps comme une arme, puis avec l’extrémité de son instrument, du violon ou de l’alto plus lourd, se reprend à cogner dans ces gens qui rentrent tout poisseux du travail. Quand le tram est bien plein, vers six heures, on peut en blesser du monde rien qu’avec de grands gestes.
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colimassoncolimasson   24 février 2013
La femme tressaute, pour ne pas offrir une cible trop facile. Elle a les yeux fermés, la tête renversée. Lorsque les yeux ne sont pas fermés, ils se révulsent éventuellement. Ils regardent rarement l’homme ; et celui-ci est dans l’obligation de s’échiner d’autant plus qu’il ne peut pas compter sur ses propres mimiques pour améliorer son score final et marquer des points. A la femme le plaisir cache l’homme. L’arbre lui cache la forêt. Elle ne regarde qu’en elle-même. L’homme, mécanicien qualifié, travaille sur la voiture-épave, travaille la femme, pièce à usiner. En général on travaille plus dans les films pornos que dans les films sur le monde du travail.
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