AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Yasmin Hoffmann (Traducteur)Maryvonne Litaize (Traducteur)
ISBN : 2020508729
Éditeur : Seuil (28/02/2002)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 123 notes)
Résumé :
Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime bien rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano au conservatoire de Vienne le lui permettent, elle se plaît à fréquenter les cinémas pornos, les peepshows et les fourrés du Prater. Et quand un de ses étudiants tombe amoureux d'elle, Erika Kohut ne sait lui offrir en échange qu'un scénario éculé, propre à redorer la vieille relation du maître et de l'esclave.... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  09 janvier 2014
Ramassée sur elle-même comme un poing prêt à s'écraser sur la figure du lecteur, l'écriture d'Elfriede Jelinek, auteur autrichienne ayant reçu le Nobel de littérature il y a dix ans, est féroce et violente jusqu'à la haine. Dire qu'elle est « sans concession » serait en-dessous de la vérité, elle est la dissection crue et sanglante d'une société qui n'offre aucun espoir d'épanouissement à ses protagonistes. Cette écriture compacte, froide et coupante comme un silex, ne ménage aucune respiration au lecteur qui malgré le glauque de la narration se trouve hypnotisé jusqu'à descendre au fond du tourbillon des illusions en même temps que Walter, Erika et « la mère ».
Mais qui sont Walter, Erika et « la mère » ?
Erika est « l'enfant chérie » de « la mère ». Elle est à peine une personne, elle est d'abord un pion, le jouet des ambitions de « la mère » vouées à avorter, à se briser contre les rochers de la réalité. Erika est la meilleure, c'est une artiste. Elle a été éduquée dans un seul but : être l'Unique, la seule, la talentueuse, la planche de salut et le pilier de l'économie ménagère du couple incestueux qu'elle forme avec « la mère ». Telle la musique, tel l'art, Erika ne partage pas la sphère du commun des mortels, elle plane très au-dessus. En tout cas, « la mère » et elle en sont convaincues.
Erika a presque quarante ans et dans la Vienne du début des années 80, elle est professeur de piano, employée par un Etat qu'elle méprise, enseignant SON art à des étudiants qu'elle méprise, prenant les transports en commun avec des contemporains qu'elle méprise ; la seule personne qu'elle ne méprise pas, c'est elle car elle est convaincue de sa supériorité. Enfin, pour l'instant, à l'heure où débute ce roman dérangeant qui perce le huis-clos de son existence et nous en dévoile des facettes obscènes, elle ne se méprise pas encore. Quant à « la mère », elle la méprise aussi tout en étant incapable de s'en éloigner car « la mère » est pour elle la source du seul plaisir qu'elle a dans la vie : le confort domestique. Une fois incarcérée entre les murs de leur appartement, Erika est tellement bien devant sa télé qu'elle ne veut rien changer. Alors, quand Walter, l'un de ses étudiants, amouraché et persévérant, entreprend de violer le saint des saints et de s'introduire dans sa vie puis dans son appartement, son « équilibre » bascule et Erika entrevoit, impuissante, cette situation comme la seule opportunité qui se présentera à elle d'assouvir ses illusions fantasques, mélange d'érotisme, de violence, de passion et d'humiliation, en un mot : le sado-masochisme.
Ce texte court est assez fascinant car il attire et révulse à la fois. Jelinek, dans son souci constant d'emprisonner la société sous une loupe, offre un spectacle répugnant mais son écriture est tellement impactante qu'elle englue le lecteur. Roman noir s'il en est, « La pianiste » fouille de manière chirurgicale la psychologie trouble de personnages qui semblent étrangers à notre propre réalité mais est-ce vraiment le cas ou bien est-ce que dans l'immeuble qui jouxte le nôtre vivraient des êtres aux aspirations inavouables ?
Je peux comprendre qu'on n'accroche pas à ce type de littérature mais personnellement j'ai été heureuse de le découvrir, ne serait-ce, au-delà du thème, que pour la plume exceptionnelle de l'auteur. Je tiens d'ailleurs à tirer mon chapeau aux deux traducteurs, Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize !

Challenge NOBEL 2013 – 2014
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          421
LydiaB
  14 juillet 2012


Inutile de revenir sur l'histoire, la quatrième de couverture résumant très bien les faits. La Pianiste est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains et à ne surtout pas lire si on est dans une période sombre. Ce roman est très fort, prenant, d'une écriture dense. On a droit à tout : violence morale, physique, amour incestueux, dépravé... La mère castratrice engendre une certaine perversité chez Erika qui en arrive à s'auto-mutiler et à accepter une sexualité sado-masochiste. Enfin, l'accepte-t-elle vraiment ? Rien n'est moins sûr. Et au final, elle revient quand même dans les jupes de sa mère alors qu'on l'en pensait libérée, sevrée.
À qui la faute ? On peut se poser la question. À cette figure maternelle qui fait tout pour que sa fille réussisse, quitte à en devenir tyrannique et malsaine en développant une relation ambiguë, ou à Erika qui aurait peut-être hérité d'une tare génétique paternelle (le père ayant fini ses jours dans un centre psychiatrique) ?

Et au milieu de tout ça, la musique. Mais que vient-elle faire là ? Est-ce juste pour nous montrer le métier d'Erika ? Après recherches, je me suis rendue compte que Schubert revenait fréquemment dans le roman et était associé à ce jeune élève, Klemmer, dont elle tombe amoureuse et avec qui elle va se livrer au jeu dangereux du maître et de l'esclave. Schubert... grand musicien, certes, mais homme avant tout. Celui-ci avait contracté la syphilis, certainement avec des prostituées... Or, on ne connaît que peu de choses sur la vie privée de celui-ci, un peu comme Erika qui cache sa vie dépravée à sa mère... Peut-être y a-t-il un lien ? En tous les cas, c'est à creuser : Douceur et succès d'un côté dans la musique classique face à la tristesse et à la pauvreté d'une vie privée engageant à faire de tels actes ?

Bref, ce texte est un véritable chef-d'oeuvre d'une noirceur absolue.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          402
Woland
  08 octobre 2008
Die Klavierspielerin
Traduction : Y. Hoffmann & M. Litaize
Livre sulfureux, hérissé de tessons de bouteilles et de lames de rasoir que l'héroïne verse, pilés, dans la poche d'une rivale ou utilise pour s'auto-mutiler, « La Pianiste » est un roman d'une noirceur rare que je recommande personnellement d'offrir à tout parent castrateur, qu'il soit de sexe féminin ou masculin. L'idéal serait bien sûr de les contraindre à le lire jusqu'au bout ...

L'argument de base est le suivant : une mère castratrice, que Jelinek ne désigne jamais autrement que sous le terme générique de « la mère," vampirise sa fille depuis sa naissance. Elle lui a volé sa jeunesse, lui a imposé ses ambitions personnelles qui rêvaient d'un rejeton virtuose et, après l'échec d'Erika dans une carrière de pianiste internationale, l'a orientée vers le professorat. Avec cette redoutable mère, pas de promiscuité déplacée avec les autres enfants et, l'âge venu, pas d'amourettes non plus - encore moins de rapports sexuels ! ... D'ailleurs, tous les soirs, c'est dans l'ancien lit conjugal qu'Erika Kohut monte docilement s'endormir auprès de sa maman …
A trente-six ans, Erika est une refoulée, une frustrée, une malheureuse aussi qui, sous des dehors d'une pondération et d'une sécheresse remarquables, dissimule une folie croissante – son père est depuis longtemps dans une maison de retraite pour malades mentaux et une ou deux fois, Jelinek sous-entend que son mariage avec la mère n'a pas arrangé les choses.
Tourmentée par le démon du sexe – car, pour elle, le sexe n'est qu'un démon – elle n'a pour exutoires que les peep-shows viennois ou encore les parcs bien sombres où s'ébattent les prostituées et leurs clients. de temps à autre, pour faire bonne mesure, elle s'enferme chez elle quand la mère dort et se plante des lames de rasoir et des aiguilles dans la peau, voire sur les muqueuses. Et elle attend l'Amour – un amour qui la rouera de coups et l'humiliera, qui l'abandonnera pendant des heures enchaînée et bâillonnée après l'avoir copieusement insultée et humiliée …
Justement, l'un de ses jeunes élèves, Walter Klemmer, s'est mis en tête de la séduire. Un peu fat comme nombre d'hommes, il pense même, selon la formule consacrée, lui "révéler" l'amour. Mais les événements ne prendront pas hélas ! le tour que souhaite Erika. Naïve et sans expérience, elle s'est trompée d'amant et comme c'était sa dernière chance …
La prose est rageuse, heurtée, noircie et renoircie à plaisir. Les dialogues sont inexistants. Par ci, par là, surtout sur la fin, Erika et Walter laissent échapper des phrases mais c'est Jelinek, le lecteur l'entend presque, qui parle ainsi à la première personne et non ses personnages. A chaque ligne, la haine et la rancoeur explosent. Contre la mère de l'auteur, contre la société autrichienne, contre les faux-semblants viennois. Seule, la musique s'en sort relativement bien – à l'exception de Mozart que ni Erika, ni Walter n'apprécie.
Sans vouloir être « vieux jeu », je ne pense pas que ce livre soit à mettre entre des mains trop jeunes ou trop inexpérimentées. Il faut en effet avoir atteint un certain degré d'expérience et de libération personnelles pour admettre que les sentiments castrateurs d'un père ou d'une mère trouvent leur source dans la sexualité. Jelinek le proclame sans ambages dans une scène étouffante où Erika, après avoir "trahi" sa mère avec Walter, la rejoint dans le fameux lit et la couvre de baisers dans un corps à corps ambigu. Et Jelinek voit juste même si elle révolte le lecteur moyen, celui qui n'a pas eu de mère ou de père abusifs.
"La Pianiste" est un texte relativement court (250 pages dans la collection "Points") mais singulièrement dense. J'ajouterai qu'il est rare de voir une femme s'exprimer et écrire aussi brutalement. Ceci dit, l'émotion et l'ironie - une ironie féroce et sanglante - sont loin d'être absentes de cette oeuvre qui contribua à faire attribuer le Prix Nobel de Littérature 2004 à Elfriede Jelinek.
Un peu plus sur Jelinek :
http://www.linternaute.com/sortir/auteurs/laureats-prix-litteraires-2004/jelinek.shtml
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
colimasson
  03 février 2013
On ne se lance pas dans la lecture de la Pianiste avec la confiance béate du lecteur qui attend de l'écrivain une connivence partagée –une sorte d'attention presque filiale. Et pour cause, Elfriede Jelinek ne peut visiblement pas supporter les dominations familiales, qu'elle s'évertue à détruire avec une rage insensée dès les premières lignes de son livre –avant qu'on ne se rende compte que, plus vraisemblablement, elle ne rejette pas uniquement les liens familiaux mais toutes les chaînes qui cadenassent les individus dans des relations où chacun y perd de sa « liberté ».

Elfriede Jelinek elle-même se défend de ces dépendances jusqu'à maintenir très loin d'elle ses personnages. Elle les repousse d'une façon subtile, en les réduisant à l'état d'objets manipulés par des forces qu'ils ne contrôlent pas. le procédé vire parfois à l'acharnement. Elfriede Jelinek cherche à se défendre tant et si bien que sa propre vulnérabilité semble elle-même sans borne, à l'instar de ses personnages. Elfriede Jelinek, terrorisée, n'aurait-elle pas trouvé d'autre moyen que de les brutaliser et de les malmener jusqu'au ridicule pour se préserver du phénomène pourtant inévitable qui se met en place à chaque nouvelle relation : la dépendance, en degrés et en nature divers ? Si on veut aller plus loin, on peut se demander quelles intentions sont à l'oeuvre derrière cette volonté frénétique. On discernerait alors un individualisme forcené qui cherche à tout prix à préserver une identité considérée comme absolue en soi mais dégénérée par les influences extérieures. C'est curieux, car Elfriede Jelinek ne s'interroge jamais sur les caractéristiques de cette identité pure. Que serait Erika si elle n'était pas retenue par les chaînes que lui impose sa mère ? Elle se permettrait des audaces vestimentaires qui exacerberaient sa féminité et ne serait peut-être plus obligée de canaliser sa sexualité dans des peep-shows tristement dépeints, mais serait-ce là l'expression de sa véritable volonté ? Comment être sûr que le moindre acte accompli ne l'est pas en vigueur d'une instance extérieure à soi-même ?

« Avant-goût de la chaleur et du confort douillet qui les attend dans le salon. Dont personne n'a fait échapper la chaleur. Peut-être arriveront-elles même à temps pour le film de minuit à la télévision. […] Erika aspire de toutes ses fibres à son doux fauteuil de télévision derrière une porte bien verrouillée. Elle a sa place attitrée, la mère a la sienne et pose souvent ses jambes enflées en hauteur, sur un pouf persan. […] Erika aimerait surtout retourner dans le ventre maternel, s'y laisser bercer dans la douceur et la chaleur des eaux. »

Elfriede Jelinek est agaçante car ses réflexions sont simplistes. Les grossièretés réductrices s'accumulent, surtout au cours des premières pages, comme si, après avoir annihilé tous les liens avec ses personnages en manquant au respect de leur dignité, Elfriede Jelinek cherchait à détruire jusqu'aux liens qui auraient pu l'unir avec son lecteur. Chaque phrase semble une épreuve de patience qu'elle inflige au lecteur devant ses poses superficiellement provocatrices. Avec une rage qui susciterait presque notre pitié pour cette pauvre fille aussi dégoûtée que son personnage Erika, Elfriede Jelinek s'attaque d'abord à la figure maternelle, puis à la culture et à ses apprentissages paradoxalement barbares, ensuite à la monotonie de la vie urbaine avant de terminer par un massacre du sentiment amoureux. Rien ne trouve grâce aux yeux de Jelinek. Et nous l'observons dynamiter le paysage qui l'entoure avec le regard imperturbable du spectateur extérieur. La mise à distance a si royalement fonctionné que le lecteur ne s'émeut plus de rien. Tout est moche, gris et déprimant, mais telles sont les impressions ressenties par Erika/Jelinek, et elles ne parviennent jamais à se propager jusqu'au lecteur qui observe tout cela dans un mélange d'ennui, de pitié et d'amusement.

« En allant à l'école, Erika voit partout de façon quasi obsessionnelle le dépérissement des êtres humains et des victuailles, elle ne voit que rarement croissance et prospérité. »

Ainsi, ce n'est pas le thème de la Pianiste qui provoque une certaine forme de rejet mais l'écriture chiquée d'Elfriede Jelinek. Dans la préface du livre, Yasmin Hoffmann justifie ainsi ce ton :

« L'on sait depuis Nietzsche que le rire est bien plus assassin que la colère, aussi Elfriede Jelinek assassine-t-elle les mots avec les mots. Elle les défigure, les retaille, les décompose pour les recomposer dans un sens inconnu mais toujours compréhensible, car son projet n'est pas seulement d'ordre formaliste : l'enveloppe subsiste, mais rendue transparente par la manipulation, afin que l'on perçoive tout ce qui peut se nicher dans un discours sur la famille, l'éducation, la langue, et par là même empêcher le lecteur de s'identifier et maintient une distance entre le texte et le lecteur dont elle interpelle l'esprit critique, et qu'elle invite à condenser ce qu'elle a déplacé. »

L'adhésion ou non à la lecture de la Pianiste résulte peut-être d'une subtile alchimie : chacun appréciera à sa manière la distance dont fait preuve Elfriede Jelinek. Si celle-ci convient au lecteur, alors peut-être pourra-t-on se sentir impliqué dans les évènements qui constituent la substance de ce livre. Quoiqu'il en soit, il est certain qu'Elfriede Jelinek n'est pas un écrivain anodin, en témoigne l'évolution du regard que j'ai pu porter sur son histoire au cours de ma lecture : alors que je la trouvais simplement misérable et ridicule dans les premières pages du livre, mon intérêt n'a cessé de s'accroître par la suite en raison des différents niveaux allégoriques qu'elle déployait. Reste simplement que les fréquences d'émission de Jelinek n'ont pas trouvé réception en moi. Elfriede Jelinek a accompli sa mission : nous ne deviendrons pas dépendantes l'une de l'autre dans une de ces énièmes relations aliénantes –dont la relation écrivain-lecteur fait bien évidemment partie.
Lien : http://colimasson.over-blog...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
mimipinson
  12 février 2011
A sa sortie, j'avais vu le film ; je l'avais trouvé dérangeant, dur, mais joué à la perfection.
Je ressors de cette lecture un peu groggy. En effet, tout est dense et implacable dans cet ouvrage. Voici un roman, composé de deux parties à peine identifiées, sans aucun chapitre, et dont le contenu de chaque partie est à peine aéré. La densité du texte rend le contenu encore plus lourd. Je ressens comme un essoufflement à la lecture, car on ne sait pas où s'arrêter, bien qu'il faille s'arrêter, tellement c'est difficile. Ce livre ne se lit pas d'une traite, il nécessite que l'on prenne son temps.
Bien que la trame de l'histoire ne se situe pas en huis clos, l'impression qui se dégage est celle d'un enfermement, un enferment psychologique des personnages, et notamment les deux protagonistes féminins.
Erika est professeur de piano au conservatoire de musique de Vienne. Elle a 36 ans, et vit (encore) chez sa mère….et dès les premières lignes, on imagine quel sera le psychisme de l'enfant, comme se plait à l'appeler sa mère. Cette mère qui est tyrannique, culpabilisante, infantilisante, abaissante, jalouse de sa fille, qui n'a jamais fait de place au père, et qui formera avec Erika un couple assez glauque.
Erika, en effet, partage avec sa mère le lit conjugale, et est installée dans une relation de dépendance à sa mère, qui lui rappelle constamment les sacrifices consentis pour elle, afin qu'elle se consacre à son art : la musique.
« le métier d'Erika, la passion d'Erika ne font qu'un : c'est la musique, puissance céleste. »
« Souvent la mère est prise d'inquiétude, car tout possédant doit apprendre d'abord, et il l'apprend dans la douleur, que la confiance c'est bien, mais le contrôle c'est mieux. »
«Chez Erika, tout ce qui peut être fermé est fermé. »
Erika a reçu une éducation rigide, autoritaire, dénuée de toute image et repères masculins, l'homme ayant été diabolisé par la mère. Et, c'est là son drame. Il y a un fossé abyssal entre l'image policée, rigide, cassante, et lisse qu'elle donne lorsqu'elle enseigne « Madame le professeur », et celle dépravée, dévergondée, et névrosée lorsqu'elle sort du conservatoire pour aller dans les peepshow, et jouer les voyeuses dans les parcs un peu chauds de la ville de Vienne.
« Mais Erika ne veut pas passer à l'acte, elle veut simplement regarder. »
De cette absence de repère masculin, Erika sera incapable d'aimer, elle qui de par l'éducation maternelle est incapable de s'aimer. Sa relation aux hommes parait bien compromise.
« Erika ne sent rien et n'a jamais rien senti. Elle est aussi insensible que du carton goudronné sous la pluie. »
Alors quand un élève, plus jeune qu'elle s'en éprendra, la relation qu'ils entretiendront ne pourra qu'être esclavagiste, perverse et violente.
Bien que l'histoire soit nettement portée sur la sexualité é et ses déviances, et que l'auteur soit claire à ce sujet, la sémantique reste dans l'ordre de l'acceptable. L'auteur épargne à son lecteur, par un style impeccable, la vulgarité et ne dédaigne pas user ici ou là d'un humour assez caustique.
Ces deux femmes, pour des raisons qui finalement se rejoignent m'inspirent de la tristesse. Elles sont plus à plaindre qu'à blâmer, même la mère, dont on ne sait explicitement pas grand-chose sur son passé, mais que l'on n'imagine pas très épanouissant.

Lien : http://leblogdemimipinson.bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   14 juillet 2012
Aujourd'hui, un jeune homme sorti d'on ne sait où prend la place de cette mère qui a pourtant fait ses preuves et qui, froissée et délaissée, se voit reléguée à l'arrière-garde. Les courroies de transmission mère-fille se tendent, tirant Erika en arrière. Quel supplice de savoir sa mère obligée de marcher toute seule derrière. Qu'elle l'ait proposé d'elle-même n'arrange rien, bien au contraire. Si M. Klemmer n'était pas en apparence indispensable, Erika pourrait marcher tranquillement à côté de sa génitrice. Ensemble elles pourraient ruminer ce qu'elles viennent de vivre, tout en se repaissant peut-être de quelques bonbons. Avant-goût de la chaleur et du confort douillet qui les attend dans leur salon. Dont personne n'a fait échapper la chaleur. Peut-être arriveront-elles même à temps pour le film de minuit à la télévision. Quel merveilleux final pour une journée si musicale ! Et cet élève qui la serre de plus en plus ! Il ne peut donc pas garder ses distances ? C'est gênant de sentir près de soi un corps chaud bouillonnant de jeunesse. Ce jeune homme semble si redoutablement intact et léger au contact qu'Erika est prise de panique. Il ne compte tout de même pas l'accabler de sa bonne santé ? Le tête à tête à la maison semble menacé, or nul n'a le droit d'y prendre part. Qui pourrait mieux que la mère maintenir l'ordre et la sécurité, garantir la paix entre leurs quatre murs ? Erika aspire de toutes ses fibres à son doux fauteuil de télévision derrière une porte bien verrouillée. Elle a sa place attitrée, la mère a la sienne et pose souvent ses jambes enflées en hauteur, sur un pouf persan. Le torchon brûle à la maison à cause de ce Klemmer qui ne veut pas débarrasser le plancher. Il ne compte tout de même pas s'introduire de force dans leur chez soi, non ? Erika aimerait surtout retourner dans le ventre maternel, s'y laisser bercer dans la douceur et la chaleur des eaux. Retrouver au dehors la même humidité. (P65)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
colimassoncolimasson   19 mars 2013
Non qu’il désire vraiment cette femme, au fond elle ne le tente guère, et il ne sait pas si c’est à cause de son âge ou plutôt de son absence de jeunesse. Mais il ne pense obstinément qu’à révéler en elle la chair, rien que la chair. Jusqu’ici il ne la connaissait que dans une seule fonction : en tant que professeur. A partir d’aujourd’hui, il fera sortir d’elle l’autre fonction et verra s’il peut en faire quelque chose : en tant que maîtresse. […] Ces couches de convictions à la mode ou parfois vieux jeu si soigneusement superposées, ces housses et pelures dont seule une volonté incertaine assure la cohésion, cette mascarade bigarrée de peaux et d’oripeaux qui adhèrent à elle, il est bien décidé à les lui arracher ! […] Lui, Klemmer, ne veut pas tant posséder Erika que déballer enfin ce paquet d’os et de peau savamment apprêté au moyen d’un assemblage d’étoffes et de couleurs ! Le papier, il le froissera en boule et le jettera. Cette femme si longtemps inaccessible, avec ses jupes et écharpes colorées, Klemmer veut se la rendre praticable avant qu’elle n’entre en décomposition.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
colimassoncolimasson   10 février 2013
La dame ne cesse de fourgonner à travers toute la voiture et de déloger les gens, l’œil aux aguets, traquant la rue jusque sous leurs sièges. C’est le genre féroce excursionniste qui a pour habitude, au cours de promenades sur les chemins forestiers, de titiller d’innocentes fourmilières à l’aide d’une mince badine, arrachant les fourmis à leur vie contemplative. C’est elle qui pousse les animaux effarouchés à cracher leur acide. Elle est de ces gens qui retournent chaque pierre par principe, ne s’y cacherait-il pas quelque serpent ? Cette dame ratisse sûrement chaque clairière, aussi petite soit-elle, à la recherche de baies et de champignons. Drôles de gens. Ils ne peuvent s’empêcher de pressurer une œuvre d’art, jusqu’à ce qu’elle leur livre une ultime goutte qu’ils distillent à la ronde d’une voix claironnante. Dans le parc, avant de s’asseoir, ils essuient le banc avec un mouchoir. Au restaurant, ils redonnent un petit coup aux couverts avec leur serviette. Ils passent au peigne fin le costume d’un proche, en quête de cheveux, de lettres ou de taches de graisse.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
colimassoncolimasson   06 février 2013
ELLE enfonce ses instruments à cordes et à vent et ses lourdes partitions dans le dos ou la façade des gens. Droit dans le flanc de ces gros lards sur lesquels ses armes rebondissent comme des balles en caoutchouc. Parfois, si le cœur lui en dit, faisant passer dans une seule main serviette et instrument, elle enfonce sournoisement l’autre poing sous des manteaux d’hiver, des capes ou des lodens inconnus. Elle profane le costume national autrichien dont les butons en corne de cerf lui adressent un sourire racoleur. A la façon d’un kamikaze elle utilise son propre corps comme une arme, puis avec l’extrémité de son instrument, du violon ou de l’alto plus lourd, se reprend à cogner dans ces gens qui rentrent tout poisseux du travail. Quand le tram est bien plein, vers six heures, on peut en blesser du monde rien qu’avec de grands gestes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
colimassoncolimasson   24 février 2013
La femme tressaute, pour ne pas offrir une cible trop facile. Elle a les yeux fermés, la tête renversée. Lorsque les yeux ne sont pas fermés, ils se révulsent éventuellement. Ils regardent rarement l’homme ; et celui-ci est dans l’obligation de s’échiner d’autant plus qu’il ne peut pas compter sur ses propres mimiques pour améliorer son score final et marquer des points. A la femme le plaisir cache l’homme. L’arbre lui cache la forêt. Elle ne regarde qu’en elle-même. L’homme, mécanicien qualifié, travaille sur la voiture-épave, travaille la femme, pièce à usiner. En général on travaille plus dans les films pornos que dans les films sur le monde du travail.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Videos de Elfriede Jelinek (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Elfriede Jelinek
Vidéo de Elfriede Jelinek
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
autres livres classés : littérature autrichienneVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

auteurs allemands ou autrichiens

D'abord un des phares de la littérature européenne : Johann Wolfgang von Goethe

allemand
autrichien

12 questions
36 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , littérature allemande , littérature autrichienneCréer un quiz sur ce livre
.. ..