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ISBN : 2290144231
Éditeur : J'ai Lu (06/09/2017)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 68 notes)
Résumé :
La terre tremble si souvent sur votre monde que la civilisation y est menacée en permanence. Le pire s’est d’ailleurs déjà produit plus d’une fois : de grands cataclysmes ont détruit les plus fières cités et soumis la planète à des hivers terribles, d’interminables nuits auxquelles l’humanité n’a survécu que de justesse. Les gens comme vous, les orogènes, qui possédez le talent de dompter volcans et séismes, devraient être vénérés. Mais c’est tout l’inverse. Vous de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Igguk
  20 février 2018
J'arrive un peu après la fête, comme souvent, mais N.K. Jemisin a tout balayé avec sa dernière trilogie en date. Les livres de la terre fracturée ont raflé déjà deux prestigieux prix Hugo pour ses deux premiers tomes, et on verra bien cet été si elle se fait le trio gagnant. Nous allons parler ici du premier de ces romans, La cinquième saison, parce qu'il faut bien commencer au début.
La terre fracturée en question est le monde qui nous est présenté : le Fixe, un continent unique qui subit régulièrement des cataclysmes (séismes, volcans, tsunamis, etc…) qui rendent la survie des femmes et des hommes très hasardeuse. Ces cataclysmes parfois très longs sont des « saisons », la population s'est organisée à la bourrin pour maximiser ses chance de survie, dans un style Mad Max où l'humanisme est devenu la dernière roue du carrosse. Au milieu de tout ça, on apprend l'existence d'orogènes, des personnes qui ont le pouvoir de communier avec les forces de la terre et de les contrôler dans une certaine mesure, mais ils doivent apprendre à maitriser leur pouvoir sinon ils risquent d'empirer les choses. le roman suivra trois de ces orogènes en alternant leurs points de vue.
Essun découvre un jour que son mari à défoncé la tête de leur fils et s'est barré en enlevant leur fille. Bien sûr, elle va partir à la poursuite du salaud et traverser les terres désolées dans sa quête, rencontrant quelques personnages qui vont se joindre à elle. Damaya est une petite fille qui vient de découvrir ses pouvoirs d'orogène, et elle va être confiée au « Fulcrum » sous la responsabilité d'un gardien, c'est dans cette école qu'elle apprendra à maitriser ses pouvoirs dans une ambiance pas vraiment « Harry Potter ». Syénite, elle, a déjà fini sa formation et a grimpé quatre échelons (anneaux) sur les dix qui constituent la hiérarchie du Fulcrum. Elle va être confiée à Albâtre, le seul dix anneaux qui existe, pour accomplir une mission dans la ville d'Alya mais aussi pour fabriquer un bébé ensemble, parce que… Parce qu'ils doivent baiser, ce sont les ordres, merde…
L'autrice a eu la très bonne idée de faire ce qui ressemble à un univers post-apocalyptique fantasy, mais avec une légère nuance. On n'est pas « après » l'apocalypse, mais entre deux apocalypses, donc la population serre les fesses bien comme il faut. Il y a beaucoup d'éléments de background qui vont nous être révélés au fur et à mesure, ils vont nous éclairer sur plein de petites choses qui font la richesse de cet univers. Je pense que c'est surtout ce world-building original et profond qui fait le succès de la cinquième saison. Cette trilogie fait quasiment l'unanimité ! En parcourant la blogosphère francophone je n'ai pas trouvé une seule critique négative, seulement un lecteur sur Babélio qui n'a pas apprécié. Une fois n'est pas coutume ou presque, je vais me joindre à la résistance et vous l'avouer directement, j'ai détesté ce bouquin.
Il y a tout d'abord un paramètre très personnel à mettre en avant : J'en ai déjà parlé mais j'aime les lectures fun, qui me font sourire, m'émeuvent dans un sens positif, me foutent la patate, me font rire, m'attachent à leurs personnages. Ici, Jemisin fait tout le contraire. Elle nous décrit un monde dur, cruel, froid à l'excès. Elle y va vraiment à fond dans le glauque la madame, torture, meurtre et maltraitance d'enfants, sexe instrumentalisé, castes arbitraires, survie du plus utile, etc… C'est du post-apo cruel, inhumain, qui va à fond dans la violence et le choc du lecteur sans proposer de contre-partie humaniste, d'espoir suffisant. On est dans un monde froidement pragmatique qui écrase les personnages en même temps que la joie de vivre du lecteur. Je n'aime pas ça du tout. Amis dépressifs, fuyez loin, très très loin de cette trilogie.
Au-delà de cet aspect purement subjectif, ou à cause de lui, je n'ai jamais eu d'empathie pour aucun des personnages. Leurs cheminements, leurs raisonnements, rien ne marchaient vraiment, j'avais du mal à les suivre. Quoique si en fait, au début ça marche extrêmement bien, Essun qui découvre son enfant mort, Damaya qui part avec son gardien pour le Fulcrum, on connecte, on est curieux. Mais comme le roman est une descente constante dans le monde merveilleux de la dépression, j'avais envie de me tirer une balle dès que j'allais promener avec mes écouteurs (oui, j'ai écouté la version audio VO, lue par Robin Miles qui fait du très bon boulot). Il y a des scènes qui font vraiment « too much », où ça va clairement trop loin dans la cruauté pour moi. La découverte du gosse sur sa chaise dans le Node a failli me faire arrêter directement, mais les protagonistes sont plus ou moins résignés, « life is a bitch », tout ça.
Mais je ne mets pas tout sur le dos de l'ambiance glauque, il y a quelques trucs que j'ai trouvé réellement maladroits. On nous présente les orogènes enfants comme des bombes à retardement, un peu comme les X-Men qui découvrent leur mutation à l'adolescence et qui font tout péter. Et quelle est la méthode super-intelligente du Fulcrum pour gérer ces enfants ? Mais la torture et la maltraitance psychologique bien sûr ! Pour apprendre à un enfant à maitriser ses émotions, pétez-lui un poignet, c'est la réussite assurée ! Ensuite vous pouvez les foutre dans une école et entretenir une ambiance conflictuelle entre tous les élèves, pour qu'ils subissent quelques traumatismes, ça va améliorer leur paix intérieure, c'est sûr !
Dans l'ensemble, il y a une froideur qui rend le tout très inhumain, j'ai déconnecté des personnages certes, mais en plus il ne se passe pas grand chose. On se rend compte au fil de la lecture que les personnages ne sont que des canaux pour balancer 500 pages d'explications sur son univers au lecteur. C'est même assez confus puisque le roman a un appendice pour aider les gens paumés, et bien évidemment dans la version audio c'est un PDF livré à part qu'on doit consulter, super, merci, très pratique. On nous explique beaucoup, on nous décrypte, on nous montre, mais les personnages ne « vivent » pas énormément de péripéties. Ils voient, ils entendent, ils expliquent, ils témoignent du quotidien de ce monde mais du coup j'ai eu cette impression d'exposition permanente et je me suis emmerdé. C'est le syndrome du train-fantôme qui revient. le roman essaye maladroitement d'atteindre mon cerveau avec son world-building fouillé, et essaye encore plus maladroitement d'atteindre mon coeur avec ses drames et sa cruauté révoltante, il a échoué dans les deux cas.
Pour ces quelques raisons (et d'autres mais on va pas y passer la semaine), certaines très subjectives, certaines moins, la lecture de la cinquième saison a été pénible pour moi. Je n'aime pas vraiment me rouler dans la cruauté, j'aime lire pour vivre de la joie, de l'excitation ou du frisson. Si je veux déprimer j'allume le JT, merci (sauf que je le fais jamais). Petite suggestion, ça dit à personne de faire un post-apo « positif », où les gens s'entraident, sont humains ? Non parce que la plupart des gens sont sympas dans la vraie vie hein, faut pas croire…
Lien : http://ours-inculte.fr/la-ci..
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Lutin82
  26 septembre 2017
L'histoire se déroule sur un continent unique, le Fixe. Quelques éléments disséminés ici et là, n'écartent pas la piste de la Terre, mais rien n'est moins sûr… En effet, le Fixe connaît une activité sismique et volcanique très importante, la tectonique des plaques travaille la planète dans ses tréfonds engendrant raz de marée, tsunamis, tremblements de terre, explosions des volcans. Pourtant, la vie existe. Hélas, le terrible Dieu local, le Père Terre est régulièrement d'humeur massacrante, et déclenche une Cinquième Saison : un hiver apocalyptique.
Malgré les forces dévastatrices à l'oeuvre les humains survivent d'épreuve en épreuve (ils sont coriaces ces bougres!). Proches de l'éradication lors des épisodes les plus durables, ils survivent en se regroupant en comm (pour communauté).
Les seules structures centralisées et continentales sont des lieux de savoir ou de maîtrise technique telle la 7° Université ou le Fulcrum . Ces deux centres accueillent des étudiants afin de les former. Si l'université a un périmètre classique, ce n'est pas le cas du Fulcrum.
I
l existe une catégorie méprisée, tenue à l'écart, et souvent tuée en bas-âge : les orogénes. Leur tort : ils vivent en symbiose avec la terre.
Ce système de magie, à défaut de meilleur terme, est tout à fait original et captivant.
Les orogénes ressentent secousses, mouvements de terrain et points chauds. Rien d'extraordinaire en cela; non seulement ils y sont sensibles mais ils possèdent la capacité de puiser cette énergie pour la transformer. Quand un orogène adulte maîtrise son talent si particulier, il peut l'utiliser pour atténuer voire gommer des secousses, ou geler le carreau d'une arbalète; après tout, ce n'est qu'une transformation de l'énergie par la voie calorique…
L'enfance est bruit, joie et chamaillerie. Une période pour se découvrir. Un jeu un peu brutal, une raillerie ou une contrariété peut révéler un don caché, et mettre au ban de la comm les enfants ainsi découverts. Dans le meilleur des cas, ils sont recueillis par le Fulcrum, dans le pire abattus sur place. Cette institution ne ressemble pas à un internat ou un orphelinat, le camp de redressement s'apparente davantage à la vie millimétrée et calibrée des élevés orogénes.
Ces artificiers de la terre ne sont pas les seuls possédant des aptitudes particulières. Ils sont encadrés par des Gardiens dotés d'un champ de nullité. Leur affectation à leurs pupilles s'opère dès le « recrutement » et pour la vie. Ils exercent un contrôle sur eux dès cet instant, et cette emprise tient à la fois de la manipulation que de la maltraitance psychologique (et physique).
L'auteur nous propose de suivre la vie de divers personnages. Une enfant, deux femmes, et un homme, pour l'essentiel. C'est surtout l'occasion de brosser les conditions de vie à différents stades et dans différentes conditions de l'orogéinité. L'enfant Damaya voit son secret découvert lors d'une chamaillerie, un Gardien la « recueille », commence son apprentissage entre douceur, prévenance et cruauté, et l'escorte jusqu'au Fulcrum où elle va poursuivre sa formation.
Si cette jeune fille, douée et solitaire nous évoque d'autres figures de la littérature (Hermione, par exemple), ce n'est pas le cas de Syénite, une jeune femme, 4 anneaux (hiérarchie propre au Fulcrum) entêtée, tout aussi solitaire, avec un potentiel très intéressant.
Son caractére est affirmé et acerbe, et bien qu'elle fasse profil bas au sein de cette institution, le lecteur sent un volcan qui couve sous les cendres. Une mission d'importance lui est confiée, doublée d'une requête précise. A son grand déplaisir, un mentor supervisera sa tâche, un 10 anneaux du nom d'Albâtre, et l'étalon qui doit lui donner un enfant… La double mission ne sera pas de tout repos (et pour cause), alors que tous deux se détestent au premier regard.
La dernière femme centrale du récit est Essun « vous« , qui vivez à Tirimo avec deux enfants et un mari, dissimulant votre différence… jusqu'au jour ou votre conjoint s'en aperçoit et massacre votre fils sous vos yeux…
Le récit alterne entre ces trois personnages principaux. La procédé narratif est habile, peu courant et peut surprendre initialement. Une fois plongé dans la lecture, et s'appropriant Essun, « vous« , l'immersion est totale; l'histoire est vécue avec les entrailles, les vôtres et celle de la terre. Il est évident que les trames possèdent une résonance entre elles, et qu'elles sont destinées à se rejoindre, mais le voyage en compagnie de ces tranches de vie éclaire le cas des orogéne avec précision et compassion.
Malgré leurs défauts, leurs caprices parfois, ils sont globalement attachants, voire très attachants, bien travaillés pour avoir de la consistance. Même les personnages secondaire gardent des traits de personnalité propres qui leur permettent de ne pas se fondre dans la masse des stéréotypes habituels.
La Cinquiéme saison est un roman captivant, proposant un univers torturé et une lutte pour exister savoureuse. L'auteur nous offre un récit alliant divertissement, frissons, et fond. Un prix Hugo mérité. L'envie de lire la suite est impérieuse…
Critique plus compléte sur mon blog
Lien : https://albdoblog.com/2017/0..
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DoVerdorie
  22 septembre 2018
Oeuvre se situant entre SF et Fantasy que je ne tenterai même pas de résumer, tant l'univers décrit est « Autre », imprégné de ce « sense of wonder » qu'on ne rencontre plus que rarement dans la production SFFF récente.
Il est vrai que pénétrer (abasourdi) dans et sur La Terre fracturée a exigé un peu d'effort, or, dès que j'avais -réellement- fait connaissance avec les personnages principaux féminins de cette histoire, j'étais entraînée dans leurs récits et leurs vécus... douloureux.
Ces femmes ne possèdent pas seulement un très fort caractère (caractères que je ne développe pas parce que je ne veux pas « spoiler » la vérité cachée derrière leurs personnalités)... mais également un grand pouvoir de « magie lithosphèrique », ressenti comme une menace par les habitants « normaux » de ce continent continuellement secoué par des séismes et éruptions volcaniques.
L'auteure dévoile avec talent, et très progressivement, l'histoire et les configurations sociétales directement liées à la structure géographique de ce monde minéral et... violent. Violence qui découle d'un constant mobilisme tectonique, d'une société de communautés perpétuellement en alerte et en mouvement et la politique discriminatoire d'une caste dirigeante ayant su tirer profit de légendes « historiques ».
J'ai autant apprécié ce dévoilement progressif, (assimilant ainsi plus aisément les étrangetés et comportements parfois étonnants des personnages principaux) que les thèmes abordés... la différence (si préjudiciable !), la quête de l'identité (féminin) et l'espoir de liberté... un jour... peut-être.
L'autre « force » de ce texte réside dans l'écriture, travaillée, ciselée et parfaitement maîtrisée.
Un coup de coeur pour ce Prix Hugo 2016.
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Apophis
  14 septembre 2017
Tout simplement brillant
Sur des bases qui n'ont pourtant à priori rien d'original (une science-fantasy post-apocalyptique / de la Terre mourante où une caste de « magiciens / mutants » appelés Orogènes est discriminée), N.K. Jemisin bâtit un univers et un roman exceptionnels, en terme de cohérence, de richesse ainsi que de subtilité dans la narration et le traitement des thématiques (centrées sur la discrimination, la stigmatisation, le dogmatisme, etc). L'intrigue et la découverte progressive de ce supercontinent ravagé par l'activité sismique et volcanique, qui anéantit quasiment à intervalles réguliers (les fameuses cinquièmes Saisons -en réalité des hivers « nucléaires »-) la civilisation et l'humanité, se révèlent passionnantes. Mais c'est sa narration d'une très grande qualité (dans le style, l'immersion et la structure) qui achève de faire de la Cinquième saison un vrai chef-d'oeuvre, méritant totalement son prix Hugo et à lire absolument, un alliage d'une pureté inégalable entre dépaysement et réflexion.
Retrouvez l'argumentaire complet sur mon blog.
Lien : https://lecultedapophis.word..
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Sphilaptere
  01 novembre 2018
Cinq, j'ai toujours su qu'il y en avait cinq ! La cinquième est tellurique, tourneboule la Terre, occulte le Ciel, empoisonne la Mer, renvoie tout à la case départ. Et sans toucher les 20 000 kopeks. Imaginons l'avenir lointain après quelques intermèdes cataclysmatiques.
Cinq points pour une critique j'espère pas trop à la masse (critique), pour un roman avec de bonnes qualités littéraires et une réflexion, qui m'a bien entraîné :
1 - La narration qui dit vous comme à un livre dont vous êtes le héros, mais ici le héros est trois femmes, habile construction.
2 - L'avenir rebâti sur de nouvelles bases, la société, la connaissance, les empires, un livre univers à découvrir sur le tas.
3 - Les plaques, les failles, le magma, les cheminées, les grottes, les cristaux (le sonar magique actif qui va avec), j'aurais bien aimé avoir encore plus de minéral.
4 - Les réprouvés, haïs, craints, enchaînés, et centres du livre, tout sur la peur, l'exclusion, de l'intérieur, et l'état psychologique qui va avec.
5 - Les artefacts mystérieux, les êtres étranges, encore plein de mystères pour déployer l'histoire après la fin intermédiaire de ce tome qui noue les fils.
La couverture sur Babelio dit des bêtises, c'est en 2016 que le roman a eu le prix hugo, puis en 2017 et 2018 pour boucler la trilogie. Triplé. Perplexe, je suis perplexe, c'est redondant, tant pis les autres (il n'y a rien d'autre ?), ça fait plus fantasy science-fictive que science-fiction, pas sans maladresse. Ce doit être l'air du temps, ou c'est un piège abscons, ou alors les suites écrasent tout ?
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critiques presse (1)
Elbakin.net   26 septembre 2017
Autant dire qu’il est aisé de sortir ébranlé d’une pareille lecture et que l’on peut même se demander si l’on a vraiment envie de plonger dans un tel récit.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
mcheronmcheron   09 décembre 2018
Orogénie : Capacité de manipuler les forces thermiques et cinétiques, ainsi que d’autres formes d’énergie, pour influencer les secousses sismiques
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Charybde2Charybde2   17 novembre 2017
« Je suis heureuse que vous m’ayez donné un mentor, senior.
– Non, vous ne l’êtes pas. » Toujours souriante, Feldspath sirote à son tour un peu de sain, petit doigt bagué en l’air. On dirait un concours d’étiquette privé – le plus beau sourire hypocrite remporte la mise. « Si cela peut vous consoler, sachez que nul n’en aura moins bonne opinion de vous. »
Parce que chacun saura de quoi il s’agit, en réalité. Certitude qui n’efface pas l’insulte, mais dont Syénite tire un certain réconfort. Et puis, au moins, son tout nouveau « mentor » est un dix-anneaux, ce dont elle tire également un certain réconfort : ça signifie qu’on a en effet bonne opinion d’elle. Elle triturera cette histoire au maximum pour en exprimer jusqu’à la dernière trace d’amour-propre.
« Il vient de terminer une tournée des Moyessud », reprend Feldspath d’une voix douce. La conversation n’a par essence aucune douceur, mais Syénite est sensible aux efforts de la senior. « Il devrait bénéficier d’un plus long repos avant de repartir en voyage, mais le gouverneur du quartant a insisté pour que nous nous occupions au plus vite du port d’Allia. C’est vous qui lèverez le blocage ; votre mentor se contentera de superviser les choses. Il devrait vous falloir un mois pour vous rendre là-bas sans vous presser, à condition que vous évitiez les grands détours… De toute manière, il n’y a pas urgence, puisque le problème du récif corallien n’est pas exactement nouveau. »
Sur ces mots, Feldspath a l’air réellement, quoique brièvement, agacée. Le gouverneur du quartant d’Allia a dû se montrer particulièrement pénible, à moins que ce ne soient les Dirigeants d’Allia. Depuis que Feldspath est devenue sa senior attitrée, il y a de cela des années, Syénite ne lui a jamais vu plus grise mine qu’un sourire hésitant. Elles connaissent toutes deux les règles : les orogènes du Fulcrum – les orogènes impériaux, les bêtes noires, ceux qu’il vaudrait sans doute mieux éviter de tuer, quel que soit le nom qu’on leur donne – sont censés se montrer en permanence polis et professionnels. Les orogènes du Fulcrum sont censés donner en permanence une impression d’assurance et de compétence, du moins en public. Les orogènes du Fulcrum sont censés ne jamais exprimer la moindre colère, pour ne pas mettre les fixettes mal à l’aise. Mais Feldspath ne commettrait pas l’incorrection d’utiliser un terme aussi insultant que fixettes – voilà pourquoi c’est une senior, responsable d’un certain nombre de supervisions, alors que Syénite arrondit seule ses propres angles. Si elle veut atteindre le niveau de Feldspath, il va falloir qu’elle prouve son professionnalisme. Et qu’elle se plie à quelques contraintes supplémentaires, semble-t-il.
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Charybde2Charybde2   17 novembre 2017
Les jours passent. Plusieurs jours.
Une poussée divise le rein minéral de l’intérieur. Son occupant le quitte en rampant puis s’effondre à proximité. Un autre jour passe.
La masse refroidie, coupée en deux, dévoile des entrailles tapissées de cristaux disparates, d’un blanc laiteux ou d’un vif rouge sang. Le fond des demi-géodes baigne dans un liquide pâle très fluide, quoique le sol alentour en ait absorbé l’essentiel.
Le corps que renfermait la chose gît face contre terre parmi les rochers, nu, sec, mais toujours animé des tressaillements laborieux de l’épuisement. Toutefois, il parvient peu à peu à se redresser. Chacun de ses mouvements est réfléchi et très, très lent. Il lui faut longtemps pour se lever. Une fois debout, il s’approche en titubant – lentement – de la géode, à laquelle il s’appuie pour ne pas tomber. Ainsi étayé, il se penche – lentement – et y plonge la main. Un geste d’une brusquerie inattendue : il a brisé l’extrémité d’un cristal rouge. Un petit morceau, de la taille d’un raisin peut-être, aussi aiguisé qu’un débris de verre.
L’enfant – car c’est de cela qu’il a l’air – porte ce raisin coupant à sa bouche, où il disparaît. Mastication bruyante, trop bruyante, craquements et grincements dont résonne la vallée. Quelques instants plus tard, le garçonnet déglutit. De violents frissons s’emparent de lui, et il s’entoure un instant de ses bras. Un faible gémissement lui échappe. On dirait qu’il vient de prendre conscience de sa nudité, du froid, de ce que sa nudité dans le froid a de terrible.
Un effort lui permet de se maîtriser. Il plonge à nouveau la main dans le rein minéral – ses mouvements sont plus rapides, maintenant – pour en tirer d’autres cristaux, qu’il empile au fur et à mesure sur la géode. Les gros cristaux émoussés s’effritent sous ses doigts comme du sucre, alors qu’ils sont en réalité beaucoup, beaucoup plus durs, mais l’enfant ne rencontre aucune difficulté, parce que ce n’est pas réellement un enfant.
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NausicaahNausicaah   27 septembre 2017
Oups, penser. Vous arrêtez, par prudence.
Il inspire; votre peau réverbère son horreur lorsqu'il s'approche au point de voir Uche. Fait remarquable, il ne crie pas. Il ne vous touche pas non plus, mais va se poster de l'autre côté d'Uche pour vous envelopper d'un regard attentif. Cherche-t-il à discerner ce qui se passe en vous? Rien, rien de rien.
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Charybde2Charybde2   17 novembre 2017
Mais il faut contextualiser. Reprenons la fin du point de vue du continent.
Considérons cette masse terrestre.
Une masse terrestre des plus banales. Montagnes, plateaux, gorges, deltas – rien que de très ordinaire. Banale, si on oublie sa taille et son dynamisme. Car elle s’agite beaucoup. Comme un vieillard qui remue dans son lit, elle se soulève et soupire, pince les lèvres et pète, bâille et déglutit. Ses habitants l’ont évidemment appelée le Fixe. C’est un continent d’ironie amère, quoique discrète.
Le Fixe a eu d’autres noms. Il a été jadis plusieurs masses terrestres distinctes, il est à présent vaste continent sans solution de continuité, mais un jour, à l’avenir, il sera une fois de plus divisé.
Ce jour est proche. Très proche.
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Payot - Marque Page - N-K Jemisin - La cinquième saison
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